PROFESSION DE FOI POLITIQUE DE L’AUTEUR
Nous voulons épargner la peine à nos lecteurs de chercher, dans le cours de notre ouvrage , quelle est notre opinion sur les meilleures formes de gouvernement, en les prévenant que nous avons do bonnes raisons pour refuser notre suffrage à toutes celles qui ont été connues jusqu’ici ou jetées dans la discussion.
Nous ne reconnaissons dans ces formes qu’un monopole d’opinions, et un échange non interrompu de sophismes tendant à masquer notre égoïsme pour vivre à la charge du travail du peuple.
Le gouvernement parfait, d’après notre opinion, serait basé sur la fusion de tous les intérêts matériels et politiques des citoyens, de laquelle résulterait, suivant la définition de Solon , un ordre de choses, où chaque citoyen répaterait comme une offense faite à la nation, toute atteinte portée aux droits individucLs.
Pour arriver à cette puissante garantie , il faudrait détruire de fond en comble le froid individualisme , et substituer à la société nominale , qui n’est qu’un brigandage masqué contre le peuple malheureux, la société réelle et matérielle.
C’est alors que tout égoïsme privé , absorbé par l’égoïsme public , aura de plus grands moyens pour se
satisfaire; mais il 'devra, tout en se procurant à soimême les plus grands avantages, en communiquer une portion graduelle à tous les associés , suivant les actions qu’ils représentent dans cette grande société.
Cette alliance puissante d’intérêts une fois réalisée, le perfectionnement du gouvernement sera un acte de conseil de famille. Le sophisme et l’hypocrisie céderont la place à la vérité. Alors enfin , aux aristocraties sans nombre qui se seront succédé , on substituera la seule que nous voyons exister dans la nature , celle du talent, de l’habileté, qui offrira aux intéressés de meilleures conditions.
Les ambitions étant flattées par là, et le peuple ayant le droit du choix des personnes auxquelles il veut confier ses intérêts , l’ordre public, qui formerait la base de cette société réelle et matérielle , serait le premier besoin des associés, c’est-à-dire de tous les citoyens; * et le premier magistrat , quel qu’en soit le nom , mais toujours héréditaire , pour mettre un frein aux grandes ambitions , serait soutenu , non par le monopole ni par la flatterie , ou par l’intrigue , mais par la force puissante de l’intérêt général.
Voilà notre profession de foi ; voilà , suivant nous , le véritable sens de la révolution de juillet ; voilà la profes- .sion de foi des réformistes modérés d’Angleterre et de toute l’Europe. Voilà le but de toutes les idées libérales ; voilà les vœux de l’humanité souffrante.