‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 114 sur 271 · Sic J. Rosse cite par P. Scrnpo · texte numérisé non relu

Sic J. Rosse cite par P. Scrnpo

lave qui remplit le cratère et la cheminée. La formation de la cendre dépend de l'état de cette lave et de l'énergie de l'expulsion des vapeurs. Les vapeurs qui brisent la lave projettent en l'air la couche superficielle qui les gêne et la pulvérisent en poussière des plus fines. Les petites particules de lave ainsi formées perdent rapidement, à cause de leur ténuité, leur état d'incandescence et apparaissent sous forme de cendre sombre ou de poussière. Les conditions de la formation des cendres consistent par conséquent : J° dans la grande fluidité de la lave ; 2° dans la présence d'un grand nombre de particules non fluidifiables à la température régnante et qui nagent dans la lave; 5° dans la force explosible considérable des vapeurs qui se dégagent. » Fuchs ajoute, avec raison, croyons-nous, qu'une grande partie des cendres est sans doute constituée par de la lave fondue qui ne s'est solidifiée qu'après la pulvérisation. Ce qui rend probable cette dernière hypothèse, c'est la prodigieuse quantité de cendres émise dans certaines éruptions volcaniques. Citons quelques faits à l'appui.

Le plus ancien et le plus connu est celui de la fameuse éruption du Vésuve en l'an 79. Trois villes, Stabies, Herculanum, Pompéi, ensevelies sous une épaisse couche de cendres, probablement délayée par la vapeur d'eau, qui en recouvrit tous les monuments, en disent assez sur l'effroyable quantité de matières pulvérulentes que vomit le volcan. Pendant quatre jours entiers, cette pluie terrible, suffocante, plongea dans les ténèbres les régions voisines. D'après Dion Cassius, les cendres furent emportées par le vent jusqu'à Rome, et môme jusqu'en Egypte.

Dans les temps modernes, l'éruption duTemboro, dont nous avons déjà fait mention en parlant de la destruction de son cône, fut remarquable par la prodigieuse quantité de cendres rejetées. Toute la surface de l'île de Suinbawa fut recouverte par les scories et les cendres volcaniques; elle fut transformée en un désert aride, et des milliers de ses habitants succombèrent. Dans une des îles voisines, Lombok, le sol fut recouvert d'une couche de 50 à 60 centimètres d'épaisseur. Les

cendres se répandirent dans un rayon de 500 kilomètres, embrassant Java, une partie de Sumatra, Bornéo, et jusqu'aux côtes nord-ouest de l'Australie. On peut voir dans la figure 173 sur quelle surface considérable de l'Océan et des terres se répandit cette averse. En mer, les eaux furent recouvertes en certains points d'une couche de pierre ponce de plus d'un

Grave chez Erhard

Echelle d£

Fig. 173. — Éruption du Tcmboro (1815). Région recouverte par les cendres.

mètre d'épaisseur. Les navires avaient peine à se frayer un chemin dans cette banquise d'un nouveau genre.

En 1835, un volcan de l'Amérique centrale, le Coseguina, cône de 170 mètres seulement d'altitude, entouré de trois côtés par la mer, fut le siège d'une terrible éruption que caractérisa pareillement l'immense volume de cendres et de ponces projetées au loin. On n'évalue pas la surface de la région recou-

verte à moins de 4 millions de kilomètres carrés, et le volume de la masse vomie à moins de 50 milliards de mètres cubes1.

Tout le monde connaît, pour en avoir lu le récit dans les journaux ou les revues, la catastrophe qui a, dans les derniers jours d'août 1883, ravagé les îles du détroit de la Sonde et d'importantes parties de celles de Sumatra et de Java. L'éruption volcanique qui a causé tant de victimes et tant de ruines a eu pour siège une petite île du détroit de la Sonde, connue sous Je nom, désormais célèbre, de Krakatoa. Cette île possédait trois sommets : le moins élevé et le plus septentrional des trois, le Perboewatan, avait donné des signes d'activité en 1860 et en mai 1883; celui du milieu, Danan, entra aussi en éruption en août; Rakata, le plus élevé (822 mètres d'altitude), était aussi un ancien cratère, mais qui est resté inactif dans l'éruption dernière. De mai en août, il y eut dans le premier cratère une première phase éruptive d'intensité variable. Mais c'est le 26 août que les explosions augmentèrent beaucoup d'intensité, et le 27, vers dix heures du matin, qu'eut lieu la plus formidable de toutes. Le 28 au matin tout était terminé.

Pendant les journées du 26 et du 27 août, on entendit presque sans interruption un grondement sourd semblable au roulement du tonnerre, entrecoupé de violentes explosions, les unes comparables à de forts coups de canon ; les plus terribles, beaucoup plus brèves et plus crépitantes, ne se laissaient comparer à aucun bruit connu. Pour donner une idée de l'intensité extraordinaire des sons produits par ces explosions, citons quelques points où ils furent entendus. La distance où se propagèrent les ondes aériennes, avec assez d'intensité pour qu'elles fussent perçues comme ondes sonores, dépasse probablement tout ce que l'on connaissait en ce genre. « Les coups ont été entendus, dit M. Verbeck2, à Ceylan, au Birman, à Ma-

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