‹ Le monde physique (volume 2)Chapitre 144 sur 173 · IMAGES DE LA CHAMBRE OBSCURE · texte numérisé non relu

IMAGES DE LA CHAMBRE OBSCURE

substances, de laisser à leur surface une trace visible de leur action, laquelle est généralement d'autant plus vive que l'intensité des rayons est elle-môme plus considérable. Dès 1770, il est vrai, wScheele avait découvert la propriété du chlorure d'argent de noircir sous l'influence de la lumière, ou plutôt avait étudié à nouveau cette propriété connue des anciens alchimistes ^ Il avait aussi reconnu que cette substance était [)lus sensible à l'action des rayons bleus ou violets (les plus réfrangibles du spectre) qu'à celle des rayons jaunes ou rouges. C'est sans doute en utilisant cette propriété qu'un habile physicien français des premières années de ce siècle, Charles, réussit à dessiner et montrait dans ses cours des silhouettes obtenues par l'action lumineuse. Comment les produisait-il? On l'ignore; mais le procédé qu'il employait avait sans doute (pielque analogie avec celui que décrit Arago en ces termes, et ^]ui permet d'obtenir des épreuves négatives d'une gravure :

c< Placez une gravure sur du papier enduit de chlorure d'argent et exposez le tout à la lumière solaii'e, la gravure en dessus. Les tailles remplies de noir arrêteront les rayons ; les parties correspondantes de l'enduit, celles que ces tailles touchent et recouvrent, conserveront leur blancheur primitive. Là, au contraire, où l'eau forte, le burin, n'ont pas agi, là où le papier a conservé sa demi-diaphanéité, la lumière solaire passera et ira noircir la couche saline. Le résultat nécessaire de l'opération sera donc une image semblable à la gravure par la forme, mais inverse quant aux teintes : le blanc s'y trouvera reproduit en noir, et réciproquement. » Malheureusement ces images négatives, comme les silhouettes de Charles, n'auraient pu se conserver au jour, parce que la lumière, continuant d'agir sur les parties non attaquées d'abord, aurait fini par recouvrir la feuille enduite de chlorure d'une teinte noire uniforme.

Wedgwood, en 1802, parvint à reproduire, sur des peaux ou des papiers enduits de chlorure ou d'azotate d'argent, les pein-

1. Fabricius, en 155G, publiait un ouvrage, le Livre des métauXf où la propriété du chlonue d'argent (ou lune cornée) de noircir k la lumière était constatée.

tures (les viti-aux d'église et aussi à co])ipr des gravures ; mais il ne crut pas possible d'appliquer son procédé h la reproduction des images de la chambre obscui'e. A la niùme époque, H. Davy parvint à obtenir des images de très petits objets en plaçant ceux-ci à une courte distance de la lentille du microscope solaire.

Ces tentatives étaient d'ailleurs inconiplètes, eu ce sens qui-

ni Wedgwood ni Davy ne trouvèrent le moyen de lixer les images

obtenues, de les empêcher de disparaître à la lumière du jour.

Environ douze ans plus tard, un de nos compatriotes, INicépliorc

Niepce (de Clialon-sur-Saône), qui consacrait ses loisirs à dos

éludes scieutiliques, aborda ce problème de la rcproduclimi

jihologénique des images de la chambre obscure. Mais, apivs

un grand nombre d'essais inl'ruclueux, il Tut obligé de icnonœr

à obtenir des vues naturellcï>, motuiments ou paysages, à cause

. du temps fort long que mellaicnl à recevoir racliou lumineuse

' les substances dont il faisait usage. Jusqu'en 1829, époque de

\ son association avec Daguerre, Niepce se borna à fa copie pho-

■ togniphiqïie (les gravures ; mais, eu revanche, il réussit com-

plèlemenlà /ixer les images, p^l^(ème que ni C'JiarJes, m ïïciij;-

wood, ni H. Davy n'avaient su résoudre. Voici, en quelques

lignes, en quoi consistait son procédé.

Sur une feuille de cuivre plaquée d'argent cl parfaitement polie, il apj)liquait, à l'aide d'uu tampon, un vernis composé de bitume sec de Judée dissous dans de l'huile de lavande. La jdaque, chauffée doucement, se trouvait alors recouverte d'une couche uniforme et blanchâtre de bitume adhérente à sa surface. Placée en cet état au foyer de la chambre noire, elle laissait, au bout de quelque temps, apparaître de faibles linéaments de l'image. Pour rendre ces traits plus sensibles, Niepce eut l'idée de plonger I» plaque dans un mélange d'huile de lavande el de pétrole. El, en effet, il reconnut ainsi « que les régions de l'enduit qui avaient été exposées à la lumière restaient presque intactes, tandis que les auties se dissolvaient rapidement et laissaient ensuite le métal à nu. Après avoir lavé la plaque avec

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