‹ Le monde physique (volume 2)Chapitre 97 sur 173 · L'ŒIL ET LA VISION · texte numérisé non relu

L'ŒIL ET LA VISION

§ 1. 1>ESCRII»TI0N DK l/oHGANE DK LA VISU» CIIKZ i/hoMME.

Les. phénomènes si nombreux, si variés, que nous venons de décrire, se rapportent tous à la propagation de la lumière dans des milieux différents, et aux modifications qu'elle subit, soit au point de vue de son intensité, soit au point de vue de la couleur, quand on change les conditions de la route suivie par les rayons lumineux. Nous Jie nous sonnnes pas préoccupé jusqu'ici de la manière dont nos organes se trouvent affectés par tous ces phénomènes, ni de la marche que la lumière suit quand elle cesse pour ainsi dire d'appartenir au monde extérieur pour devenir un phénomène interne.

Comment s'effectue ce passage, par quelle transformation un mouvement vibratoire, tel que celui des ondes de l'éther, arrivel-il à produire chez l'homme et les autres animaux la sensation de la vue? Comment des variations dans la vitesse ou dans l'amplitude des vibrations produisent-elles des variations correspondantes dans l'intensité de la lumière et dans les couleurs des corps? Voilà une série de questions que la science est loin d'avoir toutes résolues, et qui d\iilleurs sont plutôt du ressort de la physiologie que de la physique.

Ce que l'on sait, ce que l'observation a permis d'étudier d'une façon positive, c'est la marche des rayons lumineux dans l'œil, depuis l'instant où ils pénètrent dans l'organe, jusqu'au mo-

ment où, atteignant les nerfs, Tini pression qu*ils y produisent se transmet au cerveau et y détermine la sensation de la vue. Pendant ce trajet, les rayons lumineux obéissent, comme nous allons le voir, aux lois connues de la propagation de la lumière dans des milieux de forme et de densité variables : il ne s*agil que de phénomènes de réfraction simple.

L'œil n'est autre chose qu'une chambre noire dont Touverture est munie en avant d'une fenêtre transparente, en arrière d'une lentille, et dont le fond est tapissé par une membrane qui sert d'écran où viennent se peindre, renversés, les objets extérieurs. Décrivons avec quelques détails cet admirable instrument.

L'œil est, comme on sait, logé dans une cavité du crâne qu'on nomme Vorbite : sa forme est celle' d*uii globe à peu près sphérique, enveloppé de toutes parts d'une - membrane dure, consistante, que sa ressemblance avec la corne a fait nommer cornée. La cornée se divise en deux segments d'inégale étendue; le plus petit, Â, placé en avant de l'œil, a une courbure notablement plus prononcée que celle du segment postérieur ; c'esl comme un verre de moulre bombé faisant corps avec le bulbe de l'œil. De plus, il est d'une parfaite transparence et incolore, tandis que l'autre segment II est opaque, et sa couleur est d'un blanc légèrement bleuâtre. Ou les distingue par les noms de coimée transparente et de cornée opaqtie; celle-ci, constituant ce qu'on nomme vulgairement le blanc de Vœil, n'est pas transparente , mais seulement translucide pour les lumières d'une grande intensité.

Au travers de la cornée transparente, on aperçoit une membrane circulaire, dont la couleur varie selon les personnes ou les races, tantôt grise, tantôt bleu clair ou foncé, tantôt d'un brun jaunâtre. Cette membrane D est l'tm, sorte de (liapliragme percé â son centre d'une ouverture également circulaire, du moins chez l'homme, ouverture qu'on nomme la pupille. Derrière la pupille, qui est l'ouverture de la chambre noire par laquelle la lumière extérieure pénètre dans l'œil, se

trouve UDe lentille solide E : c'est le aistallin, dont la face antérieure offre une courbure moins prononcée que la surface interne. Le cristallin divise la cavité de Tceil en deux parties ou ctiambrcs de dimensions très inégales, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 218. La chambre antérieure B, comprise entre la cornée transparente cl le cristallin, est pleine d'un liquide peu différent de l'eau pure et qui a, à peu près, le même pouvoir réfringent ; on nomme ce liquide l'humeur

Fig. 318. — Coupe diauélrale il nliiro-[ioslé Heure de l'œil

aqueuse. Entre le cristallin et le iond de l'œil, se trouve la chambre postérieure, toute remplie d'une substance transparente, incolore, ayant la consistance d'une gelée et un peu plus réfringente que l'eau ; c'est l'humeur vitrée L.

Un faisceau de lumière qui pénètre dans l'œil traverse donc la série de milieux réfringents que voici, avant d'arriver au fond de l'oi^ane : la cornée transparente, l'humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur vitrée. Dans chacun de ces milieux, il subit une réfraction particulière, et l'ensemble de ses déviations est tel, qu'il va former son foyer sur la membrane même

qui tapisse la chambre postérièare de ToBil. C'est lé moment de dire que toute la sur&ce int^ne de la cornée opaque on dé h sdérotiquef comme on dit en termes d*anatomie, est recoa» verte d'une membrane mince, la efcoroSd» I, dont la fine concave est tapissée d'un pigment noir propre à absorber h lumière'.

Toutes les parties de Vasil que nous venons de décrire sont celles qui concourent à la formation des images des objets ; leurs fonctions sont pour ainsi dire passives. C'est à Fendroit même où se produisent ces images, qu'a lieu l'impression de h lumière sur la partie sensible de l'œil, et voici quelle est la disposition de cette partie qui joue le premier rAle dans le phénomène de la vision. Derrière le globe de Pcnl, la choroïde et la cornée opaque sont percées d'un trou circulfdre qui donne passage au faisceau des nerfs optiques. Ce feisceau M, en arrivant à l'intérieur de l'œil, s'épanouit et s'étend sur tràte k sur&ce de la choroïde, formant une membrane directem^ en contact avec l'humeur vitrée ; c'est la rétme K, qui est Técran, mais un écran vivant et sensible, de la chambre noire de Tœil.

A peu de distance du point d'insertion des nerfs optiques, existe sur la rétine une tache de couleur jaunâtre {macula lutea) qui a une grande importance dans la vision, puisque c'esl toujours sur cette tache jaww que vient se former l'image du point sur lequel nous fixons la vue : c'est le lieu de la vision la plus distincte. L'œil de Phomme et celui du singe sont les seuls dont la rétine possède la tache jaune. Les parties avoisinantes de la rétine sont douées d'une moindre sensibilité et surtout ne jouissent pas, au même degré que la tache jaune, de la faculté de distinguer deux impressions produites en des points très voisins. 11 existe en outre un point où cette sensibilité est entièrement nulle : toute la partie du fond de l'œil qui

1. C*esl ce même pigment qui enduit l'iris, et dont Tépaisseur plus ou moins grande détermine la couleur plus ou moins foncée des yeux. Les yeux bleus ou gris clair sont ceux où la couche du pigment est très mince ; la pigmentation plus abondante donne lieu à une couleur de plus en plus foncée, et son absence produit la particularité qui fait désigner les individus ainsi conformés sous le num d'albinos.

correspond à l'enlrée du nerf optique est en effet insensible à )a lumière. C'est ce qu'on nomme la tache aveugle ou le punctum etecum. On constate par des expériences très simples l'exisleucû de cette région d'insensibilité de la rétine.

L'une d'elles est due au physicien français Mariotte. Elle consiste à marquer sur un plan vertical , sur un mur par exemple, une série de points tracés à égale dislance les uns des autres. Si l'observateur se place en face de la ligne de points, et lise l'un d'eux avec l'œil droit en fermant l'œil gauche, il . voit le point fixé nettement et aussi la série des autres, mais d'une manière confuse.

S' éloignant alors du mur, sans cesser de regarder le premier point, il arrive un moment où le second devient invisible, puis

à une distance un peu plus grande il reparaît. C'est ensuite le tour du troisième, puis du quatrième point de dis])araîlre, et il en est successivement de même de toute la série. La disparition de chaque point s'effectue toujours au moment où la dislance de l'œil au mur est à peu près triple (pour certaines vues quadruple) de celle qui sépare le point qui disparaît du premier de la série, de celui que fixe l'œil droit. En opérant avec l'œil gauche il faudrait fixer le dernier point vers la droite.

L'expérience de Mariotte se fait encore de la manière suivante, en se bornant à tracer deux points ou deux cercles.

Sur un fond noir, on place deux petits cercles blancs, ou un cercle blanc et une petite croix blanche, comme le marque la figure 2i9. On ferme l'un des yeux, le gauche par exemple, et avec l'œil droit qu'on place en regai-d de la croix, on fixe celleci attentivement. Puis on s'éloigne ou l'on s'approche jusqu'à

ce que la distance de l'œil ouvert à la croix soil un peu plus de quatre fois supérieure à l'intervalle de celle-ci au cercle blanc. A ce moment, le cercle blanc disparaît, le fond noir parait continu. Il faut avoir soin, pour que l'expérience réussisse, de maintenir bien fixe l'œïl qui regarde la croix blanche'.

Il est facile de se rendre compte de la marche des rayons de luAiière qui émanent d'un objet AB, el de la façon dont cet objet va faire son image sur la rétine. Le système lenticulaire, composé de la cornée transparente el du crisUdlin séparés par rhumeur aqueuse, a pour centre optique un point 0, situé un peu en arrière du cristallin (fig. 220). Si l'on mène les axes secondaires AO, BO, c'est sur leur prolongement, et au point où ils rencontrent la rétine, que convei^ent les faisceaux émanés des points A et B; les points intermédiaires formeront leurs images entre les points a et b.

L'image ba de Tobjel sera donc ifnvprsée. Ce résultat est une '^' ~un*'œ"uorm!!i! ""**"^^ ""* *^^^ couséquences des lois de la refraction et de la marche des rayons dans les lentilles ; mais on a pu le constater directement par l'observation. Ainsi, en prenant l'œil d'un animal qui vient de mourir, et en le débarrassant extérieurement des couches de graisse dont le bulbe est enveloppé , on peut amincir la cornée opaque, à sa partie postérieure, de façon à la rendre translucide. L'œil ainsi préparé et exposé à la lumière du jour

1. Ilelinliolti décril ainsi ud procédé qui permet i cbicun de délermioer bdlem nt h forme et le; diniensions spptrentes du punclum crrctmi : > On donne k l'œil, dit-il; une [Mnilion fîie, à 8 ou 1! pouces au-dessus d'une feuille de papier blanc sur bquelle on ■ mtrquÉ une petite croix Mnant de point i!c Bialian. Puis on promène lur le pipier, à»at b projeclion du punctum csecum, U pointe, trempée dans l'encre, d'une plume blanche ou du moins peu fonci'e : la pointe noire disparaît; éloignant la plume successiiement, selon diiï^ranlcs directions, on marque a chaque Tois le point où elle commence i devenir visible... . Pour désigner la grandeur apparente que la lâche aveugle occupe dans le champ visuel, nous dirons que onze pleines lunes paurraient s'j ranger i la file uns dépauer son itMiuiiIre, et qu'i une dislance de 6 ï T pieds, une figure humaine peut ; disparaître en «lier. . {OpI'qir phyiiologùivf.)

ORGANE DE LA VISIOiN CHEZ L'HOMME. 397

laisse voir par transparence l'image très petite et très nette des objets extérieurs. On peut aussi voir l'image renversée d'une bougie à travers la cornée des animaux albinos, cornée que l'absence de pigmentum colorant rend naturellement translucide.

Nous avons dit que Tiris joue le rôle d'un diaphragme qui ne laisse pénétrer dans Tœil que les cônes de lumière ayant pour base Touverlure de la pupille. Mais l'iris peut se contracter ou se dilater spontanément, de manière à rétrécir ou au contraire à agrandir la pupille. Ce mouvement automatique se produit dans le premier sens, quand Téclat de la lumière reçue par l'œil augmente; il se fait en sens contraire, si cet éclat diminue. Même chose arrive quand l'œil regarde des objets situés à des distances différentes : la pupille s'élargit pour les objets éloignés et se rétrécit pour les objets rapprochés de l'œil. Regardez votre œil même dans un miroir que vous tenez à la main à une certaine distance, et examinez les dimensions de votre pupille; puis, rapprochez rapidement le miroir sans cesser de fixer la pupille, vous verrez celle-ci se rétrécir lentement.

L'œil étant assimilé à un système de lentilles, il peut paraître singulier qu'il serve à voir nettement tant d'objets situés à des distances si différentes. Il n'est pas douteux que, pour que la vision soit distincte, l'objet doive faire son image nette sur la rétine même. Il faut donc, quand la distance change, que le foyer puisse changer aussi, de manière à coïncider toujours avec la surface de la membrane nerveuse. En effet, si l'image nette d'un point lumineux se fait, soit en avant, soit en arrière de la rétine, il arrive ce qu'on observe à l'aide d'une lentille convergente quand on reçoit l'image en avant ou en arrière du foyer correspondant; au lieu d'un point net, on aperçoit un cercle diffus. Il résulte de là que a nous ne pouvons pas voir distinctement en même temps des objets situés à différentes distances de l'œil ». Pour se convaincre de ce fait, dit Helmhoitz, qu'on tienne à environ six pouces de l'œil un voile ou tout autre tissu transparent; et plus loin, à une distance d'environ deux

SN LE MOXVB mnÊU9E.

{iteÔM, qu'on mette lu Une. b ftiHHl ih i rexpérÛDce.oD l'ammaMéMnt^aBCita volonté lanfdt Im ffladarafe. falllkslrt let voir nettement, nuii que les kUm i lorsqu'on regarde les fils dnvofle,etqiK, | les lettres, le'voile n'ipptntt pinsq ment léger et oniforme du champ viawl. Si, i direction de l'œil, on examine tanlAt l'olget i l'objet éloigné, on remarque qu'à diaeaae de ces altenatmt, l'œil fait un effort pour opérer le ehanganeat. » {Optique flkfêiologiquê.) Cj'ai ce fait qu'on exprime ai disant que l'œil s'am commode aux ilistances. Hais à Taide de quel mécanisme Vofl conscrvc-t-il de ceUe façon sa propriété de dislin^er nellemetil les objets? Gomment, en un mot, se bât V accommodation? Pnir les petites distances le rétrécissement de la pupille, ponr |(t» grandes un changement dans la forme du crislalMn qui diminue son pouvoir convergent, tels sont les doux iuoiivenicn(6 soumis à notre volonté, mais aussi se faisant uns que nous en ayons OMiisoienoc, à l'aide desquels les physiciens expliquent l'adajH littioii iloiit il s'ii|til.

Il y a nue liinitr iiirrriotirn à ta distance des objets que nous rliotvlions tt voir iioltciiipnt : c'est la limite de la vision distincte ou v\wu\r II' liuiictum pro-vimiim, qui varie selon tes âges, entre \'\ à ^ii) iTiiliiiii^tivt). Ix> poitit le plus éloigné {punctum remoluin ou ntieux ivniottsitinmm) auquel puisse se faire raccomluiHliitioii csl à l'inlini pour certains yeux; pour d'autres, il nVn (>sl p»s ainsi, ol ta vision des objet» éloignés ne peut avoir liou tK>uv eu\ ipu' piU' te seiMurs de lunettes.

(.hinutl les niitst-li>s de t'a'it sont à l'état de repos, ou. si l'ou vent, toi-squ'it n'y a aucun efTort d'accommodation, la >nsioD dinlint-U' csl eelle qui tM>rrespond au punetiim remotum : les yeu\ poiu' lesquels it )Miinl est à l'iufini sont les yeux normaux

OUffHIMk'/nt/V*',

I . la,H(ii>i, liuM f<i mftitr. ■•■ M<^. mV. Il s'apl ici siMileiiicnl Ae U riiùm dittineiti t» iiii ml i<tHiiH<tni|<i> lieu) i»»ir ik-* ArtatAt !i d'aiilrM point* dt tuf.

Les yeux pour lesquels le punctum remotum n'est pas à une distance infinie , ne peuvent s'accommoder pour des objets dont la distance est plus gi-ande que celle de ce point. On les dit brackymétropes ou myopes. Ils ne peuvent réunir sur la rétine que les faisceaux lumineux qui sont divei^ents à leur point d'incidence.

On donne encore le nom d'hypermétropes aux yeux dont la < distance focale surpasse celle du cristallin ù la rétine, de sorte qu'ils ne peuvent voir distinclenienl sans un effort taligant d'accommodation les objets même les plus éloignés : la vision n'ust nette pour eux a aucune distance.

'' Kniiii la confonnalion de l'œil peut ôlre telle, [que la liiiiile

Fig.ail. — ForMilîon di: l'iiuagi; dans l'œil Kig. M2. — Fumutiou de l'iimgc d»ui l'iwl d'un jiresbjtu. d'un mjope.

inférieure de la vision distincte soit beaucoup plus grande que celle dont nous avons parler plus haut. Cette alfection, qui se rencontre surtout chez les vieillards, les oblige à tenir un livre très éloigné pour pouvoir lire sans confusion. Cela tient à ce que l'image va se former au delà de la rétine (fig. 221), de sorte que, la convei^ence des rayons émanés d'un point lumineux n'ayant pas lieu sur cette membrane, il y a impression confuse. En éloignant l'objet, le foyer se rapproche et la vision devient distincte. Les personnes affectées de ce défaut de la vue sont les presbytes. On attribue le presbytisme soit- à la diminution du cristallin, soit à une rigidité qui ne lui permet pas de s'adapter aux petites distances, soit enfm à un aplatissement du globe de l'œil, d'avant en arrière.

Les myopes ont un défaut opposé. La distance de la vision

distincte est beaucoup plus courte pour eux que ]uiuv les vues normales; et à de grandes distances, la vision esl toujours confuse. Cela vient de ce que, pour des raisons opposées à celles qui produisent le presbytisme, le Foyer ou l'image d'un pninl lumineux se funne en avant de la rétine (fig. 222). La trop grande convexité tki cristallin, l'allongetneut du globe de l'œil , sont les causes les plus o^mureB de la mï^pie. C'est mt d^it qui s'acquiert par l'tùbitude : tes pMrsonnes.qve l«ir8 0eco{M- ^ns obligent à regarder de près de petits ot^^s. comme W gens de lettres et de bureau, sont frégnemmail i^eiiUes de cette infirmité de la vue.

L'u'il n'est pas achromatique, comme on l'avait cm d'aborti; mais la dispersion qui se produit dans ses divers luilienx esl presque insensible.

Nombre de physiciens se sont demandé pourquoi, les images des objets étant renversées sur la réliue, nous v<)yons ceus-d dans leurs positions réelles, c'est-à-dire droits. Pour expliqurr celte singularité apparente, on a fait des hypothèses plus ou moins ingénieuses, mais qui, selon nous, n'oni pas de >L'ns. attendu que la question elle-même ne signilie rien. D'aburd, l'image peinte sur la rétine n'est pas pour Hou*?un objet que nous examinons comme si nous possédions «jlcorc un œil derrière la rétine. A la vérité, les objets exténeurs et nousméme, notre propre corps, sont vus par nous dans leurs positions relatives exactes : c'est tout ce qu'il faut, et. quand nous disons que nous voyons un objet, un arbre par exemple, droit et non renversé, cela signilie simplement que sa tête et ses pieds nous semblent, la première, s'élever dans l'air, l'autre toucher au sol, absolument dans le même sens que notre propre tête et nos pieds dans notre position normale. Si. par une disposition particulière de notre œil, analogue à celle de certaines lunettes, les images se faisaient droites sur la rétine, il ne nous parait pasdouteux que notre perception n'en serait nullement changée: pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'il y eût exceplioD pour l'image de notre corps, ce qui est hors de supposition.

§ 2. PERSISTANCE DE l'iMPRESSION LUMINEUSE.

L'impression de la lumière sur la rétine, la sensation qui en résulte ne cessent pas instantanément, aussitôt que la cause qui leur donne naissance cesse d'agir. En un mot, l'action de la lumière peut être excessivement courte ; mais la sensation persiste pendant un certain temps dont la durée dépend à la fois de l'intensité de la lumière et de l'état de fatigue de l'œil.

Les faits qui prouvent cette persistance sont d'une observalion facile. Citons-en quelques-uns.

Quand on jette les yeux sur un objet très brillant, très lumineux, sur le Soleil par exemple, puis qu'on les ferme brusquement, ou, ce qui revient au même, qu'on les porte sur un fond sombre, on voit encore quelque temps l'image brillante du disque. Cette image positive s'affaiblit rapidement et disparaît pour faire place à d'autres images accidentelles dont plus loin nous dirons un mot. Il n'est pas nécessaire que l'objet qu'on fixe ait une lumière aussi intense. Ainsi, en regardant de l'intérieur d'une chambre la lumière diffuse du jour venant par une fenêtre, puis fermant brusquement les yeux, on voit persister nettement l'image des rectangles lumineux formés par les vitres, découpés par les lignes sombres de la croisée.

Cette persistance de l'impression lumineuse se constate aisément d'une autre manière. On n'a qu'à faire mouvoir rapidement un point brillant, l'extrémité d'une baguette embrasée, pour que l'œil voie, au lieu d'une suite de points lumineux isolés, un seul trait de feu continu. Ce trait se change en un cercle, en une courbe quelconque, si l'on fait tourner en cercle le bout de la baguette, ou si on lui fait décrire la courbe en question. Les traînées lumineuses des fusées dans les feux d'artifice, celles des étoiles filantes, sont ducs en grande partie à la durée de l'impression de la lumière sur la rétine ; nous disons en grande partie, afin que l'on ne confonde pas le trait de feu

avec la traînée, quelquefois persistante et probablemait matérielle, qu*on observe après la disparition de cotains bolides. Le môme phénomène s'obtient si, le point Inmineax restant immobile, c'est un miroir reflétant son image qui reçoit le mouvement. Nous avons vu lissajous combiner les réflexions sur deux miroirs à angle droit pour étudier les vibrations des dem diapasons, et pour comparer les hauteurs des sons que ces diapasons produisent. Les courbes optiques ainsi c4>tenaes sont évidemment dues à la persistance des impressions lumineuses successives. Déjà Wheatstone, dans le kaléidqplume, avait tiré parli de celte persistance pour étudier les mouvements vibratoires d'une verge, à Textrémité de laquelle était fixée une petite perle de verre : le point lumineux formé par h réflexion de la lumière du jour ou de celle d'une lampe sur ce miroir sphérique se convertissait en courbes continues dont les sinuosités marquaient les variations de position ou Toscillalion de la tige. C'est encore la persistance des impressions lumineuses qui nous fait voir renflée en son milieu une corde vibrante, el nous empêche de distinguer les rais d'une roue on niouviMnonl, dès que la rotation est devenue assez rapide pour (\\w la sensation soit continue.

On peut délinij' les faits (|ue nous venons de décrire sonimairenienl, en disant, connne Helmholtz, que « des impressions hiniinenses répétées avec une rapidité suffisante produisent le même elîet sur l'ieil ([u'un éclairage continu ». Cela est vrai {\o la lumière considérée au point de vue non seulement de rinfensité, mais aussi de la couleur. L'expérience du disque rotatil* telle (pu» l'a faite Newton, et que nous l'avons rapportée au chapitre vu, page i&2, montre clairement comment les sensations successives de couleurs différentes se superposent, ou mieux se mélangent, quand la succession est assez rapide, et prodnis(»nt la sensation unique d'une couleur qui est la synthèse des couleurs composantes .

On a cherché à évaluer la durée de la {)ersistance lumineuse. IVArcy, au siècle dernier, Aimé, dans ceUii-ci. puis Plateau

ont fait, par des procédés divers, des séries d'expériences à ce sujet. Le premier de ces physiciens avait trouvé 0',i3 pour cette durée. La méthode d'Aimé consistait à faire tourner en sens contraire deux disques montés sur le même axe, dont l'un était percé sur son contour de plusieurs ouvertures étroites, équidistanles et égales, tandis que le second disque n'en avait qu'une. Tant que la rotation est lente, on ne voit à la fois qu'une fenêtre lumineuse, quand l'ouverture unique du second disque passe devant l'une des autres. Mais si le mouvement est assez rapide, on voit deux, trois, quatre ouvertures lumineuses à la fois. Cela arrive dès que la durée de l'impression dépasse le temps qui s'écoule entre deux, trois, quatre coïncidences des ouvertures. On a pu ainsi mesurer cette durée en constatant la vitesse de rotation, et étudier en outre diverses circonstances du phénomène.

C'est ainsi que Plateau a montré qu'il faut un certain temps à la lumière pour que la sensation soit complète et atteigne son maximum, et que ce maximum dure, avant de décroître, d'autant plus que l'impression est plus faible. En outre, la durée totale de l'impression va en croissant avec l'intensité de la lumière; elle est en moyenne de 0*,84.

En faisant tourner à la lumière du jour un disque de carton divisé en 24 secteurs alternativement blancs et noirs, ou encore blancs et colorés, Plateau a reconnu que la vitesse de rotation nécessaire pour obtenir sur le disque une teinte grise ou colorée uniforme dépend de l'intensité de la lumière, et dépend également de l'espèce de couleur qui recouvre les secteurs colorés. La teinte reste la même, si la proportion entre la surface des secteurs blancs et celle des secteurs noirs ou colorés reste constante. C'est ce qu'on démontre à l'aide du disque rotatif de la figure 223, où la surface du cercle est partagée en trois zones diversement divisées : la zone centrale, formée d'un demi-cercle blanc et d'un demi-cercle noir, donne le même gris que la zone suivante où la surface est divisée en quatre segments, et que l'anneau extérieur divisé en huit parties alter-

Wk LE MONDE PHYSIQUE,

nativement blanches et noires. Seulement la vitesse de rotation nécessaire pour rendre chaque zone unifonne va en croissant du contour du disque au centre. Six révolutions par seconde suffisent pour qu'on obtienne l'uniformité de l'anneau externe; il en iaut douze pour l'anneau intermédiaire et vingt-quatre poiir le cercle central. Quand cette vitesse est suffisante pour ce dernier, tout le disque parait uniformément teinté. Au contraire, comme Plateau Ta remarqué, si le nombre des secteurs reste le même, on peut changer le rapport de laideur des secteurs blancs et des secteurs noirs sans que la vitesse nécessaire pour l'uniformité change. On s'en assure avec un disque disposé comme le second cercle de la Ggare 223, où les secteurs blancs vont en s'élargissant du centre à la circonférence.

Fig. 333. — Disques rolallfs ; cii|iéri(>nce<i Mir In |)crstRlancc Ae* impressions luinineusi>«.

Lorsqu'un corps se meut avec une certaine rapidité, l'œil ne peut en distinguer nettement ni la forme ni les détails. Il faudrait pour cela que l'axe optique pût se déplacer aussi vite que l'objet, afin que l'image de ce dernier vînt toujours se former aux mêmes points de la rétine. Comme cela est généralement impossible, c'est celle image même qui se déplace sur le fond rétinien, et comme la persistance de l'impression existe pour^ chacun des points où elle se forme, il y a superposition et dè^^ lors confusion des différentes parties de l'objet. L'exemple \r~ ^ plus simple de celte confusion est celui des rais d'une roue ei=»i mouvement.

Mais quand la lumière qui éclaire et fait voir l'objet en mou^vement, ne dure qu'un temps très court, lorsqu'elle le frapt: "m

pour ainsi dire instantanément, de manière que le déplacement du corps pendant ce temps soit insensible, alors il ne se forme qu'une image, et la persistance de l'impression fait voir nettement le corps : il semble alors .immobile, comme si on l'eût arrêté brusquement au moment précis où l'a frappé le rayon lumineux. C'est une circonstance qui se présente dans les orages nocturnes, La durée de l'éclair est alors si courte et en même temps sa lumière est si vive, que le paysage est vu avec une grande netteté, et qu'un objet en mouvement, un train de chemin de fer, par exemple, apparaît en repos, bien qu'il soit lancé à toute vapeur.

Cn phénomène singulier, facile d'ailleurs à expliquer, est celui qui se produit lorsqu'on fait tourner sur le même axe, avec des vitesses égales mais de sens contraire, deux roues ayant un même nombre de rais : on aperçoit alors une roue immobile ayant un nombre de rais double. Cette apparence est due à la coïncidence des rais et à la superposition des impressions causées par chacune d'elles. Si l'on suppose qu'une des roues soient en repos, ces coïncidences seront à chaque tour en même nombre que les rais; elles seront évidemment deux fois plus nombreuses si les deux roues tournent ensemble en sens opposés. Mais s'il y avait une différence de vitesse, on verrait les lieux de coïncidence se déplacer : la roue semblerait tourner lentement.

Il nous reste à dire un mot des images accidentelles. Nous avons mentionné déjà celles qui se forment lorsque l'œil, après avoir observé un objet lumineux, est fermé brusquement ou se détourne sur un fond sombre : l'image est alors lumineuse comme l'objet, et pour cette raison on la nomme positive. Mais si l'on contemple fixement, pendant un temps suffisamment long, trente ou quarante secondes par exemple selon l'intensité de la lumière, un objet lumineux, une fenêtre par où pénètre la lumière du jour ; si ensuite on porte les yeux sur un mur clair, sur le plafond, alors l'image accidentelle qui se forme est négative : la croisée apparaît comme une croix blanche se déta-

chant sur des carreaux sombres. Ces images accidentelles persistent quelquefois assez longtemps ; elles se voient encore si Ton ferme les yeux. D'après certains physiologistes, elles sont dues à rétat de fatigue qu*ont subi les points de la rétine oii la lumière a agi avec le plus de force ; au contraire, les [)oints on s*est &ite Timage des parties sombres a subi une excitation moindre. Quand Tœil se porte ensuite sur une autre sur&ce, la sensibilité est moindre dans les premiers points que dans les autres ; la lumière y est moins vive, et il en résulte une image néffk\i\e de Tobjet primitivement contemplé. Cette explication est insuffisante, et celle qu'a donnée Plateau paraît plus satisfaisante et plus complète : selon lui, la rétine impressionnée no vient pas instantanément à l'état de repos : elle oscille entre deux états opposés, entre deux impressions contraires qui font succéder le noir au blanc, et à une couleur quelconque ou complémentaire; mais en quoi consistent ces états opposés de la rétine, c'est une question qui ne nous semble pas résolue.

Les images accidentelles, tant positives que négatives, se déplacent avec l'axe optique, de sorte que leur situation apparente dans le champ visuel coïncide toujours avec le point do la rétine qui a reçu Timpression prciniore, avec la tache jaune, si la vision a été directe et distincte.

Nous décrirons, dans la deuxième partie de la Lumière, quelques applications intéressantes du })hénomène de la persistance des impressions lumineuses.

Quand on regarde à distance un corps très lumineux se détachant sur un fond sombre ou noir, Timage paraît empiéter sur le fond. On s'assure de ce fait par une expérience fort simple que voici. On dessine deux figures égales, deux carrés ou deux cercles par exemple (fig. 224), l'un noir sur fond blanc et l'autre blanc sur fond noir, et on les place l'un à côté de l'autre en les éclairant d'une vive lumière. Le cercle blanc paraîtra sensiblement plus grand que le cercle noir. Ce phénomène est ce qu'on nomme irradiuticn .

Il se manitesle sous des appai-eiices très'variées. Au devant de ta flamme d'une bougie (fig. 225), interposons une règle notre qui coupe l'image de la flamme ; on verra celle-ci débo> der farête de la règle et former au dedans une échancrure lumineuse. Quand la Lune est entre la conjonction et le pre-

F\". S'Ji. — PliKiiuiiièoes d'imdiiiliun.

niier ou le dernier quaitier, que sa partie lumineuse a la ibrœe d'un croissant et que le reste du disque est visible par la lumière cendrée, il semble (jue les deux segments lunaires ii'appartieiHieJil jias au môme cercle : le contour du croissant déboi-de l'autre. Pendant les éclipses totales de Soleil, au moment oii le disque lunaire masque entièrement la lumière éblouissante de l'astre, on aperçoit des masses lumineuses rougeàtres connues des astronomes sous le nom de jyroUibérances ; elles reposent par leur base sur le contour sombre de la Lune, maïs, comme le montre la figiu'e 226, elles empiètent sur ce contour. L'eflel est absolument pareil à celui de l'irradiation.

C'est encore le même phénomène qui fait ])araître brisées les lignes de séparation d'un damier ou d'un assembhige de carrés.

Fig. 336. — Irrjrliation. Ëchancnirc appirpQte dp l'aréu» d'un? règle.

de rectangles alternativement blancs ou noirs (fîg. 227), et qui donne à un ensemble de cercles tangents comme ceux de la figure 232 l'apparence d'une série de figures hexagonales. Mais quelle est la cause de l'irradiation? Les uns, comme

- Les protubéi'aacea solaires pendaot une édipse totale de Soleil (éclipse du 32 décembre 1870).

M. Plateau, l'attribuent à une continuation de l'impression de la rétine au delà du contour d'une image intense. D'autres, comme M. Trouessart, admettent qu'il se forme des Images

Fig. 237. — Klfeti d'irradiation.

multiples empiétant les unes sur les autres. L'une et l'autre de ces théories considèrent l'irradiation comme un phénomène suhjeclif dépendant de la sensibilité de la rétine, ou de certains accidents qui se trou\eiil dans les milieux de l'œil. Il y a une

ILLUSIONS D'OPTIOUE. 409

difficulté toutefois : c'est que certains des phénomènes en question (conune Firradiation des protubérances dans les éclipses) ont été obtenus objecliTement et se voient sur les épitnives photographiques. Il faudrait donc admettre qu'il y a« dans les lunettes ou dans les plaques sensibles omploytvs jKir les photographes une dis|H>sition ou propriété précisément analogue à celles qu*on suppose e^^ister dans nos organes '.

§3. ILLCSKKIS D*opnQrE.

Mm

Il y a des circonstances où TœiK même sain et normaU voit lés objets autrement qu^ils ne sont en réalité; on donne le nom à^Ulùswns d'optique aux fausses apparences que présentent alors les images.

Plusieurs des phénomènes décrits dans le paragraphe qui précède pourraient, d'après cette déiinîtion, être considérés comme des illusions d'optique. Les effets de la pei^sistance lumineuse, les images accidentelles, Tirradiation, seraient dans ce cas. La difficulté est de distinguer nettement ce qui dépend de la sensation même et ce qui n'est qu'une affaire de jugement. Il peut arriver et il arrive en effet que certaines sensations visuelles ne correspondent point à des objets réels : par exemple une secousse, un coup sur le globe de l'œil produit une sensation de lumière, bien qu'aucun objet lumineux ne se trouve en présence. Dans d'autres cas, la sensation est bien déterminée par une impression extérieure, et l'image sur la rétine est bien telle qu'elle doit être pour un œil normalement

1 . D'après M. Le Roux, le phénomène de rirradiation serait « spécial au champ de la visioo indistincte; il augmente k mesure qu'on s'éloigne de la fovea cenlralù; pour cette portion de la rétine, les phénomènes d'irradiation, tels que les décrirent les auteurs, Ti'existent pas; pour elle il n'y a d'autre irradiation que celle qui provient des limites de i ^acuité de la vision; pour le champ de la vision indistincte, l'irradiation est encore une «question d'acuité de vision; elle s'explique physiologiquement par l'espacement progressif des éléments sensibles de la rétine lorsqu'on s'éloigne de la fovea ceniralû, lieu de leur miiaximum de concentration. » (Voyez les Comptes rendus de F Académie des sciences

confonné; cependant nous portons un jugement erroné, une appréciation fausse, dont il reste, en chaque cas, à rechercher la cause : ce qui n'est pas toujours facile.

Et d'abord, que doit-on entendre par ces mots : voir les choses comme elles sont?

Le sens de la vue, comme nos autres sens, exige une éducation préalable, qui se fait instinctivement pour la plupart d'entre nous, à une époque de la vie où nous sommes incapables de nous rendre compte des acquisitions successives, fruits d'une observation et d'une a/^c rxpérimentation pour ainsi

/dire inconscientes. Peu à peu cependant, sous te contrôle continu de nos autres / sens, nous apprenons à ju- ' gcr de la forme des objets, de leurs couleurs, de leur / position, de leurs dimen- ' sions et de leurs distances,

à saisir le relielou la solidité de chacun d'eux. Quand Fig. m. - Illusion doptiquc. ç^^ç ^Jucatlon est aussi

complète et parfaite que possible, et que d'ailleurs nous ne sommes ])uinl atteints de défauts dans la conformation de nos organes visuels, dans la sensibilité de la rétine, chose plus rare qu'on ne pense, alors nous disons que nous voyons les objets tels qu'ils sont en réalité. Cependant, même dans cette hypothèse, les objets peuvent se présenter de telle façon que notre jugement ne suit pas conforme à cette réalité, que la sensation nous semble autre que ce qu'elle devrait être, iiiiisi qu'un contrôle facile permet de s'en assurer.

Par exemple, habituellement, à la vue de lignes droili^s tracées géomélriquement, nous recunnaissAObillùuaattUtÉ^ mcnl leurs dii-ections vraies, leurs posïf

Or à rexaiiien de la figure 228, formée d'un large trait noir et de deux lignes ])arallèles plus fines a et b qui le coupent suivant un angle aigu, l'œil croit que la ligne b se prolonge suivant la ligner; il n'en est rien cependant, ainsi qu'on peut le constater aisément. Cette erreur de jugement sur la direction

Fig. 2S9. — Illusion d'optique : apparente divergence de lignes parallèles.

des lignes n'est pas moins forte, quand on donne une moindre épaisseur au trait noir traversé par la ligne mince.

Un autre genre d'illusion est celui que présentent les figures 229 et 230. Deux lignes parallèles sont coupées par des obliques extérieures dirigées de chaque côté en sens contraire.

Fig. S30. — Apparente dirergence de lignes parallèles.

Celte disposition suffit pour nous empêcher de reconnaître le parallélisme des lignes. Il semble qu'elles convergent vers une direction opposée à celle oii iraient se réunir les obliques qui lés ntitiolitrêilt. Dans la figure 231, l'illusion est d'autant plus

Ifri i^ts des deux premières s'ajoutent. Les

Betnbleiit donc alternativement conver-

Bë |>liiBt leÀ traits ({Ui les coupent, bieri

^ b < ëtt ligné diroite, ne sont pas en

apparence dans le prolongement les uns des autres; Tefiet est

celui de l'illusion optique représentée dans la figure 228.

La raison de ces fausses apparences n'est pas aisée à trouver. On a invoqué l'irradiation, puis les mouvements involontaires de l'œil ; d'après Helmholtz, en fixant un point précis du dessin. les illusions disparaissent : ce qui est exact sans doute pour réminent physicien, mais ne l'est pas pour d'autres vues.

Où l'irradiation joue certainement un rôle, c'est dans la

Fig. 351. — CoDTcrgence et diiergpn ■Itenulives de ligaes parallèles.

Fig. S33. — Forme hexagoiude apparente de cercles tangents ; effet d'irradiation.

manière dont on voit une série de cercles tangents, soit que ces cercles se détachent en blanc sur un fond noir, soit qu'au contraire ils soient noirs sur fond blanc. Dans les deux cas, on croit voir des hexagones et non des cercles ; tantôt ce sont les cercles blancs qui paraissent par leur empiétement détruire les espaces noirs ; tantôt ce sont au contraire les intervalles blancs qui rétrécissent les cercles noirs, et comme l'effet se produit autour des six points de tangence, il en résulte pour les cercles l'apparente forme hexagonale de ces derniers. H. A. Nachet, dans la Nature{n' 90 du 20 février 1875), signale cette illusion comme ayant trompé les naturalistes qu observaient au micro-

scope les stries de certaines diatomées, et qui ont cru voir des hexagones là où, en réalité, il n'y a que des cercles ou mieux des hémisphères.

Des illusions optiques qui se rapportent à la direction des lignes, à la forme des figures, on peut passer à celles qui regardent les dimensions des objets. Une ligne divisée i)araît généralement plus longue qu'une ligne égale sur laquelle l'œil n'a aucun point de repère. De là vient que si l'on regarde un carré formé de traits équidislants, il prend l'aspect d'un rectangle dont la plus grande dimension est celle qui est divisée. Un objet divisé par des lignes horizontales semble perdre de sa hauteur. Au contraire, il paraît plus élevé s'il est divisé par des lignes verticales. Un faisceau de colonnettes minces paraîtra plus haut qu'une colonne unique qui aurait même hauteur et aussi même largeur que le faisceau. C'est là une des raisons qui donnent aux nefs des églises gothiques une élévation apparente considérable : une voûte de même hauteur, dans un édifice d'architecture romane ou grecque, paraîtra plus écrasée \

La lente et progressive éducation du sens de la vue nous permet de juger, avec une exactitude qui varie d'ailleurs selon les individus, des distances réelles et relatives des objets et de leurs dimensions réelles, que nous rapportons du reste généralement aux distances présumées. Nous verrons plus loin que cette appréciation des dislances est liée à une autre impression qu'on nomme Vimpressimi du relief, laquelle tient à la vision simultanée des deux yeux. En décrivant les instruments nommés sléréoscopes, nous reviendrons sur ce sujet. Mais nous ne terminerons pas ce paragraphe sans rappeler une illusion que tout le monde a éprouvée : c'est celle qui nous fait paraître les objets célestes plus grands à l'horizon qu'au zénith ou qu'à toute autre altitude. Le disque du Soleil à son lever et à son coucher, celui de la Lune dans les mêmes circonstances sont notablement

i . Dans un ordre diffèrent de considérations esthétiques, on sait que les vêtements rayés horiiontalement conviennent aux personnes de haute taille et de peu d*embon point ; les étoffes rayées verticalement aux personnes petites et corpulentes. On peut (aire Tapplication de ces fiiits d'observation à bien d'autres cas.

plus gros à l'horizon qu'au méridien * : il en est de même des constellations. Quand le quadrilatère d'Orion se lève, il paraît immense en comparaison de l'aspect qu'il présente à l'instant de sa culmination.

L'illusion est évidente. Les explications qu'on en a données sont moins concluantes. Elles se réduisent à deux : les uns ont attribué le phénomène à la forme apparente de la voûte céleste, forme qui n'est pas hémisphérique, mais plutôt ellipsoïdale ou

Pip. 253.

surbaissée, dès lors moins élevée au-dessus de nos têtes qu'à l'horizon. Suivant Eiilcr, celte forme nouM fait croire que les objels situés à l'horizou sont phis éloignés de nous qu'au zénith : Or, à égahté de dimensions apparentes, ce sont les objets qu'un suppose les plus rapprochés qui paraissent les plus petits. De là l'illusion qui nous porte à juger la Lune d'autant moins grosse

1. Pour U Lune, l'efTet o«( d'aulnnt plus Kiirprenaiit que les diuieosions «[^iirantei ou anculairas du disque sont au couti'aiif un peu plus petite», quimd l'iitre Ml h rhariMn qnr s'il eil au tûnilh. A l'hiii'iiuii, la Luup est plus élui^aée de l'obumlaoT da pnwnM tonle la loDinH'ur d'un rajon in lu Tt-i-if. Sun diamètre dernit donc —"l'y» tim pelil, et c'nt

ILLUSIONS D'OPTIQUE. k\b

qu'elle a une plus {grande altilude. Une autre opinion rend compte de l'illusion par le fait qu'à l'horizon la Lune se trouve dans le voisinage ai)parent d'objets auxquels nous pouvons la connparer et dont les dimensions nous sont connues, comme des arbres, des maisons. Une semblable comparaison est impossible nu zénith, et la Lune isolée est ainsi réduite à ses vraies dimensions ap|)arentes, qui ne sont.cpruiu' faible fraction du contour du ciel.

Il est bien possible du reste (|ue l'illusion soit due simultanément à ces deux causes. 11 en faut i)robablement ajouter une troisième, (pii est la fîubie intensité de la lumière des disques lunaire ou solaire, affaiblie par rinter|)osition des couches de vapeur beaucoup plus épaisses à l'horizon qu'au zénith.

Nous venons de parler des illusions optiques, en enteiulant j)ar là les fausses apparences que [)rennent les objets dans certaines circonstances, pour un œil sain ou normal. Les exemples que nous avons cités auraient pu être considérablement multipliés. Mais il existe d'autres illusions qui ont pour cause la défectuosité de Torgane visuel ou certaines altérations morbides, et dont l'étude est i)ar consécpient de la compétence du physiologiste b(»aucoup plus que de celle du physicien. Néanmoins, nous en citerons un ou deux cas, parce cpi'ils sont beaucoup j)lus fréquents qu'on ne le croirait.

Commençons par signaler un défaut de la vue qui existe même dans un œil normal, bien qu'il y soit moins marqué, (l'est celui qu'on nomme astigmatisme. En regardant avec attention d'un seul œil les cercles concentriques de la ligure 255, on observera de notables diflérences dans la netteté de la vision dans des secteurs opposés des cercles. Selon certains diamètres, les lignes noires et blanches se distingueront nettement; selon d'autres, il y aura confusion, et la surface des secteurs paraîtra comme nuageuse, grisâtre, La position de ces secteurs d'apparences diverses dépendra de l'accommodation de notre œil.

L'explication de l'astigmatisme est dans la conformation on

la cuurbiire des surfaces réfringentes de l'œil, i|ui n'esl pas symétrique dans tous les sens, de sorte que les rayons n'y ont pas le môme fuyer dans un plan horizontal que dans un plan vertical. Quand l'œil est accommodé pour la vision ilistinclc des arcs horizontaux, il ne l'est pas pour les arcs verticaux, et réciproquement.

Un autre défaut de la vue consiste à ne pas disliaguer certaines couleurs, ou hien à en distinguer un nombre moindi-e que les yeux normaux. On nomme achromatopsie celle affection connue encore sous le nom de daltonisme, parce que le célèbre chimiste Dalton l'étudia le premier sur lui-même. « Les individus chez lesquels cel état est complètement développé, dit Helmhoitz, ne voient dans le spectre que deux couleurs, qu'ils désignent ordinairement sous les noms de bî^u et de jaune. A cette dernière ils rapportent tout le rouge, l'orangé, le jaune et le vert. Ils appellent gris les tons bleu-verdàtre, el nomment bleu tout le reste. Lorsque le rouge extrême est faible, ils ne le voient pas du tout; ils ne le voient que lorsqu'il esl intense. C'est |}our ce motif qu'ils indiquent ordinairement comme limite du spectre une partie où les yeux normaux voient encore distinctement un rouge faible. Parmi les couleurs des corps, ils confondent le rouge (c'est-à-dire le cinabre et l'orangé rougeâtre) avec le brun et le vert, dans les cas oîi les yeux normaux voient, en général, le rouge avec bien plus d'intensité que le brun et le vert. Ils ne distinguent pas le jaune d'or du jaune, ni le rose du bleu. » {Optique physiologique.)

Ce défaut est assez répandu pour que les compagnies de chemins de fer aient cru devoir, depuis un certain nombre d'années, faire passer des examens spéciaux à ceux de leurs employés, mécaniciens ou autres, qui se trouvent appelés à faire ou à observer des signaux. Les feux blancs, rouges et verts ou les disques de même couleur correspondent à des indications opposées, et la confusion de ces couleurs pourrait être excessivement dangereuse.

Un autre défaut singulier de la vue a été signalé par Wollastou en ces termes : « A la suite d'un violent exercice, dit-il, je reconnus subitement que je ne pouvais voir que la moitié de la figure d'un homme qui se trouva sur mon chemin ; le même effet avait lieu, quel que fût l'objet que je regardasse. Ayant essayé de lire le nom Johnson sur une porte, je voyais seulement ... SON : le commencement du mot était totalement caché il mes regards. La perte de la vue, dans cet exemple particulier, avait eu lieu à gauche, soit que je regardasse avec l'un ou avec l'autre œil. Cette cécité n'était pas néanmoins tout à fait complète ; mais les objets paraissaient couverts d'une ombre intense et sans limites bien définies. La maladie dura peu de temps : en un quart d'heure elle s'était entièrement dissipée. La sensibilité revint graduellement en j)artant du centre et en s'avançant obliquement vers la gauche en montant. » Wollastou éprouva plus tard un second accès de celte affection, de celte demi-^dté, et il en observa chez un de ses amis un cas qui persista. c< Le champ est assez étendu, dit-il, pour que mon ami puisse lire parfaitement; il voit ce qu'il écrit, la plume qu'il emploie, mais non pas la main qui la conduit. » Arago, en rapportant ces faits, dit que raffection décrite par Wollastou est assez commune. 11 connaissait quatre i)ersonnes qui y étaient sujettes, et lui-même en avait éi)rouvé plusieurs atteintes. Cette insensibilité d'une moitié de la rétine semble comme une extension de la taehc aveugle.

On nomme hémiopsie l'affection que nous venons de décrire.

g 4. LA VISION CHEZ LES ANIMAUK.

I/organe de la vue chez les animaux vertébrés est à peu près conformé comme celui de l'homme : il en diffère surtout par les parties accessoires. Chez les espèces nocturnes, la })upille est plus large, la surface de la rétine plus étendue. Les animaux jqui vivent dans l'obscurité ont des yeux tout à fait

418 LE MONDE l'HYSIQCB.

i-udiiiieiiUiires : tels sodI les rats aveugles d'Orienl. les Uapes. les an}(uilles. I,es oiseaux ont un crislallin plus aplati que celui des inainmifi^res, de sorte qu'ils sool naluieliemeat presbyte». liC contraire a lieu clicz les poissons, qui ont un cjislallîu spbérique. le milieu [dus dense où ils vivent nt^ressilant une lentille plus n^fringoule que chez les animaux aériens : les (Hiissons $ont myo{>cs.

Les invertébrés ont des yeux conformés d'une tout autre manière ; ^éiiéralement ils sont formés par la réunion d'une multitude de petits yeux isolés, dont chacun a un nerf optique ou plutôt une fraction du nerf optique. Selon J. Muller, chacun dos yeux éléracataires des yeux à facettes qu'on remarque cbez les insectes (Hg. 254 et 255) ne iierçoit qu'un point lumineux, et c'est la réunion do ces impressiuiis HiuJlipfes qui cuustilue l'image, comme elle résulte chez nous des impressions produites par la lumière sur les divers points de la rétine.

Les animaux voient-ils comme nous ? Sont-ce les mêmes radiations qui produisent chez eux ta sensation lumineuse ? C'est là une question qui a été, croyons-nous, peu étudiée jusqu'ici. Néanmoins un de nos savants physiologistes, M. P. Berl, a fait quelques observations sur ce sujet. Voici comment il pose lui-même le problème à résoudre et comment il l'a résolu pour le cas particulier oià il s'est placé.

« Tous les animaux, dit-il, voient-ils les rayons que nous appelons lumineux dans le spectre? £n voienl-ils que nous ue

Fig. 254.

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