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APPRÉCIATIONS

un bateleur avec ses gobelets ; oui , sans doute, les faits vous donnent gain de cause, si le but, après quoi l'on court ici bas, est un juste milieu entre le bien et le mal; que si la vie politique des peuples doit être entière et rationnelle, l'histoire vous donne un démenti de tous les jours.

• Lorsque parut lès, fils de Marja, ce bienfaiteur des sociétés anciennes, ce grand réformateur de l'ordre civil, sa mission ne fut pas instantanée; la vérité, qu'il prêcha avec tant de constance et de courage, avait, avant lui, des apôtres, mais des apôtres persécutés et qui cachaient leur vie dans les sauvages déserts du tropique. La parole que Jean -Baptiste inspira au Christ obtint-elle une victoire armée? On sait la longue et sanglante lutte du christianisme contre le vieil ordre de choses; on $ait combien de sang humain a coulé sur les échafauds. Voilà enfin le principe sur le trône avec Constantin. Eh bien ! dans ce Bas- Empire , tant méconnu , où l'ardeur qu'on avait aux schismes témoigne de l'indépen-

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dance d'esprit ( car la religion chrétienne étant alors la seule liberté possible, chacun cherchait à y donner la meilleure formule); dans le Bas-Empire, qui donc a triomphé, de la liberté ou de la barbarie ?

» Les Romains sont devenus chrétiens... Les Barbares sont devenus chrétiens... Mais les Romains et les Barbares n'avaient-ils pas eu constamment la victoire sur le christianisme?

» A une époque plus rapprochée, quand la révolution française fit pour l'ordre politique ce que le christianisme avait fait pour l'ordre civil, l'Europe conjurée n'a-t-elle pas eu raison de la révolution française? Dira-t-on que la chute de Napoléon fut un progrès, parce que, après lui, on fit, en France, un timide et misérable essai de liberté? Mais le mouvement intellectuel aurait eu lieu, à la paix, sous Napoléon, plus largement, plus normalement que sous Louis XVIII : car Napoléon n'était pas, comme le chef des Bourbons, un principe antipathique à la liberté. Un intérêt plus

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puissant préoccupait la nation ; il fallait vain cr e, et elle n'a pas vaincu.

La longue , l'éternelle querelle du droit et du privilège, n'a eu qu'un moment des chances de victoire par la voie des armes ; c'est à la chute des Bourbons. Mais la doctrine ne voulut pas la guerre , parce que les peuples s'entendaient trop bien ; et après la bataille , on aurait posé de trop larges principes. Il faut à l'aigle le vaste espace des cieux ; il faut des cages aux serins.

»Ce nonobstant, il y a eu progrès constant, progrès rapide, parce qu'ainsi le veulent les choses. Ce ne sont pas les rochers qui forment les fleuves sur les montagnes, mais ce sont les rochers qui, en arrêtant le cours de minces filets d'eau , les forcent à devenir fleuves. La raison est puissante sur les cerveaux humains, et la force brutale est contrainte de céder aux idées des vaincus.

Ne voudra-t-on pas voir que, dans l'ancien monde , il y a eu combat à mort entre l'intelligence et la force, que celle-ci a presque

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