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CHAPITRE III

petites causes. . . guajvds effets.

Les infiniment grands résultent des infiniment petits. — Ce sont les recherches micrographiques (jui ont permis de découvrir que les causes ignorées des grands effets dans l’ordre de la nature, avaient pour origine des faits autrement insaisissables. Nous avons vu dans le travail des Polypiers dans l’Océan, combien est immense le résultat de leur agrégation ; ils construisent des îles entières, eux qui sont presque invisibles! Des animalcules microscopiques , répandus par bancs énormes à la surface des mers, produisent l’étonnant phénomène de la phosphorescence. Des insectes, dont les larves sont cachées dans la terre, éclosent à un moment donné, et ravagent des contrées couvertes de récoltes. Un petit ver s’introduit furtivement dans le bois de la co-

Fig. 52. — lloisiSHures. VÉGÉTATIONS MICROSCOPIQUES: 1. Cucurbitaria cinnabarina. 2. Ac tinotliyrium graminis. 3. Stillulum tomentoswm. 4. Sphœronema $ ubulatim . 5. Arcyria punicea. 6. Exosporium tillœ. 7. Torulea casei. 8. Aspergillus penicillatus. 9S Scleroderma cepa. 10. Pénicillium verticillatum. 11. Dacrymyces stillatus. 12. slscophora mucedo.

170 LES VÉGÉTATIONS M 1 G H O S CO P I g U E S.

que (les navires, les ronge sans qu’on ait aucun indice, et le bâtiment sombre, entraînant avec lui dans l’abîme des cenl aines d’êtres humains. Dans notre' propre corps , des enlozoaires s’v glissent, et causent des désordres aiïrenx, sans qu’on puisse soupçonner leur origine. Des champignons infiniment petits, doues d’une étonnante force de multiplication, détruisent par leur parasitisme les végétaux nécessaires à notre alimentation; la vigne est atteinte de V oïdium , le blé de la nielle, la pomme de terre du perenospora.

Dans la vie aquatique, les résultats des infiniment petits se font sentir avec une énergie encore plus grande que dans la végétation et dans l’animalité aérienne. Des Algues unicellulaires, ayant à peine quelques centièmes de millimètre de diamètre, sont répandues en telle abondance dans certains étangs qu’elles les colorent entièrement. Tels sont les Protôcoccus, les Hæmatococcus qui se développent immergées dans l’eau, et même la seulement où il y a de l’humidité. De Saussure lut sur-

petites causes, grands EUE ETS.

„iris de voir dans les Alpes de la neige colorée ■m rouge pourpre; en regardant au miciosnipe quelques échantillons après liquéfaction lians l’eau, il découvrit une grande quantité Ue très-petits globules séparés, contenant un liquide intérieur rouge, doit sortaient d autres metits globules semblables aux premiers; cédait V Hœmatococcus sanguineas. Dans la mer Ile Badin, le capitaine Uoss vit une étendue lie plusieurs kilomètres carrés colorée par une vVlgue unicellulaire semblable, dont l’épaisseur citait très-lorte en certains endroits. Les pluies die sang, de soufre, qui ont étonné des populations entières, n’étaient que le résultat de la dispersion de grains de pollen ou de sable, een levés au loin par des trombes de vent. C’est .ainsi qu’on a reconnu que le sirocco, qui -souille sur l’Italie, n’est autre qu’une suite des vents du désert. Du papier mouillé exposé ,â ce vent présentait, au bout de quelques miinutes, un assez grand nombre de points rou- .geàtres, reconnus au microscope comme ideni tiques aux grains de sable du Sahara. Cn

1827, il tomba en Asie-Mineure une pluie de graines, qui couvrit la terre de plusieurs centimètres d épaisseur ; les échantillons examinés furent reconnus pour appartenir à la famille des Lichens.

Coloration des eaux. — Les voyageurs ont observé dans les mers tropicales bétonnante translucidité de l'eau de mer ; le fond est nettement visible à des profondeurs qui dépassent quelquefois cent mètres ; on voit alors, en se plaçant dans un éclairage convenable, le lit de la mer couvert d’herbes, de coquillages, de Madrépores ; on pense que, dans ces endroits, où l’eau est d’une si belle transparence, l’obscurité complète ne doit commencer qu’à la profondeur de 300 mètres. Beaucoup de causes diverses concourent à donner à l’eau des teintes différentes-. Dans les mers des zones tempérées, elle est assez variable selon l’état du ciel et de la saison. Dans les grandes profondeurs, elle a une belle couleur bleue, se modifiant à l’approche des rivages par la lumière que renvoie

épaisseur île la masse liquide, suivant lincitence de l’éclairage par rapport au spectateur, lorsque le ciel est pur, elle paraît 'd’un beau teu, elle est limpide ; elle a, au contraire, un ÿpect sombre avec un ciel chargé de nuages. A côté des colorations dont le résultat est ttribué à des causes physiques , il en existe '.autres qui sont accidentelles, et les changements subits de teintes dus à des matières or- ■uniques tenues en suspension dans l’eau. La .‘an de puissance de reproduction de ces petites ligues élémentaires joue un grand rôle dans coloration ; c’est de là que sont venus les ))ms de mer Itouge, mer Jaune, mer Vermeille etc. ; l’eau de ces mers contient une inmité de corpuscules, considérés alternativement comme frai de poisson, comme animalides, comme Algues microscopiques. Plusieurs 1 es d’Irlande doivent leur coloration à l’envasssement général d’une espèce de Protococcus ; r.'ise en petite quantité, cette eau n’a rien de irticulier ; il est nécessaire qu’elle soit en ippes de vaste étendue pour produire un effet

général intense. Selon J\l. Collas, les eaux

bleues du lac de Genève, les eaux de la Dhuis etc., donnent a l’analyse environ huit centigrammes de silice par litre. C’est de 1 hydrate de silice a l’état d’extrême division sur lequel s’exerce le phénomène de la polarisation. Cette matière est due probablement à la quantité de Diatomées contenues dans 1 eau. D’autre part, en soumettant la diatomine, ou le liquide en contenant en grand nombre, à l’analyse spectrale microscopique, on a reconnu que le spectre était identique «à celui de la chlorophylle. Dans la ville de Guatémala, plusieurs ruisseaux sont colorés d’un rouge vil, dû à la quantité de végétaux élémentaires qui y séjournent. C’est la môme cause qui donne à la mer de Chine un ton rouge ét jaune alternativement ; dans certaines places où la végétation a le plus de vigueur, l’une ou l’autre coloration est beaucoup plus intense. Sur la côte ,1e Coromandel, M. du Tilleul raconte que la mer parut couverte de sang pendant plusieurs jours, aussi loin que la vue pouvait s’étendre.

bet exemple , n’avant été observé qu alternalivement. laisse a supposer qu'à une certaine Ipoque ces agglomérations végétales fleuris— eent, ou qu’il y a une modification de leur teinte colorante, car la teinte générale n’offre ,>as une lixité assez grande pour se relier aux bétails de leur organisation. Trois teintes dominent : le vert, l’olivâtre et le rouge. Darwin reconnut encore, dans les parages des îles Wbrothes, que la mer était entièrement colorée ■en rouge par une Conferve microscopique i lionne; plus tard, revenant au même endroit,

1 revit encore le même effet au cap L'ecuwin, >tt depuis les navigateurs ont affirmé son asseri ion .

Les colorations sont pour la plupart uniformes d’intensité, dans l’étendue des parages )ii elles se produisent; on a cependant divers exemples qui font exception à Cette règle de l’épartition. Le lac Morat, en Suisse, fleurit il chaque printemps, comme disent les pêcheurs; alors se montrent de longues lignes rouges Iparallèles entre elles, et quelquefois des zones

concentriques suivant les contours du rivage ; l’eau examinée par M. de Candolle a été reconnue contenir, pour auteur de cette coloration Y OscUlatoria rubescens. Les stratifications ou zones équidistantes paraissent dues plutôt à une cause physique que végétale ; le vent, la nature du fond ou la lumière peuvent y jouer un rôle simultané. Sir John Herschel a observé en Angleterre, à la surface des eaux tranquilles, des faits de coloration fluorescente, de forme géométrique, qui s’illuminaient par moments d’une vive lumière.

La fluorescence de l’eau est différente de la phosphorescence, car elle ne paraît pas avoir pour origine une cause animale ; elle peut être due à des Conferves qui prennent des teintes différentes suivant la lumière du jour. On désigne sous le nom de phycochrùine la matière indéterminée qui en est la cause.

La Mer Rouge. — Nulle part la rubéfaction n’a été observée avec autant d intensité que dans la mer Rouge. Célèbre aujourd hui pai le

trait d’union du canal de Sue/, le golfe Arabique est désigné, dans le:* livres saints, sous le nom de mer des Algues ; dans la traduction des Replante, on adopta le nom de mer Erythrée, emprunté aux écrits d’Hérodote, qui l’appliquait au golfe Arabique tout entier et même à une partie du golfe Persique. Le nom de mer Rouge a prévalu chez les anciens géographes, et l’on retrouve encore sur les cartes du moyen âge le golfe Arabique teinté en rouge brique. Le micrographe Ehrenberg, voyageant dans la péninsule sinaïtique, vit, à Tlior, ce phénomène dans toute sa splendeur. Il avait dressé sa tente sur le rivage, quand, étonné de la coloration de l’eau, il en puisa et observa au microscope de petites Algues fasciculées que l’on pourrait comparer à des paquets de cigares (fig. 53) .

«Le 10 décembre, dit-il, je vis à Thor le surprenant phénomène de la coloration en rouge sang de toute la baie qui forme le port de cette ville. La haute mer, en dehors de l’enceinte des coraux, conservait sa couleur or-

dinaire ; les courtes vagues d’une mer Iranquille apportaient sur le rivage, pendant la chaleur du jour, une matière mucilagmeuse d’un rouge de sang et la déposaient sur le , sable ; en sorte que, dans l’espace d’une demiheure, toute la baie, a marée liasse, lut entourée d’une ceinture rouge de plusieurs pieds de largeur. Je puisai de l’eau avec des verres, et je les emportai dans une tente que j’avais près de la mer. Il fut facile de reconnaître que cette coloration était due à de petits flocons a peine visibles, souvent verdâtres, quelquefois d’un vert intense, mais pour la plupart d’un rouge foncé. Toutefois 1 eau dans laquelle ils nageaient était parfaitement incolore. J’observai la matière colorante au microscope; les (locons étaient composés de petits faisceaux de filaments d’une Oscillatoire. Ils étaient fusiformes, avaient rarement plus de deux millimètres do grosseur, et étaient contenus dans une sorte de gaine mucilagineuse. Pendant que le soleil était a l’horizon , ils se maintenaient à la surface de l’eau, dans les verres

que j’avais apportés; mais, pendant la nuit, iquand j’agitais le verre, ils en gagnaient le i fond ; quelque temps après, ils remontaient a la surface de l’eau. Le phénomène de la coloration de la mer Rouge ne fut pas permanent. J Je l’observai trois fois, -les 25 et 50 décembre 11823, et le 5 janvier 1824.»

Plus tard, en 1843, des échantillons de •substances recueillies dans la nier Rouge luirent communiqués à l’algologue Montagne:

lil reconnut que ce n’était pas une Oscillatoire , mais bien une

tespèce d’Algue fasciculée, avec des filaments articulés et juxtaposés, pouvant se développer parfaitement en flottant à la surface de l’eau. Il lui donna le nom de Thrichodesmiüm Ehrenberg ii.

Fig. 53. — Thrichodesmiüm Ehrenbergii. Algue fasciculée produisant le phénomène de la coloration de la mer llouge.

TJ101S1 KM K l'AItTIE.

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LE FOND DE LA MER

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