LA VISION CHEZ LES ANIMAUX
neau (elle persistait même après la section de ces organes). Se fait-elle par les bourgeons oculaires flottant dans la cavité viscérale, ou par quelque organe ignoré, ou bien est-ce toute la couche hypodermique qui est sensible à la lumière? Celle-ci, dans ce cas, agit-elle comme sur les hydres vertes dans l'expérience de Tremblay, ou comme sur les grenouilles que l'on a aveuglées et qui savent à la longue se placer dans l'endroit de leur prison oii elles recevront le plus de lumière ? Il y a une très grande diflerence entre ces derniers actes qui ne supposent qu'une perception lente et obscure de la lumière, et ceux de l'asticot. Ici la perception est rapide , instantanée, et de plus la direction est immédiatement perçue : en sorte qu'il est difficile de ne pas rapprocher cette perception de l'asticot, quelle qu'elle soit, des perceptions fournies par les organes sensitifs proprement dits, et même notablement parfaits, puisqu'ils perçoivent à la fois la direction et l'intensité. »
Toutes les questions ainsi posées, et bien d'autres que chacun peut se faire, relatives aux sensations lumineuses qu'éprouvent les êtres vivants, à l'influence qu'exerce la lumière sur leurs organes, sur leurs vies, sont du domaine de la physiologie, plutôt que de la physique. Mais, pour les résoudre, c'est aux méthodes expérimentales des physiciens qu'il faut avoir recours nécessairement ; et l'on peut voir ainsi combien l'étude de la partie de la Physique que nous venons d'exposer sommairement dans cet ouvrage peut avoir d'importance pour les progrès des sciences naturelles elles-mêmes.
Nous avons énoncé, au tlûljut île cet ouvrage, une vi-j-ilé qui ne semble pas avoir besoin de démonslraliou, lorsque nous avons dit que la lumière est, à la surface du globe leireslre, une des conditions de la vie, aussi essentielle à l'existence des végétaux qu'à celle des animaux. Mais si tout le monde accepte celte affirmation comme évidente, on ne se rend pas toujours aussi bien compte du mode d'intervention de l'afrent hunineiix dans les phénomènes du monde organique. Nous allons rnppeler très sommairement ce que la science jjermet aujourd'hui de dire sur cette intéressante question.
Voyons d'abord quelle est l'influence de ia lumière sur la végétation.
Tant que la plante se trouve dans la période de son développement qu'on nomme germination, la lumière n'a sur elle aucune influence ni utile ni nuisible. L'humidité, la présence de l'oxygène, un certain degré de chaleur sont autant de conditions indispensables aux graines pour germer : il n'en est pas ainsi de la lumière; mais il ne paraît pas qu'elle soit nuisible, comme le firent croire des expériences faites au siècle dernier par Senebier et Ingeuhousz. Vuici ce que dit à cet égard M. Dehérain, dans son Cours de chimie agnœle : « Th. de Saussure a reconnu que des graines placées les unes dans des vases opa-
qiies, les autres dans des verres transparents, mais garanties de la lumière directe du Soleil, ont germé en même temps, et il est probable que c'est surtout par la dessiccation qu'ils opèrent, que les rayons solaires sont nuisibles à la germination. Si une lumière ménagée ne paraît pas défavorable, elle n'est pas non plus utile : les grains germent parfaitement dans l'obscurité, et c'est généralement dans des caves que les brasseurs préparent le malt, c'est-à-dire l'orge germée, employée à la fabrication de la bière. »
H y a un siècle environ que les premières expériences sur l'influence de la lumière dans l'acte de la végétation ont eu lieu. Priestley reconnut d'abord que les plantes vivantes produisent des effets contraires à ceux de la respiration animale, « et tendent à conserver l'atmosphère douce et salubre, lorsqu'elle est devenue nuisible en conséquence de la vie et de la respiration des animaux ou de leur mort et de leur putréfaction ». Ingenhuusz reconnut bientôt après que les plantes exposées au Soleil dégagent de l'oxygène; et enfin Senebier acheva la découverte, en montrant que cet oxygène provient de la décomposition de l'acide carbonique de l'air, décomposition opérée sous l'influence de la lumière du Soleil par l'acte de la végétation.
Depuis, une foule de savants, physiologistes et physiciens, ont étudié sous toutes ses faces et dans toutes ses particularités ce phénomène d'une si haute importance.
Ce sont les parties vertes des plantes, les cellules à chlorophylle, qui jouissent de cette propriété de décomposer l'acide carbonique de l'air sous l'influence des rayons lumineux, d'éliminer l'oxygène de ce gaz et de fixer le carbone, que la plante s'assimile alors et dont elle compose sa partie combustible. De Saussure a prouvé que les parties vertes sont incapables d'effec^ tuer cette décomposition, ou plutôt qu'elles consomment de l'oxygène pour le rendre sous forme d'acide carbonique.
Cette expérience fondamentale se démontre, dans les cours, de la manière suivante : Un grand flacon plein d'eau tenant eu dissolution une faible quantité d'acide carbonique ren-
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ferme une piaule marécageuse. Le flacon muni d'uu lube abducteur est placé au soleil. On voil bienlôt les feuilles se recouvrir de bulles de gaz, qui se rendent sous l'éprouve Ite, et l'on obtient en dernier lieu nu gaz assez ricbe en oxygène |»onr railumer des alhuncltes qu'on vient d'éleiudre et dont le bout est resté incandescent. Le dégagement du gaz augmente ou ilirainue selon qu'augmente ou diminue l'intensité de la lutni«"^n' dont les végétaux sont frappés; dans l'obscurilé, il s'arrùte complètement.
Pendant la nuit, les jilantes vivent à la façon des animaux ; elles absorbent de l'oxygène et émettent de l'acide carbonique.
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Seulement, comme l'a constaté M. Corenwinder, « la quantité d'acide carbonique décomposée le jour, au soleil, par les feuilles des plantes, est beaucoup plus considérable que celle qui est exhalée par elles pendant la nuit. Le matin, il leur sufiil souvent de trente minutes d'insolation pour récupérer ce qu'elles peuvent avoir perdu pendant l'obscurité. »
Une curieuse observation faite par M. Debérain montre bien l'importance de la présence ou de l'absence de la lumière pour celte double fonction des plantes. La surface d'un étang ibi domaine de Grignon se trouva, en juillet 1868, absolument couverte par les feuilles d'une petite plante qu'on nctninie lentille d'eau, au point que le niveau de l'eau formait un réseau
assez résislanl pour permellre aux petits oiseaux d'y marcher. Bientôt on vit arriver à la surface une quantité de poissons morts. M. Dehérain crut d'abord à un empoisonnement par l'hydrogène sulfuré ; mais la présence des oiseaux d'eau qui garnissaient l'étang, sans rien ressentir, lui prouva que là n'était pas la cause de la mort des poissons. Des expériences lui démontrèrent que ces animaux avaient dû périr asphyxiés; que la lentille d'eau avait formé à la surface de l'étang une couverture assez épaisse pour empêcher l'accès des rayons lumineux, que les plantes submergées ainsi plongées dans l'obscurité avaient d'^ absorber l'oxygène dissous et le transformer en acide carbonique.
On pourrait croire, d'après les propriétés spéciales des rayons (lu spectre, que l'action de ces rayons sur l'assimilation du carbone par les plantes doit être surtout due aux radiations chimiques. Or il n'en est rien. Les études faites sur ce point s[)écial (par MM. Daubeny, Draper, Clo(?z, Cailletet) ont démontré que, à égalité d'intensité lumineuse, ce sont les rayons rouges et jaunes qui sont les plus efficaces; les rayons verts, bleus et violets sont beaucoup moins actifs à ce point de vue. C'est la lumière verte qui est la moins active : elle ne provoque aucune décomposition et semblé même favoriser le dégagement de l'acide carbonique. M. Cailletet ayant placé « sous une cloche de verre vert éclairée par les rayons directs du Soleil une éprouvelte contenant de l'air pur et une feuille, obtint, après plusieurs heures, une quantité d'acide carbonique peu inférieure à celle qui serait produite par les mêmes feuilles dans l'obscurité. C'est probablement, ajoute-t-il, en raison de cette singulière propriété do la lumière verte, qui doit produire après un temps assez court l'étiolement des plantes sur lesquelles elle agit, que la végétation est généralement languissante et chétive sous les grands arbres, quoique l'ombre qu'ils portent soit souvent peu intens3. »
La lumière a encore sur la végétation un genre d'influence qui a été soupçonné dès le siècle dernier par Guettard, et que