‹ Le monde nouveau projet financier pour arriver a une complete reforme sociale ... par le baron Corvaja, italienChapitre 3 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Lorsqu’on présente un projet qui tend au perfectionnement moral et matériel de l’homme; un projet dont le but est de faire cesser toutes les anomalies sociales que la raison et la philosophie s’efforcent de détruire tous les jours, ce projet mérite certainement d’être lu avec empressement, d’être pris en considération, discuté et regardé sous tous les points de vue, d’obtenir enfin le concours de tous les amis de l’humanité.

L’auteur de ce projet est la victime du triple agiotage religieux , politique et financier. Sa vie offre depuis vingt-quatre ans le spectacle de tous les malheurs que le despotisme irrité fait peser sur la tête de ceux qui ne veulent pas transiger avec leurs principes, et dans lesquels on veut punir le crime de leur innocence. Déchu d’une position sociale fort brillante, condamné à la réclusion, réintégré ensuite dans les droits civils , après avoir été dépouillé de tout ce que je possédais, j’ai consacré tous mes soins à venger l’humanité en combattant toute espèce de despotisme.

Tous les malheurs que j’ai essuyés depuis i8i 5 lors- ,

que le ministère de lunl Casllerea)$h livra à la colère des deux Ferdinand l’Espagne et la Sicile , loin d’abattre mon courage et de le faire fléchir devant les satellites du pouvoir , n’ont servi au contraire qu’à le renforcer davantage dans la lutte déjà engagée, et à me faire défendre avec plus de ténacité et d’énergie les droits de l’homme.

De i825 à i833 je travaillais à Naples à me créer du crédit dans une industrie, afin de substituer, à la force des sociétés secrètes, celle de l’intérêt, qui étant plus puissante que la première, n’est pas atteinte comme elle de la peine capitale. Je me livrai à la fabrication et à l’amélioration des vins (industrie jusqu’idors inconnue dans le royaume de Naples), et je fondai une société œnologique. Je parvins par là à exciter dans ce pays cet esprit d’association et de bancomanic , qui , en se communiquant comme un éclair partout eu Europe , a fait tant de progrès , et qui signala cette époque à Naples conmie celle d’un grand mouvement industriel.

Je vis alors naître et se former plusieurs nouvelles associations, et, fier du succès de mes eflbrls, je me réjouissais de voir se propager ainsi cet esprit de discussion , par lequel on délibérait en commun sur des intérêts communs. Les courtisans cl les ministres jetèrent alors le cris d’alarme, et elTrayèrcnt le jeune roi sur les conséquences de ce mouvement. LU des ministres, le plus fanatique peul-ôUe et le plus ignorant d’entr’eux, crut y apercevoir un but politique, et il me déclara une guerre ouverte.

En effet, tandis que les actions étalent recherchées à 6o p. 100 de bénéfice, il obtint un ordre contre

les escomptes déjà faits, des employés et des pensionnaires , et il déclara la guerre à toutes les compagnies anonymes. Les agioteurs de la bourse concoururent de leur mieux à seconder les vues du gouvernement Ainsi, en deux ans plusieurs sociétés disparurent; les autres sont déjà menacées du même sort.

C’est justement la société Œnologique qui, en grâce des principes libéraux de son fondateur, devait essuyer les assauts les plus violents; aussi ce merveilleux établissement, fondé devant le tombeau de Virgile, succomba-t-il sous les coups répétés de la haine du pouvoir, malgré les efforts qu’un minis*''e éclairé eut le courage de faire pour le soutenir.

Ce fut alors qu’ayant vu manquer mon projet, je me proposai, au bout d’un an de méditations et de veilles, de me servir de ce grand principe d’association, de le développer dans toute son étendue, d’en faire l’application à toute la société entière; de le faire agir chez les peuples libres de manière à combattre avec succès le privilège, l’agiotage et le despotisme; de vaincre enfin et de surmonter toutes ces diflièultés ou de périr (i).

Mc voici donc exilé volontairement de ma patrie, après lui avoir dévoué la meilleure partie de ma vie , et lui avoir fait le sacrifice de ma fortune; me voici

(t) Qae DOS lecteurs ue se scandaliseot pas trop de celle résolatioo. Les hoioDies sont souvent coupables de grands méfaits envers leurs bienfaiteurs , et envers eux-mêmes. Leur •ndiCTérence serait peut-être secouée par cel acte de désespoir de l’auteur. I.a disparition de Lycurgue servit ainsi à donner do poids et de l'aulorilé à scs lois.

errant, implorant l’hospitalité delà France et de l’Angleterre , vers lesquelles tous les hommes libéraux de l’Europe tournent leurs yeux et leurs espérances.

Or le grand secret que )e vais révéler est le même qui est senti et compris par tous les hommes contemporains, et surtout par les Anglais, qui ont été les premiers à s’en servir ; il consiste dans l’application de la puissance magique du crédit des nations dans un sens actif, c’est-à-dire , en persuadant aux citoyens d’emprunter à eux-mêmes , de manière à en pouvoir former une véritable et parfaite association matérielle d’intérêts. .T’entends détruire tout égoisme individuel par la fusion d’un égoïsme général ; en sorte que les individus ne pourront améliorer leur condition morale , ou matérielle, sans faire participer la nation entière à ces avantages: et cette fusion fera servir puissamment l’esprit d’égoïsme individuel à assurer à la nation la meilleure de toutes les existences sociales possibles.

11 ne faut pas croire que je rêve peut-être la république de Platon, la loi agraire, ou la doctrine Saint-Simonienne ; non, je ne me propose que le perfectionnement des sociétés anonymes qui existent déjà par centaines dans toute l’Europe ; celles-ci me serviront de modèle.

Je serai à même de dénoncer que comme il existe et il SC forme tous les jours des banques et des sociétés, rien n’empêche qu’on ne puisse sur les mêmes bases créer une société ou banque nationale; que cette nouvelle banque , en protégeant celles déjà existantes, et en en faisant naître- . de nouvelles autant que

possible , ne rende tous les citoyens actionnaires mo^ mentanés, périodiques, ou perpétuels, selon la portion des valeurs morales ou matérielles qu’ils possèdent. Et pour qu’on puisse se faire une idée de mon grand projet , on n’a qu’à assimiler cette grande Banque nationale à une grande caisse d’épargnes, où chaque citoyen aura le droit de déposer les capitaux qu’il veut qu’ils lui rapportent de l’intérêt, avec la faculté de les retirer quand bon lui semble. La grande différence , et fort importante , consiste en ce que je remplace le livret, que les caisses d’épargnes livrent maintenant à celui qui dépose une somme quelconque, par un billet’ remboursable au porteur. Par ce simple moyen , le possesseur d’un de ces billets qui se trouvera dans le besoin de se servir de l’argent représenté par le billet, pourra donner en paiement, pour prix des objets qu’il désire, le billet même, sans être dans la nécessité ni de perdre son temps, ni de remplir aucune des différentes conditions auxquelles sont maintenant ussujétis ceux qui, après avoir déposé de l’argent dans une caisse d’épargnes, veulent l’en retirer.

Et comme l’argent qu’on, dépose à la caisse d’épargnes, rapporte des intérêts; ainsi, dans ce nouveau système, le taux de l’intérêt sera marqué sur' le billet par la Banque elle-même, d’après les profits qu’elle retire du placement des capitaux déposés; en sorte qu’en prenant pour exemple le chiffre de l’o fr.; celui qui a dans scs mains un billet de lofr. le verra , au bout île huit jours , en calculant les intérêts •• à 4 P- io(t, marqué lo fr. et i cent, qui représentent la rente achetée avec ces lo IV.; ce sera de lo fr. et

a cent, au bout de i5 Jours; de lo f'r. et 4» Cent, au bout d’un an, et ainsi de suite.

Ce puissant appât mettra en circulation, d’une manière productive, toute la quantité de numéraire condamnée Jusqu’alors à rester oisive. La grande Banque , afin d’acquitter l’intérêt sur les fonds déposés , entreprendra toute espèce d’opérations utiles; elle accueillera tous les projets qui lui seront adressés, pour adopter ceux d’entr’eux qui oflriraient de la solidité et des bénéfices ; elle achètera des rentes étrangères , lorsque leur taux d’intérêt sera au dessous de celui de sa propre rente.

Les individus qui se pourvoient maintenant de tout ce qu’il leur faut avec de l’argent , le feront alors par le moyen de ces nouveaux billets ou coupons , et ils pourront bien se réjouir en disant : l’or et l’argent qui sont représentés par ces billets, servent à alimenter mes semblables qui sont occupés dans des travaux d’utilité publique pour faire rapporter à mes capitaux un intérêt multiple. N’est- ce pas ici le vrai nouveau monde parfait? Une assez grande partie , parmi ceux qui vivent de leur travail , en trouve maintenant avec peine ; elle endure toute espèce de privations et de misères , et elle périt quelquefois, faute de moyens d’existence. Mais, selon le nouveau système, ce sera l’argent qui surabondera et ira au devant du travail ; car ce n’est que l’œuvre d’un instant, celui de livrer un billet, tandis qu’il faut des mois et des années pour créer une entreprise utile. On verra alors cesser tout-à-fait cette lutte, cet état de guerre acharnée entre les pauvres et les riches , parce qu’alors ils se soutiendront mu-

tucllemcDt. Le pauvre alors reconnaîtra dans le riche, non pas l’homme qui enfouit ses capitaux dans un colTre, mais celui qui, au contraii'e, les fait servir à alimenter le travail: elle riche, de son côté, reconnaîtra dans le pauvre l’instrument nécessaire à l’accroissement de sa fortune. L’argent qu’on dépense dans le système actuel quelquefois par an seulement, se dépenserait autant de fois qu’il y a de jours de travail ; car ceux qui vendront aux ouvriers les objets de leur consommation , rapporteront chaque matin l’argent à la Banque. Quel sera alors l’aspect des villes et des campagnes ? Je ne prétends pas en faire le tableau , et laisserai faire à d’autres, doués d’une imagination plus riche, la description de l’état d’une nation ainsi cpnstituée, où les jouissances et les aisances de la vie ne seraient plus le partage de quelques classes privilégiées. On verrait les passages couverts se multiplier dans les rues; les villes rapprochées entre elles par une suite continuelle de villages; les hommes répandus partout comme dans les rues d’une ville; les meilleurs esprits faire des projets par centaines; la Banque nationale, les discuter dans le véritable intérêt du pays, et non de quelques personnes, comme il est souvent arrivé jusqu’à présent; les citoyens vertueux et intelligents , placés dans les différentes entreprises, hâter le perfectionnement dans l’art de produire, au meilleur marché possible , et améliorer le taux de l’intérêt des capitaux. Tous les actionnaires des banques et sociétés actuelles, incertains jusqu’à présent sur leur sort, et souvent victimes d’un agiotage immoral, se verraient rassurés smisla protection de la Banque. Cclle-

ci garaiilirail le remboursement de leurs billets, en les échangeant contre ses propres billets à ceux qbi en demanderaient le remboursement ; et au lieu de voir des billets et des actions de toute espèce inonder par milliers le marché, au point de ne plus pouvoir s’y reconnaître, on les verra tous représentés par le seul papier remboursable de la Banque.

La vie ne sera plus comme une charge et un malheur pour la plupart des hommes , et le bonheur seulement de quelques uns. L’homme de talent ne sera pas moins riche que celui qui possédera une fortune dès sa naissance; on n’aura plus à déplorer les malheurs produits par la scélératesse des hommes , mais seulement ceux qui sont inhérents à la nature humaine, y On n’en finirait jamais, si on voulait énumérer tous les heureux résultats de ce grand projet d’une véritable association générale; c’est pourquoi je me bornerai à exposer dix dés opérations les plus importantes de la Banque, pour faire apprécier l’utilité du plan proposé. Les voici :

La fusion générale des intérêts matériels de tous les citoyens dans les intérêts politiques du gouvernement;

La cessation de tout agiotage financier, politique et religieux, ainsi cpie de toute crise commerciale;

L’extinction , ou tout au moins une très forte diminution de la dette publique ;

La création de nouveaux domaines nationaux basés sur les travaux d’utilité publique;

La réconciliation des riches avec les pauvres, par suite du placement des capitaux dans les travaux destinés à créer de nouvelles richesses ;

Mettre à la disposition de l’industrie ou de l’esprit de l’homme les capitaux de la nation . pour se procurer la meilleure existence possible;

Doublcrl es capit^px nationaux dans autant d’années qu’il en faut pour que l’intérôt composé égale la somme capitale;

Faire revivre comme des capitaux actifs remboursables toutes les actions de toute société , et Taire naître autant de sociétés nouvelles qu’il sera possible;

Rendre à l’industrie, à l’agriculture et au commerce tous ces énormes capitaux employés à la Bourse pour alimenter l’agiotage ;

Jeter les bases d’une complète réforme sociale cosmo-

polite , en opérant cette heureuse métamorphose par la • magie du crédit , en sorte que les liommes puissent se convaincre d’exister de la meilleure manière possible.

Le fardeau des malheurs que l’on Supporte maintenant pourra peut-être, mes lecteurs , donner un air de roman à ce que je viens d’exposer ; mais soyez bien sûrs qu’il n’y a que votre apathie cpii pourrait vous faire continuer dans cet état.

Vouloir, et vouloir fortement, c’est tout ce qu’il faut pour opérer la réforme. Vous trouverez dans le pouvoir les meilleures dispositions à vous seconder , parce que ses intérêts seront identifiés avec les vôtres ; vous trouverez dans vos députés tout l’empressement désirable à la prompte adoption de ce projet.

Qui pourrait donc s’y opposer, si ce n’est votre inertie morale? C’est à celle-ci (fue vous devez d’avoir toujours tardé à adopter tout ce qui pouvait améliorer votre sort; et les nombreuses occasions que vous avez eues de vous repentir de ces retards , ne vous ont-elles pas rendus plus empressés à apprécier et à adopter les découvertes utiles? N’ajoutez donc pas à tant de remords celui-ci. Rappelez-vous que la vie est fort courte , et que c’est à vous à saisir le moment qui pourra vous faire passer quelques jours ou quelques années dans ce monde nouveau.

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