‹ Le monde physique (volume 2)Chapitre 145 sur 173 · PREMIERS ESSAIS DE NIEPGE · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE NIEPGE

(le l'eau, on avnil donc riinage formée dans la chambre noire, les clairs correspondant aux clairs et les ombres aux ombres (en un mol, une image positive de la gravure). Ijîs clairs étaient formés par la lumière diffuse ])rovenant àq la matière blanchâtre et non polie du bitume ; les ombres par les parties polies et dénudées du miroir, à la condition, bien entendu, que ces

FiiJ. 333. — >ii;r|ilioiD .Me|n:i;

parties se miraient dans des objets sombres ; à condition qu'on les plaçait dans une telle position, qu'elles ne pussent pas envoyer spécula irement vers l'œil quelque Jumière un peu vive. Les demi-teintes, quand elles existaient, pouvaient résulter de la partie du vernis qu'une pénétration partielle du dissolvant avait rendue moins mate que les régions restées intactes. » (Arago.)

Dagupire commença par peffecliiuiiior la mélhoile tle?îic|ice; il subslitiia au bitume de Judée, employé jiar Niepce. l'iudure d'argenl qui, sous l'aclion des rayiitia Uiniiiieus, noircit avec rapiditii. De la sorte, il parvint à l'éduirti le temps de l'exposition de la plaque aux rayons lumineux; mais ce tentips élail encore de plusieurs heures. On comprend donc pourquoi, même avec ces perfectionnements, il était à jpeu près impossible d'obtenir des épreuves sa lisfai sautes des images de la chambre obscure : ijeudaut que les objets éclairés par le Soleil portaient leurs ombres d'uu ciMé au début de rexpérieun-, l'astre entraîné par le mouvement diurne se déplaçait, et a»eilui les ombres ]>orlées, qui de la gauche passaient à la droite. Il eu résultait une confusion dans les images, dont la teinti' (ieveuail plate et uniforme el dont îe relief finissait ainsi par disparaître.

I,a plaque iodurée exposée au foyer de la cbainbre unir»' recevait l'empreinte de l'image ; mais celle-ci néanmoins n'exis- . lait encore pour ainsi dire qu'à l'état lalcnl. H restait à la déve- ^loppcr. Après de nombreux essais, Daguerre trouva que l'buile de pétrole avait la |)ropriété de reiidre les Unis plus visibles, qu'elle élait ce que l'on a depuis appelé une substance révélatnee. Enfin, bientôt il reconnut qu'il est préférable d'employer dans ce but les vapeurs de mercure : exjiosée à ces vapeurs, la plaque iodurée, impressionnée par la lumière, laissait apparaître avec la plus grande nellelé tous les détails d'ombre et de lumière de l'image formée au foyer de la chambre noire.

On voit donc que, si l'Idée première et la gloire de l'invention de la photographie reviennent de droit, pour une bonne part, à Niepce, qui n'eut pas le bonheur de jouir lui-même de son triomphe, et de partager avec son associé Dagnerre l'honneur de la reconnaissance nationale décernée en toute justice aux deux inventeurs', c'est Daguerre qui a, par l'invention

I. Une ii>i fui ïofoc, en juillH 1859, poiii- iic.-ordcr à Daguent cl îi Sîcpte fits .iouï |>,.n. sions viagères, la première de 6000 et la seconde de 4000 franrs, en échange de l'abandon fail par eux au pulilic tics piticédês de pliolugraphie duiil ils éL-iient invcnicur ou hérilitr. Niepce père étail mori en 1833.

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crune méthode originale, porté à sa perfection l'art nouveau de la reproduction, par la lumière, de tous les détails d'une vue naturelle, d'un site de paysage, d'un portrait, d'une scène quelconque. Bien des perfectionnements ont été apportés depuis à cette méthode qui n'est plus elle-même pratiquée, et à laquelle on a substitué mille procédés plus expédilifs ou moins coûteux; mais, dès le début, les épreuves daguerrienncs ont atteint un fini, une précision qui, depuis, n'ont pas été dépassés. D'ailleurs, au point de vue historique et scientifique, comme application des lois des phénomènes physiques, le procédé de Daguerre a une importance qui ne nous permet pas d'en omettre la description détaillée. L'enthousiasme avec lequel il a été accueilli à son origine par les savants, par le public comme par les artistes, n'a rien que de légitime, si l'on songe aux immenses services qu'il a rendus lui-même et que les procédés nouveaux ont de plus en plus multipliés : la géographie, toutes les sciences ])hysiques et naturelles, l'ethnographie, l'architecture, et même les arts de la peinture et du dessin ont eu part à ces services, qui ne font que s'étendre tous les jours. Voyons donc quel était à l'origine, c'est-à-dire en 1859, le procédé de Daguerre, et comment il était jiarvenu à reproduire les images de la chambie noire à l'aide de l'appareil qu'on nommait alors le (liujuerréoUjpc.

î^ Z, DAGLEHHÉOTYIMK 01 PIIOTOGKAIHIE DAGl l::nRIfc>\NK.

Comme Niepce, Daguerre employai! une feuille de cuivre plaquée d'argent, de l'épaisseur d'une forte carte. Il divisait lui-même en cinq opérations la série des manipulations qui constituaient son procédé et dont voici la description d'après la notice publiée par l'inventeur.

La première opération consistait dans le polissage et le nettoyage de la plaque. Avec du colon imbibé d'huile d'olive et de la ponce pulvérisée très fine, la surface de l'argent était d'abord

polie avec lieaucoup de soin; on enlevait alors la coaclic grasse avec un tampon moiiilltS d'eau élendue d'acide niliique. La plaque, chauffée furtement, élait de nouveau |M)Iio à la ponco, mais à sec, jusqu'à ce que l'argenl fût paifailenieiit bruni.

Eq cet étal, la plaque pouvait recevoir la couclie sensible, seconde opération qui consistait à exposer la surlace polie au-\ vapeurs qui se dégageaient spontanément de quelques fragments d'iode. Ceci se faisait dans l'obscurité, et ce u'esl (ju'à la clarté d'une bougie que l'opérateur jugeait si le résultai convenable était obtenu; la couche d'argent devait avoii- pris alors une belle couleur jaune d'or. Selon la température, il lallail Tine exposition de ciiu] minutes à une demi-heure.

On mettait alors la [ilatjne ainsi préparée au foyer de h chambre obscure, en ayant soin de ne pas laisser plus d'une heure d'intervalle entre celte troisième (»péralion et la préo^ dente. I^s objets dont ou voulait reproduii'e l'image devaienl être éclairés par la lumière directe du soleil. Après une exposition dont la durée variait avec l'heure du jour, avec la saison, et qui pour Paris était de 5 minutes au moins, de 50 minutes nu maAimuiii, l'Hcli^jt pltotogéttique de la luuiiére élaif couiplète. La plaque sur laquelle rien n'était encore visible, et qu'il fallait soustraire à toute lumière, portail l'empreinte (idèle de tous les objets qui avaient concouru à lui envoyer des i-ayons lumineux.

11 restait à faire apparaître cette image cachée sous sou voile, et à la fixer de manière à la mettre à l'abri de^toute destruction ultérieure. Voici comment Daguerre jirocédait pour ces deux dernières opérations :

La plaque était portée à l'intérieur d'une boîte (tig. 554) et la face inq)ressionnée, inclinée à 45 degrés, était soumise à l'action des vapeurs qui s'échappaient d'une capsule pleine de mercure chauffée à une température de 60 à 75 degrés centigrades. .\u bout de fjuelques minutes, l'image commençait à paraître, et se dessinait de [dus en |»Ius nette et précise : ce dont on s'assurait en s'éclairant de la lumière d'une bougie. Quand

DAGUERREOTYPIB. 585

la température du mercure s'était spontanément abaissée à Aô degrés environ, l'opération était finie et l'épreuve arrivée à sa perfection. On pouvait alors la consei'ver sans altération pendant plusieurs mois, à une condition toutefois, celle d'éviter de la regarder souvent et au grand jour.

« Le but de la cinquième opération, dit Dagucrre, est d'eulever de la plaque l'iode, qui, autrement, lorsque Tcpreuve serait exposée trop longtemps à la lumière, continuerait à se décomposer et la détruirait. »

Cette interprétation était -elle scienliliquement bien exacte ?

Nous le verrons plus loin. Toujours est-il que l'inventeur parvenait à son but en agitant la plaque dans une solution chauffée de sel marin, ou mieux dans une solution d'Iiyposulfite de soude, puis en la lavant à l'eau très chaude. On reconnaît que celte dernière opération a réussi i{uand toute trace de la primitive couche jaune d'or a disparu. En mettant ensuite l'éjtreuve sous verre pour soustraire la surface de l'image à tout frottement, elle se conservait intacte, même exposée au grand jour.

Fig. 554.

— BoiEc ù mercure |Kiur la n!védcs tiiiagcii dague l'rien nos.

Telle était, en résumé, et sauf des détails de manipulation i[ui n'ont |)as d'intérêt au point de vue scieutilique, la méthode inventée par Dagucrre. Elle reçut bientôt (pielques perfectionnements dont nous allons dire un mol, après quoi nous donnerons la description des procédés de photographie qui n'ont pas lardé à détrôner l'invention première, sans rien ôter, du reste, au mérite des deux hommes qui ont contribué à la découvrir.

. PEHFECTJ0HKEUENT3 APPORTÉS AU PnOCÉDË DE DACUERDE.

Nous avons dit que la déctiuverle de Niepce et de Daguerre avait été accueillie partout avec un grand enthousiasme. Comme les manipulations qu'exigeait la pratique n'étaient ni tro|> difficiles, ni trop coûteuses, cl que l'invention d'ailleurs élail tombée, grâce à la loi, dans le domaine public, un granJ nombre d'amateurs, industriels, artistes ou savants, se mirent à faire de la photographie. Il en résulta une série de perfectionnements ou de modifications à la méthode primitive. Nous mentionnerons seulement les plus importants de ces progrès.

Dès le début, on s'attacha à rendie l'image le plus possible durable en la protégeant contre l'action ultérieure de lumière ou contre le frottement. M. Dumas proposa de recouvrir la plaque d'un vernis en versant à sa surface une dissolution bouillanle d'une partie de dextrine dans cinq parties d'eau. Le fixage de M. Fizeau au chlorure d'or mérite aussi d'être mentionné. Après avoir lavé avec un grand soin, dans l'hyposulfîlc de soude, la plaque impressionnée, M. Fizeau versait sur toute sa surface une solution mixte de chlorure d'or et d'hypusulGtc de soude, puis il chauffait l'épreuve par-dessous avec une forte lampe : peu à peu on voyait l'image s'éclaircir, et, au bout d'une minute ou deux, prendre une grande vigueur. La mince couche d'or qui recouvre en ce moment toute l'épreuve, en renforçant les tons, protège l'image contre les altérations accidentelles.

Fig 3oo — Iiiigt de 1 iprPiivedagUE riunne. Procédé de H. Fiicau •■ chloi'ui'c d'or et i l'hjposullile de

PERFEGTIOxNNEMENTS DU PROCÈDE DAGUERRE. 587

Le procédé de Daguerre demandait encore, comme nous venons de le voir, une exposition assez longue, en moyenne d'un quart d'heure, aux rayons solaires. On s'est attaché avec une grande raison à réduire cette durée, qui, à divers égards, restreignait l'emploi du daguerréotype. Pour les portraits des personnes vivantes, des animaux, pour la reproduction des objets mobiles, il importail extrêmement de résoudre ce problème, qui revenait à chercher des substances plus rapidement impressionnables que l'iodure d'argent. On en trouva un grand nombre, qui reçurent le nom de substances accélératrices, parce qu'elles venaient ajouter leur influence à celle de l'iode.

Dès 1841, M. Claudet trouva que la plaque iodée, exposée aux vapeurs de brome, gagnait considérablement en sensibilité. Après avoir pris une teinte rose sous l'influence de ces vapeurs, la plaque était de nouveau exposée à la vapeur d'iode, jusqu'à ce que sa surface eut pris une teinte violette. Parmi les substances accélératrices employées depuis, citons le chlorure d'iode, diverses préparations de bromure d'iode, de chlorobromure d'iode et plusieurs solutions connues sous les noms de liqueur hongroise, liqueur allemandCy les unes employées sans le secours de l'iode, les autres n'agissant qu'après ce derniei' corps sur la surface de la plaque d'argent.

Grâce à cet accroissement dans la sensibilité des substances impressionnables, les procédés de Vhéliogra pitié (c'est le nom que Niepce donna dès l'origine à sa méthode) furent beaucoup plus expéditifs. On ])ut prendre des vues, faire des portraits on quelques secondes .et même se passer des rayons directs du soleil : la lumière diffuse suffit pour obtenir des épreuves, moins vigoureuses il est vrai, mais par cela môme plus harmonieuses, plus artistiques. Les perfectionnements apportés à la chambre noire, à l'appareil optique, que nous allons bientôt décrire, ont contribué aussi à ces progrès.

Avant de passer à la description des procédés photogra- [)hiques qui se sont peu à peu substitués à ceux des premiers inventeurs, revenons sur l'interprétation scientifique, physico-

chimique des phéuomènes que nous venons (réludîer. ÎVous n'avons rien à dire du côté |>urement optique des phénomènes: In formation des images au foyer de la chambre obscure a élè complètement expliquée dans les chapitres consacrés stiil aux phéuomènes lumineux et à leurs lois, soit aux instruments d'optique proprement dits. Mais que se passc-l-îl à la surface de la plaque ; comment se forment les images ; quel est le mode d'action de la lumière et comment les imagos, une fois formées, mais encore invisibles, deviennent-elles visibles dans tons leurs détails?

Oti a déj;\ vu (loe l'exposition de la plaque argentée ;iio vapeurs spontanées de l'iode donne lieu à la formation d'uu composé chimique, Viodure d'argeiU. C'est ce composé qui recouvre la surface primitivement blanche du métal d'une teinte qui varie suivant l'épaisseur, depuis le jaune {)aille, le jaune d'or ou orange, jusqu'au rouge, au bleu, au violet. Disons d'abord que ce phéDomène de coloration n'est pjis dii à la couleur de l'iodure d'argent, qui est blanc, mais qu'il s'agit d'un phénomène où rinlerféience des rayons lumineux joue Ir principal rôle, comme nous l'avons vu dans le chapitre de cet ouvrage consacré aux couleurs des lames minces. M. Dumas a évalué le poids de la couche d'iodure formée à la surface d'une plaque daguerrienne, et il en a conclu l'épaisseur appmchée de la couche elle-même. Celle détermination est asseî curieuse pour que nous la rapportions d'après le célèbre chimiste lui-même.

« Une plaque de 5760 millimètres carrés de surface, ayant été amenée à la nuance jaune-paillc par son exposition à la vapeur d'iode, fut rapportée sur une balance très délicate, où l'on avait fait exactement la tare : il y avait une augmentation de poids certaine, évidente, mais elle ne s'élevait jias à un demi-milligramme. Quand la nuance fut du jaune d'or, l'augmentation du poids arriva au demi-milligiamme. En prolongeant la durée de l'action de la vapeur d'iode par delà le temps nécessaire, en quadruplant cette durée par exemple, j'obtins

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