‹ Le monde nouveauChapitre 28 sur 44 · CHA?IT?.3 ZZ · texte numérisé non relu

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LE COtTVERrTEMEîTT

<r On a beaucoup vanté la réponse d'Helvétius à Montesquieu, qui le consultait sur sa définition des gouvernemens: « Je n'en connais que deux sortes , » dit Helvétius , « les bons et les mauvais. » On n'a pas pris garde que ces mots, en concluant trop vite, n'aboutissaient à rien , et que le problème restait toujours problème. Helvétius avait beau dire, il n'en

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fallait pas moins rechercher quel mode de gouvernement était le bon , et c'est ce que Montesquieu avait tâché de faire.

y> De ceci il ne suit pas rigoureusement qu'on adopte les données de Y Esprit des lois. Les idées de Montesquieu sont quelquefois plus spirituelles que justes, et ce grand homme s'est laissé décevoir par l'apparence du vrai.

» Je me suis souvent étonné qu'il y eût tant d'esprit au fond des hommes de génie; c'est cet esprit qui rend leur organisation incomplète, qui les empêche de pousser bien avant dans leurs idées. Quand ils ont trouvé un contraste, ils s'y tiennent; et souvent l'antithèse n'est que le côté spirituel d'une pensée profonde , la vérité reste au delà. Pour être de cet avis , on n'a qu'à lire et comprendre Tacite , Machiavel et Montesquieu.

» Lorsque Montesquieu eut tracé son parallèle des trois gouvernemens ; lorsque, au lieu d'en rechercher les causes et les effets, il s'ingénia à en trouver le mobile, et que ses idées eurent fait cliquetis, il crut que tout était là.

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» C'est que, de son temps, il n'était peut-être pas donné à un penseur d'aller plus loin. Quand la comète est venue, il y avait plus d'idées politiques dans la tét<4 du dernier étudiant, que dans la tète d'un ministre du XVIIIe siècle , comme un mince professeur de collège était plus avancé que Newton dans les sciences mathématiques.

» L'honneur !... la vertu !... Vous enfermer dans ces deux mots comme dans un cercle de fer, sans vous permettre d'en sortir m de vous en écarter un seul moment ; vous faire illusion au point de vous porter à croire que tout est défini parce qu'une idée est généralisée, c'est bien le propre d'un homme puissant ! Si l'on en vient à se soustraire au charme, si l'on reprend assez de calme pour vouloir compter avec Montesquieu, on voit bientôt que ce brillant éclair jette une lueur trop rapide pour illuminer largement la route.

» Et pourtant il a fallu passer par toutes ces théories, par tous ces systèmes, brillantes tentatives de l'esprit humain , pour s'ouvrir une

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voie vers la vérité. Notre nature est si bornée que rien ne s'y obtient de prime-saut. On hésite, on tâtonne, on fait un pas, puis votre oeuvre est reprise au point où vous l'aviez laissée, et un plus heureux achève ce que vous aviez commencé.

» Ce n'est point une besogne de philosophe que j'entreprends aujourd'hui ; l'indécision ne m'est pas permise, elle serait mortelle. La théorie du gouvernement m'inquiète peu. Oui, Helvétius a dit vrai; oui, il n'en est que deux sortes; mais ce que Helvétius n'a pas dit, c'est que les bons sont ceux qui consacrent les intérêts généraux ; les mauvais sont ceux qui sacrifient les intérêts généraux aux intérêts exceptionnels.

» Le fonds une fois admis, la question de forme apparaît avec toutes ses exigences.

» Dans la vieille Europe, j'ai vu que la perturbation sociale provenait surtout d'un vice de forme. Avec des rois, une cour, une aristocratie compacte , les intérêts généraux avaient peu de chances. Supposez un roi-mo-

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