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l'azote, comme un élément constituant de l'air, du moins toutes les -expériences faites pour constater sa présence et doser ses proportions ont montré qu'il ne fait jamais défaut, et que la quantité qu'en renferme un volume donné d'air atmosphérique varie dans des limites assez resserrées.
Il est aisé de démontrer la présence de l'acide carbonique dans l'air que nous respirons. 11 suffit d'abandonner à ellemême une solution limpide d'eau de chaux dans un vase
ouvert à large surface. On voit le liquide se recouvrir d'une mince pellicule blanchâtre, qui prend des teintes irisées à la lumière du jour (phénomène des anneaux colorés dans les lames minces) : la matière formant cette pellicule n'est autre chose que le résultat de la combinaison de l'acide carbonique avec la chaux, autrement dit du carbonate de chaux , dont elle a toutes les propriétés. Cette expérience a été faite par Black pour la première fois.
L'étude des propriétés de l'acide carbonique est du ressort de la chimie. Nous ne ferons donc que rappeler ici que c'est, comme l'azote, un gaz impropre à la combustion et à la respiration, et qui, si la proportion qu'en contient l'air n'était pas très faible, ainsi qu'on va le voir, déterminerait promptement l'asphyxie des animaux et de l'homme. Sa densité, à la pression normale, dépasse une fois et demie (1,529) celle de l'air, de sorte qu'on peut le transvaser pour ainsi dire comme un liquide. Sa solubilité dans l'eau est considérable : à la température ordinaire, l'eau ne dissout pas moins de son propre
Fig. 21. — Appareil à doser l'acide carbonique de l'air.
volume de gaz acide carbonique. En outre, celte solubilité croît avec la pression. Tout le monde connaît les eaux gazeuses naturelles de Seltz, de Spa, de Saint-Galmier, ou tout au moins les eaux artificielles qu'on fabrique sous les mêmes noms, en comprimant le gaz à l'aide de pompes et d'appareils spéciaux. Dès qu'on diminue la pression, soit en débouchant la bouteille contenant une de ces eaux, soit en pressant un levier qui laisse communiquer l'intérieur avec l'atmosphère, on observe un dégagement tumultueux du gaz, qui monte à la surface sous forme de petites bulles nombreuses.
Le dosage de l'acide carbonique de l'air1 a été l'objet de nombreuses expériences faites dans la première moitié du siècle, par des savants illustres, français et étrangers, parmi lesquels il nous suffira de citer de Saussure et Boussingault. La question a été reprise dans ces derniers temps par MM. Schlœsing, Reiset, Albert Lévy, Mûntz et Aubin.
La proportion d'acide contenue dans l'air semble, d'après les résultats des analyses, varier entre des limites assez étendues, mais est, en tout cas, très faible, puisqu'elle se chiffre par un petit nombre de dix-millièmes. D'après de Saussure (1816J, la moyenne était 4,15, c'est-à-dire que sur 10000 litres ou 10 mètres cubes d'air il n'y avait guère plus de 4 litres de gaz. Le célèbre physicien avait trouvé 5,74 pour le maximum, 5,15 pour le minimum. Les recherches de Boussingault (1840 et 1841) ont donné, pour Paris, des écarts moins grands, entre 3,5 et 4,5 dix-millièmes, la moyenne approchant de
1. Les procédés de dosage consistent le plus souvent à faire passer un volume donné d'air à travers une série de tubes, dont les uns, renfermant de la pierre ponce imbibée d'acide sulfurique, retiennent la vapeur d'eau contenue dans l'air, et dont les suivants sont remplis de pierre ponce humectée par une dissolution de potasse. Cette dissolution fixe l'acide carbonique, et par une pesée avant et après l'expérience on peut calculer le poids de gaz acide carbonique absorbé.
La figure 21 représente l'appareil qui sert à ce dosage. Le grand cylindre à fond conique est d'abord entièrement rempli d'eau et l'air arrive à sa partie supérieure par un tube en caoutchouc qui communique avec les tubes dont nous venons de parler. Il joue le rôle d'aspirateur, l'air y étant appelé à mesure que l'eau s'écoule par le robinet inférieur, et quand l'écoulement est terminé , on connait le volume de l'air qui a été employé à l'analvse.
4 dix-millièmes. Les deux savants s'accordaient à reconnaître que l'acide carbonique est en proportion un peu plus forte pendant la nuit que le jour. Ce résultat a été confirmé récemment par les analyses de M. Reiset, mais la différence est faible, puisque pour 100 mètres cubes d'air ce savant a trouvé 28lit,81 pendant le jour, 30Mt,84 pendant la nuit; 11U,93, c'està-dire moins de 2 cent-millièmes, constitue toute la différence en question.
La moyenne trouvée par M. Albert Lévy, pour sept années de dosage quotidien de l'air atmosphérique à Montsouris, est à peu de chose près de 3 dix-millièmes (2,97) : le maximum s'est élevé à 5,6, le minimum à 2,2. Ce dernier résultat mérite d'ailleurs confirmation ou mieux explication, comme l'observateur le reconnaît lui-même. M. Risler a trouvé près de Nyon, à une altitude de 420 mètres, d'août 1872 à juillet 1873, une moyenne de 3,035.
Les missions scientifiques envoyées par la France en diverses stations du Nouveau Monde ont permis de doser l'acide carbonique de l'air en des lieux fort éloignés les uns des autres. MM. Muntz et Aubin, qui avaient été chargés de la direction de ces expériences, en donnent, en ces termes, les résultats : « Les proportions d'acide carbonique contenues dans l'air de ces stations éloignées ne diffèrent pas beaucoup de celles qu'on a trouvées dans notre climat; les variations, sans être beaucoup plus grandes, sont influencées par l'état du ciel et la vitesse du vent, qui exagèrent ou atténuent les influences locales. Les quantités trouvées descendent quelquefois sensiblement au-dessous de celles observées en France et en Allemagne; mais les maxima ne s'élèvent pas au-dessus des nôtres. La moyenne générale est de 2,78. Elle est donc un peu inférieure à celle trouvée par M. Reiset dans le nord de la France (2,962) l, et à celle que nous avons trouvée nous-même dans la plaine de Vincennes (2,84) et au sommet du pic du Midi
1, Celte dernière moyenne est à peu près identique à celle que M. A. Lévy a trouvée pour Paris et que nous venons de donner plus haut.
(2,86). Il paraîtrait donc que la grande moyenne doive être un peu inférieure à celle qui serait établie d'après les observations faites en Europe. La moyenne des prises de nuit (2,82) est plus élevée que la moyenne générale, et dans toutes les stations elle est supérieure à celle des prises de jour, comme on le voit dans le tableau suivant :
Haïti
Floride
Martinique
Mexique
Santa-Cruz (Patagonie) Chubut (Patagonie) . .
Chili
En résumé, on voit que si la proportion d'acide carbonique qui existe dans l'atmosphère varie assez notablement (l'écart extrême paraît aller de 2,5 à 3,6), du moins la moyenne générale ne s'éloigne guère de 3 dix-millièmes. Autrefois on admettait des chiffres bien différents : 4 dix-millièmes pour la moyenne générale, 3 à 6 dix-millièmes pour les proportions extrêmes. Il reste à rendre compte des variations observées, et pour cela il faut dire quelles sont les sources ou les causes de production de ce gaz, quelles sont les causes accidentelles ou temporaires de sa diminution en un point donné du globe.
On sait que les animaux font, en respirant, une consommation continue d'oxygène, que leur fournit à profusion l'air dans lequel ils vivent, et qu'au contraire ils exhalent de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique; d'autre part, les végétaux, sous l'influence de la lumière, décomposent l'acide carbonique de l'air, fixent le carbone et exhalent de l'oxygène; pendant la nuit, il est vrai, les plantes se comportent comme les animaux, et donnent lieu à un dégagement d'acide carbonique. Quoi qu'il en soit, les êtres vivants pourraient suffire à expliquer la présence de ce gaz dans l'air et la constance approchée de ses proportions, si toutefois il y a compensation.
Moyenne des prises
de jour. de nuit.
Mais les deux phénomènes inverses se compensent-ils exactement? C'est une question qu'on s'est souvent posée et dont la solution paraît d'autant plus difficile, qu'il existe d'autres causes importantes de la production de l'acide carbonique.
L'une des plus puissantes est sans contredit celle des éruptions volcaniques. M. Boussingault a démontré, il y a longtemps déjà, que les terrains volcaniques, par leurs fissures et leurs bouches d'éruption, dégagent continuellement de l'acide carbonique en quantité énorme1. 11 a calculé que le seul Cotopaxi en exhale dix fois plus que la population parisienne tout entière2. Or on connaît aujourd'hui, dans les diverses régions du globe explorées, plus de trois cents volcans en activité, et il est probable que ce nombre est en réalité plus grand encore. A cette source si importante, il faut joindre les innombrables foyers de combustion de tous les lieux habités.
Il semble donc que la quantité d'acide carbonique contenue dans l'atmosphère devrait augmenter constamment, à moins que l'échange continu entre les êtres organisés, animaux et végétaux, ne donne lieu à une perte qui se trouve ainsi constamment réparée. Mais il faut ajouter que la solubilité de ce gaz dans l'eau est telle, que, par les pluies, les brouillards, il s'en condense une quantité notable qui retourne au sol ; elle y prend la chaux nécessaire à la formation des carbonates, que les cours d'eau entraînent enfin jusqu'à l'Océan. De même l'eau des mers doit en dissoudre des proportions considérables, et il se fait ainsi entre l'atmosphère et le sol une série d'échanges qui, d'après M. Dumas, a sans doute une importance bien autrement grande que les actions physiologiques,
1 . Les volcans en éruption dégagent plusieurs autres substances gazeuses. Mais, comme le remarque Fuchs, le dégagement de l'acide carbonique persiste bien après que « toutes les autres traces d'activité volcanique ont depuis longtemps disparu ». (Les volcans et les tremblements de terre, p. 85.)
2. En tenant compte des arrivages de combustible, de la population (en 1840), du nombre des chevaux, de la dose moyenne d'acide carbonique émise par l'homme et par le cheval, M. Boussingault évaluait, il y a quarante ans passés, à 2 944 641 mètres cubes le volume produit par la ville de Paris en vingt-quatre heures. Toutes proportions gardées, on en trouverait aujourd'hui au moins deux fois et demie autant.
On voit que l'acide carbonique de L'air a des origines multiples. De plus, les sources de sa production sont très inégalement réparties à la surface de la Terre. Sur les continents, elles sont plus ou moins abondantes selon que les régions ont une population lmmaine ou animale plus ou moins dense, selon que la végétation s'y trouve plus ou moins active, selon enfin que ces régions sont voisines ou non de l'Océan, voisines ou non des terrains volcaniques et de leurs foyers d'éruption. Les différences que les analyses des chimistes ont constatées, selon les époques et selon les lieux, n'ont donc rien que de très naturel. On pourrait être surpris plutôt, comme l'a remarqué très justement M. Dumas, que ces différences ne fussent pas plus grandes. Mais la raison de cette uniformité relative dans la diffusion de l'acide carbonique au sein de l'atmosphère a été donnée depuis longtemps par Gay-Lussac, en ces termes :
« Il est très raisonnable de dire que l'air est toujours en mouvement, soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical, et que le même lieu est alternativement baigné, dans des espaces de temps peu considérables, par l'air des pôles et par celui des tropiques. Il faut que le vent soit bien faible pour qu'il ne parcoure que 6 lieues à l'heure, et néanmoins, dans cette supposition, il ne lui faudrait que quinze heures pour parcourir la distance qui sépare Paris de Genève, et pas huit jours pour venir du pôle ou de l'équateur en France. Un mouvement aussi rapide de l'air et les courants continuels ascendants et descendants suffisent pour produire une diffusion uniforme de l'acide carbonique dans l'atmosphère, quoique les sources de ce gaz soient très variables sur la surface de la Terre, et nous ne pensons pas qu'on l'ait jamais conçue autrement. »
Les composés chimiques gazeux qu'on rencontre encore dans l'air atmosphérique sont l'ammoniaque (à l'état de carbonate et de nitrate), l'hydrogène carboné, l'ozone ou oxygène électrisé, des sels de soucie et de chaux, les acides azoteux et azo-
tique ; on y trouve aussi de l'iode. Mais, bien que certains d'entre eux, l'ammoniaque notamment, paraissent jouer un rôle important dans la végétation, les doses en sont si faibles, qu'il faut pour les déceler et les mesurer mettre en œuvre des volumes énormes d'air. Par mètre cube d'air, M. Scblœsing a trouvé, suivant la température, de 1 à 6 centièmes de milligramme d'ammoniaque. D'autres savants ont trouvé des quantités variant entre 0mg,17 et 5raK,02. On voit combien ces proportions sont variables. M. Truchot ayant dosé, à 3 jours consécutifs, l'ammoniaque de l'air à Clermont-Ferrand, au sommet du Puy de Dôme et au sommet du pic de Sancy, c'est-à-dire à des altitudes de 395, 1446 et 1884 mètres, a obtenu lmg,12, 3m%18, et 5ms,55, d'où il conclut que la proportion augmente avec la hauteur. Les quantités d'ammoniaque augmentent aussi par les temps pluvieux ou brumeux, comme pour l'acide carbonique, ce qui justifie le dicton populaire : Les brouillards qui durent engraissent la terre. L'origine de l'ammoniaque atmosphérique est due tantôt aux émanations volcaniques, tantôt aux décompositions putrides de matière organique à la surface du sol. L'ammoniaque de l'air, en se combinant avec l'acide nitrique qui est produit lui-même par les décharges électriques dans les orages1, donne le nitrate d'ammoniaque, qui est une des formes sous lesquelles ce composé se trouve dans l'atmosphère. Comme l'acide nitrique ne se rencontre pas seulement dans les pluies d'orage, mais en toutes saisons, ainsi qu'il résulte des recherches de M. Barrai, on en a conclu avec raison que les décharges de l'électricité atmosphérique ne sont pas les seules causes de la formation de ce composé, et l'on est porté à l'attribuer aussi en grande partie à l'action de l'ozone.
L'ozone, en effet, cette modification singulière, ou, selon l'expression consacrée, cette forme allotropique de l'oxygène,
\. On admet généralement que tel est le mode de formation de l'acide nitrique de l'atmosphère. Cavendish, dans une expérience célèbre, a montré que l'oxygène et l'azote, qui ne se combinent pas dans les conditions ordinaires, forment de l'acide azotique sous l'influence
découverte, il y à quarante ans, par Scliœnbein1, et étudiée depuis aussi bien au point de vue chimique qu'au point de vue météorologique, existe à peu près en tout temps dans l'atmosphère. La proportion en est très faible et aussi très variable; en poids, elle est au maximum la 450000e partie de l'air, et son volume est mesuré par une fraction moindre encore, puisque la densité de l'ozone dépasse de moitié celle de l'oxygène et des deux tiers environ celle de l'air (1,658). Les propriétés chimiques de l'ozone le rendent tout à fait distinct de l'oxygène ordinaire. Il attaque un grand nombre de corps à une température où ce dernier gaz est sans action; à la température ordinaire, il oxyde le soufre, le phosphore, les acides sulfureux et phosphoreux, l'arsenic, l'iode, l'argent, etc. Nombre de matières organiques sont promptement oxydées par l'ozone ;
des décharges électriques. La figure 22 représente l'appareil fort simple qui sert à cette démonstration, avec les modifications apportées à l'expérience du savant anglais par MM. Becquerel et Fremy. Une bobine de Ruhmkorff alimentée par une pile au bichromate
Fig. 22. — Production de l'acide nitrique sous l'influence de l'électricité.
de potasse fournit une série d'étincelles qui éclatent à l'intérieur d'un ballon en verre plein d'air; on voit alors le ballon se remplir de vapeurs rutilantes qui sont celles de l'acide nitrique provenant de la combinaison de l'azote avec l'oxygène.
1. Van Marum avait signalé soixante-cinq ans plus tôt l'odeur particulière que dégageaient les décharges électriques, et qu'il attribuait h la matière de l'électricité. Cette odeur, qu'on peut comparer à celle du phosphore, est caractéristique de l'ozone.
il bleuit la teinture de gaïac, détruit les matières colorantes et altère le caoutchouc, qui devient friable sous son action.
L'énergie de celte activité chimique a fait soupçonner l'ozone de jouer un rôle important dans l'atmosphère, non sans doute au point de vue météorologique proprement dit, mais sous le rapport de son influence sur les êtres vivants et plus spécialement sur l'homme. D'après Schœnbein, l'ozone étant un agent destructeur des gaz méphitiques, des miasmes de l'atmosphère engendrés par la putréfaction des matières organiques, qu'il brûle et transforme en matières inertes, exerce sur la santé générale une action bienfaisante. Schrœder a même reconnu que cette putréfaction n'a plus lieu dans l'air ozonisé : il a pu conserver ainsi sans altération des œufs pendant cinq semaines, et il suffît pour cela de la présence d'un trois-millionième d'ozone dans l'atmosphère.
D'un autre côté, l'ozone, quand sa proportion dans l'air atteint une dose exceptionnelle (qu'on n'observe jamais dans l'atmosphère, il est vrai), exerce une action très irritante sur les muqueuses des voies respiratoires.
Il était donc intéressant de faire des observations suivies de l'état de l'atmosphère à ce point de vue, de doser l'ozone et de comparer la marche régulière ou irrégulière du phénomène avec celle de la santé publique, et notamment des épidémies. On a employé dans ce but diverses méthodes. Schœnbein a proposé de mesurer l'ozone atmosphérique à l'aide d'un papier amidonné imbibé d'iodure de potassium. L'ozone décompose l'iodure, et l'iode devenu libre forme avec l'amidon une belle couleur bleue, dont la nuance est d'autant plus foncée que la quantité d'ozone atmosphérique est plus considérable.
Un chimiste français, M. Houzeau, qui a fait des études suivies de toutes ces questions, a remplacé le papier ozonométrique dont nous venons de parler par un papier de tournesol rouge, dont une moitié a été trempée dans une solution neutre et étendue d'iodure de potassium. L'ozone, en mettant en liberté l'iode de cette partie, détermine sa coloration en bleu, tandis
que l'autre moitié reste rouge, si toutefois elle n'a pas subi l'action d'autres composés existant accidentellement dans l'air, tels que l'acide nitrique, le chlore, etc. Le papier Schœnbein ne présente point cette garantie de contrôle.
Dans les observatoires météorologiques, on emploie, outre les papiers ozonométriques, des méthodes spéciales de dosage; à Montsouris par exemple, M. A. Lévy se sert, dans ses expériences, de celle qui consiste à faire passer un volume connu d'air au travers d'une dissolution titrée d'arsénite de potasse mélangé d'iodure de potassium pur. L'ozone transforme l'arsénile en arséniale et, à l'aide d'une liqueur d'iode titrée, on évalue en poids la quantité d'arsénite transformé, et par suite celle de l'ozone qui a servi à la transformation. Voici quelquesuns des résultats obtenus par ces diverses méthodes :
MM. Bœckel à Strasbourg, A. Houzeau à Rouen s'accordent à signaler un maximum ozonométrique pour le mois de mai et celui de juin; la quantité d'ozone diminue sensiblement en été, beaucoup en automne, pour reparaître à la fin de l'hiver, où elle devient surtout appréciable au mois de mars. M. Bérigny, qui a fait à Versailles, pendant de nombreuses années, des observations ozonométriques continues, a trouvé aussi un maximum en mai (1855), avec un minimum en novembre; mais les neuf années suivantes lui ont donné un maximum en mars et le minimum en novembre. A Montsouris (1877- 1885), l'influence des saisons a paru peu sensible; ce sont les mois de février et de mars qui ont donné un maximum ozonométrique (lms,5) et décembre un minimum (0mg,6).
D'après M. Bœckel, c'est dans la matinée que l'air contient le plus d'ozone, d'octobre à juin; mais le contraire a lieu de juin à septembre. Le docteur Bérigny a observé en 1864 une prédominance du malin sur le soir pendant toute l'année. La quantité d'ozone, pour la môme station, paraît dépendre de la direction des vents régnants. Ce sont les vents d'entre nord et sud-est par l'ouest qui sont le plus favorables à la production de l'ozone. Les observations de M. A. Lévy à Montsouris accu-
sèrent un résultat à peu près semblable. « Quand les vents soufflent du nord-ouest à l'est-sud-est, en passant par le nord, la proportion d'ozone est faible; dans la région sud, au contraire, les vents nous arrivent chargés d'ozone, et en particulier ceux compris entre le sud et l'ouest1. » Dans l'opinion de M. Péligot, il ressort de toutes les observations ozonométriques faites jusqu'ici (1866) « que la production de l'ozone est un phénomène atmosphérique beaucoup plus qu'un phénomène résultant des actions qui se produisent au sein ou à la surface de la Terre ». Il ne pense pas que les maxima observés au
Fig. 23. — L'ozone de l'air clans ses rapports avec la direction des vents.
printemps ou en été soient le résultat du développement de la végétation à ces époques, et trouve plus probable que l'air doive aux vents venant de la mer cet excès d'ozone. « Sous l'influence, dit-il, des bourrasques, des tempêtes, des ouragans, de l'évaporation et du transport de l'eau et des actions électriques qui accompagnent ces phénomènes au sein des mers, l'ozone se développe et ce corps nous arrive avec les vents qui soufflent sur nos côtes. »
i. Annuaire de l'observatoire de Montsouris pour 1884. D'après des observations faites à Rouen, en 1877, par MM. L. Gully, il y aurait une relation entre l'ozonisation de l'air et les mouvements tournants de l'atmosphère. Le phénomène serait plus marqué dans la partie nord du tourbillon (pour notre hémisphère), ce qui expliquerait aussi la prédominance de l'ozone, au printemps et en été. (V. les Comptes rendus de l'Académie pour 1878.)
En ce qui concerne l'influence de l'ozone atmosphérique sur la santé, la question reste, après des observations contradictoires, encore bien controversée. Un travail du docteur Cook, médecin à Bombay, en 1863 et 1864, prouverait « qu'il existe une connexité évidente entre l'absence ou la décroissance de l'ozone dans l'air et la présence du choléra ; il en est de même pour la dysenterie et les fièvres intermittentes. Quand l'ozone existe dans l'air en proportion relativement grande, ces maladies disparaissent; quand il diminue, elles font de nouvelles victimes. »
D'après M. P. Thenard, « il serait grandement temps de mettre lé public en garde contre les légendes répandues sur l'ozone. Loin d'être bénin, ajoutait-il1, l'ozone est, au contraire, un des plus énergiques poisons dont soient dotés nos laboratoires. Je ne m'étendrai pas sur son mode d'action physiologique; je dirai seulement que, sous l'influence de l'ozone, et à des titres extrêmement faibles, M. A. Thenard a reconnu que les globules du sang se contractent rapidement et même changent de forme, et que le pouls se ralentit au point que celui d'un cochon d'Inde, battant normalement 148 pulsations, tombe à une trentaine au bout d'un séjour d'un quart d'heure, répété une fois par heure pendant cinq heures consécutives. » Le même savant terminait en émettant des doutes sur les indications données par les papiers ozonométriques et par suite sur l'existence même de l'ozone dans l'air, doutes aujourd'hui levés depuis que le dosage se fait par la méthode des liqueurs titrées.
Terminons ce que nous avions à dire au sujet de l'ozone par l'extrait suivant d'une note de M. Marié-Davy, où ce savant insiste sur l'utilité des observations ozonoscopiques au point de vue de la Météorologie, le seul que nous ayons intérêt à considérer ici : « Les observations simultanées faites dans les écoles normales primaires de France ont montré que, toutes les fois que le centre d'un mouvement tournant passe dans le
1. Comptes rendus de V Académie des sciences pour 1876, t. I.
nord du lieu d'observation, les papiers se colorent plus ou moins fortement, et qu'ils restent à peu près inaltérés quand le centre passe dans le sud, quelle que soit d'ailleurs la force du vent. Quand une bourrasque vient du large, les boussoles commencent à s'agiter plusieurs jours avant l'arrivée de la tourmente. Les papiers ozonoscopiques parlent un peu plus tard; mais leurs indications ont, en France du moins, presque la valeur de celles du baromètre. On comprend dès lors que, malgré l'imperfection des procédés d'observation, les constatations ozonoscopiques soient faites dans presque tous les observatoires1. »
Le savant directeur de l'observatoire de Montsouris a adopté dans cet établissement, depuis 1876, l'observation des papiers ozonoscopiques et le dosage en poids de l'ozone, par l'arsénite de potasse, dont il a été question plus haut.
L'air ne contient pas seulement les diverses substances gazeuses que nous venons d'énumérer, et dont une analyse délicate permet seule de constater la présence. On y trouve aussi une multitude de corpuscules très ténus, qui flottent et voltigent sans cesse à toutes les hauteurs, maintenus en suspension grâce à l'extrême petitesse de leur masse, et transportés par les vents à des distances énormes. Ces poussières, qu'on a nommées aussi les immondices de V 'atmosphère, sont de nature et d'origine extrêmement variées, comme on va le voir, et comme l'ont prouvé les recherches déjà anciennes de Brandes, de Berzélius et de Liebig et surtout d'Ehrenberg, et celles, plus récentes, de MM. Pierre, Boussingault, Barrai, Tyndall, Pasteur, docteur Maddox, Miquel. Beaucoup de ces corpuscules sont d'une telle petitesse, que les plus forts grossissements des mi-
-1. Comptes rendus de l'Académie des sciences pour 1870, 1. 1.
LES POUSSIÈRES DE L'ATMOSPHÈRE
croscopes sont nécessaires pour les déceler; les plus gros sont seuls visibles à la vue simple, clans des circonstances que chacun de nous connaît et sous des conditions d'une réalisation facile. Qu'on examine ce qui passe à l'intérieur d'un faisceau lumineux qu'on laisse pénétrer par une fente à l'intérieur d'une chambre obscure, et l'on sera frappé de voir une quantité prodigieuse d'atomes lumineux scintiller comme autant de petites étoiles sur le fond obscur de l'air; les plus petits presque immobiles, si l'air est calme, les plus gros tombant lentement, tous se mettant en mouvement dans tous les sens à la moindre agitation, au moindre courant d'air que l'on provoque dans le milieu où on les observe. Ces infiniment petits de l'air ont été longtemps sans appeler l'attention des savants ; mais, depuis qu'on les étudie, on comprend que leur importance est bien plus grande qu'on ne l'eût jamais soupçonné : au point de vue purement scientifique, ils ont fourni des données qui intéressent la météorologie, la géologie, l'astronomie, la biologie ; au point de vue pratique, l'hygiène, l'agriculture en tireront sans doute des enseignements d'une grande utilité.
Les poussières de l'atmosphère, en ce qui regarde leur origine, offrent de nombreuses variétés; mais on peut les ramener à deux sortes principales ; celles qui proviennent du sol même ou des eaux, et par conséquent sont d'origine terrestre ; et celles qui sont étrangères à notre globe et ont une origine cosmique. Quant à leur nature, elles peuvent se ranger en deux classes : les poussières de nature minérale ou inorganique ; les poussières organiques, dont le plus grand nombre sont des germes vivants, spores, bactéries, microbes. On peut voir dans la figure 24 des échantillons de ces diverses sortes de corpuscules, observés au microscope et déterminés à l'aide de grossissements compris entre 200 et 500 diamètres1. Les uns annoncent la présence ou le voisinage de l'homme : le fragment
\. Cette figure est empruntée à l'intéressant ouvrage l'Air de M. Moitessier, un volume de la Bibliothèque des merveilles.
de charbon, le brin de coton, les grains de fécule. Il est clair que dans l'air qui nous entoure doivent flotter des parcelles de tous les objets qui se trouvent dans nos habitations et qui sont empruntés aux trois règnes ; les vents les emportent même souvent à de grandes distances des lieux habités. Le savant F. Pouchet, à qui l'on doit l'analyse microscopique de l'air pris dans toutes les contrées du globe, y a trouvé partout de la farine de blé. « Cette base de notre alimentation, dit-il, partout em-
Fig. 24. — Les poussières de l'atmosphère : 1, carbonate de chaux; 2, charbon; 5, amas d'infusoires; 4. substance indéterminée ; 5, sporange; 6-7, œufs d'infusoires; 8, hematococcus sanguineus; 9, mucédinée; 10, amas de spores; 11-12, grains de fécule; 15, plumules de papillon : 14, brin de coton; 15, tube de mucédinée; 16, grain de pollen.
ployée, est partout disséminée dans l'air. A l'aide de ce fluide, elle pénètre dans les lieux les plus retirés de nos demeures et de nos monuments. J'en ai découvert dans les plus inaccessibles réduits de nos vieilles églises gothiques, mêlée à la poussière noircie par six ou huit siècles d'ancienneté; j'en ai aussi rencontré dans les palais et les hypogées de la Thébaïde, où elle datait peut-être de l'époque des Pharaons. Dans nos villes, c'est un des plus abondants corpuscules de l'air; en le traversant, la neige qui tombe et l'insecte qui voltige en re-
LES POUSSIÈRES DE L'ATMOSPHÈRE
cueillent énormément. J'en ai compté jusqu'à quarante et cinquante grains sur les ailes d'une mouche. »
A certaines époques et dans certaines régions continentales ou maritimes, on observe d'abondantes pluies de sable sec et fin, de poussières rougeâtres excessivement ténues; il arrive parfois que ces poussières colorées se trouvent mélangées à l'eau météorique, à la pluie, à la neige, à la grêle, ce qui, dans les temps de superstition et de crédulité, a donné lieu à la légende des pluies de sang. Nous reviendrons plus loin avec détails sur ces phénomènes singuliers, dont nous ne parlons ici que pour expliquer la présence dans l'atmosphère des corpuscules qu'on y rencontre. On sait aujourd'hui que les poussières dont nous parlons proviennent, soit des déserts de l'intérieur de l'Afrique, d'où elles sont balayées par les ouragans, par les tourbillons atmosphériques, ou encore des boues desséchées des bords de l'Amazone et de l'Orénoque. Du reste, certaines de ces poussières sont constituées par des myriades d'infusoires, comme l'a montré Ehrenberg, et ont par conséquent une origine organique.
Les éruptions volcaniques ne sont certainement pas étrangères à la dissémination de particules solides dans l'air atmosphérique. Les volcans en activité projettent souvent à une grande hauteur, outre les gaz et les vapeurs dont la force élastique est la cause de l'éruption, des cendres réduites en poussière impalpable, que les courants d'air des hautes régions entraînent ensuite à d'énormes distances du foyer qui les a produites. Ces parcelles de matière, infinitésimales pour ainsi dire, restent un temps très long en suspension dans l'atmosphère, où l'on soupçonne qu'elles donnent lieu à certains phénomènes jusqu'alors inexpliqués, tels que les brouillards secs observés à certaines époques, ou que les lueurs crépusculaires dont cette année même a été témoin pendant des mois entiers. Les formidables éruptions qui ont bouleversé Java et les rives du détroit de la Sonde auraient été accompagnées de la projection de poussières ou de cendres à de prodigieuses
hauteurs dans l'atmosphère. Ces parcelles réfléchissant la lumière du Soleil, bien avant son lever et après son coucher, seraient la cause des illuminations anormales et des colorations singulières qui ont été observées sur une grande partie de la surface du globe.
D'autres particules solides, de nature minérale, paraissent avoir une autre origine. C'est par l'analyse des eaux pluviales qu'on a reconnu l'existence dans l'air des chlorures de sodium1 et de magnésium, des sulfates de soude, de magnésie et des iodures, dont la présence s'explique par le transport de l'eau de la mer pulvérisée par l'agitation des vagues et l'action du vent. S'il en est ainsi, la quantité de ces particules salines doit être d'autant plus grande dans l'air que le lieu où l'on recueille cet air pour l'analyse, ou mieux l'eau pluviale qui les a précipitées, est plus voisin des côtes. Or, c'est en effet ce que l'observation constate. Brandes évaluait à 26 grammes le poids des matières salines entraînées par mètre cube d'eau pluviale ; d'après les analyses faites par M. Is. Pierre, cette quantité serait de 248r;5\
Les poussières de l'air dont nous venons de parler, sont toutes d'origine terrestre : enlevées à la surface du sol ou des eaux, elles y retournent par le fait seul de la gravité, et en retombant elles n'ajoutent pas un atome à la masse de notre globe. Il n'en est pas de même de celles qui proviennent de la chute et de l'inflammation des bolides et des étoiles fdantes, et s'il est difficile d'évaluer l'apport de ces corps étrangers à la
1. Nous avons vu, dans le t. II du Monde physique, que la présence du chlorure de sodium dans l'air est aussi rendue sensible par l'analyse spectroscopique. « Les observateurs, disionsnous, sont obligés de s'entourer de toutes sortes de précautions pour que cette réaction ne se manifeste pas aussitôt par la présence de la raie jaune (D du sodium) dans le spectre : il suffit d'épousseter un livre dans le voisinage de l'instrument pour que cette raie se montre aussitôt. »
2. En partant de là, ce dernier savant a calculé qu'un hectare de terre des environs de Caen reçoit annuellement au moins 147 kilogrammes de matières solides en dissolution dans les eaux pluviales, dont 57k,5 de sel marin. M. Barrai, pour la même surface, à Paris, n'a trouvé que 10'', 6 de ce même sel. La différence des distances de Caen et de Paris à la mer suffit à expliquer celle des quantités de sel.
LES POUSSIÈRES DE L'ATMOSPHÈRE. 97
Terre, lorsqu'ils pénètrent clans l'atmosphère, il n'est pas possible de douter du fait môme de l'introduction de particules plus ou moins ténues provenant de leur déflagration. Un navire américain, le Josiah-Bates, en naviguant dans la partie de l'océan Indien qui s'étend au sud de Java, reçut sur le pont une pluie de particules solides très fines, de couleur noirâtre. Aucun autre phénomène susceptible de rendre compte de cette irruption subite de poussières ne se manifestait en ce moment. Le capitaine du navire, M. Callam, en recueillit des fragments, qui furent remis à Ehrenberg par l'intermédiaire de Maury. L'analyse microscopique montra dans les particules recueillies des formes singulières, analogues à celles de très petites gouttelettes ou d'ampoules qui, d'abord liquides, auraient été brusquement solidifiées. Soumises à l'analyse chimique, elles donnèrent du fer et de l'oxyde de fer, ce qui fît supposer qu'elles avaient une origine cosmique et provenaient de l'explosion ou plutôt de l'inflammation d'un bolide dans les hauteurs de l'atmosphère. Cette hypothèse s'est trouvée depuis corroborée par les recherches de divers savants, de M. Nordenskiuld, qui a constaté la présence d'une poussière ferrugineuse abondante dans la neige des glaciers polaires, de MM. Gaston et Albert Tissandier, qui ont retrouvé, soit dans la neige des Alpes, soit clans les poussières recueillies en divers lieux et à diverses altitudes, les mêmes corpuscules spbériques ou globulaires du Josiah-Bates. M. G. Tissandier, après avoir reconnu que ces globules (dont le diamètre atteint à peine 1/50 de millimètre) sont constitués par de l'oxyde de fer magnétique, s'exprime en ces termes sur leur origine : « Pour expliquer leur présence dans l'atmosphère, dit-il, j'ai recours au phénomène des météorites et des étoiles filantes ; je suppose que ces masses métalliques, se brisant en fragments, font jaillir autour d'elles des parcelles incandescentes de fer métallique, dont les plus petits débris, entraînés par les courants atmosphériques, tombent à la surface entière du globe, sous forme d'oxyde de fer magnétique, plus ou moins complètement fondu. La traînée
lumineuse des étoiles filantes serait due à la combustion de ces innombrables particule , offrant l'aspect des étincelles de feu qui jaillissent d'un ruban de fer quand il brûle dans l'oxygène. »
En décembre 1871, M. Nordenskiold, ayant ramassé avec précaution les parties superficielles d'une abondante couche de neige tombée à Stockholm, y trouva une forte quantité d'une poussière noire comme la suie et consistant en une substance organique riche en carbone. Cette poussière, tout à fait semblable aux poussières recueillies en 1869 près d'Upsal (fig. 25), lors de la chute d'une météorite, contenait aussi de très petites paillettes de fer métallique attirables à l'aimant. Même résultat fut obtenu avec de la neige ramassée en mars 1872, par le frère de M. Nordenskiold, dans une partie déserte de l'intérieur de la Finlande, puis par lui-même, en août et septembre de la même année, au nord du Spitzberg, dans les champs de glace des régions arctiques. Outre la présence du fer, le savant suédois a constaté celle du nickel et du cobalt, ainsi que celle du phosphore.
La figure 26 représente, avec un grossissement de 30 à 40, la forme des cristaux composant des poussières de couleur jaunâtre, recueillis par le lieutenant Nordgvist, l'un des membres de l'expédition de la Véga, sur un glaçon de la côte de Taimur. Ces poussières formant sur la neige de petites taches jaunes, Nordenskiold les prit d'abord pour des mucus de diatomées. Mais l'examen microscopique du docteur Kjelmann fit reconnaître la nature cristalline de ces parcelles, dont le diamètre atteignait un millimètre au plus, et qui se réduisirent au bout de peu de temps en une poussière blanche amorphe et insipide. C'était du
Fig. 25. — Coupe de la couche superficielle sur un glaçon rencontré par 80° de lat. N. (1/2 grandeur nat.) : 1, neige fraîche; 2, couche épaisse de 8 millim.
de vieille neige durcie; 3, couche de 30 millim. de neige granuleuse cristalline, remplie de petits grains noirs attirables à l'aimant, fer, cobalt, nickel ; A, couche de neige durcie et granuleuse
LES POUSSIÈRES DE L'ATMOSPHÈRE
carbonate de chaux, mais ne présentant point la forme rhomboédrique du spath calcaire, ni les propriétés de l'aragonite. « Ces cristaux, dit le savant suédois, ont-ils été originairement une sorte de carbonate de chaux hydraté, formé par cristallisation de l'eau de la mer sous l'influence d'un grand froid, et ayant ensuite perdu son eau de cristallisation par l'effet d'une température de -h 10° à H- 4*2°? Mais, en pareil cas, ils ne se seraient pas trouvés sur la couche superficielle de neige, mais plus profondément sur la glace. Seraient-ils tombés des espaces interplanétaires à la surface de notre globe, et auraient-ils formé avant leur décomposition quelque assemblage de matière s'écartant autant des formes minéralogiques terrestres que certaines combinaisons chimiques découvertes récemment dans les météorites? La présence de ces cristaux dans les couches de neige supérieures et leur effritement à l'air semblent militer en faveur de cette dernière hypothèse »
Tout en reconnaissant « la différence qu'on doit toujours mettre entre une
conviction personnelle et une conviction scientifique, je regarde cependant comme prouvée, dit-il, par toutes ces observations, l'existence d'une poussière cosmique tombant imperceptiblement et continuellement, fait d'une importance immense, non seulement pour la physique du globe, mais encore pour la géologie et les questions pratiques, par exemple, pour l'agriculture, à raison du phosphore2. »
Fig. 2lï. — Forme des cristaux trouvés sur un glaçon de la côte de Taimur.
1. Voyage de la Véga autour de l'Asie et de l'Europe, t. I, p. 291.
2. Comptes rendus de l'Académie des sciences pour 1874, t. I. M. Nordenskiôld insiste sur ces considérations dans la relation qu'il a donnée de son voyage autour des côles de l'Asie en 1878-1880 :
« Certaines personnes pourraient, à tort, s'imaginer qu'il est superflu pour la science de s'occuper d'un phénomène aussi insignifiant que la chute de quelques poussières microscopiques. Tel n'est pourtant pas le cas. J'estime les quantités de matières cosmiques qui se trouvaient sur la glace, au nord du Spitzberg, de 0m%l a 1 milligramme par mètre carré, et probablement la quantité qui tombe annuellement dépasse de beaucoup ce chiffre. Mais
On a invoqué, pour rendre compte d'une partie de l'accélération séculaire du moyen mouvement de la Lune, l'augmentation, très faible il est vrai, qui résulte pour notre planète de la chute pour ainsi dire continue des météores cosmiques. M. Dufour (de Genève) a calculé qu'il suffirait que la Terre reçût sous une forme quelconque 110 kilomètres cubes par an, de matière étrangère, pour expliquer cette accélération, qui a d'ailleurs d'autres causes. La France, à ce taux, en devrait recevoir 0k,ll, soit 110000000 de mètres cubes. En un siècle, cela ferait une couche de près de 2 centimètres (0ra,019); en 10000 ans, de près de 2 mètres. Cela n'aurait rien d'improbable ; mais il faut ajouter que ces couches de poussière impalpable seraient entraînées chaque année par les eaux torrentielles et fluviales, et qu'une notable partie irait jusque dans lit de l'Océan, dont elle exhausserait ainsi le fond.
L'air ne contient pas seulement des poussières inertes, salines ou minérales; on y trouve en suspension une multitude de corps organisés, germes d'infusoires, spores de cryptogames, de mucédinées, pollen de végétaux, toute une population d'infiniment petits qui jouent dans les phénomènes de fermentation, de putréfaction, et probablement aussi dans certaines
1 milligramme par mètre carré représente pour la surface totale de la Terre 500 millions de kilogrammes. Une pareille masse accumulée d'année en année pendant la longue série des périodes géologiques dont l'imagination peut à peine se figurer la durée, constitue un facteur trop important pour qu'il n'en soit pas tenu compte dans l'histoire géologique de notre planète. Le progrès de ces recherches montrera peut-être plus tard que notre glohe s'est accru peu à peu, d'une dimension modeste, jusqu'au volume qu'il possède aujourd'hui ; elles pourront prouver en outre que des parties importantes des couches sédimentaires, notamment de celles qui ont été déposées en pleine mer, loin des continents, sont d'origine cosmique; enfin, peut-être, elles jetteront un jour inattendu sur la cause encore obscure des volcans, et elles expliqueront d'une façon très simple la ressemblance indéniable des roches plutoniques avec les météorites, j) (Voyage de la Véga autour de l'Asie et de F Europe, t. I, p. 294. Librairie Hachette.)
maladies, un rôle dont l'importance n'est pas encore bien définie, mais qui paraît considérable.
Les recherches sur cette classe de corpuscules sont de date récente. Les admirables découvertes de M. Pasteur les ont surtout mises à l'ordre du jour de la science. Dès 1860, notre illustre compatriote indiquait en ces termes le but qu'il s'agissait d'atteindre : « Si l'on rapproche, disait-il, tous les résultats auxquels je suis arrivé jusqu'à présent, on peut affirmer, ce me semble, que les poussières en suspension dans l'air sont l'origine exclusive, la condition première et nécessaire de la vie dans les infusions, dans tous les corps putrescibles et dans toutes les liqueurs capables de fermenter. D'autre part, j'ai montré qu'il est facile de recueillir et d'observer au microscope ces poussières de l'air, et que l'on voit toujours, au milieu de débris amorphes très divisés, un grand nombre de corpuscules organiques que le plus habile naturaliste ne saurait distinguer des germes des organismes inférieurs. Je n'ai pas fini cependant avec toutes ces études; ce qu'il y aurait de désirable, ce serait de les conduire assez loin pour préparer la voie à une recherche sérieuse de l'origine des diverses maladies1. »
On sait quelle large part M. Pasteur a prise aux découvertes qu'il sollicitait ainsi. Il a montré comment la présence de tel ou tel organisme microscopique déterminait les phénomènes de fermentation, provoquait la vinification, l'acétification, était la cause première des maladies du vin, de la bière, des vers à soie, du choléra des poules, de la fièvre charbonneuse, etc. Grâce à une méthode d'une merveilleuse précision, à une infatigable ardeur, ce savant éminent a créé pour ainsi dire de toutes pièces une branche entière de la science, sans perdre de vue un instant l'utilité pratique de ses applications.
Nous avons cité déjà quelques noms de savants qui ont suivi cette voie, ceux des Maddox et des Tyndall. Il faut y joindre ceux de MM. Sanderson, Klein, Cohn, en Angleterre et en
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences pour 1 860, t. II.
Allemagne; de MM. Davaine, Chauveau, Chamberland, Miquel, en France. Il ne nous appartient pas d'entrer dans des détails étrangers à la Météorologie proprement dite ; mais nous devons insister tout au moins sur l'importance que présente l'analyse microscopique de l'air, lorsqu'elle permet de reconnaître l'influence, sur l'hygiène de l'homme et des animaux, de l'abondance plus ou moins grande de corpuscules que les vents transportent au loin, et du rapport qui peut exister entre cette abondance et les autres éléments météorologiques, pluie, direction du vent, sécheresse ou humidité, froid ou chaleur.
Les poussières organiques de l'air sont de formes, de natures, de dimensions excessivement variées, et il est souvent d'une difficulté considérable aux botanistes ainsi qu'aux zoologistes d'en déterminer l'espèce, tant leur petitesse est extrême. Les uns paraissent appartenir au règne végétal : ce sont des spores d'algues, de cryptogames, de mucédinées; les autres aux classes inférieures du règne animal et ont été baptisés des noms aujourd'hui bien connus de vibrions, micrococmis, bactéries, bactéridies, etc.
Des observations suivies ont lieu depuis quelques années sur ce sujet à l'observatoire de Montsouris, sous la direction de M. P. Miquel, et nous allons sommairement indiquer les procédés employés par ce savant et quelques-uns des résultats auxquels il est parvenu. Ces procédés consistent soit à condenser la vapeur d'eau contenue dans l'air, soit à faire passer un courant sur une plaque enduite de glycérine, soit à faire des prises d'air et à ensemencer des liqueurs fermentescibles où se développent les germes. Bornons-nous à quelques détails sur le premier de ces procédés. 11 consiste à aspirer lentement, à l'aide d'une trompe, un volume d'air qui est mesuré à l'aide d'un compteur et à le projeter contre la surface d'une goutte d'un mélange à parties égales d'eau et de glycérine, ou encore de glucose. L'appareil est formé d'un entonnoir métallique renversé A, terminé à sa partie supérieure par un cône percé d'un
très petit orifice b (fig. 27). A quelques millimètres au-dessus de cet orifice est fixée une plaque horizontale de verre enduite à sa face inférieure du mélange visqueux dont nous venons de parler. L'entonnoir est fixé par un bouchon E dans un tube en verre D, dont l'embouchure étroite C porte un tube en caoutchouc communiquant avec la trompe aspirante. A mesure que l'air extérieur est attiré dans l'entonnoir et vient frapper la plaque, la viscosité de celle-ci retient et fixe les poussières qu'il contient en suspension. « Ce procédé, dit M. Miquel, est surtout propre à retenir les spores, les pollens, les grains ferrugineux, les grains d'amidon ou les débris de toute sorte qu'entraînent les vents.
Les germes d'une ténuité extrême qu'il importe le plus de saisir échappent à la glycérine ou y sont
noyés ail milieu de COr- F%< 27 • ~ Appareil Miquel pour recueillir les
poussières de l'air.
puscules ayant surtout un
intérêt pour le botaniste. » De là la nécessité de l'emploi des deux autres méthodes, que nous n'avons fait que signaler plus haut, pour l'étude des corpuscules dont il s'agit de reconnaître la vitalité. Quoi qu'il en soit, une fois les poussières fixées, recueillies ou ensemencées dans les liqueurs fermentescibles, il s'agit de les examiner, de les compter1, d'en déterminer la nature spécifique. C'est l'affaire de l'analyse microsco-
1. Dans le premier cas, l'évaluation "approximative de la teneur de l'air en corpuscules organisés se fait au moyen d'un calcul fort simple, « dont les éléments, dit M. Miquel, sont : 1° une constante, le rapport entre la surface du champ du microscope et la surface de la lamelle (de glycérine) ; 2° deux variables faciles à déterminer, le volume de l'air projeté et le chiffre moyen de cellules vues par champ. »
pique, qui exige l'emploi de forts grossissements, le plus souvent de 500 à 1000 diamètres.
Arrivons maintenant aux principaux résultats obtenus jusqu'ici.
Il faut d'abord noter un point qui ressort de toutes les observations : c'est que le nombre et la nature des corpuscules organisés de l'air sont extrêmement variables, avec le lieu, l'époque, les conditions météorologiques. Mais il y a lieu aussi de distinguer entre deux classes fort différentes de ces êtres microscopiques. Dans la première sont tous ceux qui appartiennent aux nombreuses familles végétales qu'on désigne vulgairement sous le nom de moisissures, puis les spores cryptogamiques, les grains de pollen ou d'amidon. Dans la seconde se trouvent ceux que les micrographes rangent sous la désignation de bactériens : les micrococcus, sortes de cellules sphériques ou ovales, isolées ou accouplées, formant parfois les grains d'un long chapelet; d'après le docteur Miquel, ce sont les organismes bactériens les plus abondamment répandus dans l'atmosphère; les bactéries, cellules plus longues que larges, et se distinguant des micrococcus par leur mobilité ; les bacilles, en forme de bâtonnets rigides, mobiles ou immobiles, souvent disposés en chaîne; les leptothrix, longs filaments immobiles; les vibrions et spirilles, espèces toutes mobiles, dépourvues de rigidité, celles-ci roulées en hélice, les premiers se mouvant dans le sein des liquides et ondulant comme des anguilles. C'est parmi les bacilles que se trouve la fameuse bactéridie charbonneuse, découverte par le docteur Davaine en 1850, et qui a été il y a quelques années l'objet des recherches de MM. Pasteur et Joubert ; c'est dans la même classe que se trouvent les organismes qui causent la maladie des vins, celle des vers à soie ; le choléra des poules a pour cause un micrococcus, et la septicémie provient d'un vibrion.
Les microbes de la première classe, mucédinées ou spores cryptogamiques, sont plus nombreuses par les temps de pluie ou d'humidité que par les temps secs, de sorte que le vent qui
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