‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 113 sur 271 · LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES : ORAGES, CENDUES, LAVES · texte numérisé non relu

LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES : ORAGES, CENDUES, LAVES

L'écoulement des laves, qui est le phénomène capital des éruptions paroxysmales, n'en est pas toujours l'incident le plus dangereux. 11 est vrai qu'elles détruisent à peu près tout sur leur passage; mais ordinairement leur marche est assez lente pour que les habitants de la région, hommes et animaux, puissent en éviter les effets. Il n'en est pas de même des cendres, dans certaines éruptions où leur abondance est telle qu'elles recouvrent tout. Mais ce sont les torrents de boue ou d'eau boueuse, qui avec les violentes secousses des tremblements de terre, sont susceptibles de causer le plus de désastres. Certains volcans de Java et d'Amérique, au lieu de lave, émettent, du fond de leurs cratères, des torrents d'une boue liquide qui se déverse sur leurs flancs comme la lave, mais avec beaucoup plus de rapidité et dont les effets destructeurs sont terribles. Dans les volcans d'Islande, la lave incandescente, jaillissant

au milieu des neiges et des giaces qui les recouvrent, les fond instantanément, forme avec l'eau ainsi obtenue des masses boueuses, et détermine de terribles inondations. Indépendamment de ces causes de production de la boue, qui tiennent soit à la constitution intérieure des foyers, soit aux conditions climatologiques, il en existe une autre qu'on rencontre assez fréquemment dans les éruptions ordinaires. C'est que toutes les conditions de la formation d'un véritable orage peuvent s'y trouver réunies. « Un orage volcanique n'est point, dit Fuchs, un phénomène qui se rencontre fortuitement avec l'éruption, mais il est produit par l'éruption même. » En effet, la condensation des masses énormes de vapeur d'eau émises par le volcan, surtout au début de l'éruption, donne lieu à la formation de nuages très épais qui se rassemblent à une grande hauteur, s'abaissent graduellement et finissent par envelopper le sommet au point de le masquer complètement. L'obscurité n'est momentanément dissipée que par les éclairs qui sillonnent la nuée orageuse1, et bientôt une pluie diluvienne, se mêlant aux cendres de l'éruption, produit des torrents d'eau boueuse qui ravinent les flancs du cône et vont ruiner les régions cultivées d'alentour.

Dans les volcans qui sont en éruption permanente, comme le Stromboli, la vapeur d'eau forme au-dessus du cône un

1. Les phénomènes électriques des éruptions semblent dus à la présence simultanée de la vapeur d'eau et des cendres dans les mêmes nuages. C'est du moins ce qu'on peut conclure des observations de Palmieri au Vésuve en avril 1872 : « La colonne de vapeurs, de cendres et de lapilli, dit-il, était presque toujours poussée par la direction du vent sur l'Observatoire : ce qui m'a permis de faire d'intéressantes observations électrométriques avec mon appareil bifilaire à conducteur mobile. Il en résulte que la vapeur seule, sans cendres, donne de fortes indications d'électricité positive, la cendre seule d'électricité négative, et que, lorsque les deux choses sont réunies, on observe de très curieuses alternatives, que je ne peux décrire ici. Les éclairs ne se produisent dans la vapeur qu'autant que celle-ci est mélangée à une grande quantité de cendres, et il n'est pas exact, comme l'ont affirmé les anciens historiens du Vésuve, que ces éclairs aient lieu sans tonnerre. » Cette dernière remarque du savant directeur de l'Observatoire est parfaitement confirmée par les lignes suivantes d'un spectateur de cette même éruption, M. de Verneuil : « Le spectacle, dit-il, était émouvant. Au milieu de la sombre et épaisse nuée qui couronnait le Vésuve, éclatait le tonnerre, dont les coups redoublés dominaient à peine le roulement continuel et assourdissant de cette vaste fournaise. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences pour 1872, If.)

nuage de couleur blanche ou grisâtre qui demeure stationnaire, et tombe en légères averses si le temps est calme, ou qui, dans le cas contraire, se dissipe en obéissant à la direction du vent. La vapeur qui jaillit du cratère de l'Erèbe, dans les régions polaires du sud, retombe en neige au vent de ce volcan1.

Quelques mots maintenant sur la nature et l'apparence extérieure de la haute colonne de vapeurs qui se montre dès le début de l'éruption. On a vu plus haut qu'elle affecte des nuances diverses. Les parties qui se déroulent sous la forme de nuages arrondis d'une blancheur éclatante sont principalement formées de vapeur d'eau. Celles qui affectent une teinte sombre et noire contiennent en outre une quantité plus ou moins grande de poussières extrêmement fines mélangées de fragments de pierres de petites dimensions connues sous le nom de lapilli. C'est à ces poussières, qui ne sont autre chose, comme les lapilli, que de la lave réduite par la vapeur à un état de division extrême, ou criblée par elle de pores nombreux, qu'on donne le nom de cendres volcaniques. Fuchs fait observer avec raison que cette dénomination est impropre, en ce qu'il ne s'agit point ici, comme dans les cendres ordinaires, d'un résidu de combustion. « La cendre volcanique, dit-il, consiste en une poudre délicate, fine et grise, mais se compose des mêmes éléments que la lave. Examinée au microscope, on voit qu'elle est composée de nombreux petits cristaux et fragments de cristaux provenant de divers minéraux, et de petits fragments vitrifiés de lave. Comme les laves des différents volcans sont composées de mélanges divers de minéraux, leurs cendres contiennent aussi des espèces minérales différentes qui correspondent exactement à celles de la lave. » Voici maintenant l'explication que le même auteur donne de la formation des cendres volcaniques :

« Pendant la première partie de la période éruptive, les vapeurs, longtemps retenues, se frayent un passage à travers la

Page 1