‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 110 sur 271 · LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES ; THÉNOMÈNES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES ; THÉNOMÈNES GÉNÉRAUX

Arrivons maintenant aux phénomènes qui caractérisent les éruptions proprement dites, c'est-à-dire qu'on observe lorsque l'activité d'un volcan, sommeillant ou éteinte depuis un temps d'une certaine durée, se réveille subitement dans un accès violent, paroxysmal. Des relations nombreuses et très circonstanciées des éruptions historiques de quelques-uns des volcans les plus célèbres, en Europe, en Asie, en Amérique, en Océanie, ont été enregistrées par des témoins qui n'étaient pas tous également compétents pour traduire leurs impressions en un langage rigoureusement scientifique. Chaque éruption individuelle offre des particularités spéciales, dépendantes dè l'intensité des forces volcaniques, de la structure propre du volcan, etc. Néanmoins les phénomènes généraux ou communs à toutes les éruptions sont assez caractéristiques pour qu'on puisse en donner une description applicable au plus grand nombre.

Une éruption volcanique est le plus ordinairement annoncée par de légers ébranlements du sol, clans le voisinage de la montagne ou sur la montagne même1. Ces secousses augmentent peu à peu de violence et de fréquence, et elles sont accompagnées de détonations souterraines , sourdes d'abord , puis plus retentissantes, pareilles tantôt au feu roulant de la mousqueterie, tantôt à des décharges de grosse artillerie.

Ces phénomènes précurseurs, indices d'une catastrophe prochaine, et dont la durée peut être de quelques jours seulement, parfois de plusieurs semaines, sont accompagnés souvent d'un état particulier de calme, de lourdeur de l'atmosphère. Les sources voisines du volcan voient leur débit diminuer ou même cesser tout à fait; les puits se dessèchent. Si le cratère était préalablement le siège de quelques émanations gazeuses, les jets de vapeur de ces fumerolles deviennent plus abondants, plus fréquents, et les sifflements qu'ils produisent en s'échappant dans l'air, de plus en plus bruyants.

Tout à coup une secousse plus violente que toutes les autres est suivie d'une explosion formidable, qui fait sauter en l'air le fond de l'ancien cratère, obstrué par les blocs de lave solidifiés, les scories, la cendre des éruptions antérieures. Quelquefois la résistance s'est trouvée moindre en d'autres points des flancs du volcan, et l'éruption se fait jour par un nouveau cratère. Des fragments de roches sont ainsi lancés verticalement à une hauteur prodigieuse, accompagnés bientôt d'une masse considérable de vapeurs qui se déroulent sous la forme d'une colonne de nuages globulaires d'une blancheur éclatante à la lumière du jour. « A une certaine hauteur, déterminée par sa densité par rapport à l'atmosphère, cette colonne se dilate

1. Parfois les tremblements de terre précurseurs se font sentir sur une portion seulement des flancs du volcan. C'est ainsi que, dans l'éruption de l'Etna de janvier 1865, la secousse qui précéda immédiatement l'éruption fut exclusivement ressentie sur la pente nord-est du mont. « ALavina, près Piedimonte, dit M. Fouqué, elle a été d'une intensité telle, que les habitants, effrayés, sont sortis de leurs maisons et sont restés dehors toute la nuit, sans oser rentrer sous leurs toits. A Catane, au contraire, le tremblement de terre a été si faible, qu'il a passé inaperçu. » (Rapport sur l'éruption de l'Etna en 1865.)

horizontalement, et, à moins d'être poussée clans une direction particulière par des courants atmosphériques, s'étend de tous côtés en un nuage circulaire, trouble et obscur. Dans certaines circonstances atmosphériques très favorables, le nuage avec la colonne qui le supporte ressemble à une immense ombrelle ou au pin d'Italie, auquel Pline le Jeune compara le nuage de l'éruption du Vésuve en 79, et qui se reproduisit identiquement en octobre 1822 (fig. 170)1. En contraste avec cette colonne de blanches bulles de vapeur, on voit un jet non interrompu de cendres noires, de pierres, dont les fragments les plus lourds et les plus considérables retombent, après avoir décrit une courbe parabolique. Le jet de matières solides atteint souvent une hauteur de plusieurs mille pieds, tandis que la colonne de vapeurs s'élève encore plus haut. Des éclairs en zigzag d'une grande et vive beauté s'élancent des diverses parties du nuage, mais surtout de ses bords. L'augmentation continuelle du nuage intercepte bientôt la lumière du jour, et la chute précipitée du sable et des cendres qu'il contient contribue à envelopper l'atmosphère dans les ténèbres, et ajoute à l'épouvante des habitants du voisinage2. » La haute colonne de fumée visible pendant le jour, et qui, comme le vient de dire le savant géologue anglais, est quelquefois assez épaisse pour intercepter la lumière, fait place pendant la nuit à une colonne lumineuse de même hauteur, mais immobile et ne subissant d'autres fluctuations que des changements d'intensité. Cependant de temps à autre des lignes de feu plus brillantes la sillonnent, pareilles à des fusées d'artifice. Ce sont les scories incandescentes que la force explosive projette à l'extérieur du

1. « La nuée, dit Pline, s'élançait dans l'air, sans qu'on pût distinguer, a une si grande distance, de quelle montagne elle était sortie ; l'événement fit connaître ensuite que c'était du Mont-Vésuve. Sa forme approchait de celle d'un arbre, et particulièrement d'un pin; car, s'élevant vers le ciel comme un tronc immense, sa tête s'étendait en rameaux. J'imagine qu'un vent souterrain poussait d'abord cette vapeur avec impétuosité, mais que, l'action du vent ne se faisant plus sentir à une certaine hauteur; ou le nuage s'affaissant sous son propre poids, il se répandait en surface. 11 paraissait tantôt blanc, tantôt noirâtre, et tantôt de diverses couleurs, selon qu'il était plus chargé ou de cendres ou de terre. »

Page 1