CHAPITRE IL
LES FOSSILES MACROSCOPIQUES.
La poussière des débris organiques. — Il est
reconnu que les animalcules à carapace résistante et les végétaux microscopiques siliceux, que l’on voit actuellement clans l’eau à l’état vivant, ne sont pas, pour le plus grand nombre, spéciaux à l’époque contemporaine; comme on devait s’y attendre, il en existait déjà dans les temps où la terre était peuplée de gros animaux, différents en partie de ceux qui y vivent aujourd’hui. De même, pour les végétaux, on retrouve que ceux qui existaient avant la période supposée antédiluvienne sont parvenus jusqu’ici tels qu’ils étaient alors. On les découvre dans des formations plus généralement Neptuniennes que Plutoniques.
Dans quelques terrains dispersés à la surface du globe, le microscope révèle la présence
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d’une énorme quantité de dépouilles d’organismes extrêmement petits en général. Ils sont noyés dans une masse compacte de sable pulvérulent en bancs épais; leur conservation séculaire provient de leur nature même; étant résistantes de différentes manières, elles n’ont pas été attaquées par les causes détériorantes de la terre. LesForaminifères, les Polycystines, dont le lest coquiller est fortement calcaire, et les Diatomées, dont la substance végétale reste siliceuse, sont retrouvés encore bien Conservés, après des siècles passés dans la terre ou sous les eaux. Les animaux de grande taille ont été ensevelis, les bouleversements du sol ont détruit leurs ossements ; c’est à peine si quelques débris sont parvenus jusqu’à nous pour porter témoignage de leur présence à uneépoque reculée que nous ne pouvons déterminer; les plus grandes forêts n’ont laissé d’autre preuve de leur végétation luxuriante antédiluvienne, que lésinasses de charbon devenues aujourd’hui le pain de l’industrie; 1 homme fossile a laissé moins d’importance de son pas-
sage que les animaux, lui, le roi de la création par son intelligence, lui à qui a été donnée la faculté de pénétrer les secrets de la nature. Les organisations' supérieures ne nous sont connues que par quelques fragments d’ossements, tandis que de petits organismes aquatiques délicats ont, à cause de leur solidité, traversé toutes les perturbations physiques et terrestres. Leur présence dans des alluvions maintenant très-élevées au-dessus du niveau de la mer et des bassins des fleuves, est une preuve irréfutable de la formation Neptunienne de ces terrains. Comment sont-ils maintenant plus élevés? D’une part onde l’autre, il y a eu soulèvement ou abaissement ; le manque de points de comparaison laisse dans l’incertitude. Selon certaines hypothèses, l’inspection de ces stratifications ferait remonter leur existence bien avant le déluge. Mais, dans d’autres circonstances, elles seraient controversées par les Ecritures et la supputation admise sur l’âge du monde.
On a découvert, dans beaucoup de localités,
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une poussière impalpable, où chaque molécule, dans une incalculable antiquité, fut imprimée delà puissance de la vie ; leur agglomération sur le fond des eaux, pendant-des siècles, s’accroît en hauteur en même temps que les apports de l’eau. A quelle époque doit avoir commencé la chute de ces sujets microscopiques, pour qu’ils soient arrivés à constituer des couches entières? Malgré toute l’énergie de leur vitalité, il n’en a pas moins fallu un espace de temps considérable, pour accumuler sur plusieurs mètres de hauteur des Diatomées et d’autres organismes pulvérulents, qui n’ont que quelques centièmes de millimètre.
Les coquillers microscopiques, par décomposition de leur test, finissent par s’anéantir, ou plutôt se métamorphoser en calcaires, dans lesquels on n’en revoit que des fragments. Les Diatomées, au contraire, subsistent toujours telles qu’elles ont crû ; elles ne font corps avec aucun sédiment, et elles se conservent parfaitement dans les vases et limons où elles tombent après leur existence. A cause de le-*
norme quantité qui se trouve clans toutes les eaux du globe, il n’est pas étonnant d’y découvrir des gisements considérables. Au Loch Boa (Écosse), dont le lit, d’après le professeur Grégory, appartient à la période antédiluvienne, on a découvert 130 espèces de Dia-
Fig. 50. — Terre fossile de l’ile de Mull (Écosse).
tomées fossiles, dont 20 seulement sont des espèces disparues. La ville de Richmond (Virginie) est bâtie sur un dépôt pulvérulent rempli de Diatomées variées, qui a en moyenne de h à 6 mètres d’épaisseur. Dans l’iledeMull (Ecosse), le duc d’Argyll a découvert un ter-
rain crayeux contenant des Diatomées, dont la majeure partie appartient au genre des Navicules, qui croissent encore actuellement dans les eaux environnantes. A Oran (Algérie), on a trouvé dans une terre légère des Diatomées, parmi lesquelles les Goscinodisous abondaient; elles y étaient accompagnées de spiculés d’ Eponges très-bien conservées. Ehrenberg cite le fait de la découverte de Diatomées dans les cendres du mont Erèbe, au pôle austral; ceci laisserait supposer une existence de communication sous-marine avec ce volcan.
Une montagne de Foraminiféres. - — On place les Foraminiféres dans les Polypiers, puisqu’ils ont la liberté d’action, et la spontanéité sans motilité apparente. Ils ont une cavité digestive, des écailles souvent à couches successives et une grande régularité dans leur enveloppe testacée. Ge fut Linné qui les observa le premier ; il cite le Nautüius Pompiiius, et compte seulement douze espèces. Ce début de l’illustre botaniste suédois fut conlinuéenJ 8/|5 pard’Or-
biSQy> flu‘ les range parmi les Céphalopodes; ce ne sont pas, suivant lui, des créatures agrégées, ce qui leur vaudrait une place intermédiaire entre lesPolypifères et les Échinodefmes.
l i- RO. - Polvcystines de la terre fossile de Uissex-Hill (aux Barbades).
Ce célèbre classificateur de Foramin itères rapporte en avoir trouvé k 80, 000 dansâ grammes de sable des mers des Antilles. Plancus en avaU compté 6000 dans 1 once de sable de Adriatique. Us ont été étudiés par Terquem,
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Schultze, Reuss, Williamson, Carpenler, Huxley elc.
Les Polycystines, qui tiennent beaucoup des Forami ni fores, se rapprochant pourtant du coquillage, ont été découvertes en gisements considérables de plusieurs mètres de hauteur aux Barbades (Bissex-Hill) . En aucun endroit on n’a vu pareille abondance à celles des différentes stratifications de ce terrain pulvérulent, où elles semblent appartenir a la deuxième période de formation tertiaire. Certaines couches de la montagne qui les renferme sont totalement stériles, tandis (pie, dans d autres, elles. sont tassées en rangs très-serrés ; ceci impliquerait une idée de dépôts alternés d a 1 1 u vions, qui auraient retardé la multiplication des Polycystines, car leur nature change selon les zones de dépôt. Leur existence dans un terrain élevé au-dessus du niveau de la met ne peut s’expliquer (pie par un phénomène volcanique, car ces convulsions ont de fréquents exemples dans ces parages et sui les côtes de l’Amérique centrale.
La terre de llissex est toute une conchvliologie microscopique à part ; elle renferme à elle seule une grande quantité d’espèces différentes; on en évalue le nombre à 300, dont la plus grande partie ont été reconstituées. La carapace est, comme un coquillage, perforée de cavités symétriques, élégamment disposées, que l’on a supposé avoir contenu une matière intérieure vivante parasite, cas fréquent dans plusieurs animaux à coquilles; leur restauration a aussi dénoté la présence d’appendices ciliaires abondants.
Certaines espèces de Foraminifères remontent à une époque très-reculée. Dans les terrains tertiaires et siluriens, dans les roches qui composent les montagnes de la Suisse, on découvre une innombrable quantité de ces Discoïdes à perforations intérieures, dont le diamètre varie depuis la taille microscopique, jusqu’à la largeur d’une pièce de deux francs. Parmi ceux qui se retrouvent journellement, les Nummulithes occupent le premier rang; elles ont contribué à l’édification du grand
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massif calcaire des contre-forts des Alpes et de l’Himalaya. Elles sont reconnaissables, mais une grande partie a été déformée et réduite en poussière par la compression. On en voit dans plusieurs calcaires employés comme pierre de construction : celles qui ont servi à bâtir les Pyramides de Gi/.eli (Egypte) en renferment une multitude; leur ressemblance avec les pièces de monnaie les a fait surnommer par les indigènes: monnaie de Pharaon. Ehrenberg a découvert des Foraminifères dans les laves volcaniques du Mexique, dans les dépôts d’al— luvion du lleuve des Amazones, dans l’opale de Kaschau, même dans du porphyre. Il est a remarquer que beaucoup des espèces retrouvées subsistent encore aujourd’hui.
Ce que contient le tripoli. — On connaît les propriétés de celle poudre brunâtre dont on fait usage pour polir les métaux; on ne sait pas communément qu’il doit cette faculté a des particules sablonneuses très— fines et très-dures, qui aplanissent les aspérités des corps durs,
on ne soupçonne pas non plus quelles sont ces particules. En examinant le tripoli de Bilin en Bohème et du Menât (Puy-de-Dôme), on a vu qu’il n’est composé que de débris de fossiles microscopiques siliceux ; ces débris fracturés présentent des angles aigus, donnant des arêtes très-propres par leur dureté au polissage des métaux.
Les espèces de Diatomées qui existent dans le tripoli de Bilin à l’état fossile sont, pour la plus grande partie, des Navicules, très-communes encore dans les cours d’eau d’Europe. Toutes, malgré leur long ensevelissement , ont conservé leurs stries très-régulièrement.
Ces débris sont agglomérés entre eux par la cohésion naturelle résultante du dépôt terreux , où elles gisaient à l’époque de leur formation; il était
Fig. Cl. — Tripoli fossile de Menât (Puy-de-Dôme).
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boueux, et devait naturellement être le lit de quelque rivière ou de quelque lac, puisque les Diatomées sont des Algues. Cependant la quantité de terre mélangée avec elles est relativement faible, en comparaison des autres dépôts hydrologiques.
Dans la partie supérieure de celle couche, l'agglomération est le résultat d’un ciment diaphane, formant une sorte de silex employé comme pierre a feu, connu sous le nom de demi-opale. Le microscope dénote dans les éclats de celte pierre d’autres fossiles diversement groupés, produisant parfois des dispositions singulières. On découvre aussi dans le tripoli, outre cette multitude de Navicules, des Gaillonelles, espèce de Dialomée peu commune maintenant, mais retrouvée dans une infinité de dépôts limoneux. On l’a même vue dans un certain minérai de fer, qui a reçu le nom de minerai limoneux.
La couche de Bilin, qui s’étend sur un espace considérable, a en moyenne /i mètres d’épaisseur. Or on estime que chaque pouce
cube de tripoli renferme quarante millions de Diatomées! Les plus grandes ont a peine un i millimètre de longueur, et la masse est telle— iment compacte par place, qu’on y découvre (difficilement le ciment terreux qui agglutine le conglomérat.
Farine fossile. — Les Lapons, dans les grandes famines, desquelles ils souffrent fréquemment, n’ayant plus de farine de céréales et d’écorces, qui leur sert communément pour faire leur espèce de pain, y mêlent une substance minérale que, dans leur naïve croyance, ils regardent comme un don du Grand-Esprit des forêts. Ils l’appellent Bergmehl, qui signifie farine de montagne. A. de Humboldt, qui avait été témoin de son usage alimentaire en 1837, s’exprimait ainsi: «On a mangé de ce pain dans la petite commune de Degerford en 1833, sur les frontières de Laponie, mais je ne dis pas pour cela qu’on s’en soit nourri. »
Berzelius analysa et décrivit cette farine, où il constata la présence de fossiles microscopi-
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quesayanl une grande ressemblance avec ceux de la couche de tripoli de Bilin. Elle consistait principalement en débris de Diatomées et de Foramin itères, qui s’étaient conservés là, de-
Fig. 02. — Terre fossile (le l’îlo Mors (Jutland). Diatomées, Foraminifères, spiculés d’éponges, etc.
puis des siècles, en accumulation énorme. Mais cette prétendue farine n’était réellement qu’un
umas de ces organismes mélangés à une madère pulvérulente blanchâtre, qui ne lui en donnait que l’apparence, sans en avoir les prooriétés nutritives. L’estomac solide des Laoons se trouvait momentanément satisfait, ou mieux engourdi, sans qu’il puisse y trouver aucun principe végétal.
D’après la comparaison des divers sédiments Ile fossiles et particulièrement de ceux qui contiennent les Diatomées, on remarque que chaque gisement possède une espèce unitaire dominante; quoique divisée en plusieurs genres, il n’y a pas moins pour cela conservation d un type primitif. Ainsi, dans la farine fossile et le dépôt de Bilin, les navicules sont dominantes, tandis que, dans un gisement considérable à Nottingham (Maryland), on ne voit que des Diatomées Discoïdes, telles que des ^.oscinodiscus. On peut ainsi, d’après ces fossiles rencontrés, savoir si le sédiment est le résultat de 1 eau salée ou de l’eau douce; de à on peut tirer des conséquences géognostiques.
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Le monde microscopique du guano. — Le guano ou huanoeslun produit fertilisant d'introduction récente en Europe (I8Z1O) ; l’importation toujours croissante en livre à l’agriculture une telle quantité, que l’on peut estimer à plus de mille le nombre des navires qui sont annuellement employés à son importation. Il doit sa propriété fécondante très-active ■ aux phosphates terreux et alcalins, et particulièrement au phosphate de chaux et aux selsammoniacaux.
Sa formation est due aux déjections d’oiseaux; il existe dans ces endroits de telles quantités de guanes, qu’ils obscurcissent littéralement de soleil par leurs bandes épaisses. Les couches de matières se sont conservées intactes pendant des siècles, par la sécheresse exceptionnelle du climat, dont l’atmosphère est toujours d’une constante pureté. Il se passe depuis un temps immémorial dans ces régions plusieurs années sans pluie, et elle y est con- • sidérée comme un événement tout à fait exceptionnel.
Les principaux gisements de guano sont situés dans l’océan Pacifique, sur la côte du Pérou. On l'exploite dans les îles Lhincha, Baker, Jerwis, llowland, Palos, Galopagosetc,
Fig. 63. — Diatomées du guano.
Une partie est la propriété du gouvernement péruvien, qui se procure un revenu considérable avec les droits qu’il fait payer pour l’exploitation.
Examiné microscopiquement, le guano con-
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tient tout un monde de débris organiques, parmi lesquels il existe des Diatomées innombrables. Un patient micrographe, le docteur Greville, y a découvert plus de deux cents espèces, dont la plupart sont remarquables par leur beauté et leur régularité de constitution, mais qui n’existaient qu’en petit nombre. On les rencontre mélangées aux matières amorphes et pulvérulentes; la plupart sont brisées, mais il y en a encore, si on les choisit, un assez grand nombre d’entières pour laisser juger de leur beauté. D] 1 les varient suivant les différences de provenance. Certains guanos sont plus riches les uns que les autres; beaucoup n’en contiennent pas. Ainsi le guano d’Iehaboë, sur la côte occidentale d’Afrique, est un des plus riches; celui de Californie, situé ii ses antipodes, l’est également. Les provenances'du Pacifique diffèrent de celles de l’At— la n tique, et cependant elles ont entre elles une certaine analogie. On rencontre aussi, dans les mers qui baignent les côtes d’Europe, des espèces de Diatomées,, semblables à celles des
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dépôtsde guano situés dans l’autre hémisphère. La mer a été ainsi le mode de transport des germes propagateurs de ces Algues infiniment petites, par les courants généraux et particuliers.
Leur présence dans des dépôts pulvérulents qui ne doivent leur conservation qu’à la sécheresse est, de prime abord, contradictoire avec leur nature essentiellement aquatique. Comment ont-elles été transportées dans le guano? Ici on ne peut invoquer la supposition d’une perturbation terrestre, car les matières ammoniacales et terreuses qui entrent dans la composition du guano, n’ont jamais été submergées. On ne peut émettre que deux opinions. Premièrement, les bandes d’oiseaux marins qui habitent ces parages se sont probablement nourris des Algues d’alentour ou decelles que la mer a jetées sur la grève; après la digestion, leurs déjections auraient déposé les Diatomées, qui, à cause de leur nature complètement siliceuse et inattaquable par les acides, n’ont pu être aucunement élaborés, comme
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l’a été la matière cellulaire des Algues, sur lesquelles elles vivent en parasites. Leur conservation jusqu’à nos jours, dans des matières fortement ammoniacales, est due au même fait. Secondement, on peut aussi supposer (pie les gitanes les ont apportées avec les Algues ayant servi à l’édification de leur nids; les Algues auraient subi la décomposition inévitable do l’ammoniaque et des phosphates; seules les Diatomées seraient restées intactes. On ignore à quelle époque remontent ces dépôts de matières fertilisantes, dont la hauteur dépasse une vingtaine de mètres. D’après les calculs et les supputations hypothétiques, ils seraient contemporains de la période préhistorique.
Un morceau de craie. — • Une partie de l’histoire du monde est écrite dans la craie. A elle seule, elle renferme des documents fossiles considérables plus que toute autre espèce de terrain; elle est un élément dominant dans la constitution de la croûte terrestre. Une partie
de l'Angleterre, les départements du nord de la France, qui sont la continuation du même bassin géologique, le Danemark, le nord de l’Afrique, la Crimée ont leur sol crayeux. C’est, de tous les dépôts, le plus important, par son énorme abondance et la hauteur de ses stratifications, comme par les innombrables espèces de végétaux et d’animaux microscopiques qu’il recèle. On y découvre des Fora mi-* nifères, des Polycystines, des Mollusques, des Polyzoaires, des Spongiaires, des Zoophytes; la plupart de ces organismes sont très-bien conservés par la nature même de la craie ; on a trouvé des éponges presque intactes, des poissons dont les écailles pouvaient encore être discernées.
Chaque stratification possède des animaux et des végétaux fossiles qui sont particuliers à l’époque de sa formation. La craie de Meudon (Seine) n’est pas la même que celle de Gravesend (Angleterre) sur les bords de la Tamise. Ces deux natures examinées par plusieurs micrographes diffèrent essentiellement l’une de
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l’autre. Dans la première , des Globigérinées dominent avec des Coccolithes; dans la seconde, ce sont des Textularia, Rolalia, Planularia et des Navicules. L’agglomération de ces espèces de fossiles microscopiques a joué un grand rôle dans la formation de la croûte terrestre ; elles ont puissamment contribué au développement de la craie. Les Nummulitbes existent non-seulement dans les roches, mais aussi dans une craie spéciale qui a reçu le nom de craie nummulithique ; c’est ainsi qu’est constituée une bande de deux cents lieues de long, commençant sur les rivages de l’Atlantique de l’Europe, pour se terminer en Afrique.
Qu’est-ce que la craie? Outre ces dépouilles organiques, que contient-elle? Nous savons que si l’on brûle un morceau de craie, on obtient de la chaux vive; elle est chimiquement composée de gaz acide carbonique et de chaux ; porté ii une haute température, le gaz acide carbonique se dégage, et la chaux reste. Organiquement elle ressemble tout simplement à une sorte de pierre a grain informe; mais
si l’on en frotte un fragment avec une brosse line dans l’eau et que l’on recueille le dépôt vaseux qui en résulte, on y découvre les dépouilles organiques ci-dessus énoncées. Gette substance de conglomération est cependant laminée, elle présente une certaine analogie avec les tranches minces des dépôts qui recou- • vrent les parois métalliques d’une bouilloire; les petits granules sont déposés par couches ; ils sont les parties constituantes de ce conglomérat de carbonate de chaux; ou pourrait, en voyant ce qui se passe dans un vase, considérer la craie comme une sorte de dépôt gigantesque fait sur l’écorce terrestre au moment oii elle était encore chaude.
Les corps calcaires les plus communs que 1 on voit dans la craie de différentes provenances sont les Globigérinées ; ces squelettes, composés de- plusieurs cellules communiquant les unes avec les autres, existaient en quantités littéralement plus considérables que les grains de sable de la mer. Ainsi que nous l’avons vu précédemment, les sondages exé-
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cillés à do grandes profondeurs onl affirmé l’assertion que le fond de la mer, dans quelques endroits, était jonché de ces mêmes créatures que nous retrouvons dans la craie, gisant maintenant à plusieurs centaines de métrés au-dessus du niveau des mers. La vie sous-marine a été confirmée par la rencontre <r Étoiles de mer, sur les écueils du Groenland, en 18(30, par le capitaine Mac’Clinlock.
Toutes les espèces de craies ne laissent pas apercevoir d’animalcules fossiles; on serait dans l’erreur de croire qu’il n’y a qu à choisir le premier morceau de craie venu pour qu immédiatement on y découvre quelque chose.
Le plus souvent on ne voit que des matières amorphes, nullement intéressantes ; poui savoir trouver des squelettes fossiles, il faut prendre, dans toute la hauteur du banc, pai parties multipliées, a chaque étage de sédimentation apparente, des échantillons trèsnombreux et faire cette étude avec une grande persévérance; malheureusement elle n est pas toujours récompensée ; nous en avons acquis
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la preuve dans l’étude des craies de la vallée de la Bresle.
Chaque contrée possède des fossiles microscopiques propres; ainsi dans la craie de Tos-
cane, à Santa-Fiora (voyez Fig. 6/|), on ne voit que des Diatomées; on tenterait vainement a en trouver de semblables dans les couches énormes sous-jacentes des départements du
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Nord de la France. 11 semble qu’elles ne sont le résultat que de dépôts locaux, lacustres ou marins, restés après le retrait général des eaux.
Il a fallu un temps extraordinairement long pour former avec de si petits matériaux des bancs de plus de cent mètres de hauteur, comme les falaises du Pas-de-Calais. Il est indubitable qu’ils ont vécu au fond de la mer, qu’ils sont morts, et qu’après ils ont été envelis sur l’espace qu’ils occupent aujourd’hui. La compression, l’action du temps et des eaux n’a permis d’en faire parvenir jusqu’à nous (pic des fragments. On peut supposer que les dépôts se sont faits lentement, h des époques qui paraissant différentes par la composition des couches; la chaleur centrale peut ainsi avoir été pour quelque chose dans la formation. On a vu des animaux marins dont le squelette crétacé est resté assez longtemps à découvert pour perdre tous ses organes extérieurs par la putréfaction; on a reconnu ensuite <pie d’autres animaux et végétaux étaient
LES FOSSILES MICROSCOPIQUES. 233 venus à leur tour s’attacher en parasites sur son squelette mis à nu, et qu’ils sont morts avant que la boue calcaire ait enseveli le tout. C’est ainsi un empilement constant de toutes les générations animales et végétales qui se sont succédé.
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