SUZANNE DE SEGONNAUX A GERMAINE DE MONTBARD
Paris, 28 octobre.
J*ai reçu labonue lettre d'hier, ma belle chériel C'est donc vrai ! Dans trois jours tu seras à Paris I Quelle joie de te revoir! Gomme nous allons être heureuses! Comme nous allons nous amuser!
D'abord, tu sais, tu dînes chez moi le jour de ton arrivée, je le veux absolument. Pas de cérémonies, en costume de voyage ; nous serons tous les quatre.
Tu verras notre installation. C'est à mourir de rire... Trois pièces meublées seulement et en-
core!... Enfin tu prendras les choses comme elles seront, n'est-ce pas? Ce ne sont pas de vieux grenadiers comme nous qui s'occupent de pareilles vétilles !
Tu ne m'as pas dit où tu allais t'installer? Dans mon quartier, tout près de moi, j'espère!... Il faut qu'il n'y ait qu'un saut à faire de ma branche à la tienne.
J'espère que nos maris deviendront deux bons amis, comme leurs femmes; et qu'au bout de peu de temps ils se diront, comme nous nous le disions nous-mêmes, au couvent, en nous tapant dans les mains : À la vie, à la mort!
Donc à lundi, sept heures. Quelle joie, mes petits poulets, quelle joie!
Ta SUZETTE.
EXTRAIT DU CARNET MATRIMONIAL