Fuchs, Les Volcans et les Tremblements de terre
quentes, si la charge est insuffisante. C'est ainsi que dans les éruptions des volcans, quand les émissions de vapeurs se succèdent à de courts intervalles, les flancs du cône sont dans un état continu de trépidation ; mais alors l'aire de l'ébranlement est d'autant plus restreinte, et souvent il arrive que le tremblement de terre n'est pas même ressenti à la base de la montagne.
Toute une catégorie .de tremblements de terre est donc directement liée aux éruptions volcaniques ; mais ils n'affectent le plus souvent qu'une zone fort limitée autour des foyers d'activité. Ce sont à la fois les moins nombreux et les moins étendus des ébranlements du sol. Quant aux autres tremblements de terre, les uns, frémissements à peine perceptibles de l'écorce, les autres, chocs violents et ondulations intenses qui se propagent sur d'immenses surfaces de terrain, il est très difficile d'affirmer, aussi bien que de nier, leur corrélation avec des phénomènes volcaniques.
Les partisans de l'opinion qui considère ces deux ordres de phénomènes comme étrangers l'un à l'autre, citent à l'appui un certain nombre de faits : en premier lieu, les terrains ébranlés sont souvent éloignés des régions volcaniques; ou bien, s'ils en sont voisins, s'ils sont eux-mêmes formés de masses trachy tiques ou basaltiques, on remarque que les secousses ont coïncidé avec une période de repos absolu des volcans les plus rapprochés. C'est ce qui a été fréquemment constaté pour les tremblements de terre des Andes, de l'Equateur, du Pérou, du Chili, région qui est cependant couverte de foyers éruptifs. Humboldt fait remarquer que, pendant le redoutable tremblement de terre de Riobamba, aucune éruption n'eut lieu, malgré le voisinage de plusieurs montagnes volcaniques. Mais si l'on regarde les volcans actifs comme des soupapes de sûreté pour les régions voisines, l'absence d'éruptions pendant les tremblements de terre, loin d'être une preuve qu'il n'y a pas de corrélation entre les deux phénomènes, pourrait être invoquée par les partisans de l'opinion opposée. « Si l'ouverture du volcan se bouche, dit Humboldt, si la communication de l'intérieur avec
l'atmosphère se Irouve interrompue, le danger augmente, les eontrées voisines sont menacées de secousses prochaines. En général, les plus forts tremblements de terre ne se produisent pas auprès des volcans en activité, témoin ceux qui ont amené la destruction de Lisbonne, de Caracas, de Lima, de Cachemir et d'un nombre considérable de villes en Calabre, en Syrie et dans l'Asie Mineure. » Strabon, en rapportant le fait de la cessation des tremblements de terre en Syrie, dans les Cyclades, en Eubée au moment même où une éruption de matières ignées jaillissait auprès de Chalcis, ajoute que la Sicile et l'Italie inférieure étaient moins souvent ébranlées depuis que les bouches de l'Etna vomissaient des torrents de lave en fusion. 11 peut arriver d'ailleurs qu'une éruption ait lieu en des points différents de ceux où les tremblements de terre ont été ressentis d'abord, et on aurait pu les considérer comme des précurseurs du phénomène éruptif. C'est ainsi que les Açores ont été secouées à diverses reprises, de décembre 1866 à juin 1867, c'est-à-dire pendant six mois, sans que les volcans connus de ces îles aient donné aucun signe d'activité. On aurait pu regarder ces ébranlements comme n'ayant aucun rapport avec les phénomènes volcaniques, si l'éruption sous-marine qui se fit dans la soirée du 1er juin entre les îles de Graciosa et de Terceira, n'était venue démontrer le contraire. En février 1868, la baie de Fonseca, dans l'Amérique centrale, éprouva de violents tremblements de terre (200 secousses en six jours), sans que le volcan de Coseguina eût rien présenté de particulier. Cependant, onze jours plus tard, le Conchagua, autre volcan voisin de la baie, entra en éruption ; tant que dura cette éruption, les secousses continuèrent, mais en diminuant progressivement d'intensité.
Toutefois, si nombre de tremblements de terre sont, sans contestation possible, des phénomènes volcaniques, auxquels il n'y a pas lieu de chercher d'autres causes que celles qui produisent les éruptions, toute une catégorie d'ébranlements du sol ne laisse apercevoir aucune trace d'une liaison avec les
phénomènes éruptifs. C'est dans cette seconde catégorie que se rangent la plupart de ceux dont l'histoire a gardé le souvenir, tant à cause des ravages qu'ils ont causés que de l'étendue des régions où ils se sont fait sentir.
Pour arriver à découvrir la cause de ces grands ébranlements de l'écorce du globe, on a cherché s'ils n'étaient pas en relation avec des phénomènes extérieurs à la Terre ou d'ordre cosmique, par exemple avec l'attraction du Soleil ou de la Lune, avec les taches solaires, avec les flux d'étoiles filantes. On doit à M. A. Perrey des recherches considérables sur le premier de ces points. Ce savant, après avoir rassemblé tous les cas de tremblements de terre transmis par les historiens de tous les pays et de tous les temps, ainsi que tous les cas nouveaux à mesure qu'ils se produisaient, les a groupés selon la coïncidence de leurs dates avec les jours de la Lune, ou encore avec la distance périgée et la distance apogée de notre satellite. Il a voulu ainsi s'assurer de leur plus ou moins grande fréquence aux syzygies, qui sont, comme l'on sait, les époques où les marées océaniques ont la plus grande intensité. Dans sa pensée, l'attraction du Soleil et de la Lune devait se faire sentir sur le noyau terrestre intérieur, supposé fluide et incandescent, de la même manière que sur l'enveloppe liquide qui constitue les océans et les mers. Deux fois par mois lunaire, à la nouvelle et à la pleine Lune, cette marée intérieure venant à soulever l'écorce solide qui repose sur la surface du noyau, doit déterminer des ébranlements qui ne sont autre chose que les secousses sismiques ; ou bien, si telle n'est pas la cause unique des tremblements de terre, si des secousses se produisent en dehors des époques où ces marées ont leur amplitude maxima, du moins la fréquence des ébranlements doit-elle être plus grande au moment des syzygies qu'à celui des quadratures. On doit de même trouver une fréquence plus forte aux époques où notre satellite est à sa plus faible distance de nous, où l'action de sa gravité sur notre globe est la plus considérable.
Il reste à savoir si ces vues sont confirmées ou non par les
faits d'observation et dans quelle mesure. Voici un tableau dans lequel se trouvent réunis, d'une part les tremblements de terre correspondant aux syzygies (nouvelle et pleine Lune), de l'autre ceux qui se sont produits aux époques des quadratures (premier et dernier quartiers). Le même tableau donne la répartition des tremblements de terre aux époques où la Lune est apogée ou périgée. Ces nombres sont relatifs à trois périodes, les deux premières de cinquante années chacune, la troisième de trente années seulement.