‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 170 sur 271 · Lettre au directeur de la Nature, 1878, II · texte numérisé non relu

Lettre au directeur de la Nature, 1878, II

2. Depuis, les observations de M. de Rossi au Latium, de M. Palmieri au Vésuve, de M. Malvasia à Bologne ont réussi à mettre en évidence les bruits microphoniques qui accompagnent les plus faibles oscillations du sol. « Ce sont tantôt des frémissements (frernètï), tantôt dos explosions (scoppi). Parfois ces dernières sont isolées, parfois elles se suivent comme un feu roulant de mousqueterie. Parfois les bruits ont un son métallique comme celui des cloches, parfois ils sont profonds et presque étouffés [cupi). De plus on a observé que le sismographe marquait des secousses par saccades, lorsque les bruits ressemblaient à un feu de mousqueterie, tandis qu'il indiquait des secousses ondulatoires lorsqu'il y avait des frémissements. D'ailleurs ces bruits et ces secousses microscopiques sont plus fréquents et ils ont une étendue pénmétrique plus vaste dans les jours qui précèdent les grandes secousses, à tel point que, quelques heures avant celles-ci, ils ressemblent à de petits tremblements de terre. » (Etude sur les tremblements de terre, par M. le professeur Cordenons, de Padoue.)

électriquement de 10 en 10 secondes les mouvements du pendule.

Enfin MM. Lallemand et Chesneau ont imaginé, pour l'enregistrement continu des mouvements du pendule, un procédé qui met les résultats à l'abri des petites erreurs provenant des frottements. Ils ont pris comme poids du pendule une lentille convergente, qu'ils font traverser par un faisceau lumineux émanant d'un point fixe par rapport au pendule et dont l'image conjuguée, donnée par la lentille, vient se peindre sur un papier photographique. La ligne droite menée du centre optique de la lentille au point lumineux joue le rôle du multiplicateur de l'appareil de M. Bouquet de la Grye : le mouvement apparent de la lentille se trouve multiplié dans le rapport des distances à la lentille, de l'image et du point lumineux. La multiplication peut donc être aussi grande qu'on le désire. Les deux savants ingénieurs ont étudié la réalisation pratique de ce procédé et l'installation dans des puits de mine de longs pendules enregistreurs fondés sur ce principe; l'appareil enregistreur ainsi que la source lumineuse étant placés hors du puits, toute gêne et tout danger dans le maniement des appareils se trouveront écartés1.

§ 7. LOIS DES TREMBLEMENTS DE TEltRE ; LEURS RAPPORTS AVEC LES PHÉNOMÈNES COSMIQUES, MÉTÉOROLOGIQUES, ETC.

Quelle est la cause ou quelles sont les causes des tremblements de terre? Avant d'aborder l'exposé des hypothèses qui ont été faites à ce sujet, il y a lieu de se demander s'il existe entre les phénomènes sismiques et les autres phénomènes naturels des rapports constants, des lois d'où l'on puisse inférer une liaison de cause à effet et déduire une théorie des tremblements de terre.

1 . Note de M. de Chancourtois : Sur un moyen de constater par enregistrement continu tes petits mouvements de Fccorcc terrestre (Comptes rendus, 1885, I).

Comme il s'agit de manifestations ayant leur siège dans J'éeorce terrestre, tout comme les phénomènes éruptifs, on a dû naturellement considérer les tremblements de terre comme dus à la même cause physique ou mécanique que l'activité volcanique, dont ils sont les accompagnements obligés, souvent les précurseurs, quelquefois les effets. Et en réalité, nous avons déjà constaté que le plus souvent une éruption volcanique est annoncée par des secousses du sol, dans les environs des cratères et que l'explosion elle-même se fait sentir parfois à de grandes distances du point où elle se produit, sous la forme de vibrations du sol ou d'ondes maritimes.

Quelquefois les ébranlements précurseurs des éruptions volcaniques se font sentir longtemps avant l'explosion : c'est ce qui arriva pour la première grande éruption historique du Vésuve, en l'an 79 de notre ère. On a vu plus haut que, seize ans auparavant, des secousses violentes ruinèrent les cités d'alentour, Herculanurn, Pompéi, puis s'apaisèrent, pour recommencer faibles d'abord, et devenir terribles à la veille de la catastrophe finale. La violente éruption du 16 décembre 1651 se fit également annoncer, d'abord par quelques faibles secousses dans le voisinage du volcan, puis par des ébranlements de plus en plus forts jusqu'à la nuit du 16. Les secousses durèrent jusqu'au soir, pour s'affaiblir de plus en plus jusqu'au mois de mars 1632. L'éruption qui donna naissance au Jorullo fut précédée de trois mois de secousses continuelles, accompagnées de bruits souterrains pareils au tonnerre. Dans d'autres cas, au contraire, les tremblements de terre attendent pour éclater l'instant même de l'éruption. Quand, le 8 octobre 1822, le volcan de Java, le Gelungung, se réveilla par une terrible éruption de boue et d'eau bouillante, aucune secousse antérieure n'avait annoncé l'événement; « mais clans l'après-midi, au moment où la colonne de fumée noire s'éleva du cratère, de violentes secousses se firent sentir en même temps qu'un tonnerre souterrain, né dans le volcan. Les oscillations du sol étaient si violentes, qu'un grand nombre d'habitants furent renversés pêle-

mêle. Lorsque l'éruption cessa subitement à la fin du jour, les tremblements de terre cessèrent aussi et firent place à un repos qui dura pendant quatre jours, jusqu'au moment où l'éruption recommença, le soir du 12 octobre, accompagnée d'oscillations des plus violentes1. » D'autres fois enfin, le tremblement de terre est postérieur à l'éruption volcanique, comme il est arrivé en 1882 au Japon. Le volcan Sheramino, entré en éruption le 8 août, ne réagit que dix jours après, le 18, sur le sol des régions voisines, puisque le 18 août seulement une violente secousse sismique se fit sentir à Yokohama et à Tokio. Il serait facile de multiplier les exemples.

Au reste, il ne peut y avoir aucun doute sur la raison de ces concordances entre l'activité volcanique et les tremblements dé terre. La même cause qui, à un instant donné, détermine l'éruption, c'est-à-dire la violente sortie des matières, laves, boue, eau, vapeurs de l'orifice ou cratère, ne peut manquer d'ébranler les parois internes de l'édifice volcanique, à des distances d'autant plus grandes du cône que le point d'application de la force qui détermine l'ébranlement se trouve à une plus grande profondeur, et que l'intensité elle-même est plus considérable. Toutes les particularités constatées par l'observation s'expliquent aisément. La haute tension des vapeurs et des gaz enfermés entre les matières qui obstruent la bouche du volcan et les amas intérieurs de lave incandescente, leur dilatation subite, quand cette tension croissante vient à dépasser la pression qu'ils supportent, telle est, avons-nous vu, la cause des explosions volcaniques; telle est aussi celle des secousses qui en résultent pour les parois du cône et des couches avoisinantes. On a comparé avec raison ce qui se passe alors avec les phénomènes qu'on observe dans une marmite de Papin munie de sa soupape. 11 y a explosion violente si la soupape est trop chargée eu égard à la résistance de la chaudière; les sorties de vapeur et les trépidations sont plus faibles, mais fré-

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