VOLCANS SOUS-MARINS
surgit une île qui s'éleva jusqu'à 128 mètres, mais qui dura à peine trois années. Même phénomène en 181 1 ; du sommet du cône de débris formant l'îlot, on vit sortir pendant quelque temps des torrents de vapeur projetant cendres et scories. Mais quelques mois après l'île nouvelle, qui avait atteint une hauteur de près de 100 mètres et environ 1600 mètres de circonférence, fut complètement détruite par la mer. Un capitaine de navire anglais qui en avait suivi la formation et s'était hâté d'en prendre possession, un peu prématurément, au nom de l'Angleterre, l'avait baptisée Sàbrina, du nom de son navire.
Des formations semblables eurent lieu près du cap Reykyanes en Islande en 1210, puis en 1240 et enfin en l'année 1780. L'île Nyoe que produisit cette dernière éruption, disparut aussi dans l'année. Enfin, en 1831, sur la côte sudouest de la Sicile, une éruption sous-marine donna naissance à l'île Julia (connue aussi sous les noms de Graham, Ferdinandea, etc.). En juin, des secousses ressenties en cet endroit par un navire anglais firent croire au capitaine qu'il touchait un banc de sable, bien que les cartes marines indiquassent une profondeur de 100 brasses. Au commencement de juillet, l'eau jaillit par gerbes de 25 mètres de hauteur sur un espace de 800 mètres de diamètre. Puis apparut un amas de scories en forme de cratère lançant des vapeurs et des cendres. Au mois d'août, l'îlot atteignait une altitude de 60 mètres et un diamètre de 1500 mètres. Mais presque aussitôt l'œuvre de destruction des flots sur des matériaux meubles, incohérents, commença. A la lin de l'année, Julia avait disparu, et son emplacement avait retrouvé sa profondeur première. Toutefois ce qui prouve bien, ici comme dans les exemples précédents, l'existence d'un foyer éruptif permanent, c'est qu'au même endroit une autre île se forma trente-deux ans plus tard, pour disparaître encore plus rapidement, il est vrai. Les raisons de cette disparition sont tellement visibles, qu'il y a lieu de se demander plutôt comment tant d'îles volcaniques, dont quel-
ques-unes sont considérables, ont pu résister à l'action destructive des flots. L'étude des roches qui composent les massifs de ces îles fait voir que leur consolidation a tenu surtout à ce fait que la violence et la durée des éruptions ont été assez grandes pour qu'aux matériaux meubles, cendres et scories, aient succédé des masses de laves, matériaux plus résistants, plus susceptibles de cohésion et pouvant, au contact de l'eau et sous l'influence de la température, prendre comme du mortier, selon l'expression de Poulelt Scrope.
Fig. 167. — Volcan de Banda (Archipel malaisien).
Nous avons insisté longuement sur la structure des montagnes volcaniques et sur les relations qui existent entre cette structure et les causes de formation ou de destruction de leurs cônes, de leurs cratères. Entrons maintenant dans quelques détails sur leurs dimensions. Celles-ci sont infiniment variées. Fuchs, après avoir reproduit, dans un tableau, les hauteurs d'un certain nombre de volcans célèbres au-dessus du niveau de la mer, fait observer avec raison que de tels chiffres ne donnent pas la mesure de l'importance relative des foyers.
« Ils expriment, en effet, dit-il, la hauteur du sommet de la montagne au-dessus du niveau de la mer, mais ils ne nous disent pas si la base du cône éruptif est située sur un haut plateau ou sur une montagne non volcanique. On comprend facilement que, pour juger de l'importance d'un volcan, son altitude relative, c'est-à-dire la hauteur comprise entre sa base et son sommet, a seule quelque importance. On voit par le tableau suivant que le rang relatif des volcans change selon que l'on compare leurs altitudes absolues, ou seulement la hauteur de leurs cônes prise depuis leur base.
Volcans.
Hauteur*
; relatives.
Hauteur*
; absolues.
Monte-Nuovo
mètres.
mètres.
Tuncaragua
Ngaruhuœ
Guntur
Tangkuban Praliu . . .
Cotopaxi
Etna
Kliutsehewskaja . . . .
Il faut distinguer d'ailleurs entre les volcans à activité modérée et les volcans à éruptions plus ou moins paroxysmales. Les premiers conservent pendant des siècles leurs hauteurs, tandis qu'il arrive fréquemment aux autres de voir leurs cônes emportés par quelque explosion. On a vu plus haut à quels changements était sujet le Vésuve, qui est un type de la deuxième catégorie.
Son cône actuel, dont l'activité n'a pas cessé depuis dix-huit cents ans, est tantôt plus, tantôt moins élevé que la crête de la Somma, reste du grand cratère antérieur. « En 185*2, il avait 1170 mètres (Hoffmann), sa moindre élévation; il s'éleva en 1855 à 1518 mètres (Schiavone), et retomba vers la fin de
l'éruption à 1267 mètres (J. Schmidt). En novembre 1867, il atteignit la plus grande hauteur qu'il ait jamais possédée, 1424 mètres (Schiaparelli), mais qu'il n'a point conservée non plus1. » Nous avons vu le Temboro perdre 1600 mètres de sa hauteur par la violente explosion de 1815, c'est-à-dire être réduit à moitié de sa hauteur.
Fig. 168. — Cratère du Monte-Frumento (Etna)
Les dimensions des cratères ne sont généralement point en rapport ni avec la hauteur absolue, ni avec la hauteur relative. Celle-ci dépend du mode d'activité du volcan, et de la plus ou moins grande violence des éruptions antérieures. Les ouvertures des cônes en activité modérée et continue sont le plus souvent faibles, tandis que les cratères formés par explosion, tels que furent la Somma de l'ancien Yésuve, le Valle del Bove
i. Fuchs, les Volcans.
de l'Etna, ont des diamètres énormes. L'île de Palma présente un bassin cratériforme, la Caldera, qui ne mesure pas moins de 7000 mètres de diamètre; le Valle del Bove mesure 6000 mètres, tandis que le cratère du cône principal de l'Etna, du Mongibello, a seulement 500 mètres. Celui du Sindoro, plus élevé que l'Etna, a un diamètre de 100 mètres. Parmi les vol-
Fis. 169. — Cratère de l'Hécla.
cans actifs, ceux de l'île d'Havaï sont des plus remarquables sous ce rapport : le cratère du Mauna Loa a 2500 mètres de diamètre sur 150 cà 200 mètres de profondeur; le Kilauea, qui possède, à 3 ou 400 mètres au-dessous de ses bords, un lac de laves bouillantes, a 5000 mètres dans son plus grand diamètre. Le cratère du Tengger, dans l'île de Java, a également 5 kilomètres de diamètre.
Nous avons déjà vu que, pendant les périodes éruptives de
^certains volcans, il se forme temporairement des cônes de toutes les dimensions d'où jaillissent des scories, des cendres, de la vapeur et aussi fréquemment des coulées de laves. On a compté jusqu'à 700 de ces cônes, provenant des éruptions de toutes dates, sur les flancs de l'Etna. Leurs hauteurs au-dessus des fissures qui leur ont donné naissance, ainsi que les diamètres de leurs cratères sont excessivement variés, comme on peut s'en rendre compte en comparant les dimensions de quelques-uns d'entre eux à celles du cratère principal (fig. 164).
Dans l'éruption de 1865, on a vu que sur la grande fissure qui, traversant le cratère du Frumento, se dirigeait d'un côté vers le cratère principal de l'Etna, de l'autre vers le Monte- Storello, il se forma jusqu'à sept cônes adventifs d'où sortirent les grandes coulées des laves que nous avons décrites. La planche XI donne l'aspect de ces cratères tels qu'on les voyait du Frumento.