Kaemtz, Météorologie
fusion pénètre dans les fissures internes du sol, dont les parois refroidies et peu conductrices ne peuvent recouvrer pendant l'été la chaleur qu'elles ont perdue au printemps. D'après M. Fournet, une autre cause contribue à entretenir cette température des eaux de source à un niveau plus bas que l'air extérieur : c'est que les canaux dans lesquels elles circulent ont leurs parois constamment refroidies par l'air qui s'y introduit en même temps que l'eau et dont le courant détermine une évaporation rapide et constante.
Une particularité remarquable dans la température de certaines sources froides, c'est, outre son infériorité marquée sur celle de l'air extérieur, le peu de variation qu'elle subit quand le débit de la source passe du maximum au minimum. Chacornac, dans la notice que nous avons citée plus haut, en donne un exemple dans la source de la Serrière, aux environs de Neuchâtel (Jura suisse). Du H juin 1864 au 9 août de la même année, cette source, qui jaillit en talus escarpé, a passé par deux crues importantes pour tomber à un débit très faible, sans que sa température ait varié de plus de 1° et demi (de 7°, 7 à 9°, 2). Pendant ce temps, la température de l'air au pied delà source oscillait entre 12°,5et25°,8, variant ainsi de 11°, 5, c'est-à-dire dans une proportion sept fois plus grande que les eaux de la source.
La température des sources thermales artésiennes est à peu près celle des couches profondes du sol d'où elles jaillissent, de sorte qu'on peut calculer approximativement la distance verticale de leur point d'origine au sol, en multipliant cette température par un nombre compris entre 25 et 55 mètres. Au taux moyen de 50 mètres de profondeur pour 1°, les eaux thermales de Bath viendraient d'une couche souterraine d'environ 1500 mètres de profondeur, puisque leur température est de 48°, 9; celles de Bagnères de Luchon, qui sont à 50°, indiquent à peu près la même profondeur; les eaux de Plombières (65°), celles de Chaudes-Aigues (81°), et celles de Trincheras, dans le Venezuela, qui ont à peu de chose près la température de l'eau
bouillante (97°), viendraient respectivement de points situés audessous du sol à des distances verticales de 1650, 2400, 2900 mètres. Mais, nous le répétons, ces évaluations, qui supposent une proportion constante dans le taux dont les couches du sol s'accroissent en température, sont tout à fait hypothétiques, puisqu'on a vu que l'accroissement en question est variable selon les localités.
Dans les contrées volcaniques, les sources à température très élevée sont fréquentes. Citons-en quelques exemples.
Fig. 141. — Source d'eau chaude de la vallée de la Firehole.
La vallée de la Firehole, située au milieu de cette merveilleuse contrée où les Américains ont réservé un vaste espace qu'ils nomment le Parc national des États-Unis, abonde en sources chaudes et en geysers qui indiquent une activité volcanique sur son déclin. Des jets de vapeur et d'eau bouillante jaillissent de toutes parts, du sein d'une multitude de cratères dont les diamètres varient de deux à douze pieds (60 centimètres à 5m,60). Nous reviendrons plus loin sur l'intermittence de ces jets dans le paragraphe que nous consacrerons aux geysers;
ici, c'est la température élevée de ces sources que nous avons seulement en vue. Dans cette vallée coule une rivière qui a reçu comme la vallée même le nom de Firehole (abîme de feu). Tout le long de ses bords marécageux s'élèvent des cratères en partie submergés. L'eau qu'ils contiennent s'écoule à gros
Fig. 1 iiJ. — Sources thermales de la vallée de Marcâpata.
bouillons. Tout dénote, dans les phénomènes extraordinaires que présente cette contrée, une activité volcanique spéciale.
Les sources thermales de la vallée de Marcapala doivent probablement aussi leur haute température au voisinage des Andes, dont le caractère volcanique se manifeste, comme on sait, par
des phénomènes si marqués. En voici la description d'après M. P. Marcoy, l'infatigable explorateur des vallées de Quinquinas. « Qu'on se figure, dit-il, une surface horizontale, en manière de plate-forme, d'environ 20 mètres carrés, appuyée d'un côté à la montagne à laquelle elle servait de marchepied, coupée à pic de tous les autres côtés, et percée de 25 ouvertures par lesquelles des jets d'eau bouillante, offrant deux groupes distincts, jaillissaient à une hauteur variable, ici de trois pieds, là de huit. L'orifice de chaque ouverture était cerclé d'un bourrelet formé par l'agglomération des matières sulfureuses. Ces bourrelets, en figure de cônes et d'une élévation de quinze à dix-huit pouces, présentaient l'exacte miniature des geysers en pleine éruption. Le ton local de la pierre, aux endroits en contact avec l'eau des sources, était une belle teinte jaune paille toute veinée de rameaux et de ramuscules bleuâtres qui imitaient les arborisations de certaines agates. Les parties de la roche que l'eau n'atteignait pas étaient nuancées de brun rouge, et couvertes par places de larges taches de moisissures d'un beau vert d'émeraude. Un épais fouillis végétal, où les ronces mûres, les sauges, les menthes, les fuchsias et les alstrœmères entremêlaient leurs tiges, leurs feuilles et leurs fleurs, s'étalait sur la plate-forme, sans souci des jets d'eau bouillante qui l'arrosaient de toutes parts, et pendait ruisselant autour du rocher, comme une chevelure1. »
On voit, en résumé, que les eaux qui circulent à la surface du globe, ou qui pénètrent à l'intérieur de son écorce, accusent, par leur température, deux sources de chaleur différentes. Les unes n'ont subi, dans leur parcours, que l'influence de la chaleur extérieure, des conditions atmosphériques ou météorologiques; les autres indiquent par leur température exceptionnellement élevée une autre influence, celle de la chaleur propre au globe lui-même et provenant de ses couches profondes, de son noyau. Les unes et les autres, en proportion de
1. P. Marcoy, Voyage dans les vallées de Quinquinas (Tour du monde, 1874).
leur abondance aux points de la surface terrestre qu'elles arrosent, réagissent à leur tour sur le climat de ces points. Néanmoins, comme elles ne forment en définitive qu'une très faible partie des masses liquides à la surface de la terre, cette réaction reste renfermée dans des limites assez étroites. Il n'en est plus ainsi pour les eaux des océans et des mers, que leur immense étendue et leur énorme profondeur appellent à jouer un rôle si considérable dans la succession des phénomènes météorologiques. Voyons donc ce qu'on sait de leur température.