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CARACTÈRE ET VUE D'ENSEMBLE DU MONDE NOUVEAU

Tous les courants de la politique, de la science, de l'esthétique, de Thistoire, nous conduisent donc au Monde Nouveau.

Les mathématiques elles-mêmes lui rendent hommage, en nous donnant l'explication des chiffres mystérieux de la Bible et de l'Apocalypse. Et la mystique nous a donné le signal de son avènement, en inspirant à Pie IX la bienheureuse pensée de proclamer le dogme de l'immaculée Conception et de canoniser les saints du Japon, prélude du règne de mille ans de ceux qui sont morts pour avoir rendu témoignage à Jésus (1).

1^ La glorification de la Vierge et des Saints, sous le règne de Jésus-Christ, le Grand Monarque ou l'inspirateur suprême du Pasteur universel et des chefs de gouvernement, sera donc le caractère fondamental du Monde Nouveau.

(l)Âpoc., xxy 4.

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2** Une paix profonde et féconde sera un autre caractère de ce monde béni, où les Peuples « changeront leurs épées en socs de charrue, etc. » (1).

S^'La délivrance des opprimés {les Polonais, les chrétiens d'Orient, etc,) et le soulagement des malheureui les corporations, les œuvres de bienfaisance), seront un autre caractère du monde du Sauveur, où « ceux « qui ont faim n'éprouveront plus de faim et où Dieu « prendra pitié des opprimés (2) » .

4® Un autre caractère du millénaire sabbatique consistera dans les bienveillantes relations d'égalité et de fraternité, qui s'établiront, dans toutes les hiérarchies politiques, sociales et religieuses, entre les supérieurs et les inférieurs, et entre les diverses classes de citoyens, prolétaires, bourgeois, nobles et paysans. Ce sera le temps, où « les lions (les rois) deviendront doux comme « les brebis et iront aux mêmes pâturages que le bœuf « (le peuple) ; où le loup (le maître, le noble) habitera « avec l'agneau (l'esclave et le serf) » (3).

5^ Un développement extraordinaire des connaissances humaines dans l'ordre naturel et dans Tordre surnaturel, sera encore un des caractères de ce monde de bénédiction, où « l'instruction (dans l'ordre naturel) « sera multipliée (4), et où la science du Seigneur (dans « l'ordre surnaturel) inondera la terre, comme une im-

{{) Is., 11,4.

(2) Ib,j XLix, 8 et suiv.

(3) /6., XI, 6 et suiv.

(4) Daniel, xii, 4.

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mense mer (1) . » Ce sera par conséquent Tère des grands savants et des grands docteurs.

6^ Un autre caractère du Monde Nouveau consistera dans un grand développement de la richesse publique et privée, et surtout de la richesse agricole. La terre produira seize pour un, comme cela a déjà lieu dans quelques contrées de TEurope : « La terre sera chargée de moissons et les arbres couvertsde fruits (2). »

7** Enfin, la conversion des Juifs sera un autre caractère du monde de Jésus-Christ. Ce peuple, toujours charnel, voyant s'accomplir les diverses promesses, constituant les six caractères du Monde Nouveau dont nous venons de parler et qui sont déjà en pleine voie de réalisation, viendra apporter, à son tour, à ce monde d'universelle réparation, son septième et dernier caractère, ou le caractère sabbatique, le caractère glorieux et triomphal du grand jour du Seigneur (Israël retrouvé).

L'œuvre de Dieu sur la terre se trouvant alors achevée, on verra resplendir en elle tous les signes de la plénitude et de la grandeur, et la race humaine, comblée, sera obligée de confesser la divinité de Celui qui la comble, et d'avouer que, si elle n'a pas été heureuse plus tôt, c'est bien sa faute, puisqu'il aurait dépendu d'elle de faire, depuis six mille ans, son profit de cette parole profonde du Seigneur dans le Lévitique : « Gardez « mes commandements , révérez mes sabbats et mon

(1) Is., XI, 9.

(2) Lévit., XXVI.

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«sanctuaire, et vous mangerez votre pain à sa- « tiété (1). »

A la vue de ces merveilles, les Juifs ouvriront donc les yeux et s'écrieront : « C est lui ! c'est le Messie, « c'est bien là le Grand Monarque que nous attendons « depuis Abraham. Il en a tous les caractères, même « ceux que nous n'étions pas en droit d'espérer : la « gloire, l'éclat, la puissance, l'abondance, l'empire ! »

Et alors, inondés des lumières des prophéties, leur conversion, si souvent annoncée par les Livres Saints, et qui sera l'accomplissement de la plus frappante des prophéties, inondera à son tour le monde de lumières.

Il y aura action et réaction : L'accomplissement des prophéties convertira les Juifs, et la conversion des Juifs, mettant le dernier sceau à l'accomplissement des prophéties, convertira les peuples encore hésitants et confirmera la foi des peuples convertis.

Cependant, il ne faudrait pas toujours prendre à la lettre le langage souvent figuré des prophètes. On voit par les prophéties, relatives à l'avènement du Sauveur et déjà réalisées, combien elles s'éloignent de la signification littérale et toute charnelle ou matérielle que les Juifs leur donnaient. Les prophéties ont une signification infiniment plus profonde et plus haute que toutes les interprétations faites avant l'événement. Les

(1) Lévit., XXV, 2 et suiv.

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interprétations si étroites et si profondément égoïstes des Juifs le prouvent surabondamment. Car, à ne considérer que le côté le moins important des promesses, le côté purement matériel, les Juifs étaient loin de s'attendre aux merveilles déjà réalisées de l'industrie moderne. Et on aurait bien surpris leurs scribes et leurs docteurs, si pleins de leur petite science, si on leur ayait dit que la science serait un jour multipliée, au point de mettre toutes les forces de la nature et même celles du tonnerre entre nos mains, et particulièrement entre les mains des hommes de leur race (les Rothschild, les Pereire). Ces doctes et graves personnages, qui étaient les sages de leur temps, attendaient, tout au plus, des moissons et des vendanges plus abondantes, et ils auraient fait crucifier, très-probablement, le séducteur et le séditieux assez audacieux pour leur dire qu'ils ne comprenaient rien aux prophètes, et qu'il arriverait réellement un jour ow la face de la terre serait renouvelée, et où l'on pourrait s'entretenir, sans changer de place, d'une extrémité du globe à l'autre.

Le Monde Nouveau est donc pleÎA de souriantes perspectives, et, cependant, on s'exposerait aux plus cruelles mystifications si on croyait, avec certains illuminés, que le monde va être retourné et ses lois renversées. Daniel menace du plus terrible châtiment le faux prophète, justement pour avoir voulu changer les lois (1). Le Monde Nouveau ne changera aucune loi,

(1) Dan., VII, 25.

mais au contraire il s'appliquera à les découvrir, avec une scrupuleuse exactitude, afln que rhomme, y mettant du sien le moins possible, Dieu seul se trouve en jeu dans les applications, en grand, que Thomme fera des lois divines une fois découvertes.

Ce que nous venons de dire de Tordre matériel est également vrai de l'ordre moral, oîi toutes les lois de Téthique devront continuer à recevoir leur application jusqu'à la fin des temps. Le Monde Nouveau aura beau, en effet, ouvrir à l'homme une ère de félicité indéfinie, en le faisant marcher dans Une voie plus correcte et plus droite, la Loi du perfectionnement par l'épreuve n'en continuera pas moins à recevoir son application universelle à tous les ordres d'existences et de relations, en vertu de cette parole d'Isaïe : « Je vous ai purifiés,.. « je vous ai épurés au feu de l'adversité » (1).

Cette purification, cette épuration, est une des nécessités de notre nature déchue, et une condition préalable de la formation du nouvel homme (du Monde Nouveau) en nous. Noiis ne saurions être, en effet, dans le Monde Nouveau d'une meilleure condition que le Christ et les Saints, ces grands et illustres tributaires de la douleur et des larmes;

Il suffit de lire attentivement le livre de la Révélation, l'Apocalypse, et, dans les nombreux passages où saint Jean fait dlusion au Monde Nouveau, on retrouve partout, même dans l'histoire des sept églises, la preuve

({) IS., XLVIÏI, 10.

ou LE MONDE DE jfiSUS-GHRlST. 521

que rhumanité ne sera alors aflPranchie ni du péché, ni par conséquent des suites du péché.

Le chapitre xx semblerait seul devoir faire exception à la règle. Saint Jean parle, dans ce chapitre, du règne des Saints, gin n'ont point adoré la Bête ni son image. Mais évidemment ce règne ne doit s'entendre que de la Communion des Saints. Cette communion, pouvant créer des rapports plus directs et plus intimes entre les Saints du ciel et ceux de la terre, fera réellement , mais d'une manière invisible , participer les Saints du Ciel au gouvernement de la terre, dont Jésus- Christ sera le chef également invisible, mais tout aussi réel.

Personnifié dans le Pasteur universel ou le Pape, et chef des Hiérarchies célestes, Jésus-Christ, dans le Monde Nouveau, sera donc le Grand Monarque (ij, qui opérera en sa personne Funité du gouvernement des Saints du Ciel et des Saints de la terre.

Les Saints du Ciel étant affranchis de tout mal, le texte sacré du chapitre xx leur sera applicable, mais les autres continueront à subir les maux inséparables

({) 11 sera aussi le Grand Monarque dans l'ordre politique, car il sera Tlnspirateur des peuples et de leurs chefs ou représentants. Et c'est môme cette universalité de Tempire du Christ, sur tous les êtres de la création^ qui donnera au Monde Nouveau son caractère le plus éclatant. Grâce à une abondante effusion du Saint-Esprit, le Christ régnera ainsi sur les hommes par Tinspiration, dont VÉglise sera toujours le canal, mais qui se communiquera aux peuples et à leurs représentants d*une manière plus intime. Cette Inspiration sera même si intime, qu'elle fera comme sentir la présence de Jésus- Christ, du Grand Monarque, et rendra comme palpables les effets de son empire universel sur les ûmes. -

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de la condition humaine, tout en participant d'une manière ineffable aux jouissances du triomphe de leurs frères dans le ciel.

Un état du genre humain d*où le drame de Thistoireserait complètement banni, nous parait utopique et nullement désirable. La physionomie du Monde Nouveau n'aura pas le caractère sanguinaire du Monde Passé, mais, indépendamment des croisades de la civilisation, qui pourront encore exiger une grande effusion de sang, il y aurait exceptionnellement d'autres guerres que nous ne verrions pas là un démenti aux prophètes.

La mort ne saurait effrayer le chrétien. Dans le Monde Nouveau, comme dans l'ancien monde, les Saints verront venir la mort avec des sentiments qui leur en feront comprendre la signification mystique et les suaves consolations •.Ils Taccepteront comme le chefd'ceuvre de la bonté et de la miséricorde divines, comme le dépouillement de l'enveloppe matérielle qui leur voile les rayons de la Gloire. Ils entreverront la Gloire à travers l'enveloppe de leur corps, et ils soupireront après le moment d'en être délivrés.

La mort, pour le chrétien, n'est donc qij 'une phase de la vie, et la plus heureuse.

Aussi, la guerre ne saurait lui faire peur. Le chrétien des temps nouveaux sera brave, comme ces Polonais, se confessant, prenant un scapulaire, et se mettant en marche, non avec l'espoir de vivre mais avec

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celui de mourir. Les guerres du Monde Nouveau auront ce caractère noble, généreux et dévoué.

Les égorgements du passé font horreur. Le motif en était souvent infâme. Dans le Monde Nouveau on ira se faire égorger avec joie, et les victimes, comme le zouave Guérin, seront des Saints. Les guerres de Tavenir seront des guerres populaires, de vraies croisades, ou les prototypes des croisades moins heureuses du passé; et les guerriers, tous volontaires, iront à la mort en chantant l'hymne de saint Ambroise : Te Deum laudamus !

Le même déploiement de virile énergie accompagnera l'affranchissement du prolétaire. Cet affranchissement résultera, non de la révolte du prolétaire, mais du labeur opiniâtre auquel il se livrera pour se suffire à lui-même ; labeur plein de consolations et de charmes, parce qu'il sera accompli, par devoir, et avec -la conscience de la présence intime, à l'atelier, des Anges et des Saints qui sont dans le ciel.

Source inépuisable de poésie pour le prolétaire, le Monde Nouveau sera doue le monde de saint Joseph, le monde du charpentier. Mais saint Joseph fera passer dans l'âme du prolétaire les joies intimes dont TAmour l'a inondé, ici-bas, et qui, au ciel, le ravit.

Le Monde Nouveau sera en effet un monde d'amour; voilà pourquoi, au dire des Saints, le Sacré Cœur y jouera un grand rôle. Dieu nous donnera son cœur, il fera pour nous ce qu'il a fait pour Jean et pour Madeleine. Il aimera et il se laissera aimer de la manière

dont il a aimé et dont il s'est laissé aimer par ces deux amis de cœur. Jean et la sainte Vierge, dans ce monde d'amour, représenteront l'Église, la cité de Dieu, dans sa pureté virginale, toujours sans tache; et Madeleine y représentera la pauvre humanité, souillée, mais repentante et pardonnée. Jésus-Christ, le Grand Monarque, le Dieu de la sainte famille, y représentera tout à la fois les grands et les petits, les rois et les peuples.

Le Monde Nouveau sera donc modelé sur le type de la Sainte Famille et des amis de la Sainte Famille, puisque riches et pauvres, âmes pures et âmes repentantes, y auront leur représentation.

Le travail et la douleur, dans le monde de Jésus- Christ, continueront à être la condition du perfectionnement, mais l'amour rendra tout léger, et sera l'essence de ce Monde, puisque tout y sera constitué sur le type de la Sainte Famille : Joseph, Marie, Jésus, et sur le type de l'ami de c(eur, saint Jean, et de l'amie de cœur, la Madeleine.

Tous les amours fidèles, d'époux, de père, de mère, d'ami, d'amie, seront donc réunis et concentrés dans le Monde Nouveau, qui sera le monde des cœurs, le monde de la famille, une véritable famille de frères, laborieux, ardents à produire, à enfanter des merveilles, même dans l'ordre delà matière; braves, courageux, virils, fermes contre l'iniquité et l'oppression des peuples et des rois, mais toujours aimants.

Grâce à ces mâles vertus, le peuple, à force de labeurs, pourra, dans le Monde Nouveau , se mettre à l'abri

ou LE MONDE DE JÈSUS-CHBIST. 5:25

de la misère, mais cependant il restera assez de malheureux, pour que les riches trouvent toujours loccasion d'exercer leur charité, avec la consolante certitude de pouvoir suffire, dans une mesure raisonnable, à toutes les misères. Et ce labeur de la charité sera le labeur des oisifs, le labeur des sociétés de Saint-Vincent de Paul du Monde Nouveau.

Mais si le travail, Tindustrie, le commerce (saint Joseph); mais si les soufiFrances (le Christ) sont les signes distinctifs du Monde Nouveau, la science et l'art (saint Jean, laigle de Pathmos), qui en sont d'autres signes, y auront un caractère particulier et même extraordinaire (1).

La Science, dans le Monde Nouveau, sera élevée à la hauteur de l'Art, et l'Art à la hauteur de l'extase, bien au delà et au-dessus de l'enthousiasme.

A cette hauteur, l'homme ne verra pas la gloire de Dieu, dans son essence, mais illa sentira, et comme elle lui apparaîtra, dans les manifestations de son Verbe, il en éprouvera une sorte de rejaillissement. L'homme sentira la présence de Dieu ; il se sentira aux portes du ciel, n'ayant entre lui et Dieu qu'une toile d'araignée pour toute barrière. Il sera donc ravi et transporté. Or

(1) Les Prophètes et les Saints s'accordent à annoncer les grandes lumières et les grands docteurs du Monde Nouveau, où apparaîtront des hommes puissants^ de grands prophètes (Voy. Sainte Hildegarde, déjà citée, patrologie de Migne, t. XCVII).

ce ravissement et ce transport, c'est toujours delamour (Jean, la Madeleine) . Ainsi tout, dans ce monde d'amour, si généralement pressenti, depuis un siècle, surtout par la classe ouvrière (1), se traduira en amour : Le travail, la souffrance, la science, l'art, la politique ellemême, que dis-je, la diplomatie!!! on ne peut rien dire de plus fort. La diplomatie aboutissant à l'amour des peuples, à l'amour de Dieu, c'est-à-dire, à l'amour d^ la justice, et à l'amour des opprimés !!1 Une fois cela dit, on n'a plus rien à ajouter.

L'essence du Monde Nouveau c'est donc l'Amour, ou le Père et le Verbe nous donnant leur Esprit. Cela doit être : TEsprit est la tendance dernière de Dieu et des créatures; une fois arrivé à l'Esprit, à l'Amour, Dieu se trouve infiniment épuisé, c'est-à-dire infiniment fécondé. Une fois arrivé à l'Amour, l'homme ne peut rien trouver au delà. Comment aller plus loin que l'Amour? Aimer c'est tout dire. Une fois qu'on a dit : je t'aime, le cœur se fond, l'âme se trouble, on ne sait plus qu'ajouter, on est fini. Et l'âme, qui entend ce mot^ comprend que tout est fini et qu'elle n'a plus qu'à se donner, pour faire à ce mot une réponse digne de son objet.

Le christianisme, comme toutes les autres tendances,

(1) « Nous pouvons maintenant, ^disait un ouvrier, dans un ban- « quel oifert aux ouvriei-s de Paris par les ouvriers anglais, à la dera nière exposition de Londres, — espérer un monde animé d'un « nouvel esprit, un monde dont le mobile sera ces trois mots, ma- 0 nifestations d'un seul et môme principe : Justice, solidarité, « amour. »

ou LE MONDE DE JËSU8-€HBIST. 527

ne peut donc finir que par l'amour et dans Tamour, c'est-à-dire par l'union de la famille humaine avec la famille divine.

Or, TÂmour enfantera des merveilles, des merveilles infiniment supérieures à toutes les merveilles de la Science, car, en donnant à la Science les ardeurs de la charité, les ailes de la charité, il produira TArt, et TArt deviendra ainsi la forme même de la Science.

On cultivera la Science et l'Art, non par curiosité ni par une vaine satisfaction de l'amour-propre ou par goût personnel, mais pour faire du bien à ses frères et glorifier Dieu. Il en sera de même de la politique, de la diplomatie et de la guerre. Tout ira à Dieu par l'Amour.

Et l'Amour donnera, à toutes ces formes de l'activité humaine, une beauté saisissante.

Ce sera le Beau en tout ou le triomphe de l'art par TAmour.

La religion éclatera en chants , en poésie. La vraie poésie, le vrai chant, la vraie musique enchanteront les multitudes. Enfin, enfin ! l'humanité aura des poésies épiques dignes d'elle et de Dieu !!! Au contact intime des êtres invisibles devenus sensibles, à l'union intime de Dieu, vivement senti, la pratique de la religion aura tous les charmes de l'amour suave et embrasé du Cantique des Cantiques. Et ce livre mystérieux ne sera plus un mystère pour Tâme, qui sentira réalisés en elle tous les mystiques ravissements de la Sulamite. La vie ne sera que l'épithalame du Caiitique des Cantiques, ou le souper des noces de TAgneau avec l'humanité.

Ce monde aimant, mais viril, fortement trempé à toutes les épreuves de la destinée, sera infiniment plus beau et plus attachant, que toutes les froides rêveries des millénaires et des illuminés. Car il sera profondément passionné ou dramatique, semé de contradictions et d'obstacles, qu'il faudra vaincre et surmonter à force de dévouement et d'amour .

Le caractère de ce monde étant une plus grande somme de travail, de souffrances, de dévouement, d activité, il en résultera une société incomparablement supérieure aux sociétés antiques. Ce sera une vraie ruche sociale d'où les oisifs seront bannis, s'ils ne consacrent leurs loisirs à faire le bien des multitudes. Beaucoup se révolteront contre ces exigences de la vertu, mais le grand nombre étouffera leurs résistances.

Celte activité universelle de l'humanité n'a rien d'utopique. Déjà elle s'impose avec empire aux petits et aux grands. La Révolution économique, opérée dans ce siècle, a fait, du travail des petits et de la charité des grands, une condition deleur coexistencasur la même planète.

Toutes les classes ont donc intérêt à travailler et à se soutenir. C'est une question de vie ou de mort pour elles. Or, le travail est l'accomplissement de la première loi de Dieu à l'homme (Gen., m), et l'obligation de se soutenir réciproquement est la loi de l'amour du pro-

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chain qui se confond avec l'amour de Dieu. Toute la substance de la Religion est dans ces deux lois. Et, comme la Bête et le Dragon bnt eu Tinsigne habileté de placer Thumanité dans cette alternative, de périr ou de pratiquer la loi du travail et de Tamour, Tintérêt impérieux de Thomme vient se joindre aux autres motifs qui nous font espérer la conversion du genre humain.

L'intérêt des hommes nous répond donc de leur conversion. Et si, à ces motifs puissants, on joint les lumières extraordinaires, accumulées par F Apologétique en ce moment, nul doute que^ grâce à ce rayonnement inusité de nouvelles clartés et à un vigoureux déploiement de labeur et d'amour , commandé aux hommes par la gravité de leur situation, l'humanité ne puisse, sans outre-passer les forces débiles de la nature déchue , accomplir des choses infiniment plus grandes et plus merveilleuses que les grandes et merveilleuses choses accomplies dans les siècles

Et nous n'avons pas voulu dire autre chose, toutes les fois que nous avons cru devoir exalter le Monde Nouveau et ses grands hommes.

Car notre pensée n'a pas été de déprécier l'espèce humaine. Le Passé a ses grandeurs incomparables, et toujours on nous verra à genoux devant ses Saints. Mais les résultats du passé feront un jour pitié, comparés à ce qu'ils ont coûté de génie et de gloire, comparés surtout aux résultats du Monde Nouveau, infiniment

supérieurs à ceux du monde ancien, quoique obtenus souvent avec moins de génie et de gloire.

Attendre des résultats grandioses d'une situation qui impose la Religion aux petits et aux grands comme une nécessité sociale, et la pratique de la comme le meilleur de tous les calculs, ce n'est ( pas poursuivre une utopie. Mais l'utopie consistemt à vouloir que la Religion, imposée à l'homme sous peine de mort, ne produisit pas, une fois qu'elle sera généralement pratiquée, les conséquences contenues dans les promesses divines, en termes qui, cette fois, bravent les interprétations des docteurs les plus pessimistes : «Si » vous voulez m'écouter, vous serez rassasiés des biens » de la terre (1). » Est-ce assez clair? Nous pourrions cUer mille autres textes non moins explicites. Mais à quoi bon? Il est si facile de prouver que la pratique de la Religion est, au point de vue économique, le meilleur de tous les calculs !

Les conséquences de la pratique de la Religion peuvent être incalculables, cette pratique n'eût-elle d'autre ^et que d'attirer parmi nous, dans une véritable intimité, les anges, les saints. Dieu. Ce commerce inouï de la terre et du ciel, ce concours vraiment divin, sans avoir rien de nouveau en soi, et sans rien changer aux anciennes conditions des relations de Dieu avec les hommes, peut, en développant dans des proportions inusitées notre liberté et notre activité dans le bien.

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ou LE MONDE DE itoU8*GHRIST. 531

enfanter des prodiges dont il nous est absolument impossible de calculer la portée.

Mais le plus sage est de se taire. Disons cependant que, si on doit renfermer ses espérances dans une prudente réserve, de peur de tomber dans l'illusion, ce serait faire injure à la Bonté et à la Toute-Puissance de Dieu de vouloir mettre des limites à ses desseins miséricordieux sur l'humanité des avant-derniers jours, quelles que soient d'ailleurs la faiblesse de la nature de l'homme déchu et les dures épreuves de sa destinée.

a II faut prendre sans doute l'homme avec la nature « humaine, nous écrit un de nos amis, l'homme dans c< son état d'épreuve. Mais après cela il faut partir du a principe que l'esprit chrétien doit faire de l'homme (( ainsi donné tout ce qu'il peut en faire. Or, quelqu'un (( peut-il se vanter d'avoir mesuré la puissance de « Dieu de manière à pouvoir lui dire : Vous pouvez, (t avec l'homme, arriver jusque-là, nîais pas au-delà? u Le monde païen a fait voir jusqu'où la nature kur- « maiw peut descendre dans le maU Le monde chi'é- <( tien fera voir jusqu'où la nature kmname peut mon" « ter dans le bien. Le monde païen, monde de Satan, « a été digne de Satan ; le mionde chrétien, monde de « Jésuj$-Christ, ne devra pas être indigne de Jésus^ « Christ. Or, Jésus-*Christ est plus puissant pour le « bien que Satan n'est puissant pour le mal ; car Jésus- « Christ est le Dieu du bien, et Satan n'est que Vange <i du mal. Ne mettons pas de bornes à notre espérance.

532 LB MONDB NOUYEAU

n Devant la ^rspectÎTe du monde chrétien, disons à « notre espérance :

« Qaantom potes tantum aade, « Quia m^or omni kade, « Nec laudare saffids. »

Il est donc vrai, nous yoici sur le seuil du monde de Jésus-Christ ! L'humanité, après six millénaires de souffrances, va entrer dans le septième millénaire, dans le dimanche de mille ans du repos du Seigneur !

Alléluia ! alléluia !

Malgré la fumée de TAbîme, qui obscurcit encore les cieux, notre regard, fixé sur TÉtoile lumineuse du matin, semble déjà entrevoir ce monde béni, et notre âme ravie tressaille à la vue de ses divines harmonies.

La planète sillonnée en tout sens par des voies ferrées et des navires à vapeur a vu s'évanouir les distances. La civilisation de l'Europe a pénétré au cœur de l'Afrique et de l'Asie ; l'Occident a visité l'Orient, et l'Orient l'Occident.

L'astronomie a porté ses investigations jusqu'au sein des étoiles, et la philosophie s'est élevée à la connaissance du cosmos, envisagé dans sa généralité.

Tout a été exploré, dans le ciel et sur la terre. Dieu çst apparu aux hommes, partout, avec un éclat inusité.

A ce spectacle, un cri d'admiration s'est échappé de

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la poitrine des hommes. Le cœur s'est dilaté avec Tintelligence. L admiration a enfanté des prodiges d'amour. Dieu s'est abaissé vers les hommes, les hommes se sont épris pour Dieu d'un noble et saint enthousiasme.

L'histoire du monde, vue aux clartés de l'Apocalypse, a pris le caractère d'un poëme plus qu'épique. La divine épopée est apparue au poëte du Monde Nouveau. L'inspiration s'est emparée de son âme, et une Esthétique nouvelle a fait entendre à la terre des accents inconnus. Dieu est chanté, d'un pôle à l'autre, par la voix des multitudes, imposante comme la voix des grandes eaux (1 ) .

La Mystique a vu ses horizons agrandis. Inondée des torrents de lumière, émanés de la science, de la philosophie et de l'esthétique du Cosmos, elle a donné à la piété la forme de l'enthousiasme ; et la piété, provoquée et exaltée par tant de merveilles, s'est élancée vers le Seigneur avec l'élan irrésistible de l'extase. Un rejaillissement de la gloire divine est venu illuminer la terre.

- Le Christ s'est donné à l'homme d'une manière plus intime encore, s'il est possible. L'Hostie, soleil du monde moral rayonnant de lumière et de chaleur, est venue presque transparente aux nouvelles clartés de la Mystique. Et le Saint-Esprit répandant ses grâces avec plus d'abondance, une légion de Saints, en communication avec Dieu, s'est formée, remplissant la terre de pro-

(1) Apec, I, 15.

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diges encore plus extraordinaires que ceux du Sauveur (saint Jean, ch. XIV, 12).

L*ennui quitte la terre au récit de ces prodiges. Les cœurs fondent d*amour, le goût des choses divines devient une passion populaire. Le peuple, aux pieds des Saints, écoute le récit des célestes visions dans le recueillement de l'extase, apprenant, à leur exemple, le chemin de la sainteté, qui, toujours épineux, exalte son émulation.

Il savoure à longs traits les suaves jouissances de. Tamour divin.

11 s'éprend d'un culte généreux pour la vie chaste et pure. Plusieurs se vouent an célibat dans les corps de métiers, pour venir au secours des familles de leurs frères, moins avancés dans les voies de la perfection.

Les biens de la terre, que Dieu prodigue avec abondance à l'humanité sanctifiée et r^énérée, suffisent amplement à tous les besoins.

Les peines de la vie, les maladies et la mort, acceptées avec résignation et reconnaissance, deviepnent des sources intarissables de mérites.

Les méchants s<mt encheSnés en attendant qu'ils soient précipités, comme le Dragon^ dans îaMme (1). Leur action ne s'exerce plus avec empire. Réduits à se cacher et à se taire, leurs attaques impuissantes ne servait qu'au perfectionnement de leurs frères.

Les instruments d'oppression tombent des moins des despotes.

(1)ÂpOC., XX, \.

M Ll VOIfM M lÊSira-CBRIST. 535

LBfmMX prophète est précipité, avec le dragon, dans f étang de feu (1). Le Christ règne où régnait le Coran. L'Islam replie ses tentes devant les pavillons de Jaoob.

La Pologne est affranchie, l'Angleterre se convertit, et les armées combinées de TEurope, revenue à Tunité, et ses navires, et ses marchands ouvrent aux missionnaires le plateau central de TAsie et les profondeurs de l'Afrique.

L'Évangile est annoncé à tous les peuples, et le pasteur universel prend possession de la planète entière.

Tout alors prend un caractère cosmique : esthétique, science, philosophie, politique, mystique. Le cœur et lesprit humain se dilatent dans des proportions insolites.

Foëtes, savants, philosophes, politiques, mystiques des temps anciens et modernes sont dépassés.

L'humanité plus rapprochée de la Gloire en subit les clartés et les flammes. Elle s'exalte aux portes de la Gloire; elle provoque le Christ, elle l'appelle dans son sein, avec des transports d'allégresse et des désirs impatients que rien ne peut contenir; elle brûle de le posséder, et Jésus-Christ, s'inclinant vers la terre, se montre à elle presque à découvert, tant il rend sa présence sensible.

Le sceptre des rois, comme le sceptre du pasteur universel, redevient une houlette, et l'univers s'étonne des questions qui l'ont agité, passionné, et pour la solution

H) Aftoc., xiz etix

536 LE MONDE NOUVEAU OU Ut MONDE \>E JÉSU8-GBRI8T.

desquelles il a versé des fleuves de sang et de larmes. •,♦.

Mais le mal reprend le dessus ; rabomination et la désolation pénètrent dans le Lieu Saint. La grande Apostasie éclate. Nous voilà au huitième millénaire, au lundi gras, au lundi de ceux qui profanent le Saint Jour du Seigneur par le travail et se reposent le lundi dans la débauche. Nous voilà au sabbat de Satan, au sabbat de minuit après le sabbat du Seigneur, ou au sabbat des Sorcières.

La foudre éclate d'un pôle à l'autre (1), et la terre et le ciel s'enfuient devant le Juge Universel assis sur son grand trône blanc, au pied duquel se tiennent debout les morts grands et petits (2) !

{{) Des Savants, se fondant sur des observations récentes fort curieuses, attribuent les aurores boréales à Télectricité qui se dégage du pôle négatif et du pôle positif de la terre. Ces effets électriques se propagent à d'énormes distances dans la direction de Téquateur. Qui pourrait dire que la terre ne sera pas un jour foudroyée instantanément, au moment du grand éclat de la colère de Dieu, par la rencontre, à l'équateur, des électricités des deux pôles, venant se combiner tout à coup avec une effroyable explosion, bien propre à purifier la surface entière du globe ? Cette hypothèse en vaut une autre. En tout cas, les moyens ne manqueront pas à Dieu quand viendra le moment d'éclater.

(2) Apoc., XX.

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