CHAPITRE II
ÉTUDE VU ISOKD ü’UN FOSSÉ.
Les mucosités flottantes. — La plus petite flaque cl’eau stagnante peut donner matière à une série d’études de micrographie botanique très-variées. C’est un herbier perpétuel, où Ton n’a qu’à puiser, pour trouver des plantes aquatiques curieuses; celte eau repoussante et fétide est un vaste aquarium peuplé de Couler ves de toute nature.
Un naturaliste qui serait patient et habile investigateur, pourrait faire, au bord du plus petit fossé, des études microscopiques les plus variées et les plus étonnantes. Seulement, il faut savoir chercher dans l’endroit où le vulgaire passant ne voit qu’une flaque d’eau peu digne d’attention et même répulsive à la vue.
Que de métamorphoses se passent dans ce monde aquatique invisible ! Chaque saison
étude au nonn d’un fossé. "137 jroduit une variété d’animaux: et de plantes différentes ; en hiver, quand la glace couvre
Fïg. 33. — Bouquet de roseaux.
iJa surface, ils se précipitent au fond pour éviter d’être emprisonnés dans cette épaisse ccroûtê solide; quelques infusoires ne mour-
raient pas pour cela, ils hiverneraient, tombe-
Fig. 34. — Mousse aquatique: Spliagnum equafrosnm.
raient dans une in-
sensibilité léthargi-
que, jusqu’au moment oii la limpidité rendue à leur élément leur permettrait les évolutions naturelles.
Mais vient le dégel, les premières effluves printanières ca- :
ressent la surface de :
l’eau, les chaleurs j sont encore éloignees, alors la vie s; renaît: les Confervées, les animalcules grands et petits, | voire même les ta-
pageuses grenouilles, la vie de l’eau vient se manifester.
ÉTUDE AU BORD D’UN FOSSÉ
Bientôt cette nappe liquide se couvre d’un inextricable entrelacement de plantes, on dirait une jungle en miniature, une foret sous-maline avec toute une légion d’animaux. La vie iee montre énergiquement à la surface. La orairie change d’aspect, les hautes herbes tiennent abriter les bords de cet étang et protéger ses habitants. Le inonde des eaux s’est ■emparé de ce modeste petit coin, il s’y déveoppera a son aise, si la main ravageuse de Thomme ne vient pas l’y troubler dans ses ravaux d’irrigation des prairies.
Observateur attentif et persévérant, venez de tiernps en temps dans ce lieu inconnu, loin des Deuils du village voisin, étudier la nature dans ;,es révélations, échappant a ceux qui sont étrangers aux merveilles que révèle le micros- ’Ope. A chaque saison, les Conferves changeant d’aspect, les unes seront en décroît, quand d’autres feront leur apparition au déiriment de celles qui sont plus avancées, et réclameront leur place au soleil qui réchauffe la 'surface. Elles vivent au milieu de plantes aqua-
140 LES VÉGÉTATIONS MICROSCOPIQUES, liques de plus grande taille, qui leur prêtent
Fig. 35, — Mousse aquatique. Sphagnnm rymbifolium.
leur appui contre les accidents nuisibles à leur fragilité, comme les humbles graminées re-
lit
ÉTUDE AU BORD D’UN FOSSÉ
Iherchent un abri auprès des arbres dans les Djrèls. Les Sphagnums étendent leurs longs aameaux pour quelles puissent y suspendre Piurs filaments. Les Prèles couvrent les rives, ra ombrageant de leurs singulières feuilles les indroits que choisiront de préférence les Diatomées et les Mousses. Quand l’été, faisant waporer l’eau au bord de laquelle nous nous ouïmes arrêtés, laissera a sec le lossé, que le iond ne présentera plus qu’une épaisse couche isqueuse et nauséabonde, la vie persistera nncore, les plantes et les animaux fussent-ils out a fait desséchés. Au prochain orage, si e ruisseau voisin, gonflé par une crue rapide, ienl y déverser son trop-plein, la vie suspendue reprendra son cours; les graines, les invisibles séminules, sont là pour propager l’es- >oèce. Plus tard, quand, à l’automne, les vents ll’équinoxe remueront de leur souille impémeux ce cher fossé, étudié pendant la belle • aison , les petites vagues feront fuir les animalcules vers le fond et pousseront les délicates plantes Ilottantes dans les anses op-
14l2 LES VÉGÉTATIONS MICROSCOPIQUES.
posées au vent dominant ; elles s’y entasseront en paquets , en agglomérations énormes par rapport à leur nombre. La tempête dans ce verre d’eau une fois apaisée, elles recommenceront encore à végéter jusqu’aux premiers froids de l’hiver, où alors elles tombe-
ront au fond.
Toutes les eaux n’ayant pas d’écoulement, qui sont exposées au soleil et en plein air, se couvrent promptement à la surface d’une mousse verdâtre, apparaissant principalement au retour de l’été. Malgré le caractère un peu repoussant de cette mucosité, à cause de sa viscosité verdâtre et sale, recueillez-la pour l’examiner au microscope. Rien n’est plus facile à préparer, il n’y a qu’à disposer des paquets très-minces, de simples mèches, les plus petites possibles, sur le porte-objet et à les recouvrir d’un verre mince. On verra que cette mousse est un végétal aquatique parfaitement organisé. Ce sont des filaments silico-gélatineux, membraneux, doués d’une certaine résistance et noyés dans une gangue mucilagi-
Étude au BORD d'un FOSSÉ. 1 l‘J
æuse qui les coagule les uns aux autres ; ils Vont ni racines ni tiges, ils flottent et poussent ,tins l’endroit oii a été disposé au hasard un iremier germe; ils peuvent meme renaître
Fig. 36.
i près avoir été desséchés pendant tout l’hiver au pendant une période de sécheresse (pii mette le fond du lac à découvert. On remar- ! ne que la série de tubulures soudées les unes
aux autres est garnie d’une matière verte ; elle est disposée autour des filaments tubulés, en ponctuations alignées en hélice. Cette matière est fendochrôme ; elle a valu, par sa disposition, le nom d eSpirogyra à ces singulières Conferves. Cette matière, si régulièrement ré-
partie a certaines époques, est soumise à des modifications suivant les saisons. Si l’on établit une comparaison entre ces jolies petites Conferves et l’immensité de l’envahissement des eaux stagnantes par leurs énormes masses flottantes, on concevra toute la vigueur de leur multiplication. Ces Conferves prolifères
ÉTUDE AU BORD D’UN FOSSÉ
sont en abondance telle, que certains lacs en sont couverts. A une époque, dans le lac de Saint-Gratien, près Paris, les eaux disparaissent sous celte Gonferve; nous avons vu • certains endroits de la petite rivière de l’Yères, [près de son embouchure, qui en étaient recouverts au point de gêner sérieusement le passage en canot.
Cette rapide multiplication a pour cause le •double mode qui la régit : il est cependant d accord avec tous les autres végétaux pour leur reproduction ; comme eux, les Spirogvra se propagent au moyen de la graine, représentée ici par l’endochrôme ; mais au lieu que les cellules s’agglomèrent en masse comme dans les Phanérogames par exemple , pour Iformer des branches et des feuilles, les cellules s emboîtent les unes dans les autres sur une seule ligne, s’allongeant ainsi indéfiniment, simultanément des deux bouts. Pour se irendre compte rie la propagation rapide des Spirogyra, on en met quelques filaments dans une soucoupe que l’on expose au vif soleil
liü LES VÉGÉTATIONS M î C U OS COPIQUËS.
cl’été; en vingt-quatre heures, si la température est convenable, l’eau en sera entièrement couverte. Bien des amateurs d’observations microscopiques ont passé indifférents à côté de ces végétations élémentaires si communes, mais aussi si curieuses, sans soupçonner qu’il y avait là tout un sujet d’intéressante observation facile à faire. Ce fut Michel i qui, le premier, découvrit ces Conferves ; il vit l'emboîte mopl constant d’un germe dans un autre. Kéaumur reprit ces observations, et étudia la matière endochromique, sans pouvoir tirer de conclusions certaines.
La conjugaison. — Les Spirogyra sont fréquemment mélangés avec d’autres Conferves de même nature ; dans le mucilage nagent des Oscilla riées dont nous avons vu précédemment la motilité; des Nostocs, qui ont beaucoup de ressemblance comme constitution ; ce que l’on y rencontre dépend beaucoup de la saison et de la manière dont on fait sa collection. La surface présente des sujets de moindre
ÉTUDE AU BORD D UN FOSSÉ. 147
intérêt qu’un peu au-dessous. On voit des filaments tubulés présentant le fait curieux de soudure entre eux ; ils sont reliés deux à deux par un appendice cellulaire enté à angle droit sur le milieu d’une cellule ; ils conservent ainsi, au moyen de ces petits étuis, un rigou-
Fiî;.38. — Spirogyra. Exemples de Conjuyaituhs parvenues à différents termes.
reux parallélisme scalariforme. A cause de cette intime liaison, on leur a donné le nom de Conjuguées ou Zyynémées.
On a regardé ce fait comme constitutionnel d’une part, et comme sexuel de l’autre. 1) après la majorité des observateurs, il y a lieu de regarder les Conjuguées comme des
Spirogyra. La reproduction ne paraît pas se faire autrement que par l’endochrôme ; la soudure d’articles entre eux est un cas particulier de la croissance cellulaire. Suivons cette formation : il apparaît d’abord une petite cornicule auprès d’une niasse sphérique d’cndochrôme; en même temps, juste en lace et à l’opposé, il en pousse une autre toute pareille; toutes deux ensuite se rapprochent jusqu’il ce que les deux extrémités viennent à se toucher par le sommet. Au bout de quelque temps de contact, la soudure s’opère avec précision, et les deux cellules Unissent par n’en faire plus qu’une seule transversale raccordant les deux filaments, sans trace d’arl iculation, avec un exact parallélisme. La soudure n’a pas toujours lieu ii angle droit; dans une espèce particulière, les Mougeolia, le blâment s’infléchit en courbe, et vient adhérer au filament jumeau. Dans chaque circonstance, l’endochrôme conserve toujours une disposition symétrique ; quelquefois, sur le même filament, il affecte des dessins variés et est parsemé de
ÉTUDE AU RORI) D’UN FOSS1
sporanges. Ils atteignent tle grandes longueurs, dilliciles à déterminer, car on voit rarement les extrémités, où ils se rompent sans qu’on puisse en avoir un indice certain.
Fig. 39. — De boni du fossi?.
Ce qu'on voit sur un brin de roseau. — Les
Conferves microscopiques végètent généralement en parasites sur toutes espèces de corps flottants, quels qu'ils soient. Elles sont trop délicates pour se suffire à elles-mêmes ; la moindre agitation de l’eau, le plus léger remou
causé par le courant, seraient pour elles une cause de destruction. La prévoyante nature a pourvu a leur sécurité en les fixant sur d’autres corps séjournant dans l’eau comme eux, tantôt inertes, tantôt vivants, par une sorte de membrane très-mince et en même temps très-résistante. On peut dire avec vérité qu’il n’y a pas de corps immergés dans les fossés qui ne soient revêtus de ces sortes de chevelures microscopiques d’apparence limoneuse , dans lesquelles on découvre une infinité de Con- Fig. 40. — Effet iio parasitisme lerves , parfois très-va-
Hurun brin de roseau immergé. ,
nées; les roseaux, les feuilles de nénuphars, les châtaignes deau, les brindilles de bois mort en sont recouverts. Elles se localisent, dans certains endroits,
ÉTUDE AU HO )! U 1)’UN FOSSÉ
comme les végétaux aériens supérieurs. Dans un même cours d’eau, les espèces varient beaucoup selon les endroits.
Fig. 41. — Diatomées procédant de déduplication ( Diatoma vulgaris.)
En examinant partiellement ce qui est représenté dans la lig. /|0 pour donner une idée de ce groupement, nous trouvons au
15t2 I.ES VÉGÉTATIONS MICROSCOPIQUES, premier abord les inévitables Spirogyra abon- (lanl partout ; dans les interstices se sont logés des corps ronds, des Algues unicellulaires ; dans un endroit laissé libre, un buisson de Na vieilles est venu se grouper; elles sont souvent si petites qu’il en faudrait un mille pour cou vi ii un centimètre carré. On remarque aussi en giando abondance des corps géométriques, placés selon les façons les plus étranges, ce sont des Diatomées, classe de Lonferves exubérante de fécondité, merveilleuse par scs formés et par son étonnante reproduction. Elles sont généralement liées les unes aux autres par une membrane résistante cl pendent ainsi en chapelets par l’extrémité de l’angle inférieur ( Diatomci vulgaris). Les Desmidiacées tiennent une position intermédiaire entre les Diatomées, et Conferves lilainenleuses; elles sont facilement reconnaissables a leurs formes régulières, recouvertes en partie par un bel endochrôme vert ou jaune ; elles subissent de nombreuses métamorphoses.
Fig. 12. — Confcrvcs parasites etc. sous une lentille d’eau (Lemna).
C’est surtout sous les Lentilles d’eau (Lemna) qui flottent à la surface des mares ombragées, oii elles forment un beau tapis vert, que s’attachent une multitude de Conferves microsco-
Elg. 43. — Diatomées appcndues aux ramilles d’une Conforvo ( Isthmia ncrvosa).
piques ; elles sont appendues sous ces feuilles et produisent un inextricable enchevêtrement, petite forêt dans laquelle fourmillent des multitudes d’infusoires qui se logent et vivent dans les interstices.
ÉTUDE AU BORD 1)’UN FOSSÉ
Les Diatomées choisissent quelquefois des Plantes aquatiques, aux ramilles desquelles elles s’attachent; ce qui, à première vue, les ferait ^rendre pour des fruits de la plante, tant elles paraissent en faire partie intégrante ; mais en examinant avec attention, sous un fort grossissement, les points de soudure, on n y reconnaît d’autre alliance avec la plante qu’un point de contact déterminé par une membrane transparente adhérente. Dans cet exemple ill’Isthmia (fig. 43) on remarque que les Diatomées sont parasites les unes sur les autres, folles appendent par séries reliées entre elles, rconune émanant des ramules de la Conferve.
La multiplication par fragmentation. — Les
IDiatomées n’ont aucune ressemblance avec les autres Algues ; elles consistent en une seule (Cellule, n’ayant qu’une seule frustrule comi posée de silice, qui subsiste quand le tissu organique a péri ; on suppose que cette silice est déposée à l’extérieur de la membrane organique par cristallisation ; la carapace est
couverte d’une pellicule dilatable contenant elle-même de la silice, du fer et de l’alumine, ainsi que le leu et les réactifs le mettent en évidence. Smilli regarde l’épiderme siliceux comme des modifications du silex de la valve, provenant du mode de développement; Nægeli considère la silice de la membrane organique comme étant de nature végétale.
Les Diatomées et beaucoup de Conferves se multiplient, comme les Protozoaires et les Polypiers, par simple fragmentation ; un fragment pris* au hasard peut donner naissance à .
garnis d’endochrôme sur leurs stries, qui ne sont autres que les lignes de séparation, suivant lesquelles la fragmentation se fera au
Fig. 41. — Exemple (le multiplication de Diatomées piir fragmentation (Nitzscliia bar.cillifera).
un individu pareil il celui auquel il a été pris. Les longs rubans que l’on voit nager avec d’autres Conferves sont des Diatomées du genre Nilzschia ; ils sont
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Moment de la maturité. Chaque sujet ainsi prorréé et devenu libre, pourra donner naissance un autre semblable. Dans quelques genres
Fig. 45. — Diatomce : Licmophora splendida.
•e Baeillaria, au lieu de se détacher latéralement, comme nous en avons vu des e\emles-dans le Dintoma vulgaris, dans \ f si Imita ervosa , et rester suspendues par un angle
ÉTUDE au bord d’un fossé.
membraneux, elles peuvent glisser en avant I, en arrière parallèlement sans se (juitter, a moins de rupture. Elles restent adhérentes, mut en subissant ce mouvement, et consereent leur endochrôme. Dans certaines espèces, comme les Biddulphiées, la. faculté proivéative a lieu par déduplication de chaque iôté d’un anneau du milieu.
Fig. 47. — Diatomée : Biddulphia puchella ayant la propriété de se procréer par déduplication.
Les Parasites des Algues marines. — Dans l'eau de mer, comme dans l’eau douce, le larasitisme des Conferves se produit de même: 'es plantes fragiles cherchent aussi l’appui des dus grandes. Elles se fixent sur les corps de oute nature, même sur les écailles de pois-
sons. La récolte, pour être fructueuse, doit se faire dans les flaques d’eau salée stagnante, telles que les bassins de dépôts des eauxmères des marais Valants, dans les petites expansions d’eau, oii les Ilots du large ne gênent pas leur croissance, dans les creux de rochers, ou encore à l’extrémité des laisses de basse mer aux marées d’équinoxe. On doit éviter les plages vaseuses; elles ne sont ni bonnes pour l’exploitation, ni fertiles, et les Algues sont couvertes de limon ; les côtes rocheuses sont meilleures. Sur le littoral de l’Océan, on peut citer les parages de Granville, ? les côtes du Calvados, comme assez riches. Quand on explore un endroit pour chercher des Algues microscopiques, on fait en sorte de recueillir celles qui s’attachent à toute espèce , de matières, on les dépose sur du papier sans* trop les laver, ou on les. laisse sécher à l’air libre et à l’ombre, pour en former une sorte d’herbier qu’on examine plus tard en détail au microscope. Si l’on veut se rendre compte, sur place, de la valeur algologique de ce qu’on
ÉTUI) K AU RORD ü’UN FOSSÉ.
vient de ramasser, on |)eut en déposer quel- Kjues fragments sur une lamelle de verre, que 1 l’on étudie avec le Slanhope, instrument très- I portatif, etsutlisant aux observations surplace, ipour ce genre d’étude.
On rencontre ainsi une multitude de petits
Fig. 48. — Végétations parasites sur les Fucus, (Diatomées etc.)
'Polypiers, des Polysiphoniées, des Plocaimiums, de petites Flustres, et des fragments de toutes les Algues de la mer. Au milieu de ce chaos, dominent les Diatomées; celles que l’on trouve dans l’eau salée sont plus belles
que celles d’eau douce. Elles croissent en telle abondance que par le nombre, dont on ne peut se faire une idée, elles donnent une coloraliou aux parages où elles existenl. Hooker rapporte avoir vu des blocs de glace volumineux entièrement recouverts de Diatomées, qui apparaissaient sous forme de poussière jaunâtre. Il mentionne aussi un dépôt de boue, observé sur la côte Victoria, qui était coloré par leur présence, sur une longueur de /|00 milles.
Merveilleuse perfection dans les plus infiniment petits des végétaux. — Les Diatomées marines sont remarquables par la régularité de texture de leur carapace, aussi les emploie-t-on en micrographie comme test-objets; elles servent à essayer les objectifs ; pour se rendre compte du système lenticulaire (pii les compose, il faut examiner avec des objets d’épreuve , parfaits dans leur petitesse, dont tous les détails doivent ressortir nettement. Les Diatomées marines les plus usitées à cet effet sont les Pleurosigma (P. annulation , P. quadralum.
ÉTUDE .VU BORD D* UN FOSSÉ. "loo
p. balticum, P . attcnuatum, P. fonnosum etc.) ; lus lignes de ponctuations, on protubérances, sont très-rapprochées les unes des autres ; celles du P. angulatuni, mesurées sur des photo-micrographies, ont 0"'"', 00050 de distance; celles du P. balticum ont 01"1", 00080. La
Fig. 49. Diatomée: Ooscinoilimis centralis, vue en perspective.
disposition régulière de ces saillies, dans une matière silico-gélatineusé , se traduit par des ombres linéaires ou circulaires provenant des seuls effets d’interférence des rayons lumineux de l’éclairage. Ceci est surtout sensible en photographie. En outre des Pleurosigma, beau-
coup d’autres Diatomées marines peuvent être employées dans le même but; les Gramma-
Eig. 50. — Diatomëo discoïde : Aulacodiscus Brigwilii. La surface ondulée produit un effet cruciforme.
tophora, notamment le G. subtilissima, constituent des tests très-difficiles à résoudre; les Arachnoïdiscus, discoïdes réguliers, sont trèsjolis; chez les Coscinodiscus , les cellules
ÉTUDE AU BORD D’UN FOSSÉ. 165
hexagonales, ou les ponctuations, sont aussi d’une merveilleuse symétrie. Sur un C. cen- , t rails nous avons compté, d’après une épreuve iphoto-nucrographique, 22,000 cellules, et sur iun Arachnoidiscus Ehrenbergii , 13,000 cel- I Iules. Sans le secours rigoureusement exact i de ce moyen, l’expérience eut été impossible.
Toutes les Diatomées ne possèdent pas les (qualités nécessaires pour fournir de bons tests .à la micrographie expérimentale; les unes sont (bombées comme les Aulacodiscus ; les autres iont leurs frustrules situées sur différents plans, 'comme les Héliopelta ; on en rencontre qui ■sont a plusieurs séries d’ondulations, comme les Amphitéatras, les Campylodiscus etc. 11 (faut qu’elles soient rigoureusement plates,' que la texture ne soit ni trop épaisse ni trop (transparente, et qu’il y ait une uniformité (constante. Les objectifs faibles sont moins difficiles à bien réussir que les objectifs forts; aussi doit-on ne prendre ces derniers qu’après un examen sérieux de leur valeur essayée sur de bons tests. Pous suppléer à l’imperfection
des lests naturels, on a recours a des lignes très-fines tracées sur verre (tests de Nobert); dans le 30è groupe de ces stries on en compte dans l’espace d’un millimètre.
Le montage sur verre, ou préparation des Diatomées, est un des plus faciles en micrographie; il n’exige que du soin. On les détache des objets auxquels elles ont adhéré en parasites; quand on agite ces objets dans l’eau pure, il se forme un dépôt que l’on lave d’abord, et qu’on fait ensuite bouillir il l’eau ad-
Fig. 51. — Diutoinécs discoïdes empilées.
très-légère sur
dilionnée d’acide nitrique, alin d’enlever l’endochrôme qui pourrait exister, ou les matières agglutinatives qui les accompagnent généralement. Le j lavage bien exécuté à plusieurs eaux donne un dépôt de Diatomées pures; on les recueille dans un flacon. Pour iS les préparer, on en dépose avec une tige quelconque une goutte r la lamelle de verre, où on la
ÉTUDE AU DOHO ll’UN FOSSÉ.
laisse sécher. Pour terminer, on a recours a uleux. procédés divers : si le sujet manque de I translucidité, on met du baume, de Canada i que l’on comprime avec un verre mince de i recouvrement; si au contraire, on le juge devoir être trop transparent ainsi préparé, on se contente de former autour du dépôt séché, une cellule également recouverte d un verre mince, protecteur de la poussière et d autres causes d’altération.