‹ Le monde physique (volume 2)Chapitre 157 sur 173 · PHOTOGRAPHIE MICROSCOPIQUE · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE MICROSCOPIQUE

Si Timage, de quelques centimètres de diamètre, d'un astre comme la Lune, peut se transformer ainsi en une épreuve de 1 mètre et plus, et permet d'étudier à loisir la configuration orographique de notre satellite, combien la méthode d'agrandissement n'est-elle pas plus précieuse encore en fixant les milliers d'images des objets naturels qui, par leur petitesse, échappent à la vue! Pour obtenir ce résultat, il fallait pouvoir produire des épreuves nettes de ces infiniment petits. C'est un progrès qui a été pareillement réalisé et d'où est résultée toute une branche nouvelle de l'art inventé par Niepce et Daguerre : la photographie microscopique.

C'est encore à un de nos compatriotes, M. Bersch, qu'est dû en grande partie ce nouveau pas : les instruments optiques nécessaires à la production des images microscopiques, à leur amplification ultérieure, les dispositions à prendre pour les diverses opérations que cette production exige, ont été inventés par ce savant. D'autres ont contribué à perfectionner ces procédés et à obtenir des épreuves d'une grande perfection : citons, parmi eux, M. Neyt (de Bruxelles), MM. Dagron, Moitessier, Lackerbauer, J. Girard, en France. Tout le monde connaît ces merveilleuses et imperceptibles photographies, grosses comme une tète d'épingle, qui, enchâssées dans le chaton d'une bague, dans un bijou quelconque, se voient à la loupe avec les dimensions des épreuves ordinaires : portraits, vues, monuments, etc. Adaptés au genre de loupe que nous avons décrit (p. 496) sous le nom de loupe Stanhope^ ces petits objets portent avec eux-mêmes le microscope qui permet de les voir agrandis et dans tous leurs détails. Un point à peine perceptible à l'œil nu y devient une page entière d'un livre qu'on peut lire avec In même facilité que sur l'original. C'est à M. Dagron qu'on doit cette charmante invention.

Ce n'est là toutefois qu'un objet de pure curiosité, de fantaisie ; mais la photographie microscopique ne s'est point bornée à ces miniatures dont l'utilité est fort contestable. Elle s'est appliquée à des reproductions utiles, et elle a trouvé un ample

domaine dans la micrographie zoologique et végétale. « La photomicrographie, dit M. J. Girard, est une méthode iconographique admirable, grâce à laquelle le savant conserve le témoignage indéniable de ses découvertes, et qui reproduit sans les dénaturer les merveilles de délicatesse des chai-mantes compositions de la nature. Elle est fort intéressante, alliant l'art fascinateur de la photographie avec le plus attrayant des instruments d'optique. Avec un microscope ordinaire et des appareils de photographie élémentaires, on arrive à fixer des images microscopiques; pour les travaux de micrographie supérieure, un plus grand luxe d'histallalion devient nécessaire. La disposition la plus simple consiste à adapter le microscope au bout d'une chambre noire dont on supprime l'objectif, en mettant à la |)lace un raccordement en caoutchouc (fîg. 542).

Le tout se place sur une table près d'une fenêtre exposée aux rayons du Soleil. Au moyen du miroir, on éclaire vivement l'instnimenl et l'image du sujet va se projeter sur l'image dépolie de la chambre noire. Les opérations photographiques sont identiquement semblables à celles que l'on pratique ordinairement. » {Les Plantes étudiées au microscope.)

En présentant à l'Académie des sciences des épreuves microscopiques de diatomées obtenues avec des grossissements variables, M. Girard s'exprimait ainsi sur les moyens employés par lui : « Ces moyens, dit-il, sont identiques à ceux de la jiholographie ordinaire, avec cette seule différence que l'objectif à reproduction est remplacé par un autre très petit, éclairé par la lumière solaire réfléchie au moyen d'un miroir plan ou con-

- Microscope adapté h la chambre pour la micrographie.

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cave, suivant les circonstances. Pour donner à celle Inniièro les qualités pliologéniques nécessaires, ïl est indispensable de hi corriger par l'inlerposition d'un verre d'une nuance bleusUre. Quand elle manque d'intensité, comme quand on fait nsajif d'objectifs furls dont la lentille fi-onlalc a à peine 1 milliinctn' de diamètre, il est nécessaire d'avoir rei'ours à un condensateur.

« La photoniierograpliie, ajoute c.e savant, est un moyen parfaitement exacl pour la résolution des tesh les plus difficiles ; l'image obtenue édifie d'une manière irréfutable sur 1% valeur du syslème o|itique du microscope. Elle permet, au surplus, de constater les difléreiits effets de lumière insaisissables aulrcment; l'interférence el la diffraction se traduisent souvent sur cpielques diatomées par des combinaisons remanpiables. » [Comptes 'rendus, 1869.)

Le même auteur a l'ail uni^ autre application non moins intéressante de la pliolo^'rapbii.'

microscopique en éludiaul, à l'aide de lu luniièie po'arisée, Ifs cristaux de certains sels.

En médecine, en physiologie, celte branche de l'ail photographique rend des services'non moins précieux. M. le docleur Ozanam a imaginé un uppaueil qui enregistre pliotographiquement les baltements du pouls avec toutes ses phases : il obtient ainsi une ligne ondulée qui, agrandie, monlre toutes les varialions qui peuvent se produire dans les pulsations pendant le court intervalle de la cenl-millième partie d'une seconde.

En résumé, les innombrables découvertes que le microscope a fait faire dans le domaine des sciences naturelles, la pho-

. ai3 — flud «de pi I me leg Iak Coi rM> liiinulral lin C aiM inilir Aa\n M J I

lomicrograpïiie les fixe et pcrmcl, par ragiandissenieiit des

(épreuves, de les éludiei- d'une façon permanente.

Fig. .îil. — ftliiiles de [ilutl'iinicrograjiliii tï'gdtilc, pat M. J. Uimnl. Une dialomi'p.

Pi-ndatil le siège île Paris par les Allemands, celle appliealion lie la physique a rendu dos services d'un autre genre. Elle a |)ennis de réduire à uue surl'ace de quelques centimètres carrés les plus longues et k's plus volumineuses dépj'vhcs que les pigeons emportaiail sons leur aile , de la province à Paris. L'organisation île cette poste microscopique fui d'ahiird commencée à Tours sous la direction d'un pholugrajihe (le cette ville, M. Biaise. C'était d'abord sur papier que se taisaient les épreuves ainsi réduites : sur chaque côté de 11 feuille, on pouvait reproduire deux pages d'imprimerie ; mis le f;rain du |iapier liniilail la finesse du texte, et, de plus, le temps de pose (en hiver) était considérable. Aussi le système que M. Dagron, envoyé de Paris à Tour* |i;jr ballon, proposa à la Délégation nationale fut-il préféré (fin novembre 1870*. Ce photographe opérait sur de mincc^ pellicules de collodion très légères ei assez sensibles poum'exigerquedeux secondes de pose, au lieu de deux heures. Voici, à ce sujet, quelques détails lires d'une brochure publiée par M. Dagrop :

« Chaque pellicule était la reproduction de douze ou seize pages in-folio d'imprimerie, contenant en moyenne, suivant le lv|)e eniplovi', trois mille dépêches. La légèreté de ces pellicules a permis

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Fig. 515. — Photograpliie

microscotiiqiic. Fac-siniilc d'une dépêche cipcdjûc ï Paris pendant le sjègo.

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à l'administration d'en mettre sur un seul pigeon jusqu'à dix-huit exemplaires, donnant un total de plus de cinquante mille dépêches pesant ensemble moim d'un demi-gramme. Toute la série des dépêches officielles el privées que nous avons faites pendant l'investissement de Paris, au nombre d'environ cent quinze mille, pesait en tout un gramtne. Un seul pigeon eût pu aisément les porter. Si l'on veut maintenant multiplier le nombre des dépêches par le nombre d'exemjdaires

Fig. 346. — Agrandissemcnl el

fournis, on trouve un résultat de plus de deux millions cinq cent mille dépêches que nous avons faites pendant les deux plus mauvais mois de l'année.

« On roulait les pellicules dans un tuyau de plume que des agents de l'administration attachaient à la queue du pigeon. Leur extrême souplesse et leur complète imperméabilité les rendaient tout à fait convenables à cet usage. En outre, ma préparation sèche a le triple avantage d'être apprêtée en une seule fois, de ne donner aucune bulle, et de ne pas se détacher

du verre à la venue de l'image ; elle donne loule sécurité dans le travail, et n'expose pas aux déboires comme les procédés ordinaires. » Arrivées à Paris, les dépêches microscopiques étaient soumises à l'agrandissement et projetées par un microscope solaire qu'éclairait la lumière électrique sur un écran blanc. Là, on pouvait prendre copie de leur contenu. La transparence des pellicules collodionnées rendait cette projection facile et la lecture du texte se faisait aisément.

C'est assurément là une des plus ingénieuses et des plus utiles applications que la science physique et l'art de la photographie aient pu rendre, trop tard malheureusement pour l'intérêt suprême de la défense nationale.

§ 7. IHOTOCRAnilES IKSTAMANÉES.

La rapidité de l'impression photographique, ou la faible Jurée du temps de pose, est, dans un grand nombre de circonstances, une des conditions du succès pour le photographe. On a vu que du temps de Daguerre la plaque sensible devait rester quinze minutes au moins soumise dans la chambre noire à l'action de la lumière : aussi les portraits étaient-ils alors impossibles; la reproduction des paysages, des arbres, de tous les objets en un mot dont certaines parties sont en mouvement et dont l'éclairage varie, ne donnait que des épreuves imparfaites. Grâce au perfectionnement des procédés, des appareils d'optique et surtout à la découverte de substances impressionnables d'une grande sensibilité, ces difficultés ont été peu à peu surmontées et vaincues.

Toutefois la faible durée de la pose dépend encore de certaines conditions qui ne sont pas toujours rassemblées : il faut que les objets à reproduire soient éclairés par la lumière la plus vive possible ; et le photographe doit se servir d'un objectif à large ouverture, à mouvement rapide; enfin, la surface exposée à l'action lumineuse doit être de la plus grande sensibilité.

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