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DENSITÉ DES COUCHES ATMOSPHÉRIQUES

moins dense que l'air, sa présence diminue la densité des couches atmosphériques et contribue ainsi à modifier la loi énoncée plus haut. Il y a enfin une dernière cause qui doit rendre plus complexe la variation de densité des couches atmosphériques avec la hauteur : c'est la diminution de l'intensité de la pesanteur à mesure que l'on s'élève dans l'atmosphère ou qu'on s'éloigne du centre de la Terre, et encore à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, puisque la force centrifuge due à la rotation terrestre et dont l'action s'exerce, pour une de ces composantes, dans une direction opposée à celle de la gravité, va en croissant à mesure que l'altitude augmente, ou que la latitude diminue.

Faisons observer que si la loi de variation de densité des couches d'air superposées était celle dont on vient de lire l'énoncé, si cette densité variait en progression géométrique quand la hauteur croît en progression arithmétique, il n'en eût pas moins été impossible d'en déduire la hauteur même de l'atmosphère. En effet, la loi donnerait pour cette hauteur une valeur infinie.

Cassini, dans les observations qu'il eut à faire pour mesurer la méridienne, remarqua le premier l'inexactitude de la loi. Ayant observé le baromètre sur différentes montagnes, et comparé les hauteurs qu'on en déduisait avec celles qu'il avait obtenues par les méthodes géométriques, il trouva qu'elles étaient loin de s'accorder ; il en conclut que la raréfaction de l'air subissait une décroissance beaucoup plus rapide que ne le comportait la loi en question. L'Académie des sciences fit faire de nouvelles expériences dans le but de vérifier si la dilatation de l'air est réellement en raison inverse de la pression, et comme ces expériences confirmèrent celte thèse, on en conclut que les différences trouvées par Cassini devaient provenir d'une différence entre l'air des plaines et celui des montagnes, le premier étant plus surchargé de vapeurs et d'exhalaisons grossières. Fontenelle soutint que l'élasticité plus grande des couches supérieures provenait de

l'humidité de l'air, plus grande sur les hauteurs que dans les lieux bas. Daniel Bernouilli calcula une formule pour la mesure des hauteurs, où il tenait compte de la différence des températures.

C'est Laplace enfin qui, par une analyse rigoureuse de toutes les causes capables d'influer sur la densité et sur la pression des couches atmosphériques, a déduit de la théorie la formule, adoptée aujourd'hui par tous les physiciens, à l'aide de laquelle on calcule la hauteur verticale d'un point ou son altitude. Cette formule nécessite, pour être appliquée, que deux observateurs aient observé simultanément, dans chacune des stations dont ils veulent trouver la différence de niveau, la hauteur du baromètre, la température de cet instrument et celle de l'air libre. Des tables ont été calculées qui permettent de faire rapidement tous les calculs à l'aide de ces éléments, supposant connue la latitude du lieu. Nous donnerons plus loin un exemple de l'application de cette méthode, quand nous aurons montré comment on corrige les observations barométriques des causes d'erreur auxquelles elles sont sujettes.

Terminons ce paragraphe en mentionnant les hypothèses qu'on a faites sur l'état physique de la couche d'air la plus raréfiée, c'est-à-dire de celle qui forme la limite même de l'atmosphère. On s'est demandé comment les molécules qui la composent, n'étant plus maintenues par une pression extérieure, n'obéissaient point à la force expansive propre à tous les gaz et résultant de leur élasticité, force en vertu de laquelle ils se précipitent dans tout espace vide qui leur est offert. Comment ces molécules qui se trouvent en présence du vide relatif ou de l'espace éthéré, ne s'échappent-elles point dans cet espace et n'abandonnent-elles point la Terre ? Si cette, objection était fondée, il serait difficile, en effet, de comprendre comment les couches limites de l'atmosphère ne s'écoulent point les unes après les autres, sous l'influence de cette force expansive. Mais il faut remarquer que l'élasticité d'un gaz va en décroissant avec sa densité, que cette dernière, aux limites

de l'atmosphère, étant excessivement faible, il suffît, pour l'équilibre et le maintien de la dernière couche, que la pesanteur ait une intensité au moins égale. D'ailleurs une autre cause doit diminuer rapidement encore cette force expansive : c'est la très basse température qui règne dans l'espace supérieur, température que nous avons vue être à peine égale h 140 degrés au-dessous du zéro de la glace fondante. Poisson est allé jusqu'à comparer l'état de la dernière couche atmosphérique à celui d'un liquide non évaporable. Cela revient à considérer son élasticité comme nulle, sous l'influence de son extrême raréfaction et de la température excessivement basse du milieu ambiant. Ce qui semble incontestable, c'est que la véritable limite de l'atmosphère terrestre est celle qui résulte de l'équilibre entre l'intensité de la pesanteur et l'élasticité des dernières particules d'air. Celte limite est beaucoup plus faible que celle que nous avons vue résulter de l'intensité croissante de la force centrifuge.

§4. l'air atmosphérique; sa composition chimique.

Dans une intéressante et savante leçon faite devant la Société chimique de Paris, le 4 mai 1860 \ M. Barrai s'exprimait ainsi :

« Les plantes comme les animaux vivent au fond de ce qu'on a justement appelé l'océan aérien. L'atmosphère, cette enveloppe vaporeuse, immense, qui entoure la Terre de toutes parts, agit sur la végétation et par sa constitution physique et par sa nature chimique. Elle fournit aux plantes, soit directement, soit indirectement, par les éléments dont elle est composée, une grande partie de leur nourriture; elle pèse de son poids sur les organes des végétaux; elle leur prodigue comme des bains fortifiants en se renouvelant sans cesse autour de leurs tiges et de leurs branches ; elle les infléchit par ses mouvements, tantôt si lents et si doux, tantôt si tumultueux et si

1. De l'influence exercée par Vatmosphère sur la végétation, par M. J. A. Barrai.

terribles ; elle les couvre comme d'un manteau pour leur conserver la chaleur vivifiante que leur envoie le Soleil ; elle tamise la lumière qui préside à l'accomplissement des principales phases de leur vie. Les propriétés physiques de l'atmosphère ne sont donc pas moins importantes que les propriétés chimiques pour la physiologie végétale et pour l'agriculture. Cependant l'atmosphère n'est encore que peu connue au point de vue physique, et on peut dire qu'elle a été beaucoup moins sondée dans tous les sens que la mer. »

Dans les paragraphes qui précèdent, ainsi que dans divers chapitres des volumes du Monde physique déjà publiés, nous avons étudié plusieurs des propriétés physiques de l'air et nous les compléterons incessamment. Ce que nous avons maintenant à définir, c'est sa composition chimique, qui n'a été complètement reconnue que vers la fin du siècle dernier.

Un volume donné d'air atmosphérique, c'est-à-dire d'air pris en un point quelconque au-dessus de la surface du sol, contient deux genres d'éléments : l'un, constant ou permanent, consiste dans un mélange de deux gaz, l'oxygène et l'azote ; l'autre élément, variable selon le temps et les lieux, comprend de la vapeur d'eau, du gaz acide carbonique, divers autres composés chimiques, des poussières ou des germes de nature très variée, dont il sera question plus loin.

La proportion de l'oxygène et de l'azote qui entre dans un volume donné d'air, a été déterminée par les nombreuses analyses des chimistes depuis Priestley etLavoisier. Les expériences des Cavendish et des Davy, des Fourcroy, Berthollet, Gay-Lussac, Boussingault, Dumas, Regnault, etc., ont établi que cette proportion est, en volume, à peu de chose près celle des nombres 1 et 4. Sur 1 mètre cube ou 1000 litres d'air, 208 litres d'oxygène se trouvent mélangés de 792 litres d'azote. En poids, comme l'oxygène est un peu plus dense que l'azote, la proportion des deux gaz n'est plus donnée par les mêmes nombres : 1 kilogramme d'air contient 231 grammes d'oxygène contre 769 grammes seulement d'azote.

Les premières analyses de Lavoisier donnaient pour la proportion des deux gaz les nombres 270 et 730; mais l'illustre chimiste, en décrivant son expérience, ne manque point d'avertir qu'il existe dans le résultat diverses causes d'incertitude. Toutefois cette expérience mémorable a une trop grande importance historique pour que nous ne la décrivions pas ici. La figure 16 représente l'appareil qui servit à Lavoisier. Pendant douze jours consécutifs, il chauffa du mercure dans une cornue A, dont le col recourbé B allait s'engager sous une cloche C placée elle-même dans un bain de mercure. Avant de commencer l'opération, Lavoisier avait fait le vide sous la clo-

Fig. 16. — Appareil de Lavoisier pour l'analyse de l'air.

che par aspiration, et marqué par un trait le niveau auquel s'arrêta le liquide. Dès le second jour, de petites parcelles rouges (d'oxyde de mercure) commencèrent à apparaître à la surface du mercure, augmentèrent en nombre et en volume pendant les quatre ou cinq jours suivants; puis elles cessèrent de grossir, restant absolument dans le même état pendant tout le temps que dura l'expérience. Lavoisier trouva que le volume de l'air contenu dans la cornue et dans la partie vide de la cloche, qui était avant l'opération de 50 pouces cubiques, sous la pression de 28 pouces et à la température de 10° (Réaumur), n'était plus à la fin que de 42 à 43 pouces, c'est-à-dire avait subi une diminution d'environ un sixième. Il trouva 45 grains pour le poids des parcelles rouges séparées du mercure et recueillies.

« L'air qui reslait après cette opération, dit-il1, et qui avait été réduit aux cinq sixièmes de son volume par la calcination du mercure, n'était plus propre à la respiration ni à la combustion ; car les animaux qu'on y introduisait y périssaient en peu d'instants, et les lumières s'y éteignaient sur-le-champ, comme si on les eût plongées dans de l'eau. » Ce gaz était l'azote.

Yoici maintenant comment Lavoisier reconnut l'oxygène : « D'un autre côté, ajoute- t-il, j'ai pris les 45 grains de matière rouge qui s'était formée pendant l'opération ; je les ai introduits dans une très petite cornue de verre à laquelle était adapté un appareil propre à recevoir les produits liquides et aériformes qui pourraient se séparer ; ayant allumé du feu dans le fourneau, j'ai observé qu'à mesure que la matière rouge était échauffée, sa couleur augmentait d'intensité. Lorsque ensuite la cornue a approché de l'incandescence, la matière rouge a commencé à perdre peu à peu de son volume, et en quelques minutes elle a entièrement disparu ; en même temps il s'est condensé dans le petit récipient 41 grains 1/2 de mercure coulant, et il a passé sous la cloche 7 à 8 pouces cubiques d'un fluide élastique beaucoup plus propre que l'air de l'atmosphère à entretenir la combustion et la respiration des animaux. Ayant fait passer une portion de cet air dans un tube de verre de 2 pouces de diamètre, et y ayant plongé une bougie, elle y répandait un éclat éblouissant; le charbon, au lieu de s'y consumer paisiblement comme dans l'air ordinaire, y brûlait avec flamme et une sorte de crépitation, à la manière du phosphore, et avec une vivacité de lumière que les yeux avaient peine à supporter. » Et plus loin : « L'air de l'atmosphère est donc composé de deux fluides élastiques de nature différente et pour ainsi dire opposée. Une preuve de cette importante vérité, c'est qu'en recombinant les deux fluides élastiques qu'on a ainsi obtenus séparément, c'est-à-dire les

1. Traité élémentaire de chimie, partie I, ch. m (tome I des Œuvres complètes de Lavoisier).

42 pouces cubiques de mofette ou air non respirable, et les 8 pouces cubiques d'air respirable, on reforme de l'air, en tout semblable à celui de l'atmosphère, et qui est propre, à peu près au même degré, à la combustion, à la calcination des métaux et à la respiration des animaux. »

Le grand chimiste, après cette découverte capitale, dont il partage d'ailleurs la gloire avec Priestley et Scheele en ce qui regarde l'oxygène, choisit pour les deux gaz les noms que tout le monde connaît, d'oxygène et d'azote.

Depuis, diverses méthodes d'analyse ont été employées pour la détermination précise des proportions, en volume ou en poids, qui existent entre l'azote et l'oxygène de l'air atmosphérique. Les nombres que Lavoisier lui-même regardait comme inexacts, ont été modifiés et ramenés à ceux que nous avons donnés plus haut. L'eudiomètre, que nous avons vu employé pour faire la synthèse de l'eau, l'a été par Gay-Lussac et par Humboldt pour l'analyse volumétrique de l'air. Cette analyse se fait aussi très simplement à l'aide de certains corps très avides d'oxygène, tels que l'acide pyrogallique et le phosphore. Un vase contenant du mercure, une éprouvette graduée, un fragment de phosphore, voilà tout ce qui est nécessaire pour cette dernière opération, qui, si elle ne comporte point une grande précision, a le mérite d'être expéditive. La méthode1

1. Voici, d'après la Chimie générale de M. P. Schiitzenberger, la description de ces deux méthodes d'analyse :

« Un volume mesuré d'air à une température et à une pression connues est mis en présence du phosphore à froid. Lorsque la diminution du volume cesse, on mesure de nouveau le gaz en notant la température et la pression. En ramenant, par le calcul, les deux volumes à zéro et à 760 millimètres de pression et en retranchant le second du premier, on a le volume de l'oxygène; le second nombre représente le volume de l'azote. L'absorption par le phosphore à froid se fait en introduisant une balle humide de ce corps, fixée à l'extrémité d'un fil de fer, dans un tube gradué contenant l'air confiné sur le mercure (tig. 17). On attend douze heures et l'on retire la balle de phosphore pour mesurer le résidu.

« MM. Dumas et Boussingault ont établi la composition de l'air par la méthode des pesées au moyen de l'appareil représenté dans la figure 18. Un grand ballon B fermé par une armature métallique munie d'un robinet à vide R est mis en rapport avec un tube plein de cuivre métallique réduit par l'hydrogène et armé de robinets rf, qui permettent d'y faire également le vide. Le poids de ce tube est déterminé d'avance. Le cuivre étant chauffé au

adoptée par MM. Dumas et Boussingault écarte les difficultés qui sont inhérentes à l'évaluation incertaine et délicate des volumes : elle ne comporte que des pesées.

L'air a-t-il partout la même composition en oxygène et en azote? La proportion de ces deux gaz ne change-t-elle point

— Analyse de l'air par la méthode Dumas et Boussingault.

lorsque l'air analysé, au lieu d'être recueilli près du sol dans les plaines, l'est sur les sommets des montagnes, ou en ballon,

rouge sur une grille, on ouvre le robinet r' du côté de l'arrivée ; l'air se précipite alors dans le tube, où il cède à l'instant son oxygène au métal. Au bout de quelques minutes, on

ouvre le second robinet r ainsi que le robinet R, et le gaz azote se rend dans le ballon vide. Les robinets demeurent ouverts, l'air afflue, et à mesure qu'il passe dans le tube il y abandonne son oxygène; c'est donc de l'azote pur que reçoit le ballon. Quand il est plein, on ferme tous les robinets. On pèse ensuite séparément le ballon et le tube avec l'azote, puis on les pèse de nouveau après y avoir fait le vide. La différence de ces pesées donne le poids du gaz azote. Quant au poids de l'oxygène, il est fourni par l'excès de poids que le tube qui contient le cuivre a acquis pendant la durée de l'expérience. L'air qui pénètre dans le tube et le ballon se débarrasse préalablement de son acide carbonique et de sa vapeur d'eau, en passant dans le tube et les appareils L, f, 0, i remplis de potasse liquide très concentrée ou garnis d'acide sulfuriquc concentré et pur. On n'a pas tenu compte dans ces expériences des traces d^hydrogène carboné qui existent dans l'atmosphère. » {.Traité de Chimie générale, t. I.)

Fig. 17. — Analyse de l'air par la combustion lente du phosphore.

dans les plus hautes régions aériennes où les aéronautes soient parvenus? Ne change-t-elle pas avec la latitude ou mieux avec les climats? Enfin reste-t-elle constante avec le temps, dans un même lieu? Toutes ces questions se posaient naturellement et ont été l'objet de nombreuses expériences.

L'azote et l'oxygène ne forment dans l'atmosphère qu'un simple mélange, non une combinaison chimique véritable; par conséquent, les lois des mélanges des gaz et de leur diffusion leur sont applicables. On doit dès lors considérer leurs atmosphères propres comme indépendantes, d'où il résulte que la diminution de la densité avec la hauteur ne doit pas varier de la même manière pour l'azote que pour l'oxygène, et que, à mesure qu'on s'élève, la proportion d'azote doit être un peu plus grande. Telle était l'opinion de Dalton. Cependant Gay- Lussac, dans sa célèbre ascension aérostatique, recueillit de l'air à 7000 mètres de hauteur, et l'analyse ne lui permit point de trouver de différence entre la composition de l'atmosphère dans ces hautes régions et celle qu'on recueillait au même instant à Paris au niveau du sol. M. Boussingault, dans ses voyages aux Cordillères des Andes, lit de nombreuses analyses de l'air pris à des altitudes très différentes, et arriva aux mêmes conclusions. Enfin, des expériences semblables dues à MM. Martins et Bravais sur le Faulhorn, à M. Marignac à Genève, à M. Stas à Bruxelles, à M. Brunner à Berne, à M. Lévy à Copenhague, confirmèrent cette constance de la composition de l'air atmosphérique, quels que soient les lieux et l'altitude. Les différences constatées ont été assez faibles pour qu'il n'y ait pas de doute sur ce résultat général, dû sans doute à la facilité avec laquelle a lieu le mélange des couches d'air par les courants qui sillonnent continuellement l'atmosphère. S'il était possible de s'élever à une altitude suffisante pour qu'on pénétrât dans des régions absolument calmes, il est probable qu'on pourrait constater la proportion plus forte que Dalton avait signalée pour l'azote.

Cependant une différence sensible a été reconnue entre

l'air recueilli au-dessus du sol et celui qu'on trouve en contact avec l'eau de la mer. C'est à un physicien danois, M. Lévy, qu'est due cette observation. Dans une traversée entre le Havre et Copenhague, il recueillit une certaine quantité d'air aussi près que possible de la surface de la mer; il en compara la composition avec celle de l'air pris à Copenhague et sur la côte à 12 mètres au-dessus du niveau et par le vent de mer, et il trouva les proportions suivantes d'oxygène :

Oxygène de l'air à Copenhague .... 229,98 p. 1000 (en poids).

— à côté de Kromborg. 230,16 —

— en mer 224,73 —

On voit que la couche d'air en contact avec l'eau de l'Océan contient une proportion notablement moindre d'oxygène. L'explication de ce fait est d'ailleurs très simple.

On sait que l'air se dissout dans l'eau et qu'un litre de ce liquide peut renfermer ainsi jusqu'à 30 ou 35 centimètres cubes de ce mélange gazeux. Mais la solubilité de l'oxygène est plus grande, à température égale, que celle de l'azote; l'air extrait de l'eau contient 32 ou 35 volumes pour 100 du premier gaz et seulement 68 ou 67 volumes du second. La couche d'air qui est en contact avec la surface de l'eau de la mer fournit donc à celle-ci plus d'oxygène que d'azote, et l'analyse doit donner une proportion d'azote plus forte que celle de l'air ordinaire, ainsi que l'ont prouvé les expériences de M. Lévy.

Quelques années après les observations que nous venons de rapporter, V. Regnault indiqua un procédé fort simple pour analyser de petits volumes de gaz par l'eudiomètre ; il fît préparer une série de tubes convenablement disposés, pour recueillir l'air atmosphérique clans un grand nombre de lieux répartis convenablement à la surface du globe1. Les échantil-

1. Dans son intéressante monographie l'Am (publiée dans la Bibliothèque des merveilles), M. Moitessier décrit en ces termes le procédé indiqué par Regnault pour recueillir et conserver l'air atmosphérique : « Le récipient est un simple tube de verre, effilé en pointe à

Ions envoyés au laboratoire de l'illustre physicien au Collège de France, ayant été analysés, donnèrent une composition à peu près identique, ou du moins ne présentant que des variations assez faibles (de 209 à 210 d'oxygène en volume). Dans

ses deux extrémités. Pour éviter la rupture, pendant le transport, de ces pointes très fragiles, il les recouvre de deux petites cloches, mastiquées par-dessus, comme l'indique la figure 20. Chaque tube, ainsi préparé, était placé dans un étui de carton. Pour faire une prise d'air, on ramollit le mastic, on détache les deux petites cloches et l'on met une des parties effilées

Fig". 19. — Tubes de Regnault; remplissage ou prise d'air.

en communication, à l'aide d'un tube de caoutchouc (fig. 19), avec un soufflet ordinaire que l'on fait agir pendant trois ou quatre minutes. L'air primitivement contenu dans le tube se trouve ainsi renouvelé et remplacé par celui qui existe en ce moment dans la localité.

« 11 faut alors fermer le tube hermétiquement; on y arrive sans peine en chauffant d'abord l'une des pointes dans la flamme d'une lampe à alcool (fig. 20) ; puis, lorsque le

Fig. 20. — Fermeture des tubes de Regnault après leur remplissage.

verre est ramolli, on tire doucement la pointe pour la détacher du tube, qui se trouve ainsi fermé d'un côté; il suffit ensuite de renouveler la même opération à l'autre extrémité. Enfin on remastique les deux petites cloches pour protéger les pointes fermées.

t( Un grand nombre de lots, composés de trente tubes semblables, furent adressés à des savants habitant divers centres scientifiques. D'autres furent envoyés aux principaux con-

certains cas toutefois et notamment dans les pays chauds, cette proportion d'oxygène descendit à 203(224,69 en poids), c'està-dire au-dessous de celle que M. Lévy avait trouvée au-dessus de la mer.

En résumé, on peut considérer comme constante la composition de l'air atmosphérique en azote et en oxygène, au moins pour l'époque actuelle. Si elle était autre, dans les périodes géologiques antérieures, c'est ce qu'il ne paraît pas possible de décider; et si elle doit changer plus tard, si le rapport des deux gaz devient notablement différent de 792 à 208 en volume, en poids de 769 à 231, c'est ce qu'il ne sera possible sans doute de reconnaître qu'après de longs siècles. Mais une autre conséquence importante des recherches multipliées des physiciens et des chimistes sur ce point important de physique terrestre, c'est que, comme nous l'avons déjà dit plus haut, l'air atmosphérique n'est pas une combinaison définie; c'est un simple mélange, de sorte que chacun des gaz qui le forment se comporte comme s'il était isolé, en raison de ses affinités propres, et non pas « comme s'il était entré déjà dans les liens d'une combinaison qui lui donnerait des propriétés distinctes de celles que l'on reconnaît à l'oxygène et à l'azote, quand on les étudie séparément et dans un état de pureté absolue1. »

§ 5. CONSTITUTION CHIMIQUE DE l'aIR ATMOSPHÉRIQUE; GAZ ACIDE CARBONIQUE.

L'oxygène et l'azote forment donc la partie permanente de l'atmosphère, de sorte que, pour les physiciens et les chi-

sulats de France ; d'autres, enfin, furent confiés à des officiers de la marine royale qui devaient commander des stations dans des contrées lointaines. »

Grâce aux centaines d'analyses qui purent être faites à l'aide de ces échantillons, à leur retour au Collège de France, on put comparer la composition de l'air sur un grand nombre de points de la surface du globe avec l'air pris à Paris. L'avantage de ce mode de procéder consiste surtout dans les circonstances où les analyses en question purent être faites, l'appareil et la méthode étant absolument identiques. Les prises d'air, dans chaque localité des deux hémisphères, avaient été effectuées les l"et 15 de chaque mois et à midi, temps moyen du lieu.

1. J. A. Barrai, De l 'influente exercée par V atmosphère sur la végétation.

mistes, l'air est un mélange de ces deux gaz dans les proportions que l'observation constate. Toutefois d'autres substances gazeuses s'y trouvent presque constamment associées, et quelques-unes d'entre elles jouent un rôle capital, soit au point de vue des phénomènes météorologiques, soit au point de vue de l'existence des êtres vivants.

La vapeur d'eau et l'acide carbonique sont les plus importantes de ces substances, parmi lesquelles il faut ranger aussi l'ammoniaque, les acides nitriques et nitreux, l'ozone et une multitude de corpuscules qui flottent en quantités excessivement variables dans les couches atmosphériques.

Nous ne dirons ici que deux mots de la vapeur d'eau, parce que sa présence dans l'air, ses variations en tension et en quantité, les phénomènes météorologiques où elle intervient comme élément prédominant, exigeront une étude spéciale, approfondie, qui sera l'objet de plusieurs des chapitres de ce volume. Les brouillards, les nuages, les pluies, la neige, la rosée, sont autant de produits de la condensation de la vapeur d'eau de l'air, soit dans l'air même, soit à la surface du sol; quant à l'existence de cette vapeur, elle est une conséquence immédiate et forcée de l'existence de l'immense nappe liquide qui recouvre les trois quarts de la surface de notre globe. Sans la vapeur d'eau, sans l'espèce de distillation continue qui résulte de l'action des rayons solaires sur l'eau des mers, sur l'eau dont le sol des continents est imprégné à la suite des pluies, sources, ruisseaux, rivières, fleuves seraient inconnus sur notre globe, et par là même tout ce qui a besoin de l'eau pour vivre, végétaux et animaux. La Terre serait un désert.

Moins important pour les phénomènes météorologiques proprement dits, le gaz acide carbonique, dont la présence au sein de l'atmosphère a été constatée dans tous les lieux, à toutes les latitudes et à toutes les altitudes, ne joue pas un moindre rôle que la vapeur d'eau vis-à-vis des êtres organisés. Si ce gaz ne peut pas être considéré, au même titre que l'oxygène et

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