Les Abîmes de la mer, par Wyville Thomson
des sondages, effectués dans les conditions de la plus grande exactitude, ont donné pour l'Atlantique des profondeurs de 2075 à 2500 mètres à 120 milles de la côte africaine, sur le parallèle de 30°; de 3210 à 3655 mètres entre le Sénégal et les îles du Cap-Vert, vers 15° latitude nord, et de 3705 en un point situé entre les îles Santiago et Saint-Vincent. La mer des Sargasses a donné des fonds de 4150, 4815 et 5225 mètres. La plus grande profondeur mesurée a été de 6267 mètres, à la hauteur du 25e parallèle. A la limite nord de la mer des Sargasses, dans le voisinage des Açores, les fonds se relèvent progressivement à 5000, 2500, 1400 mètres.
Tant que des sondages convenablement faits dans les divers Océans n'auront pas fourni un nombre suffisant de données, on ne pourra faire que des conjectures sur la réelle profondeur moyenne des mers. Pour l'Atlantique nord, il est probable qu'on ne s'éloignerait guère de la vérité en admettant 4 kilomètres au moins pour cette profondeur; celle de l'Atlantique sud serait plus grande, ainsi qu'il en est de toutes les mers australes, comparées aux mers de l'hémisphère nord. On évalue également à 4000 mètres la profondeur moyenne du Pacifique. Enfin, d'après Elisée Reclus, on ne saurait guère estimer à moins de 5 kilomètres la profondeur moyenne de toutes les mers du globe réunies. En adoptant ce chiffre, la surface des mers étant de 573 millions de kilomètres carrés, on trouverait 1870 millions de mètres cubes pour le volume de la partie liquide qui entoure les terres sur le globe entier. C'est près de 40 fois (39,2) le volume du relief de ces terres calculé au-dessus du niveau de l'Océan, et c'est la 578e partie du volume du globe terrestre. Dans la même hypothèse, les eaux de l'Océan formeraient une sphère qui n'aurait pas moins de 766 kilomètres de diamètre, environ le cinquième du diamètre de la Lune. Bien que la densité de l'eau de mer soit seulement 1,026, moindre que la moitié de celle des roches de l'écorcc terrestre, la masse des eaux de l'Océan est encore 19 fois et demie aussi grande que celle du relief continental. La Terre
entière pèse seulement 25J 5 fois autant que toutes les mers réunies.
En supposant cette masse liquide uniformément étendue sur toute la surface de la Terre, elle n'aurait plus, dans l'hypothèse où nous nous plaçons, qu'une profondeur de ok,6, la 177e partie du rayon équatorial, environ le sixième de la dépression polaire due à l'aplatissement.
Pour résumer les données relatives aux reliefs continentaux et aux dépressions sous-marines, on voit que ces inégalités, en sens opposé de la masse solide du globe, ne font en tout qu'une moyenne probablement inférieure à 5500 mètres, qui représente le quart de la différence du rayon équatorial et du rayon polaire. A la vérité, en des points relativement peu nombreux, le relief s'accuse par des altitudes plus considérables, de même qu'il existe des profondeurs sous-marines exceptionnellement grandes. Les plus hauts sommets connus ont moins de 9000 mètres d'élévation et les plus grandes profondeurs mesurées avec quelque exactitude sont au-dessous de 8000. La différence de niveau entre ces points, de 17 kilomètres, est elle-même inférieure à l'aplatissement terrestre, qui, nous l'avons vu, est assez faible déjà pour que la régularité de forme du globe n'en paraisse pas altérée. Si l'on voulait, sur une sphère de 1 mètre de rayon, figurer les plus hautes montagnes, il faudrait donner au Gaourisankar une hauteur à peine égale à ln,m,4, au Mont-Blanc celle de 0mm,75; encore ces hauteurs devraient-elles décroître insensiblement jusqu'au rivage le plus proche, et échapperaient pour ainsi dire à la vue. 11 en serait de même de la couche d'eau par laquelle on voudrait représenter la profondeur des mers. Ainsi, ces colosses de granit dont les sommets couverts de neige nous semblent percer les nues, ces gouffres, ces abîmes de la mer que nous caractérisons en les appelant insondables, sont ou des rides imperceptibles du sol, ou de minces couches liquides sur l'immense globe qui nous porte.
Telles sont, résumées en quelques paragraphes, les principales données numériques qu'il importe d'avoir présentes à la mémoire en abordant l'étude de là Météorologie. Ces données concernent le globe terrestre pris dans son ensemble, ainsi que les masses solides et liquides de sa surface. Si nous n'avons encore rien dit de son enveloppe gazeuse, de cet immense océan fluide dont nous habitons les bas-fonds, c'est que l'atmosphère est en réalité l'objet propre de la science météorologique, et demande, non pas une esquisse, mais une étude approfondie. En commençant cette étude, ainsi que nous allons le faire, nous nous trouverons donc en plein clans notre sujet ; nous serons entré en matière.