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CONSTITUTION PHYSIQUE ET CHIMIQUE DE L'ATMOSPHÈRE

§ 1. IDÉES DES ANCIENS SUR l'aIR ET SUK l' ATMOSPHÈRE.

L'idée qu'on se fail aujourd'hui de l'atmosphère n'a pas une origine qui remonte bien loin dans l'histoire des sciences. C'est grâce aux progrès de l'astronomie et de la physique dans les deux ou trois derniers siècles que nous nous représentons l'enveloppe fluide dont notre globe est entouré comme faisant corps avec lui. Nous savons que, dans ses pérégrinations autour du Soleil, dans le voyage sans fin qu'elle fait avec lui et avec tous les autres corps du monde solaire dans les régions éth crées, notre planète emporte avec elle cette enveloppe, dont les limites, bien qu'imparfaitement connues, n'en sont pas moins aussi nettement définies que celles des parties solides et liquides qui composent le globe lui-môme.

Quand Copernic et Galilée eurent démontré la réalité du double mouvement de translation et de rotation de la Terre, on dut se demander comment ce fluide impalpable de l'air était retenu

à sa surface, comment notre globe ne le laissait point échapper par lambeaux derrière lui dans sa course vertigineuse, comment il se faisait qu'il pût résister à l'action de la force centrifuge et ne point se dissiper par un écoulement continu, principalement dans les hautes régions de la zone équatoriale. La connaissance plus exacte des propriétés de l'air, de sa pesanteur, de la pression des couches fluides les unes sur les autres, répondit victorieusement à ces difficultés : les célèbres expériences de Torricelli, de Pascal et de Périer furent le point de départ de toutes les connaissances qui ont été accumulées depuis sur ce point important de la physique terrestre. On comprit alors que l'étendue de l'atmosphère est nécessairement comprise entre deux limites, l'une inférieure, résultant de la valeur à peu près constante de la pression ou du poids de toutes les couches d'air superposées, l'autre supérieure, déterminée par la distance à laquelle la force centrifuge acquiert une intensité qui dépasse celle de la pesanteur môme.

De même qu'avant Galilée, Newton, Pascal on ne pouvait guère avoir d'idées précises sur la constitution physique de l'atmosphère, de même avant Prieslley et Lavoisier on ne savait rien ou presque rien de la nature chimique de l'air. Aussi, comme nous le disions, tout ce qu'on sait aujourd'hui sur ce double sujet date à peine de deux siècles et demi. Les anciens philosophes, dans leurs spéculations quelquefois profondes sur l'origine des choses, mais où la physique et la métaphysique se confondaient le plus souvent, ne considéraient l'air que comme un élément1, et n'ont pu s'élever

1. Tandis que les plus anciens philosophes de l'école ionienne, Thaïes, Anaximandre, regardent l'eau comme la semence des choses, comme la substance primitive « d'où sont sorties, par des séparations successives, la terre, l'air, et une sphère de feu qui enveloppa le tout comme une écorce », Anaximène, Diogène d'Àpollonie (cinquième siècle avant notre ère) font de l'air même le principe universel. « Tout, dit Ànaximène, résulte de l'air par raréfaction ou par condensation (par réchauffement ou le refroidissement). Par la raréfaction, l'air se change en feu; par la condensation, il devient le vent, puis les nuages, puis l'eau, puis la terre, puis les pierres. Ces corps simples forment ensuite les corps composés. » Dans la formation du monde, l'air produit d'abord la Terre, qu'Anaximène se figurait plate et étendue en largeur comme une table, et qu'il supposait, pour cette raison, portée par l'air. C'est, comme on voit, tout l'inverse de la réalité, où c'est la Terre qui supporte l'air. D'ail-

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