‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 99 sur 271 · Annuaire de Montsouris pour · texte numérisé non relu

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2. Voici ce que dit h cet égard Humboldt dans le quatrième volume de son Cosmos :

« D'après la théorie de la distribution de la chaleur, la couche à laquelle les différences de température cessent d'être sensibles durant toute l'année est d'autant moins éloignée de la surface qu'il y a moins d'intervalle entre le maximum et le minimum de la température annuelle. Cette considération a conduit mon ami M. Boussingault à la méthode ingénieuse et facile de déterminer la température moyenne des régions tropicales avec un thermomètre enfoui sous le sol à une profondeur de 8 à 12 pouces dans un endroit abrité. 11 a mesuré particulièrement de cette manière la température des contrées comprises entre 10° de latitude boréale et 10° de latitude australe. Aux heures les plus diverses, et même dans des mois différents, ainsi que le prouvent les expériences du colonel Hall près du littoral de Choco, à Tumaco, celles de Salaza à Quito, celles de Boussingault à la Vega de Zupia, à Marmato et à Anserma Nuevo, dans la vallée du Cauca, la température n'a pas varié de deux dixièmes de degré, et l'on n'a trouvé guère plus de différence entre cette température et la température moyenne atmosphérique dans les lieux où cette température atmosphérique a été déterminée par les observations horaires. Ce qui est particulièrement remarquable, c'est que cette identité, constatée par des sondages thermométriques, si l'on peut appeler ainsi des expériences faites à moins d'un pied de profondeur, ne s'est démentie nulle part, ni sur les rivages brûlants de la mer du Sud, à Gayaquil et à Payta, ni dans un village indien situé sur le versant du volcan de Puraca, à 1556 toises (2645™, 2) au-dessus du niveau de la mer, d'après mes mesures barométriques. Il n'y avait pas entre la température moyenne de ces lieux, situés à des hauteurs si inégales, moins de 14 degrés de différence. »

Humboldt cite encore les longues séries d'observations faites sur le plateau de Bogota par le colonel Acosta, et qui prouvent que, dans des conditions d'abri convenables, la température reste invariable à une très petite profondeur. Ces observations confirment donc la loi formulée par Boussingault.

moyenne annuelle de l'air, sans être obligé à un long séjour et à des observations multipliées.

L'existence d'une couche de température invariable à une faible profondeur au-dessous de la surface du sol prouve que l'action calorifique des rayons solaires est promptement arrêtée par le défaut de conductibilité des matières solides de ces couches. Les flux de chaleur qui pénètrent ainsi, avec une double périodicité diurne et annuelle, à l'intérieur de la Terre, sont contrebalancés par des mouvements inverses ou de reflux qui renvoient à l'extérieur l'excès de la radiation solaire sur la moyenne température du lieu. D'après Fourier, une partie de cet excès s'écoule en outre par un mouvement extrêmement lent et uniforme des régions équatorjales vers les régions polaires, où elle se dissipe dans l'espace après avoir contribué à adoucir la température des zones glaciales.

La chaleur des couches terrestres plus profondes n'a plus pour origine la radiation du Soleil ; elle appartient en propre au globe lui-même. La température, en effet, va en augmentant avec la profondeur au-dessous de la couche invariable, tandis qu'elle devrait suivre la loi inverse, si elle avait une origine extérieure.

De temps immémorial, on sait que les mines profondes ont une température exceptionnellement élevée. Mais, ainsi qu'il arrivait fréquemment jadis, on se préoccupa plutôt de trouver une explication du phénomène que de le constater par des mesures précises. Les uns invoquaient le feu central; les autres croyaient cette chaleur produite par certaines actions chimiques, la décomposition des pyrites par exemple (Boyle), par des fermentations, etc. Les premières observations thermométriques datent seulement de 1740 et sont dues à Gensanne, directeur des mines de plomb de Giromagny, près de Belfort.

Cet ingénieur constata un accroissement moyen de 1° par 19 mètres. Dans les salins de Bex, de Saussure trouva 1° pour 37 mètres.

Les recherches de ce genre se sont multipliées dans le siècle actuel. Toutes s'accordent à prouver que la température des couches qui forment la partie accessible de l'écorce terrestre, va en croissant avec la profondeur. Mais la loi ou le taux de cette augmentation est loin d'être uniforme. Citons les plus importantes de ces observations.

Gordier, en 1827, donnait les chiffres suivants : dans les mines de Littry (Calvados) l'accroissement de température était de 1° par 19 mètres ; dans celles de Decize, de 1° par 25 mètres ; dans celles de Carmaux (Tarn), de 1° par 36 mètres. Reich, dans les mines de l'Ersgebirge, trouvait, en 1830-1832, une augmentation de 1° par 42 mètres. Philips a trouvé une augmentation de chaleur de 1° pour 32m,4 dans un puits des mines de houille de Monk-Wearmouth, à Newcastle, la profondeur de ce puits étant de 456 mètres au-dessous du niveau de la mer. Dans les mines de l'Oural, elle est deux fois plus rapide, selon Kuppfer, qui a trouvé 1° par 20 mètres de profondeur. En Prusse, au contraire, Gerhard a constaté qu'il fallait s'enfoncer de 57 mètres pour trouver le même accroissement de 1° centigrade.

Le taux moyen varie donc considérablement, comme on voit. A la vérité, des causes multiples peuvent modifier la loi, ou du moins empêcher que les résultats ne soient parfaitement comparables. La plus importante paraît être la différence de profondeur des mines explorées à ce point de vue. Voici quelques nombres qui prouvent cette influence. D'après Fox, le taux moyen dans les mines de Cornouailles et du Devonshire est 1° par 15 mètres jusqu'à la profondeur de 100 mètres; il n'est plus que de 1° par 41 mètres lorsqu'on va jusqu'à 350 mètres. On a constaté récemment une diminution semblable, quoique notablement moins rapide, dans les mines de houille de Radstock, près Bath. A la profondeur de 168 mètres, l'accroisse-

ment moyen de température fut de 1° par 26 mètres ; à 243 mètres, de 1° par 33 mètres; à 300 mètres, de 1° par 41 mètres seulement. Des expériences dues à M. Mohr, faites en 1876 par ce savant, dans un puits de 4000 pieds de profondeur, foré dans le sol, aux mines de Sperenberg, près Berlin, l'ont conduit à reconnaître un ralentissement marqué et régulier dans l'accroissement de la température avec la profondeur. Mais, comme le fait remarquer M. Radau dans son intéressante notice Sur la constitution intérieure de la Terre, les conclusions de M. Mohr ont été contestées. « M. A. Boué a fait observer avec raison que les eaux d'infiltration ont pu abaisser considérablement la température des couches profondes, ce qui suffiraitpour expliquer le ralentissement constaté parM. Mohr. » Du reste, de récentes observations effectuées par le professeur Everett, à la houillère d'East-Manchester, donnent un résultat opposé, ainsi que le prouvent les chiffres suivants : l'accroissement de température, qui était de 1° par 41 mètres à la profondeur de 306 mètres, s'élevait à 1° par 35 mètres à 315 mètres , à 1° par 26 mètres seulement à la profondeur de 837 mètres. Ici la progression est croissante.

Le forage des puits artésiens a permis de constater aisément l'accroissement de la température avec la profondeur. Mais, avant qu'on instituât des expériences spéciales dans ce but, la température de l'eau que les fontaines jaillissantes amenaient à la surface, comparée à la température à la hauteur du sol, suffisait à témoigner de cet accroissement. Arago donnait en 1855 les nombres suivants :

Accroissemeut

Puits artésiens. Profondeurs. de 1°.

De Saint-Ouen, près Paris

De Marquette. . J

D'Aire ( Nord et Pas-de-Calais.

De Saint-Venant ]

De Scheerness (Tamise) ,

De Tours 140

Walferdin, appliquant ses précieux thermomètres de déverse-

ment à l'étude de cette question de la température des couches profondes du sol, trouva qu'en moyenne il faut descendre de 30 à 32 mètres pour obtenir, au-dessous et à partir de la couche invariable, un accroissement de 1°. Le puits artésien de Saint-André (Eure) accusait, à la profondeur de 253 mètres, Une température de 17°, 95, tandis que la température moyenne du même lieu est 12°, 2. C'est 1° par 30m,95. Les puits artésiens de l'Ecole militaire et de Grenelle, à Paris, ont donné au même physicien, le premier, 1° par 50'", 85, le second 1° par 31 m, 5. En 1857, il descendit ses appareils thermométriques dans deux puits voisins qu'on forait au Creuzot ; l'un, celui de Mouillelonge, accusa, à la profondeur de 816 mètres, 38°, 5, et l'autre, celui de Torcy, 27°, 22 pour une profondeur de 554 mètres. La comparaison de ces deux résultats donne 11°, 1 pour une différence de profondeur de 262 mètres. C'est donc un accroissement de 1° par 23m,6. Or, en calculant cet accroissement depuis la surface du sol jusqu'à 550 mètres, la température moyenne de la surface étant 9°, 2 à Torcy, on ne trouve que 1° par 30 ou 31 mètres, à peu près le même chiffre qu'à Grenelle, à l'Ecole militaire et à Passy1. Il faudrait donc en conclure que la température des couches profondes, aux mines du Creuzot, va en croissant plus rapidement- à mesure que la profondeur augmente. Mais les expériences avaient eu lieu au puits de Mouillelonge un certain temps après la cessation du travail du forage (quatre-vingts heures), tandis qu'au puits de Torcy le travail était suspendu depuis longtemps. Il est donc vraisemblable que la chaleur développée par la percussion n'était pas encore dissipée au puits de Mouillelonge, au moment où les thermomètres y furent descendus, et que telle est la cause de l'excès de température constaté.

Voici les résultats trouvés par divers observateurs dans un certain nombre de puits artésiens célèbres :

1. L'eau de ce dernier puits, foré en 1861, avait la température de 28°. Sa profondeur étant de 586 mètres, ou de 558 mètres au-dessous de la couche invariable, la température moyenne à la surface étant 10°, 6, on trouve 1° par 50 mètres.

-Accroissement

de 1° Profonrleur.

Puits de Vienne (Autriche) par 20m »

— de Rùdersdorff (Prusse) 20™ 280'"

— de Prégny (près Genève) 29"', 7 223m

— de Neusalzwerk (Prusse) 29m,2 622"'

— de Mondorf (Westphaliej 29"', 6 671"'

— de Iakoutsk (Sibérie) 14"', 7 116"'

— de Ncuffen (Wurtemberg) 10'", 5 385m

Ce dernier puits pénètre des couches basaltiques, et l'on attribue l'augmentation rapide de la chaleur à une action volcanique. Mais le précédent accuse pareillement un taux d'accroissement considérable, sans que l'on puisse invoquer une semblable influence. Les circonstances dans lesquelles le puits d'Iakoutsk a été foré sont d'ailleurs assez intéressantes pour arrêter un instant notre attention. Un négociant de cette ville, nommé Fedor Schergin, avait commencé en 1828 le forage d'un puits, dans le sol gelé, avec l'espoir d'y trouver de l'eau. A la profondeur de 50 pieds anglais, la température du fond du puits n'était, d'après Erman, que de — 6° Réaumur, ou — 7°, 5 centigrades. A 27 mètres, on n'avait encore trouvé que de la glace et pas d'eau. La température moyenne d'Iakoutsk étant — 9°, 5, Erman en conclut qu'on ne parviendrait à des couches dégelées qu'après avoir creusé assez pour que l'accroissement de température fût d'au moins 6° Réaumur. En se reportant aux expériences antérieures et à celles qu'il avait faites lui-même dans l'Oural, il prévoyait qu'on serait obligé de creuser jusqu'à 500 ou 600 pieds de France ; en conséquence Schergin abandonna l'entreprise. L'amiral Wrangel, de passage à Iakoutsk, ayant décidé le propriétaire du puits à continuer le forage dans un intérêt purement scientifique, on alla jusqu'à la profondeur de H 6 mètres, profondeur qui fut atteinte en 1837, sans qu'on ait pu traverser la couche de glace1. Yoici les

1. Humboldt, dans le quatrième volume de son Cosmos, fait remarquer le contraste qui existe entre cet état du sous-sol de l'Asie du nord, caractérisé par une congélation profonde, et la température relativement élevée qu'il a constatée dans les mines des hautes montagnes du Pérou et du Mexique. « A plus de 12 000 pieds au-dessus du niveau de la mer, dit-il, j'ai trouvé l'air souterrain de 14° plus chaud que l'air extérieur. » Les mines d'argent du

températures obtenues à diverses profondeurs, d'après Erman et Middendorf (ce dernier fit des observations suivies dans ce puits, en 1844) :

Températures

Profondeurs. d'après Erman.

Profondeurs.

Températures d'après Middendorf.

Le taux d'accroissement qui résulte de ces nombres est fort variable selon la profondeur. D'après les résultats d'Erman, on trouve d'abord 1° par 14 mètres, puis par 8m,4 et enfin par 14'", 7, ce qui semble indiquer d'abord un accroissement rapide, puis un ralentissement. Les chiffres de Middendorf donnent 1° pour 9m,3 à la profondeur de 60 mètres, puis pour 13m,9, indiquant aussi un ralentissement dans le mouvement de la température.

De tout ce qui précède, il faut conclure :

Que les couches profondes du globe terrestre ont une chaleur qui leur est propre, et dont la source inconnue est intérieure, c'est-à-dire a son siège dans le noyau central;

Que plus la profondeur augmente, plus la température augmente elle-même, sans qu'il soit possible encore de dire suivant quelle loi. Toutefois, le plus grand nombre des observations recueillies jusqu'à présent, à des profondeurs diverses, mais ne dépassant pas un kilomètre, donnent environ 30 mètres pour la profondeur à laquelle il faut s'abaisser successivement pour obtenir une augmentation de 1° centigrade dans la température. L'accroissement continue-t-il dans la même proportion à des profondeurs plus grandes? Se ralentit-il, ainsi que le prouvent certaines observations, ou devient-il au contraire plus

Cerro du Gualgayoc, près de la ville péruvienne de Micuipampa, marquaient 19°,8 à l'intérieur des travaux, tandis qu'au dehors l'air était à 5°, 7. Cependant « la roche calcaire, ajoute l'illustre voyageur, était parfaitement sèche, et un petit nombre de mineurs étaient présents. » Humboldt paraît penser que l'élévation de la température souterraine, à de telles altitudes, est due à des causes purement locales, sur la nature desquelles il ne s'explique pas d'ailleurs.

rapide, comme on pourrait le déduire d'observations opposées? L'expérience ne permet point encore qu'on se prononce sur ces délicates questions de physique du globe. Les calculs auxquels on s'est livré à ce sujet, et qui ont à coup sûr leur intérêt, sont donc purement hypothétiques. Cordier, admettant que la température croît en moyenne de 1° pour 25 mètres de profondeur, en concluait forcément qu'à une centaine de kilomètres la température dépassait plusieurs milliers de degrés, et que toutes les substances minérales connues y seraient à l'état de fusion. Les laves des éruptions volcaniques ne seraient alors qu'un épanchement de la masse fluide interne. C'est ce que soutiennent les partisans de l'hypothèse d'après laquelle notre planète, originairement fluide dans toute sa masse, s'est partiellement consolidée par suite de son rayonnement dans l'espace et du refroidissement qui en a été la conséquence. La partie extérieure solidifiée constitue l'écorce ou la croûte, qui n'aurait guère qu'une cinquantaine de kilomètres d'épaisseur, et serait dès lors comparable à une simple coquille d'œuf. D'autres, tout en admettant la fluidité primitive de la planète, croient que la solidification a commencé par les parties centrales, et que la partie encore fluide en raison de sa température excessive, ne forme au contraire qu'une faible fraction du volume total. Certains géologues vont même plus loin : le globe serait entièrement solidifié, et ils expliquent le phénomène des épanchements de lave par l'existence locale de lacs souterrains de matière fluide.

Nous ne faisons que rappeler ici sommairement ces diverses hypothèses : les raisons invoquées pour ou contre sortent de notre domaine; elles sont spéciales à l'astronomie, à la géologie, et n'empruntent guère à l'observation et à l'expérience que les données dont les plus essentielles ont été résumées dans ce paragraphe.

Quelle que soit du reste la cause de la chaleur interne du globe, elle n'influe actuellement que d'une manière tout à fait insensible sur l'élévation de la température à la surface. L'ac-

croissement d'un trentième de degré par mètre, constaté par les observations les plus concordantes, ne donnerait pas, d'après Fourier, plus d'un quart de degré centigrade pour cette élévation, si le globe était une masse de fer. Les couches terrestres ayant une conductibilité beaucoup plus faible que le fer, le résultat est donc moindre encore, et peut être considéré comme insensible. L'analyse mathématique a conduit en outre Fourier à cette autre conclusion, que l'accroissement actuel de la température interne, beaucoup plus grand autrefois, ne varie maintenant qu'avec une lenteur extrême : il s'écoulera plus de trente mille années avant qu'il soit réduit à la moitié de ce qu'il est aujourd'hui.

g 5. TEMPÉRATURE DES EAUX : LES EAUX COURANTES, LES LACS, LES SOURCES.

L'influence de la nature du sol, de sa conductibilité, de son pouvoir absorbant et de son pouvoir réflecteur sur la température des couches comprises entre la surface et la couche de température invariable, sur la profondeur plus ou moins considérable de cette dernière, est de toute évidence. Il en est de même de l'influence que les mêmes conditions variables doivent avoir sur la température des couches d'air les plus voisines du sol. Ce sont là des éléments importants du climat d'une région quelconque, sur lesquels on n'a point encore, que nous sachions , recueilli des données numériques suffisantes pour qu'on puisse faire la part des causes multiples de variation que nous venons d'énumérer. Les effets n'en sont pas moins certains, comme en témoignent les contrastes que l'on observe entre des contrées qui se trouvent dans des conditions géographiques et météorologiques à peu près semblables, mais dont le sol est composé de matériaux tout à fait différents, et se comporte vis-à-vis de la chaleur rayonnée par le Soleil d'une façon opposée. Mais ces contrastes ne sont jamais plus tranchés que là où la surface solide fait place aux vastes étendues d'eau,

aux océans et aux mers. L'eau, en vertu de sa grande capacité pour la chaleur, de sa faible conductibilité, et de ses autres propriétés physiques, joue un rôle capital dans la météorologie terrestre et notamment celui de modérateur des climats, pour les régions qui sont soumises à son influence. De là l'utilité, la nécessité de savoir comment, se distribue dans sa masse la chaleur que le Soleil lui envoie.

Nous dirons quelques mots d'aboic de la température des eaux qui circulent à la surface <ks continents ou s'y accumulent, eaux courantes, fleuves et rivières, lacs; puis de celles qui pénètrent à l'intérieur du sol ou en jaillissent à l'état de sources. Nous parlerons ensuite de la température des océans et des mers.

D'après les observations faites par M. Grad sur les eaux d'une rivière torrentueuse des Vosges, la Fecht, qui va se jeter dans l'Ill après un parcours de 48 kilomètres, d'après celles de M. Bertin sur l'Ill et sur le Rhin à Strasbourg, il y a lieu de conclure que l'eau de ces rivières subit, dans le cours de l'année, des variations moindres que celles de l'air1. Elle s'échauffe et se refroidit avec moins de rapidité, de sorte que les époques des maxima et minima de température viennent après celles des maxima et minima de la température de l'air aux mêmes points. L'amplitude des oscillations est d'ailleurs moindre ; pour l'eau, elles sont plus fortes en été qu'en hiver, plus considérables par un temps serein que par un ciel couvert, et diminuent à mesure que le débit du cours d'eau augmente. Enfin les pluies qui, d'après M. Grad, abaissent la température des eaux courantes en été, l'élèvent en hiver. Quant à la moyenne annuelle, elle est un peu plus forte dans l'Ill et le Rhin que

1. Voici quelques nombres empruntés aux observations des eaux de la Fecht, par M. Grad, dans le courant de l'année météorologique 1866-1867 :

Température Maximum. Minimum. Moyenne. de l'air.

Hiver. 9°,6 — 0°,2 4°,7 2°,1

Printemps 21°,5 i°,7 10°,t 11°,5

Eté .... : 23°,5 9°,8 16°,3 21»,3

Automne 18°,6 5°,2 10°,9 I0°,a

Année 23°,b -0°,2 10u,d H°,3

celle de l'air (de 1° dans le premier cas, de 0°,4 dans le second). Ces résultats de l'observation s'accordent bien avec ce qu'on pouvait prévoir en se basant sur les propriétés physiques de l'eau comparées à celles de l'air. Néanmoins, il serait prématuré de les généraliser, même en se bornant à considérer les eaux courantes de la zone tempérée.

On a vu dans un chapitre précédent les circonstances qui président à la formation de la glace dans les eaux courantes, et comment les glaçons qu'elles charrient à l'époque des grands froids prennent principalement naissance sur le lit, où la vitesse de l'eau est moindre, et où son contact avec le sol congelé détermine un abaissement de température assez bas pour sa propre solidification.

Quant aux lacs, on sait que si leur profondeur est suffisamment grande, l'eau conserve au fond la température constante de son maximum de densité, ou environ 4° centigrades. En hiver, quand la température extérieure est suffisamment basse, les couches superficielles sont congelées et la température va en croissant depuis une couche voisine de la surface, où elle est de 0°, jusqu'au fond. Pendant la saison chaude, la progression est inverse, toujours en vertu de la même loi qui veut que les couches d'eau se stratifient de haut en bas, suivant l'ordre de leurs densités croissantes. Dans les lacs d'une moindre profondeur, c'est à 2° ou 5° au-dessus de zéro que se trouvent les couches en contact avec le lit.

Toutes les eaux qui circulent à la surface du globe, sur le sol même, ruisseaux et torrents, rivières et fleuves, toutes celles qui, à des profondeurs plus ou moins grandes, pénètrent au sein de son écorce solide, et après un cours d'une longueur variable, le plus souvent inconnue, viennent jaillir en sources, ont une même origine, l'atmosphère, les nuages, c'est-à-dire les pluies ou les neiges.

Quand une chute d'eaux météoriques a lieu, une très faible partie pénètre directement ou mieux mouille le sol; une autre parlie s'évapore; la plus grande quantité ruisselle à la surface

et par des milliers de ramifications forme les torrents, les rivières, les fleuves, ou bien encore pénètre par les anfractuosités, les fissures du sol1, à l'intérieur même des couches plus ou moins poreuses descendant jusqu'à la rencontre des terrains imperméables où l'eau forme des nappes d'une certaine étendue. Il existe môme de véritables cours d'eau souterrains qui, après un parcours quelquefois très long, vont rejoindre soit les eaux courantes du bassin auquel ils appartiennent, soit la mer elle-même.

Au point de vue qui nous occupe ici, qui est celui de leur température, les sources peuvent être divisées en deux espèces distinctes : les sources froides, dont la température est généralement inférieure à celle de l'air au point où elles jaillissent; ce sont celles dont les eaux n'ont pénétré qu'à une profondeur assez faible à l'intérieur du sol, ou qui, provenant de la fonte des neiges dans les pays de montagnes, ont conservé sous terre la basse température de leur point d'origine: les sources thermales, ou chaudes, sont au contraire le plus souvent produites par le jaillissement à la surface d'eaux qui ont pénétré dans les couches profondes, au-dessous de la couche de température invariable. Ce sont des sources artésiennes, si l'on entend par là celles dont les eaux, après être descendues le long des couches inclinées, remontent à la surface, par l'effet de l'égalité de pression ; certaines sources thermales cependant doivent leur température élevée à leur voisinage de régions volcaniques, plutôt qu'à la profondeur des couches atteintes par leurs eaux.

1. C'est principalement dans les montagnes qui ont subi des dislocations en divers sens que les eaux pluviales sont promptement absorbées. Tel est le cas pour la chaîne du Jura, ainsi que le constatait Chacornac dans son étude Sur les températures des sources jaillissant en talus escarpé. « Le premier fait, dit-il, que l'on constate en parcourant ces montagnes, consiste dans l'extrême avidité avec laquelle leur sol absorbe l'eau. Ainsi, quelques heures après des pluies prolongées, ou même des averses diluviennes, il ne reste pas trace des fluides sur les plateaux, et, en général, sur les routes ; mais, en revanche, les sources jaillissent de toutes parts dans les déclivités du sol, aux failles de plus grande pente et dans les plus grandes dépressions des plis innombrables du terrain, où l'oolithe moyenne surtout est restée au-dessus du niveau des vallées. D'autre part, ces réseaux de chaînes de montagnes, s'emboitant les uns dans les autres, donnent à un certain nombre de vallées jurassiques la forme de bassins entièrement fermés où les eaux se réunissent. )>

Les sources peu abondantes et venant d'une faible profondeur ont une température plus variable, dans le cours de l'année, que celles dont le débit, presque constant, est considérable, et dont les eaux, avant de parvenir au jour, ont parcouru sous terre un long trajet. Ces dernières ont une température presque invariable, et qu'on a cru longtemps être la même que la température moyenne annuelle du lieu où elles jaillissent ; mais, d'après les observations d'un grand nombre de météorologistes, cette identité n'existe pas : les eaux de certaines sources sont plus froides que l'air, les eaux d'autres sources sont au contraire plus chaudes, et ces différences dépendent des conditions climatiques de chaque région, et du mode de formation des sources. Voici l'explication qu'en a donnée de Buch : « S'il ne pleuvait jamais, le sol aurait à une certaine profondeur la température moyenne de l'air ; s'il tombait tous les mois la même quantité de pluie, et si l'on admet que cette pluie fût à la température de l'air, la moyenne température des sources serait égale à celle de l'air. C'est le cas en Angleterre, où il tombe autant d'eau en hiver qu'en été. Dans les contrées, au contraire, où les pluies de l'été l'emportent sur celles de l'hiver, la moyenne température de l'eau qui tombe est supérieure à celle de l'air, et les sources sont dans le même cas. Aussi en Allemagne et en Suède les sources "sont-elles plus chaudes de plusieurs degrés que la moyenne annuelle. C'est le contraire dans les contrées où il pleut beaucoup en hiver, comme la Norvège et l'Italie. Dans les pays tropicaux, la température baisse rapidement au commencement de la saison des pluies; mais dans les localités où il pleut par intervalles pendant toute l'année, il y a identité entre la chaleur des sources et celle de l'air1. »

Dans les pays de montagnes, où les neiges tombent abondamment pendant l'hiver, les sources restent froides pendant l'été, ce qui s'explique par la basse température à laquelle l'eau de

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