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EAUX

LA VIE ANIMALE DANS L’EAU

L’invention du microscope ne remonte qu’au commencement clu dix-septième siècle; elle paraît être en retard, car, depuis l’antiquité, on savait que les objets vus au travers d’une goutte d’eau, faisant ofiice de lentille, étaient remarquablement grossis. Senèque constatait que l’écriture paraissait plus grosse sous une boule de verre pleine d’eau. Au treizième siècle on avait une habitude de la taille des lentilles déjà assez perfectionnée, pour fabriquer des bésicles destinées à faciliter la vision aux vieillards.

Celui qui réellement fut l’inventeur du microscope est inconnu ; comme la plupart des inventions, elle eut plusieurs auteurs obscurs ipii auraient droit à réclamer la priorité de la découverte. Ceci provient des nombreuses transitions par lesquelles elle a passé. A la lin du dix-septième siècle, Bonnannius publia le premier ouvrage sur la matière, et il est à remarquer que les instruments qui y sont représentés ont une grande ressemblance dans le principe avec ceux en usage aujourd’hui. En

COMMENT ON OBSERVE, ETC

1718, Joblot lit construire plusieurs sortes d’instruments, dont l’ornementation surchargée contrastait avec la forme sévère qui doit caractériser un instrument scientifique; aussi

sont-ils plus curieux comme histoire de l’art que comme construction technique. Plus tard, en Ï1!\Q, Wilson modifia beaucoup ces formes en apparence extérieures, sans réellement

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en changer le principe constituant. Leeuwenhœk fut ensuite un clés premiers observateurs clés infusoires; il les étudia confusément, mais avec sagacité. En 1750, Needham apporta divers perfectionnements notables. En 1772, llooker produisit le premier traité de micrographie appliquée à l’histoire naturelle, et se servit d’un instrument dont le pouvoir amplificateur était de beaucoup supérieur à celui de ses devanciers. Le microscope n’est devenu l’un des plus parfaits appareils de l’optique moderne que depuis qu’on y a employé les lentilles achromatiques; elles sont dues à Frauenhofer. Tandis que Vincent et Charles Chevalier s’appliquaient à la taille de ces lentilles, de son côté Amici travaillait à son microscope clioptrique horizontal, qui fit, lorsqu’il parut, une véritable sensation clans l’optique. Depuis une trentaine d’années, le microscope, suivant l’ensemble de la marche progressive des sciences, est arrivé, après bien des tâtonnements d’artistes habiles, à un haut degré de perfection.

COMMENT ON OÜSERVE, ETC

On fabrique, en Angleterre notamment, de magnifiques instruments, chels-d œuvre de

Fig. 2. — Microscope d’observation. Modèle moyen de M. Nacbet.

mécanique et d’optique; ce luxe n’est pas a la portée de tous ceux qui veulent s’en servir.

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Un très-modeste instrument est bien suffisant pour faire de belles découvertes; il ne s’agit que de savoir bien le manœuvrer. Beaucoup de simples amateurs passionnés pour la science ont acheté un de ces modestes microscopes qui abondent dans le commerce, et après avoir examiné quelques préparations de circonstance, ne sachant où trouver un sujet intéressant d’étude, l’ont relégué dans un coin, comme un objet inutile et épuisé. Que ces observateurs peu persévérants secouent la poussière qui recouvre l’instrument dont ils n’ont pas su tirer parti; qu’ils sachent que des célébrités scientifiques se sont illustrées par des découvertes laites par des instruments trèsordinaires!

Conseils pratiques. — Il est inopportun de faire une description du microscope et de détailler son maniement; on trouvera dans des traités spéciaux les instructions nécessaires. Son usage est, d’autre part, beaucoup plus facile a pratiquer qu’à détailler; de longs coin-

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mentaires ne valent pas l’habitude acquise dès qu’on a un instrument entre les mains. Au bout de quelque temps de simple routine, on est à même de faire de bonnes observations.

Pour premier principe, on doit se pénétrer de cette règle générale : obtenir toujours une image nette , et approprier le grossissement au sujet examiné. Tous les objets ne sont pas dans les conditions requises pour supporter une forte amplification; beaucoup même gagnent à n’être que très-peu grossis : les détails ressortent mieux. Quand on doute, on essaie d’abord avec un faible grossissement, et l’on augmente ensuite jusqu’à ce que, après quelques tâtonnements, on arrête définitivement celui qui convient à l’étude à laquelle on se livre.

L’éclairage est le second point important; s’il est mal combiné, on ne distingue pas suffisamment; s’il est trop intense, il blesse la vue. 11 est donc nécessaire de le régler entre ces deux limites extrêmes. Il y a deux sortes d’éclairage : celui par réflexion, où la lumière

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diffuse est renvoyée par le miroir, et celui par lequel on procède directement, en concentrant par-dessus l’objet, les rayons lumineux au moyen d’une lentille très- convexe. Le premier système s’applique aux substances minces et translucides; le second, utile seulement pour les faibles grossissements, s’applique aux corps opaques; mais il entraîne la conséquence directe d’avoir l’objectif distant du sujet, sans quoi le faisceau lumineux ne pourrait pas arriver dessus.

La mise au point demande une rigoureuse précision; on doit, dans cette opération, avoir la précaution de ne pas descendre la partie mobile précipitamment sur la préparation, car la pression et le contact brusque la briseraient infailliblement.

Au début des observations, la première question que l’on adrôsse est relative à la détermination du grossissement. De quelle utilité peut être sa résolution? La plupart du temps elle n’est qu’une vaine satisfaction. A moins de travaux comparatifs et spéciaux, cette re-

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cherche est plutôt une curiosité qu’une nécessité d’étude. Il suffit de voir nettement les détails, et de savoir qu’approximativement telle ou telle combinaison d’oculaire et d’objectif donne tel grossissement.

Toute la science de la micrographie se résume dans l’art de préparer des sujets pour l’observation, de les disposer suivant les conditions les plus favorables pour bien les voir. Ce n’est que par la pratique et l’usage persévérant de petits moyens qu’on acquiert une expérience suffisante. L’art est difficile; beaucoup de personnes se sont rapidement enthousiasmées de cette science fascinatrice de l’imagination; mais leur ardeur s’est affaiblie devant la manière de faire des préparations, qui leur a paru un obstacle insurmontable.

On peut classer les préparations en deux catégories : celles qui ne sont destinées qu’à une observation temporaire, et celles qui, devant être conservées, sont l’objet d’un soin particulier. Ces dernières demandent une grande expérience, que seuls peuvent acqué-

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rir les préparateurs de profession ou les micrographes spécialistes. Quelques-unes sont de véritables tours de force : M. Môller a réussi à placer sur une de ces étroites lamelles de verre, nommées porte-objet , toute la classification des Diatomées, selon l’algologue Grünow, comprenant /|06 sujets. Plus récemment encore, il en disposa avec ordre jusqu’à 700 sur une seule lamelle de verre, mais le prix s’en élevait à à00 fr.

Pour observer les substances contenues dans l’eau, il n’est pas nécessaire d’avoir recours au talent d’habiles préparateurs, ni de savoir manier avec dextérité les pinces, les aiguilles et le scalpel. On laisse déposer l’eau au fond d’un vase, et l’on met sur le porte-objet une gouttelette du dépôt avec l’extrémité d’une plume quelconque. En commençant, on tombe inévitablement dans le défaut de la surabondance, on encombre la préparation de matières étrangères inutiles, qui tiennent la place de celles qui offrent le plus d’intérêt. Suivant les cas, on laisse la goutte d’eau à l’air libre, ou

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on la recouvre d’un verre mince analogue à une feuille de mica; en recouvrant, il faut faire attention à ne pas exercer de compression qui détériorerait les végétaux ou animalcules; il suffit de le laisser tomber. Il est de toute nécessité que l’instrument soit dans une position permettant à la petite nappe d’eau d’être répartie également; si elle coulait, l’observation deviendrait impossible.

« Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage, » a dit Boileau, en parlant de la poésie; on peut en dire autant de la micrographie, elle demande une patience h toute épreuve.

Récolte des Infusoires. — Dans toutes les eaux qui ne sont pas soumises à l’agitation, la vie animale et végétale se développe abondamment. Le collecteur cherchera de préférence les fossés d’eau stagnante exposés aux rayons du soleil et en plein air, ceux oii l’eau conserve en toutes saisons à peu près le même niveau, les eaux saumâtres des marais salants, là oii l’eau douce des fleuves se mêle à celle

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de la mer, les marécages d’où s’exhalent des miasmes paludéens, et où il ne. faudra s’aventurer prudemment que dans la saison froide. Toutes les eaux peu profondes en général fournissent d’abondants sujets d’étude.

La récolte peut se faire en tout temps ; néanmoins, pendant la saison chaude comme pendant certains moments de l’hiver, la vie microscopique acquiert un plus grand développement et une plus vive énergie. Lorsque la température s’abaisse au-dessous de -h k° environ , les végétaux microscopiques flottants se précipitent vers le fond des fossés, où ils restent sur la vase. Les animalcules à l’état de larves, ou selon leurs états, s’engourdissent et hivernent. On peut choisir deux manières de récolter : à sec, ou dans des flacons; la première ne convient qu’à certaines algues de consistance résistante; on les place étalées sur de petites feuilles de papier non collé, où elles sont abandonnées à la dessiccation et ensuite réunies en herbier. La seconde consiste à introduire dans des (laçons des spécimens de

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plantes ou de mucosités dans lesquelles on juge qu’il y a matière à étude. On se munira en conséquence de (laçons de !\ a 5 centimètres de haut, à col large, ou de tubes de verre de différentes dimensions; on ne saurait trop en emporter, pour multiplier les échantillons de natures diverses.

Les observations ne peuvent se faire sur place, 'à l’endroit même où on les recueille; l’instrument est par lui-même encombrant.

Si, # d’autre part, les proportions en sont trop réduites pour être Fig. 3. - Modèle de

tendu pUlS poi tatll , il ICinpIlL coite des animalcu-

mal son but. En outre, son installation en plein champ est im- i1!2 grandeur.) praticable, si l’on n’est pas accompagné d’un pied avec tablette; le vent ébranle l’appareil, la lumière est dans de mauvaises conditions, on est mal a son aise dans toutes les opérations. Un stanhope ou une lentille dite trichinoscopee st très-bonne pour l’examen pendant la récolte.

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On fabrique du reste de très-petits instruments assez portatifs pour qu’ils puissent être emportés dans les excursions avec toute facilité; pour l’amateur des sciences naturelles, c’est un compagnon utile et agréable. On a imaginé d’en fixer sur la pomme d’une canne plantée en terre; on obtient ainsi une certaine stabilité.

Au bout de quelque temps, le micrographe investigateur acquiert une assez grEfnde habitude de jugement, qui lui permet de bien choisir ses échantillons. En regardant attentivement sur le bord des fossés, on remarque cpie les roseaux et les plantes immergées sont recouverts d’une couche de matières sales et filamenteuses; cueillez délicatement quelques fragments et introduiscz-les dans un llacon. Dans cette gangue malpropre et d’aspect repoussant il existe tout un monde d’infusoires et de petites conferves. Un très-minime fragment déposé sur le porte-objet du microscope avec les pinces ou la pointe d’une aiguille, donnera lieu il une intéressante observation.

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i Ce qui a été ainsi recueilli ne se conserve pas longtemps dans ces vases étroits; l’eau douce, <et surtout l’eau de mer, entrent rapidement en j putréfaction sous l’influence des débris orgai niques, quine tardent pas à se décomposer. Les infusoires meurent, et au bout de quelques jours les organes les plus curieux des végétaux sont perdus. De plus, quelques plantes i marines, comme les Fucus, dégagent des gaz •explosifs qui projettent le bouchon, et fontainsi perdre le contenu. Pour les végétaux, on pourrait remédier à cet inconvénient en les mettant dans l’eau douce* additionnée d’alcool ou de glycérine et d’acide acétique ou d’acide pbénique en petite quantité. Mais les infusoires demandent à cire observés dans le milieu propre h leur existence ; ils meurent dès qu’ils en sont retirés; pour les voir dans toute leur vitalité, il est nécessaire d’agir rapidement.

Quand on a l’intention de se livrer à une étude sérieuse et suivie, il est urgent d’avoir sous la main les sujets propres aux recherches que l’on entreprend, pour les voir dans les

différentes phases par lesquelles ils passent, suivre leur développement et travailler commodément. On remplit facilement cette condition, en ayant chez soi un ou plusieurs aquaria dans lesquels on dépose le produit des récoltes faites dans les excursions; pour cela,

Fig. i. — Aquarium pour l’iStlule do la vie des eaux.

on emploiera avec avantage des verres ordinaires de table, des soucoupes, dont le peu de profondeur et la large expansion de la nappe d’eau est particulièrement convenable. On placera ces aquaria à l’ahri de la poussière, à la lumière et dans un endroit où vient le soleil. Le

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i monde microscopique continue sa vie sous les i regards 'mêmes de l’observateur pendant plusieurs mois; il l’a toujours ainsi à sa disposiilion, il accomplit ses métamorphoses dans cet espace restreint. Au bout de quelque temps, quand l’eau commence à entrer en putréfaction, les infusoires, qui dans certains cas ■semblent par cela même procréés, Uniront par disparaître; la vie ne s’en ira pas pour cela, elle se modifiera : ces graines végétales, comme les graines animales, prendront un nouvel essor. Quand on veut travailler, on y puisera ses sujets d’étude sans déranger le récipient, alin de ne pas apporter de perturbation dans ces intéressants êtres devenus hôtes du logis. Avec la patience et un peu de réflexion, on verra que si les recherches ont été infructueuses dans les débuts, on obtiendra bientôt de bons résultats. Travailler, n’est-ce pas chercher?

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