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CHAPITRE XXXVIII

ou LE MONDE NOUVEAU OU LA FIN DU MONDE.

Les signes du temps sont donc aussi mauvais que possible. Mais la question n'est pas là. La question est de savoir, si, le monde étant menacé de la dissolution^ il n'y aurait pas moyen de la conjurer, en secouant les catholiques de leur torpeur, et en provoquant, avec leur concours, une réaction capable de faire vivre encore le monde.

La question, en d'autres termes, est de savoir, si, rhumanité séparée de Dreu ayant complètement épuisé sa veine, le christianisme a aussi épuisé la sienne, et si les catholiques sont aussi incapables que les autres de conjurer les graves périls de la situation.

Voilà la question nettement posée. Nous la soumettons humblement et avec confiance aux méditations des savants rédacteurs de la Civil td.

S'il est vrai que le christianisme ait produit toutes ses conséquences, sur cette terre, et que sa veine soit absolument épuisée comme celle de Thumanité séparée, s'il est vrai que ses disciples aient dit le dernier mot de l'art chrétien, de la philosophie chrétienne, de

la science chrétienne, de la politique chrétienne, de la science sociale chrétienne, alors, nous l'avouons sans hésiter, le monde est au bout de sa carrière, car d'où pourrait lui revenir la vie?

Mais, s'il est vrai, tîomme nous croyons lavoir démontré, dans ce livre et dans nos précédentes publications, que, sans dépasser les imposants génies et encore moins les grands saints de l'antiquité, on puisse néanmoins faire infiniment mieux qu'eux, en tirant des profondeurs inépuisables du christianisme les conséquences magnifiques qu'il recèle et qui, par un effet de la bonté divine, sont restées voilées jusqu'ici ; ohl alors nous nous prenons à espérer, et à espérer une ère infiniment plus éclatante et plus heureuse que toutes celles qui nous ont précédés.

Or, n est-il pas évident, par exemple, que si on ne peut dépasser Raphaël, comme peintre, on peut au moins, l'égaler sous ce rapport, et avoir de l'Art un sentiment plus religieux, plus mystique et plus élevé que ce grand homme?

N'est-il pas évident que, si on ne peut dépasser saint Thomas, comme théologien et comme philosophe, on peut, tout au moins, compléter sa Somme, en y ajoutant une masse énorme de vérités scientifiques découvertes dans ces derniers siècles?

N'est-il pas évident que Ton peut donner à la philosophie et même à la théologie, une forme plus systématique, plus symétrique et plus attrayante, en rattachant toutes les parties de ces maîtresses sciences à un

seul et même principe, au moyen d'une méthode plus simple et plus compréhensive, qui, sans les confondre, en ferait ressortir la majestueuse unité ?

N'est-il pas évident que les lois, qui rattachent tous les êtres entre eux et à Dieu, commençant à être aussi connues qu'elles étaient naguère ignorées, il devient alors possible de donner à la science ce caractère d'unité qui lui (ait défaut, et qui, plaçant les catholiques infiniment au-dessus de leurs adversaires, leur rendrait toute leur ancienne popularité, en faisant éclater la supériorité de leur savoir?

Oui, oui, il est possible de donner à la Science de Dieu, de Thomme et de la société, une forme plus grande, plus générale, plus éclatante et, en un sens, plus catholique, sans rien changer à ses lois essentielles et à ses principes fondamentaux.

En d'autres termes, il est possible et même facile d'imprimer, à Tart et à la Science catholiques, une splendeur et une supériorité à faire tomber à genoux même leurs adversaires les plus endurcis.

Et on peut en dire de même de la politique.

Donc le catholicisme n'est pas épuisé ; donc il n'a pas dit son dernier mot. S'il l'avait dit et s'il: était épuisé, oui, il faudrait alors s'attendre aux plus formidables catastrophes.

Car, la Civiltà l'avoue implicitement, et avec elle tous ceux qui [fartagent son découragement, les moyens ordinaires, d'ailleurs complètement usés, sont absolument impuissants à conjurer les périls de la si-

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tuation, puisqu'on trouve cette situation désespérée. Donc, il faut recourir à des moyens plus puissants et plus énergiques. Donc, il faut faire produire au catholicisDQie les conséquences que ses principes immuables n'ont pas encore produites dans toute leur plénitude. Donc, il faut se poser en face de nos adversaires en sauveurs de la société, qu'ils ont perdue, et en régénérateurs du monde, qu'ils ont corrompu. Et, dans ce but, il faut affirmer hautement et résolument que nous sommes porteurs d'un art, d'une science, d'une philosophie, d'une politique, d'une science sociale, d'une grandeur et d'une puissance infiniment supérieures à tout ce que l'on a vu jusqu'ici.

Mais, si l'on ne veut pas recourir à ces moyens extraordinaires et relever contre l'ennemi la gageure, par un déploiement de zèle et d'ardeur, énergiquement soutenu par la prière, la charité, la propagande, la publicité, avec le dessein fortement conçu de prendre en main la direction si gravement compromise de l'humanité; oui, oui, on a raison, le monde est fini. Et l'indice le plus certain de sa dissolution prochaine, c'est que, les ennemis de Dieu l'ayant placé dans une situation impossible et ne pouvant l'en tirer, les catholiques en prennent bravement leur parti et avouent à leur tour leur radicale insuffisance.

Ah ! que tel ne soit pas le cri qui s'exhale de nos

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poitrines! Ah! puissions -nous mourir plutôt que d'avouer notre impuissance, devant ces hommes sans valeur qui, en ce moment, dirigent l'opinion et qui, se moquant de Dieu et de nous, osent se poser en triomphateurs invincibles!

Non, cela n'est pas possible. Il n'est pas possible que le monde, ainsi étranglé par une douzaine de drôles, journalistes, romanciers ou affiliés de sociétés secrètes, ^finisse aussi misérablement, et que les catholiques se laissent aussi étrangler, au moment où de nouveaux et magnifiques horizons s'ouvrent devant eux, grâce à l'inépuisable fécondité de leurs principes et à la possibilité de les appliquer à la Société des temps nouveaux, sur une échelle à ravir les multitudes d'admiration, d'enthousiasme et d'amour !

Or la chose est possible, et elle est même facile.

Le christianisme est loin d'avoir produit toutes ses conséquences. Il est infini, il peut donc se développer indéfiniment, sans rien changer à ses principes et sans rien perdre de sa nature intime.

Il ne faut même pas s'étonner, si Dieu n'a pas permis que la Religion reçût, immédiatement et dès le pre* mier jour de son établissement, toutes les applications dont elle est susceptible. Elle a été, immédiatement et dès le premier jour, appliquée à la régénération et à la sanctification de l'individu. Aussi on ne dépassera ja-

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mais les Saints des siècles primitifs, et il en est même qu'on ne pourra jamais égaler, saint Jean-Baptiste, par exemple, le plus grand des Saints.

Qu'on ne se méprenne donc pas sur notre pensée.

L'humanité du Monde Nouveau n'aura pas non plus, nous lavons déjà dit, des artistes, des savants, des phi-» losophes et des poHtiques, doués de plus hautes facultés, d'un plus grand génie et d'un plus beau caractère, mais elle aura très-certainement une Esthétique, une Science et une Politique infiniment supérieures • . Nous concevons même la possibilité de donner à l'Éthique et à la Mystique, sans faire subir à leur substance la moindre altération, une forme singulièrement sympathique et pleine même de charme, à mesure qu'on pénétrera plus avant dans les lois et les procédés de Dieu, dans les lois et les mystères de la nature et de la grâce. Tous les progrès se tiennent, non pour l'homme séparé dont la civilisation, arrivée à son apogée, a justement pour effet de donner le signal de la décadence, mais pour le chrétien qui, aimant Dieu, se met en communication de plus en plus intime avec lui, et en <;ommunîon de plus en plus familière avec les Saints.

Pour le chrétien, tous les progresse tiennent qomme par la main. La Science, l'Art, la Philosophie agrandies ne lui sont pas un piège et une cause de dissolution et de mort, mais une source de perfectionnements même dans l'ordre mystique et théologique.

Dieu ne saurait avoir réservé, sans de puissants motifs, la possibilité de ce merveilleux développement

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d'ensemble de l'esthétique, de la science et de l'activité chrétiennes, pour l'humanité des avant-derniers jours.

Un dessein de bonté extraordinaire doit être caché là-dessous.

Dieu a voulu donnera l'humanité une dernière marque de son amour. Il a tenu en réserve, pour le moment décisif où elle allait périr, la possibilité d'un épanouissement inouï des principes immuables du christianisme, afin que les moyens de salut onde sauvetage fussent en rapport avec la grandeur du danger.

Nous pourrions donner mille preuves positives, matérielles et palpables de cette possibilité d'une expansion, sous une forme cosmique et universelle, de l'esthétique, de la science, de la politique et de l'activité chrétiennes. Mais nous nous en tiendrons à une seule preuve, tirée de la possibilité de donner à l'art une forme infiniment plus profonde, plus relevée et plus parfaite.

On ne dépassera pas les peintres du siècle de Léon X ; soit. Mais les procédés matériels de la peinture ont acquis une véritable perfection, et, s'il venait un Artiste, et il en viendra dans le Monde Nouveau, il aura sur-lechamp, sous la main et sans effort, des moyens pratiques d'imprimer à son génie un grand éclat. Or les peintres de la renaissance et surtout ceux qui les ont précédés n'ont pu atteindre cet éclat, même avec des peines inouïes, qui, tout en ajoutant à leur gloire, ne

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pouvaient suppléer aux conditions matérielles de TArl qui dut considérablement souffrir de leur impuissance relative.

Et, nous ne voulons pas parler seulement ici des procédés techniques, relatifs à la préparation et au choix des toiles et des couleurs, ni de la connaissance aujourd'hui plus complète des mœurs locales, des costumes historiques, des lois de la perspective et de Tanatomie ; mais de ces découvertes plus récentes relatives au jeu de la physionomie, et à la, pantomime du corps humain, sous Faction devenue visible des diverses passions de Tâme.

Grâceà Tobservalion de la nature et à des expériences électro-physiologiques d'une grande finesse, on est parvenu, à déterminer en vertu de quels mouvements se produisent les lignes expressives de la face; à les représenter par la photographie; à en déduire les lois qui régissent la physionomie. En d'autres termes, on a formulé Y orthographe et la grammaire de la physionomie humaine, et on en a démontré l'utilité, au point de vue de la psychique et de l'esthétique, dans la pratique des arts plastiques.

On a, par conséquent, fourni à l'artiste le moyen d'exprimer, à coup sûr, les sentiments, les affections, les passions et jusqu'aux nuances des divers états de l'âme, et on a ainsi donné une nouvelle preuve expérimentale de la grande loi : que tout est fait à l'image de tout, que le physique est la figure du moral et fonctionne pour le moral.

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Grâce à cette loi cosmique, on a reconnii qu'aux divers états de Tâme, correspondait le jeu infiniment mobile et impressionnable de divers muscles, destinés à exprimer ces divers états au dehors : muscles de lattention, de la réflexion, de l'agression, de la douleur, de la joie, de la bienveillance, de la lascivité, de la tristesse, des pleurs, du repos, de la prière, de l'extase (sainte Thérèse), de la douleur profonde {Mater dolorosa), de l'amour humain, de l'amour divin, du dédain, de la joie malernelle, delà dureté, delà cruauté (Lady Macbeth), du rire faux, du rictus et du ricanement satanique (Voltaire), etc., etc.

Or cette connaissance singulière donnera le moyen raisonné de faire la Critique infaillible même des artistes les plus admirés de l'antiquité, et de mettre à nu leurs fautes, leurs contre-sens, leurs Solécismes, leurs Barbarismes plastiques, que les artistes du Monde Nouveau pourront éviter sans se donner beaucoup de mal.

Mais ce qui fera surtout éclater la supériorité de l'Artiste du Monde Nouveau, ce ne seront pas seulement ces procédés techniques, qui, après tout, ne sauraient donner du génie et encore moins de l'inspiration, vérilable source de l'Art, mais ce sera l'enthousiasme de l'Artiste à la vue de Dieu (le Beau, l'Art), se manifestant universellement dans le Cosmos , au milieu des nobles passions (la divine épopée), et des transports d'amour des multitudes affranchies et reconnaissautes.

Mais l'Art ne sera pas seulement élevé en gloire, avec

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le Grajod Artiste, Tartiste du Monde Nouveau, il sera en outre popularisé sur une vaste échelle, et, au. lieu ëe quelques amateurs clair-semés dans les villes, les mansardes et jusqu'aux chaumières seront peuplées d'hommes de goût," grâce à la photographie et à ses merveilleuses reproductions.

La photographie, en effet, mettra pour des prix absolument insignifiants, les chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire, les chefs-d'œuvre de Giotto, de fra Angelico, d'Owerbeck, d'Ary Scheffer, àla portée delà petite chambre de l'ouvrière et de la demeure rustique du paysan, au lieu de ces ignobles magots qui pervertissent le goût de la multitude. Mais si l'Art ne devient pas chrétien, c'est-à-dire, si le Monde Nouveau n'apporte pas encore ici sa solution, ce progrès extraordinaire ne sera qu'une nouvelle cause de décadence, en mettant aussi, à la portée du peuple, tout l'olympe de nudités de Watteau, de Boucher, de David, et, chose plus horrible encore, les tableaux vivants, qui n'osent se produire aux étalages des photographes.

On doit comprendre maintenant la justesse de l'observation si souvent reproduite dans notre livre : Que les grands hommes du Passé, sans rien perdre de leur mérite, seront singulièrement distancés dans le Monde Nouveau, Dieu préparant, en ce moment, tout un ensemble de moyens et de matériaux capables d'élever le génie humain à des hauteurs inconnues. Et, si la démonstration ne devait nous entraîner trop loin, nous prouverions ici que, ce quenousdisons de l'art, est tout

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aussi vrai des autres branches de l'activité humaine ; un mouvement divin ne pouvant se produire dans une direction, sans se produire en même temps dans toutes les autres.

Ainsi, tout prend un caractère cosmique ou universel, et, pendant qiie ce grandiose déploiement de l'activité et du génie de l'homme s'opère sur une échelle à ravir les multitudes, le christianisme seul resterait sans puissance , et aboutirait à un affreux avortement , au moment justement où il est devenu nécessaire, sous peine de mort, que son bouton éclate afin que, sa fleur s'épanouissant dans toute sa beauté et sa magnificence au soleil universel du Monde Nouveau, les multitudes charmées se laissent encore une fois entraîner à sa suite I

Non, cela n'est pas possible. Et ils seraient des blasphémateurs ceux qui, venant contredire les conclusions pratiques de tous les faits exposés dans ce livre, refuseraient à Dieu, la puissance de donner, pour le salut du genre humain, au christianisme des avant -derniers jours ce caractère de grandeur et de majesté. Caractère que l'art, la science et la politique séparés poursuivent avec un si grand succès, sous certains rapports, et avec des conséquences si déplorables sous certains autres^ faute d'un déploiement équivalent d'activité de la part des catholiques.

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Satan a porté à Dieu un défi. Les catholiques seraient des misérables s'ils ne relevaient fièrement ce défi, et s'ils ne prenaient à tâche, avec l'aide de Dieu, de pré* cipiter dans l'Abîme celui qui séduit ainsi l'humanité, avec une impudence et une audace à donner le frisson.

Les catholiquejs, Dieu merci, ont encore assez de ressort pour réagir contre la dissolution qui nous envahit de tous côtés.

On a vu dans l'antiquité des situations, à quelques égards, semblables à celle où nous sommes.

On a vu l'humanité, du cinquième au dixième siècle ou dans la nuit du premier millénaire après Jésus- Christ, réduite à désespérer d'elle-même; et, cependant, les chrétiens l'ont sauvée d'une ruine, en apparence inévitable, en réagissant vivement contre les éléments de dissolution de la barbarie germaine et de la corruption païenne, et en produisant, sous l'énergique' impulsion de la papauté, l'éclatante période catholique du mpyen âge, ou le jour du deuxième millénaire.

Nous sommes à la fin de la nuit de ce millénaire, ne pourrons-nous, à notre tour, réagir contre la corruption générale, et produire le grand jour du Monde Nouveau, le jour du millénaire sabbatique?

Poser la question, c'est la résoudre. Ou bien il faut confesser l'impuissance de l'Église, quand elle est encore si pleine de vie, de zèle et de sainteté.

Non, ce û est pas là cette église de la dissolution qui ne sera ni chaude, ni froide, et que Dieu vomira de sa bouche. (A/wcchap. m.)

Les catholiques doivent donc se rassurer. €e sont leurs ennemis et non pas eux qui sont en pleine dissolution.

Cette pensée devrait leur donner une confiance à renverser les montagnes (leurs ennemis) .

Mais s'ils désespèrent, tout est perdu, non-seulement le siège temporel de la Papauté, mais le siège même de Thomme sur la terre.

Tout triomphe partiel est aujourd'hui impossible. Il est même absurde et ridicule d'espérer ce triomphe. Un triomphe d'ensemble complet, radical, qui, déplaçant les influences, fera passer les majorités ou l'opinion publique des Francs-Maçons aux catholiques, peut seul sauver la Papauté entourée en ce moment d'ennemis.

Au Monde Nouveau de sauver l'humanité, en sauvant la papauté des mains de ses ennemis conjurés pour sa ruine.

Il n'y a pas à se faire illusion. La papauté temporelle et spirituelle serait ensevelie sous les décombres de la cité du monde, si le monde venait à périr. Se livrer au découragement, au moment où, la lutte s'engageant sur toute la ligue, il y va du salut de la papauté, serait donc compromettre l'existence de la papauté avec sa propre existence.

Or, cette conduite insensée serait, non-seulement contraire à la vérité de Ja situation, mais encore pro-

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fondement maladroite et souverainement dangereuse. Ce serait s'avouer vaincus avant le combat, et incapa-. blés de tenir tête à l'ennemi, même avec le secours de Dieu et des moyens surnaturels qu'il a mis à notre disposition.

Tenons-nous donc, droits et fermes, dans les limites sévères delà sagesse et du bon sens. Car si nous devons nous tenir éloignés de ces catholiques efféminés, qui voient tout couleur de roses et se font les plus réjouissantes illusions, nous devons nous tenir non moins éloignés de ces catholiques sombres et désolés, qui, beaucoup moins pénétrés que nous peut-être de la gravité de la situation, ne voient cependant à cette situation d'autre issue que la dissolution finale, avec son cortège d'horreurs, et se déclarent impuissants à la conjurer.

11 faut conclure de ceci que, si nous sommés en pleine dissolution, nous avons cependant des moyens de nous en tirer en réalisant le Monde Nouveau au plus vite.

Mais le Monde Nouveau ne se fera pas tout seul, c'est donc aux catholiques à le faire ; et cela leur sera facile puisque, fort heureusement, ce qui est eii dissolution ce n'est pas la cité de Dieu, mais la cité du monde. Nouveau motif d'espérance!

Ainsi voilà la situation : la cité du monde qni craque de toutes parts, qui touche à la décomposition, avec tous les caractères de la fin des temps ; et la cité de Dieu

pleine de vie et d'activité, ayant un chef populaire à sa tête, un chef courageux, inébranlable et plein d'espérance, même au milieu du découragement général, et digne, par cette foi de Pierre, de mériter aux catholiques le triomphe, s'ils le demandent à Dieu avec de grands cris, et s'ils mettent la main à l'œuvre immédiatement et sans regarder en arrière.

Sans regarder en arrière ! Cela veut dire, qu'après les bouleversements et les renouvellements étranges opérés depuis 1789 et s'opérant encore, ils doivent considérer le Passé et même le Présent, comme de l'histoire ancienne, pour faire la société à leur image et ne penser qu'à eiLX^ dans l'intérêt des autres.

Tout est compromission dans le Passé- (l'ancien régime), tout est compromission dans le Présent {la Révolution), excepté l'Église, quia traversé l'ancien régime et la Révolution, sans contracter aucune souillure à leur contact (1).

Tout doit être renouvelé, tout, absolument tout, EX- CEPTÉ L'ÉGLISE. Rien du Passé, rien du Présent ne doit entrer dans la terre promise (le Monde Nouveau), excepté Caleb et Josué (les hommes de foi et de désir), les seuls des douze explorateurs, envoyés par Moïse à la reconnaissance de la terre promise, qui ne doutèrent pas de la terre promise (du Monde Nouveau) : « La « terre que nous avons visitée est excellente. Si le

(1) Avons-nous besoin de renouveler ici la déclaration que nous n'excluons rien de ce gui est juate et vrai dans le passé? Nous sommes les ennemis de toute exagération, et noire manière de parler ici n'a rien d'absolu.

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(( Seigneur nous est propice, il nous y introduira et « nous donnera cette terre, où coulent le lait et le miel, (( (la douceur particulièrement nourrissante de la piété « du Monde Nouveau). Ne soyez pas rebelles contre le « Seigneur, et ne craignez pas -le peuple de cette terre « (l'impie, le révolté de la cité du monde), car nous « pouvons le dévorer comme on dévore du pain. Tout « secours lui est ôté : le Seigneur est avec vous, ne crai- « gnez pas (1). »

Ceci revient à dire : Ceux qui ont foi en la puissance de Dieu entreront dans le Monde Nouveau, les autres resteront au Désert, dans le grand cimetière des vieux mondes (rAncien Régime et la Révolution).

Les catholiques sont là, hésitants, à demi tournés vers le passé ou le présent, recherchant les moyens de faire revivre le passé ou de s'accommoder au présent ! Voilà où est le mal, le grand mal !

Qu'ils ne songent qu'à eux en regardant l'avenir et rien que l'avenir ! Voilà où est le remède : regarder l'avenir!

Oui, qu'ils regardent l'avenir et rien que l'avenir, et ils ne verront debout, en face d'eux, que le catholicisme ou l'Église, puisquelafîndu monde est arrivée, la Ci-viltà l'a prouvé , pour la cité du monde.

Que les catholiques regardent l'avenir et rien que l'avenir, avec la résolution bien arrêtée de le faire à leur image et à leur ressemblance, et rien qu'à leur

(i) Nombres, xiv, 7> 8, 9.

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image et à leur ressemblance, ad imaginem et similùudinem nastram, au lieu de le faire à l'image des ymi mondes, à l'image du Passé ou du Présent, misérables objets de leurs préoccupations, et la Papauté est sauvée, et, avec elle, le genre humain tout entier !

Le Monde Nouveau est donc nécessaire^ et nous avons la consolation de penser qu'il est fadie à réaliser, puisqu'avec les moyens, nous avons des instruments excellents et parfaitement appropriés au but à atteindre.

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