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Foulett Scrope, Les Volcans

cratère. Pendant l'éruption de l'Etna, en 1865, l'un des cratères qu'elle forma eut, au milieu d'avril, une certaine recrudescence d'activité. « Il lance, dit M. Fouqué qui l'observait alors, des pierres incandescentes, qui forment, dans l'obscurité de la nuit, des gerbes de feu rivalisant pour l'éclat avec les bouquets des plus beaux feux d'artifice. Ces pierres, lancées à

Fig. 170. — L'éruption du Vésuve en oclobre 1822. D'après G. Poulett Scrope.

de prodigieuses hauteurs, retombent sur les flancs du cône et le couvrent, pendant quelques minutes, de brillantes étoiles. »

La phase paroxysmale de l'éruption est généralement caractérisée par un phénomène d'une grande importance, l'écoulement de la lave hors des parois du cratère. Tantôt cet écoulement est déterminé par l'ascension progressive de la matière fluide incandescente jusqu'au bord inférieur du cratère même ; c'est ce qui arrive dans les cônes volcaniques d'une faible

élévation. Arrivée là, la lave déborde et se répand en torrents sur les parois de la montagne. Mais dans les volcans qui ont une haute altitude, la pression croissante de la masse fluide soulevée par la force expansive des vapeurs s'exerce avec tant d'intensité contre les parois internes, que celles-ci finissent par céder. Des fissures se forment, par où la lave s'échappe souvent en plusieurs points et à diverses hauteurs sur les flancs extérieurs du cône. C'est ce qui se produisit pendant l'éruption du Vésuve de 1861, où la lave s'écoula par un point très voisin de la base de la montagne; à l'éruption de 1865 de l'Etna, où une tissure profonde se forma, dès le début, dans la direction d'une ligne joignant le cratère principal au cratère du Frumenlo, puis se prolongea au-dessous de ce dernier : c'est à partir de cette fente, sur laquelle vinrent se former, en s'échelonnant comme autant de boutonnières, sept petits cratères, que s'écoulèrent les torrents de lave qui comblèrent la vallée tout entière de la Colla Yecchia. Enfin le même phénomène se produisit en 1866, pendant l'éruption du Mauna Loa, dans l'île Havaï. La lave se fit jour sur le côté oriental du volcan et environ à moitié de sa hauteur. Elle fut expulsée avec tant de violence, qu'une colonne liquide incandescente, de plus de 50 mètres de hauteur, s'éleva comme un jet d'eau immense à plus de 500 mètres, avant de former le torrent qui dévasta tout un côté de l'île Havaï.

L'écoulement de la lave peut avoir une durée très variable, de quelques jours à plusieurs mois. Nous lisons dans la description de l'éruption de l'Etna en 1865 par M. Fouqué que l'écoulement de la lave qui marqua le début du phénomène, dans la nuit du 50 au 51 janvier, s'arrêta une première fois vers la fin de février; qu'une nouvelle coulée recommença le 6 mars, et qu'au 21 mai les courants de lave reprenaient avec une activité nouvelle leur marche dévastatrice.

Quand la lave a cessé de couler, l'éruption approche de sa fin. Cependant il arrive que longtemps encore le cratère est le siège d'émissions gazeuses ; mais l'expulsion des scories et des

cendres diminue de plus en plus ; à chaque émission, la colonne de fumée se raccourcit; l'orifice et les fissures sont de plus en plus obstrués par la lave refroidie et solidifiée, par les amas de scories et de cendres. L'éruption peut être considérée comme terminée. Le volcan entre de nouveau dans une période d'inactivité complète, à moins que, continuant à émettre de simples vapeurs, il ne passe à l'état de solfatare.

Pour donner plus de précision à ce qu'une description générale des éruptions volcaniques rend nécessairement un peu vague, complétons-la par quelques faits historiques empruntés à de récentes observations. Considérons par exemple l'éruption du Vésuve des derniers jours d'avril 1872; elle se distingua à la fois, comme on va le voir, par sa violence et sa courte durée.

Depuis 1865, le célèbre volcan était alternativement dans ce qu'on nomme la phase d'activité strombolienne, et dans celle d'activité solfatarique. La dernière petite éruption avait eu lieu en novembre 1871. Le 15 janvier 1872, il y eut une recrudescence, caractérisée par des détonations sourdes et la projection de pierres incandescentes. En février et mars, le cône marginal de 1871 fut le siège de petites éruptions intermittentes, qui devinrent continues au commencement du mois d'avril. De la lave s'écoula par le grand cône dans l'Atrio del Cavallo. Le 8, se forma une fissure sur le cône principal, laquelle s'agrandit considérablement dix-huit jours après. Dans l'intervalle, l'activité des cratères augmentait; les détonations devenaient plus fortes. Le 24 avril, vers 4 heures de l'aprèsmidi, une lave abondante s'échappa de la cime du cône principal de 1867 ; 2 heures après, elle était déjà parvenue à la base de la montagne. A 7 heures, la fissure vomit des torrents de lave et toute une moitié du grand cône, visible de Naples, était couverte de feu, de la cime à la base.

Ce spectacle splendide, qui dura toute la nuit, disparut dans la matinée du 25. Mais il n'en provoqua pas moins, pour la soirée suivante, la visite d'un grand nombre de personnes, curieuses d'observer, pendant cette période de calme relatif, les

projections de blocs incandescents lancés par les cratères. À 5 heures et demie du matin, une explosion formidable se produisit, et un gouffre vomissant des torrents de lave se forma dans l'Atrio, presque sous les pieds des imprudents spectateurs. Un grand nombre périrent anéantis par la coulée, ou écrasés par la chute des scories, ou enfin brûlés et asphyxiés par la vapeur d'eau, la cendre et les vapeurs acides. L'aspect du Vésuve, après ce terrible événement est décrit en ces termes par un observateur qui suivait de près les phénomènes1 : « Le Vésuve et l'Atrio del Cavallo, couverts de cendres blanches, ne se reconnaissaient plus ; on ne distinguait, à ce moment, aucune lave. La force interne, produisant un effet semblable à l'explosion d'une immense chaudière à vapeur, avait lancé dans l'Atrio, au nord-nord-ouest, une portion du cône marginal de 1871 avec toute la partie du grand cône jusqu'à la base comprise au-dessous de ce cône marginal vers le nord-nordouest ; il restait seulement la partie du cône marginal en face de l'Observatoire, se prolongeant jusqu'au bas, en suivant la grande fissure de 1871 et formant comme un grand ravin.

« Vers 7 heures du matin commença la grande éruption. La première bouche qui s'ouvrit fut dans l'Atrio au nord-ouest ; elle fut précédée d'un dégagement extraordinaire de cendres et de vapeurs formant un pino immense, qui mit tout le monde en fuite, et je restai seul avec le concierge et un serviteur; alors la lave s'échappa comme un fleuve, et, passant devant l'Observatoire, se dirigea vers Résina.

« A 9 heures, il se manifesta une autre bouche d'éruption sur le grand cône, au sud-sud-ouest, vers le bas de l'ancien cratère, dont la lave abondante descendait entre les Camaldoli et Torre del Greco.

« A 10 heures, après une grande tempête, de continuelles canonnades et des détonations, d'autres bouches s'ouvrirent

1. M. Diego Franco, aide de M. Palmieri à l'observatoire du Vésuve. Ce savant, ayant pris vers une heure du matin un peu de repos, fut réveillé peu d'heures après par le bruit de l'explosion.

dans l'Alrio del Cavallo, et la lave, remplissant aussitôt la Vetrana, descendit comme un large torrent sur les Novelles et sur les villages de Massa et San Sebastiano. Toute la nuit du 26 au 27, immense incendie, avec accompagnement continu de mugissements terribles du volcan. Après vingt-quatre heures, la lave s'arrêtait, et alors commençaient les projections de cendres

Fig. 171. — Le Vésuve pendant l'éruption du 26 avril 1872.

et de lapilli, avec accompagnement de tonnerre et d'éclairs à la cime du grand cône. Tous les phénomènes cessèrent graduellement dans les premiers jours de mai1. »

Deux circonstances sont h noter dans cette éruption remarquable : l'une, c'est que l'écoulement de la lave a coïncidé avec la formation de fissures larges et profondes sur l'un des côtés du grand cône et sur l'Alrio; c'est seulement dans ce dernier espace qu'elle a fait éruption, tranquillement d'ailleurs

1. Lettre de M. Diejio Franco à M. Ch. Sainte-Claire Deville, « Sur l'éruption d'avril 1872 au Vésuve », dans les Comptes rendus de V Académie des sciences.

et sans projection, sans formation de cratères advenlifs, comme pendant l'éruption de l'Etna en 1865. La seconde circonstance, c'est la courte durée de la phase paroxysmale , qui n'a guère embrassé que huit jours, du 24 avril au 1er mai.

En contraste avec cette intermittence des phénomènes volcaniques qui à une période plus ou moins longue de calme ou de faible activité fait succéder de violentes explosions souvent désastreuses pour les régions d'alentour, on ne peut mieux faire que d'opposer la continuité des phénomènes qui constituent le genre d'activité qu'on nomme strombolienne ou strombolique, du nom du foyer qui la présente à un degré extraordinaire. Nous avons déjà dit que le cône de Stromboli, l'une des Lipari, est dans une activité perpétuelle, ainsi qu'en déposent les traditions historiques. Dès 1788, Spallanzani l'observa, et après ce savant, Hoffmann, Humboldl, Rose, Scrope. Voici comment ce dernier décrit les phénomènes dont il fut témoin dans son ascension de 1820. Après avoir rappelé que l'île de Stromboli a, en plan, à peu près la forme d'une ellipse, et en élévation celle d'un cône de près de 1000 mètres d'altitude, et de 30 à 50 degrés d'inclinaison, il ajoute : « Elle possède un cratère à son sommet, ébréché vers le nord. Sur le même côté, descend jusqu'à la mer un plan incliné, uni, d'environ 50 degrés, commençant immédiatement du fond du cratère. La raideur de ce talus empêche les scories continuellement vomies par le cratère de séjourner sur cette pente. Celles donc qui tombent de ce côté roulent jusque dans la mer, où, après avoir été triturées par les flots, elles sont sans doute emportées au large par les courants.

« En arrivant au bord culminant du cratère, par un sentier qui commence dans la partie habitée de l'île, l'observateur peut regarder directement dans la bouche du volcan, à une centaine de mètres au-dessous de lui. Lors de ma visite de 1820, je pus vérifier l'exactitude du récit de Spallanzani et m'assurer que les phénomènes de cette époque étaient précisément les mêmes que ceux qu'il a décrits en 1788. On distingue deux ouvertures

grossières parmi les noirs rochers chaotiques de lave scoriforme qui constituent le plancher du cratère. Une de ces ouvertures semble vide, mais cependant à de courts intervalles il en jaillit un jet de vapeur rugissante, comme d'une fournaise, lorsque la porte est ouverte, mais avec infiniment plus de bruit, et cela pendant environ une minute. Dans l'autre ouverture, qui a a environ vingt pieds de diamètre, et est située à quelques pieds de distance, on aperçoit nettement une masse de matières fondues, brillant d'un vif éclat, qui s'élève et retombe à des intervalles d'environ dix minutes. Chaque fois que cette masse, en s'élevant, atteint le bord du cratère, elle s'ouvre à son centre comme une grande ampoule qui crève, et vomit, dans son

Fig. 172. — Stromboli, du côté nord.

explosion, un volume d'épaisse vapeur, accompagné d'un jet de fragments de lave incandescente et de scories informes, s'élevant à quelques centaines de mètres au-dessus des bords du cratère. Plusieurs de ces fragments n'atteignent pas cette hauteur. Une grande partie retombe dans le cratère pour en être rejelée de nouveau. Une quantité considérable cependant, tombant sur le raide talus dont j'ai parlé, roule jusque dans la mer, et il est clair, puisque le cratère conserve sa profondeur et sa forme, que tôt ou tard, après des éjections répétées, presque toutes ces scories doivent prendre le même chemin, pour se répandre dans le fond de la Méditerranée1. »

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