CHAPITRE IL
COU1 d’oeil SUR LES ANIMALCULES DE L’EAU.
La Pluralité des Mondes. — L’hypothèse de la vie universelle est non-seulement une des plus admissibles, mais aussi, après avoir examiné le plan de la création dans son ensemble, elle est la seule qu’il nous soit possible de concevoir. En s’élevant à un ordre d’idées supérieur, pourquoi ne pourrions-nous pas même admettre que les planètes qui ne nous sont connues que par leur seul aspect ne ressembleraient pas à la terre? Pourquoi en ferions-nous des solitudes, nous qui savons avec quelle fécondité la vie éclot et se développe dans les plus petites conceptions de la nature? Pourquoi, dans des mondes que nous ne connaissons pas, n’y aurait-il pas des êtres organisés, puisque, avec le microscope, nous en découvrons une si grande infinité dans une simple goutte d’eau?
coup d’œil sun les animalcules. 31 Si, comme il est permis à l’intelligence humaine de le supposer, une même loi régit les infiniment petits comme les infiniment grands, pourquoi la vie qui déborde de fécondité sous nos yeux n’atteindrait-elle pas ceux que nous pouvons à peine soupçonner? La vie plaît à l’Auteur de la création, et il l’a répartie sur toute la surface du globe que nous habitons.
Fontenelle, dans la Pluralité des mondes, n’osait qu’émettre des interrogations. « Il y a, dit-il, autant d’espèces d’animaux invisibles que visibles. Nous voyons depuis l’éléphant jusqu’au Giron, là finit notre vue; mais au Giron commence une multitude infinie d’animaux, dont il est l’éléphant, et que nos yeux ne sauraient apercevoir sans secours. On a vu avec des lunettes de très-petites gouttes de pluie, ou de vinaigre, ou d’autres liqueurs, remplies de petits poissons ou de petits serpents qu’on n’aurait jamais soupçonnés d’y habiter, et quelques philosophes croient que le goût qu’elles font sentir sort des piqûres que ces petits animaux font à la langue. Mêlez de
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
certaines choses dans quelques-unes de ces. liqueurs ou exposez-les au soleil ou laissez-les corrompre, voilà aussitôt de nouvelles espèces de petits animaux. »
Lorsque Fontenelle s’exprimait ainsi, le microscope était encore bien imparfait, el les théories sur les animalcules microscopiques se ressentaient du peu des observateurs qui l’avaient précédé. Les habitants de la goutte d’eau ont, depuis Leeuvenhœk, exercé beaucoup de commentaires philosophiques sur la vie animale. Le microscope qu’il possédait lui avait déjà permis de voir l’infiniment petit et vivant. Bernouilli disait à ce propos à Leibnitz : «Si les animalcules avaient une âme intelligente, de façon à ce qu’ils puissent raisonner, ils pourraient se flatter qu’eux et la goutte de liquide qu’ils habitent constituent leur univers. Car, je vous le demande, quelle raison ou quelle expérience auraient-ils qui leur persuadât le contraire? Et qui peut faire connaître à ces pauvres petits animaux qu il existe un autre monde incomparablement plus grand que le
COUP d’œil sur les ANIMALCULES. 33 leur, avec des habitants qui sont incomparablement plus grands qu’eux? Or, comme ces animalcules sont hors d’état de savoir cela, quel est donc parmi nous autres, celui qui sait si tout le monde visible n’est peut-être pas un grain, par rapport à un autre monde incomparablement plus étendu? »
Il peut donc exister, dans la nature, d’autres animaux qui soient en grandeur aussi supérieurs à nous et à nos animaux ordinaires que nous et nos animaux sommes supérieurs aux animalcules microscopiques. Peut-être dans leur monde ils peuvent nous observer dans le nôtre, comme nous observons cette infinie multitude d’animalcules avec le microscope!
L’opinion de Leibnitz était en faveur de celte supposition. «Je ne crains point d’avancer, dit-il, qu’il y a dans l’univers des animaux qui sont en grandeur autant au-dessus des nôtres, que les nôtres sont au-dessus des animalcules qu’on découvre avec le microscope, car la nature ne connaît point de termes. lléciproquemenl il peut, et même il doit
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
se faire qu’il y ait clans de petits grains de poussière, dans les plus petits atomes, des mondes qui ne soient pas inférieurs au nôtre en beauté et en variété. »
Gomme notre intelligence ne peut induire de ce qui se passe ici ce qui se passe sur d’autres globes, supposés par le vague de la pensée, elle ne peut s’élever, malgré sa puissance, jusqu’à comprendre quelle est leur distinction. La vie est en effet partout et sous toutes les formes: dans les animaux, clans les végétaux et meme clans les minéraux. Dans chacune de ces existences, la vie d’un être quel qu’il soit a pour élément les -vies innombrables de la multitude d’êtres inférieurs qui entrent clans sa composition. Certains philosophes veulent admettre que, depuis le système solaire tout entier jusqu’au grain de poussière le plus imperceptible, il y a un monde particulier habité par des myriades d’êtres proportionnés à son étendue. Suivant cette hypothèse absolue, il n’y aurait alors clans l’univers monde si petit qui ne fut composé d’une multitude de mon-
COUP d’œil sur les animalcules. 35 des plus petits encore; mais, d’autre part, il faudrait admettre la réciproque, qui serait alors qu’il n’y aurait monde si énorme qui ne fut pour ainsi dire qu’un atome par rapport à l’immense étendue du monde supérieur, dans la composition duquel il entre? Le raisonnement humain a ses limites; il ne peut donner une solution de tous les phénomènes qui se développent sous ses yeux.
Le Monde de la goutte d'eau stagnante. — ■ Si
l’on ne peut résoudre la question de la pluralité des mondes, et que, comme d’Alembert, on soit obligé de dire sur ce sujet : «on ne sait! » on peut au moins voir d’une manière très-sensible et avec une parfaite évidence les innombrables individus qui s’agitent dans une goutte d’eau stagnante. C’est la plus intéressante des récréations microscopiques, si on se sert pour cette expérience d’eau convenable, disposée au microscope solaire.
John Herschel décrivait ainsi ses impressions sur cette expérience si souvent renouve-
lée et toujours intéressante : « Au moyen d’un «miroir placé à cinq pieds de la lentille, j’ob- « servais tour à tour chacune des propor- « tions infiniment petites de ma goutte d’eau. « Ainsi agrandie, elle était toute peuplée d’ani- « malcules de plusieurs espèces et de toutes «grandeurs, depuis un seizième de pouce jus- « qu’à treize pouces. Souvent la foule parais- «sait si nombreuse qu’il eût été impossible, « dans cette étendue de douze pieds, de plate cer la pointe d’une aiguille sur un seul point «inoccupé. Quelquefois je n’apercevais plus « qu’une vaste nappe de petits animaux, vivants «qui semblaient éclore tout à coup, les uns «gros comme la tête d’une épingle, les autres «comme une lentille, tandis que d’autres ani- « maux, plus parfaits et de plus grande dimen- « sion se jouaient au milieu de ces nouveaux «venus. Lorsque les habitants de la goutte «d’eau devenaient plus nombreux, ils for- « niaient une masse compacte et mouvante, «dont j’étais obligé d’effacer une partie, en «versant une goutte d’eau pure, pour ob-
coup d’œil sur les animalculës. 37
'< server plus facilement les mouvements du « reste. »
L’expérience du savant astronome peut se renouveler facilement, car les perfectionnements de l’optique moderne montrent les sujets microscopiques avec une netteté qu’on ne pouvait obtenir à cette époque. Les infusoires
Eig. 5. — Milleslum tardigradum.
et autres animalcules ne font certainement pas défaut, il est seulement nécessaire de bien choisir 1 eau ; plus elle est vieille et corrompue, plus elle est riche. La première fois que, 1 œil au microscope, on voit auprès de soi un gros et hideux infusoire remplir le champ de sa masse informe et rebutante, on est invo-
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
lontairement saisi, à ce spectacle, d’un sentiment de crainte et de dégoût. Avoir près de l’œil un si vil animal, n’est-ce pas repoussant ? Si l’on répétait celte expérience avec toute la grandeur que lui donne le microscope solaire, en présence de ceux qui ne sont pas familiarisés avec les notions scientifiques, l’expérimentateur serait traité de sorcellerie.
Pour installer facilement un microscope solaire, on n’a besoin que d’un microscope ordinaire d’observation qui soit inclinant. On dispose une petite cuve formée de deux lames de verre porte-objets qui sont soudées sur les bords par une mince lamelle de gutta-percha, dont l’épaisseur ne donne que de 3 à 5 millimètres de distance aux faces parallèles de cet aquarium plan; par le côté laissé ouvert, on introduit de l’eau qui contient beaucoup d’infusoires. Sur l’appui d’une fenêtre exposée au midi , on établit une planchette permettant l’installation extérieure de l’instrument; dans les volets, qui doivent, quand ils sont fermés, ne pas laisser pénétrer la lumière , on pratique
COUP d’œil SUR LES ANIMALCULES. 39
un trou du diamètre du microscope, en ménageant à côté une autre ouverture munie d’un
rideau, par laquelle on ait la faculté de manœuvrer l’instrument. Intérieurement on organise sur une planche ou un châssis un écran fait avec une grande feuille de papier bien tendue. En mettant entre les pinces de la platine la cuve plane et en projetant un rayon de soleil dans ce petit aquarium amplifié par l’objectif, on reçoit dans celte chambre noire l’image de tous les animalcules qui passent dans le champ de projection. C’est une multitude grouillante , fourmillante sous la chaleur du soleil réfléchi; des anguillules serpentent, des monades exécutent des mouvements fantastiques, de gros rotifères, des vorticelles, des vibrions se croisent avec une surprenante rapidité. C’est la vie sous la plus étrange forme! C’est un monde où tout est mystère , bien plus encore que dans l’ordre ordinaire des choses qui frappent continuellement nos yeux, et qui n’ont pas l’attrait du merveilleux, parce que nous sommes habitués a les considérer
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
quotidiennement. Là vivent des myriades d’êtres nés dans la fange, ébauches de la vie, qui, quoique infimes, n’en accomplissent pas moins
Fig. G. — Le monde d’une goutte d’eau.
des fonctions vitales avec autant de régularité tpie les plus grands animaux; la végètent des plantes dont la perfection est aussi admirable que les plus grands arbres des forêts tropicales !
coup d-’œil sun les animalcules. 41
La fig. 6 représente ce chaos de la vie aquatique; ce n’est pas, ainsi qu’on s’est plu a Ile faire croire vulgairement, une goutte d’eau quelconque vue au microscope; celui qui, en en déposant sur le porte-objet une goutte prise sans discernement,' espérerait y trouver cette i multitude de sujets, se tromperait inévitable— unent. Nous avons seulement groupé dans cet ensemble les animalcules et les Gonferves que ll’on rencontre le plus fréquemment dans les eaux stagnantes. C’est en quelque sorte une mosaïque microscopique de la vie aquatique.
Débrouillons les principaux sujets qui y sont ligurés confusément ; ces corps aux formes indéterminées, munis de cils, sont des infusoires; au milieu de la foule, les uns ressemblent à des animaux organisés, les autres, plus élémentaires, tiennent du végétal; quelques-uns sont fixés par un pédicelle sur un corps quelconque , et sont presque dépourvus de la faculté de se mouvoir. Ces corpuscules réguliers et géométriques appartiennent à la classe des Diatomacées, qui fait partie des Al-
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
gués, bien que plusieurs d’entre eux, à une certaine période de leur existence, possèdent , comme les infusoires, la faculté de se mouvoir. Les stries régulières sont leur caractère principal. Plusieurs de ces longs filaments, dont la surface est pourvue de ponctuations, de stries ou de taches régulières, sont des Confervées sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.
Plus il y a de corruption dans l’eau, plus la vie y est développée; plus l’eau sera putride dans un aquarium, meilleure elle sera. Le secret des opticiens ambulants, qui font voir au public crédule des vibrions et autres infusoires sous un prétendu grossissement exagéré, consiste simplement à faire usage d’eau assez bien choisie pour obtenir des infusoires qui sont visibles même à l’œil nu ; avec une lentille très-faible, ils font croire à des merveilles.
Les Infusoires. — Les animalcules qui s’agitent dans l’eau constituent une classe spéciale, celle des infusoires, classe immense dans sa
COUP d’œil sur les animalcules.
wariété , autant que clans sa fécondité. Loii- ■ gine de cette dénomination est due aux circonstances dans lesquelles nous les voyons se [propager. En effet, ils paraissent procenu des décompositions végétales infusantes, sans qu on ■sache réellement l’origine de leur vie.
Fig. 7. — Monades.
Plusieurs essais de classification ont été tentés; les différents auteurs n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur les caractères qui doivent servir de base. Un des plus anciens et de ceux qui ont le plus puissamment contribué a les faire connaître, Dujardin, les répartit en 5
44 LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
ordres et 18 familles. Il s’est appuyé sur la présence ou l’absence de certains caractères , les cils vibratiles notamment. Choisissons les principales familles, sans, vouloir nous embarrasser dans une nomenclature aride, et qui n’a d’autre effet que d’embrouiller les commençants.
i’ig. b, — Kolpoclc avec les granules internes.
Les Monades sont dans toutes les infusions ; leurs dimensions ne dépassent pas celle d’un point; leur corps est sphérique et transparent; elles se meuvent avec une étonnante volubilité rotatoire. Le professeur O vven a supputé qu’il en existait plus de cinq cents millions dans une goutte d’eau.
Les Kolpodes ont la forme d’un ovale allongé, pouvant être comparé à celui d’une
COUP n’CETL SUR LES ANIMALCULES. 45
• langsue en son moindre degré de développement. Ils sont pourvus de cils vibratiles , et Hans l’intérieur, à travers leur corps transparent, on distingue divers corps que l’on suppose être à la fois leurs intestins et leurs œufs orocréateurs.
"ig. !). — Rotiffcro fortement grossi laissant voir la masse intestinale intérieure.
Les Vorticelles sont remarquables par leur métamorphose et leur mode de développement, qui ressemble beaucoup à celui des Polypes. Biles se composent d’un corps rond, porté sur une queue contractile, de forme conique, camioanulée; leur bouche est située sur le bord de eur expansion terminale en forme de vase. AVutour de leur partie renflée, s’épanouit une i -angée postérieure de cils ondulants.
Les Vibrions se confondent souvent avec les
LA VIE ANIMALE DANS L EAU
Anguillules ; ce sonldes infusoires filiformes, dépourvus d’organes locomoteurs, et dont la progression ne se fait que par reptation, comme les vers. Quand il y en a une masse nombreuse réunie, ils produisent un mouvement constant de vibration. Quelques-uns ont une forme hélicoïdale, et tournent ainsi sur euxmêmes. ,
Les Bactéries , qui ont été quelquefois classés parmi les végétaux, ressemblent à de petits bâtonnets fasciculés et juxtaposés; leurs mouvements sont très-rapides. Ils se trouvent en abondance, non-seulement dans l’eau et les infusions végétales, mais aussi dans certaines parties du corps humain, où ils sont cause de plusieurs maladies épidémiques.
Les Tardigrades ont été décrits en premier lieu par Spallanzani, qui leur a donné le nom qu’ils ont conservé jusqu’aujourd’hui, à cause de la lenteur de mouvement qu’il leur attribuait. Ces infusoires, qui vivent plutôt dans les endroits humides que dans l’eau proprement dite, ont une organisation assez compliquée
coup d’œil sur lus animalcules. 47 ■relativement aux précédents; ils sont pourvus die pattes et d’intestins caractérisés.
Les Rôti [ères ont un aspect à la fois fusitforme et contractile, qui leur permet de se pelotonner en boule; leurs anneaux rentrent al-
Fig. 10. — Différentes espèces de Rotifères.
Iternativement les uns dans les autres , et peuwent ensuite s’allonger à volonté. Ils ont une tête garnie de cils, -et dans l’intérieur du corps on distingue une organisation intestinale. Ils ont acquis une certaine célébrité micrographique, par la faculté qu’ils possèdent de pouvoir
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
ressusciter après avoir été desséchés artificiellement et naturellement.
Le corps des infusoires est généralement gélatineux. et transparent, ce qui rend visible, sous un éclairage énergique, les viscères et l’organisation intérieure. La plupart sont pourvus de cils, répandus tantôt régulièrement, tantôt sans ordre apparent, sur toute leur sur-
Fig. 1 1. — Infusoire : Tnrcligrade.
face; c’est le plus souvent vers l’endroit auquel on pourrait assigner le nom de tête qu’ils sont en plus grande abondance. On regarde ces appendices comme nécessaires à la préhension des substances qui* servent à l’alimentation. Ces cils se meuvent, chez quelques-uns, avec un frémissement très-rapide; chez d’autres, ils ont un mouvement ondulatoire.
coup d’œil sur les animalcules. 4t)
Mouvements des Infusoires. — Les infusoires s’avancent tantôt avec une lenteur remarquable : c’est le fait des plus grands; tantôt ils tournoient avec vivacité : cela a lieu pour les plus petits. Les moyens locomoteurs de ces derniers sont une sorte de distorsion de tout leur être; cette hideuse masse rentre alternativement en elle-même, ou s’allonge avec la reptation du serpent. Quelques-uns ont la faculté d’établir dans leur corps des courants de fluide granulaire qui circulent dans toutes ses parties, sans pour cela qu’il y ait apparence d’intestins dont la contrainte provoquerait ce phénomène. On dirait pour quelques-uns que les viscères, qui se meuvent conjointement avec tout le corps, ont la faculté de servir d’organes locomoteurs. L’infusoire glisse plutôt qu’il ne rampe; son corps gélatineux se prête à toutes les exigences de ses mouvements, en arrière comme en avant; on ne peut discerner le dos du ventre; sur un côté comme sur l’autre, il peut ramper, se mouvoir, et se retourner. Quand il est stationnaire, il semble
LA VIE ANIMALE DANS L!EAU
guetter sa proie, eu remuant ses cils comme pour les attirer, et établissant un mouvement alternatif de son fluide granulaire.
Les petits infusoires ne paraissent pas soumis à cette torpeur des plus grands; ils exécutent en tous sens des mouvements giratoires vertigineux, traversent instanlanémentlechamp du microscope, sans qu’il soit possible de les suivre. L’impuissance de nos instruments les plus perfectionnés ne nous révèle pas quels sont les organes, si merveilleux dans leur petitesse, qui leur permettent de ces rapides évolutions disproportionnées avec leur taille.
Choque genre d’infusoire a un genre de reptation qui lui est propre; il n’est pas en rapport avec leur degré do perfection. Chez ceux qui, sous un grossissement de mille diamètres, ne paraissent que comme un point, il y a une grande force vitale qui se traduit par le mouvement. C’est l 'animalité moléculaire. Chacun de ces animalcules l’accomplit suivant une ligne spéciale : certaines Navicules se meuvent en ligne droite; les Monades suivent une ligne
COUP d’œil sur les animalcules. 51
ondulée; d’autres tourneront toujours en décrivant un cercle complet toujours dans le même sens de direction; à côté, des Oscillaires s’inclineront alternativement adroite et à gauche. Quelquefois l’on voit ces infusoires pro-
Fig. 12. — Infusoires: Vorticelles adhérentes à un noyau central par leur queue rétractile.
créés par les conferves, tels que les spores d’OEdogonium , se servir de leurs cils comme de pattes et progresser avec une grande rapidité; d’autres, réunis en paquets, n’ayant pas encore une vie distincte , tournoyer tous
52 LA VIE ANIMALE DANS L’EAU
ensemble , comme le ferait un individu séparé.
Outre les cils, qui sont doués d’une vivacité d’action très-prononcée, quelques infusoires , même les plus élémentaires, possèdent, dans le pédicelle même sur lequel ils ont végété, une propriété élastique très-prononcée. Les Vorticelles, qui sont très communes dans toutes les eaux croupissantes, offrent un curieux spectacle, si le hasard amène sous l’œil du micrographe un groupe de ces individus dans de bonnes conditions de vitalité. Autour d’un corps inerte, huit ou dix petites masses gélatineuses, pelotonnées en forme de poire (fig. J 2), y sont adhérentes par une queue transparente et résistante. Au moment du calme, les Vorticelles s’éloignent doucement, insensiblement, chacune séparément; au moindre signe de crainte, si un autre infusoire vient à passer à côté, ou si un trouble quelconque se produit dans l’eau, instantanément, avec cette sorte d’appendice caudal, elles se repelotonnent en boule sur leur noyau central.
coup d’œil sur les animalcules. 53 Il y a une force rétractile très-prononcée pour attirer au centre, niais qui ne peut agir que lentement dans l’expansion. Peu après, elles s’allongent de nouveau, et recommencent le même exercice. Pour jouir de toutes leurs évolutions, il est nécessaire que l’observation soit faite dans une goutte d’eau non comprimée avec une lamelle de recouvrement, et dans laquelle cette espèce soit abondante.
LA VIE ANIMALE DANS L’EAU