LES VOLCANS DE L'ATLANTIQUE
lande, à la vérité, est une des plus remarquables contrées du globe à ce point de vue. Ses nombreux volcans, dont les violentes éruptions sont célèbres entre toutes, ses sources chaudes, ses geysers témoignent d'une énergie interne véritablement exceptionnelle. Nous avons décrit les geysers, et parlé de quelques éruptions remarquables des volcans islandais. Bornonsnous à dire ici que le nombre de ces derniers est évalué à 21, parmi lesquels 15 ont eu au moins une éruption depuis le neuvième siècle, époque où l'île a commencé à être fréquen-
Fig. 217. — Une éruplion sous-marine dans le voisinage des Açores.
tée et habitée par des Européens. VHécla, le Skaptar-JôkuU, le Kotlugaja-JôkuU , VEyafjaUa-JôkuU, le Krabla sont cités surtout pour le nombre ou la violence de leurs éruptions. Ce qui donne aux volcans d'Islande une physionomie toute particulière, c'est la présence, sur les flancs des mêmes cônes, des laves et des neiges, des scories ou des cendres et de la glace des glaciers qui couvrent l'île en tant de points. De là, dans les éruptions, ces épanchements, si terribles par leurs effets et si dévastateurs, d'eau boueuse, provenant de la fonte des neiges et des glaces sous l'influence de la chaleur déga-
gée par les laves et par la vapeur d'eau que vomissent les cratères1.
Nous avons fait remarquer déjà que la partie orientale du continent américain, jusqu'à une grande distance à l'intérieur (on pourrait même dire dans presque toute sa largeur), est dépourvue de volcans. Ici se terminerait donc rémunération des points où l'activité volcanique se montre dans le bassin de l'Atlantique et sur ses rives, si le groupe des Antilles ne méritait d'être signalé comme un foyer d'une certaine importance, les Petites Antilles surtout; car, dans les Grandes, ce n'est qu'à la Jamaïque et à Puerto-Rico qu'on trouve de véritables roches volcaniques. En remontant du sud au nord, on remarque : la Trinité, avec ses volcans de boue et son lac de poix, indices certains de la situation de cette île au-dessus d'une fissure volcanique; le cratère éteint du Morne-Rouge, dans l'île de la Grenade, qui renferme aussi des sources bouillantes ; le Morne-Garou, dans l'île Saint-Vincent, qui, longtemps resté à l'état de solfatare, eut des éruptions violentes en 1718 et en 1812; la solfatare de Sainte-Lucie, au sommet d'un cône de 420 mètres de hauteur ; la Montagne pelée, de la Martinique,
1. « Les phénomènes caractéristiques de ces volcans d'Islande, dit P. Scrope, sont ces
torrents de glace et d'eau bouillante,
Avec eux entraînant les rochers et les pierres. Les arbres arrachés, les troupeaux, les chaumières, En tumulte roulant, (IIoivace.)
qu'ils détachent des montagnes, en couvrant ainsi de débris de vastes surfaces du pays. Le docteur Lindsay explique très clairement le caractère de ces déluges de feu et de glace ; « La chaleur volcanique fait fondre la partie du manteau glacé du Jôkull qui se trouve en contact immédiat avec le sol; son adhérence est atténuée, et il se forme une couche d'eau qui finit par la détacher entièrement et par faire flotter la glace supérieure le long des flancs de la montagne. » L'effet dévastateur de semblables déluges peut facilement se concevoir. Non seulement ils entassent de vastes masses de conglomérat sur les plaines, mais encore déchirent et labourent la montagne de ravins de dimensions proportionnées, strient et polissent les rocs les plus durs sous des torrents de glaçons et de pierres roulantes, et prolongent de plusieurs kilomètres le rivage de la mer. Si nous ajoutons les épaisses averses de scories et de cendres qui tombent continuellement, pendant des jours entiers, des hauteurs de l'atmosphère dans laquelle elles sont lancées du fond du volcan, et les torrents de lave incandescente qui, jaillissant des entrailles de la montagne, se précipitent sur ses flancs avec les débâcles de glace et d'eau, et couvrent plusieurs kilomètres carrés de nappes de roches solides, il est clair qu'il n'est guère possible d'imaginer dans toutes les forces de la nature de plus puissants agents de changement superficiel. »