‹ Le monde nouveauChapitre 7 sur 44 · LE CHANGEMENT D AXE. 1J · texte numérisé non relu

LE CHANGEMENT D AXE. 1J

» — Plutôt souffrir mille morts que de rest» r fe dans ces horribles lieux

» — Lhbien ! venez; tentoiib la mer et cou- » rons a la recherche d'un coin de terre sous » un doux soleil , où la vie soit possible.

« — Sur quel vaisseau ? » demanda la com-

:< — Sur une de ces masses flottantes de » glace.

» — Juste ciel ! » s'ecrierent les femmes.

« — Mais ici, » reprit Breuiond. ■ la nature

■ est morte a tout jamais; point de printemps,

■ point d'été ; c'est un long, un éternel hiver;

■ sous ces vastes neiges, point de mousse; jamais ces glaciers, coulant en longues ava-

» lanches, ne permettront jl la terre de jeter, » sous un soleil sans puissance, des fruits et * des fleurs. C'est a peine si nous pourrons prolonger de quelques jours notre triste » existence en faisant la chasse aux monstres » marins; et déjà le froid nous dompte, déjà » le sang refoule vers le cœur menace de s'y » arrêter... Venez, fuyons

ï*4 LE CHANGEMENT D'AXE.

» — Jamais! jamais! «dirent les femmes; et , enlaçant leurs bras roidis , elles dirent d'une voix éteinte : » INous mourrons en- » semble.

» — Femmes ! » s'écria Brémond , « croyez- » vous que Dieu nous ait fait échapper au nau- » frage de l'espèce humaine pour nous laisser » au milieu de ces mers glacées, à la merci de » la mort? S'il nous a choisis, moi entre tous » les hommes , vous entre toutes les femmes , » c'est qu'il avait sur nous une pensée... Ve- » nez, je réponds de votre vie sur la mienne; » venez. »

Il y avaic, dans l'air de Brémond, quelque chose d'inspiré, de surhumain qui imposa aux trois femmes. Elles promenèrent leurs regards autour d'elle; partout des pics sauvages, une horrible solitude, et, pour tout bruit, le lourd balancement d'une mer obstruée de glaces.

« — Le sort en est jeté! » s'écria la comtesse , « nous vous suivrons. Mais quand viendra la » nuit , quand tout sera noir autour de nous .

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i» Dieu! quelle sera nôtre peur dans ces iin- )> menses ténèbres !

» — Ne craignez rien; la terre s'offrira biend tôt à nous.

» — Partons, » dit la marquise d'un air résolu. « Si je reste un moment de plus ici, je » meurs. »

Et touss'acbeminèrent avec précaution vers Le rivage. Ils y allaient toucher quand des cris perçans se firent entendre. Le premier sentiment des femmes fut un sentiment de peur; mais bientôt les cris devinrent plus distincts: le cœur de Brémond se troubla de joie; il lui sembla que c'était une voix humaine, que cette voix lui était connue. Une femme apparut, qui se traînait, faible, languissante, de rocher en rocher; par un dernier effort, elle franchit la distance qui la sépare encore de Brémond, et elle tombe mourante à ses piedb. C'était Sara.

Le jeune homme se précipita sur elle, et il essaya de la rappeler à la vie.

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