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LES COURANTS MARINS

permirent à Daussy en France, à Becker en Angleterre, de dresser des cartes des courants océaniques.

On y joignit d'autres méthodes. Par exemple, les marins calculent avec assez d'exactitude la dérive du navire qui les porte, c'est-à-dire la différence entre la position réelle du navire déterminée par les observations astronomiques et celle qu'il devrait occuper d'après la vitesse estimée au loch et la direction de la route suivie d'un jour à l'autre. Deux causes peuvent produire

Fig. 24'J. — Naufrage et incendie du Kent.

celte dérive : le vent d'une part, dont on connaît la force et la direction, et les courants, s'il y en a. On peut arriver ainsi à reconnaître approximativement la direction et la vitesse de ces courants.

Maury a fait servir au même usage l'observation des températures, celle de l'air du lieu où se trouve le navire, comparée à celle de l'eau de la mer. Si ces deux températures sont égales ou à peu près égales, il y a probabilité qu'aucun courant marqué n'existe au lieu de l'observation ; un excès de la température de l'eau sur celle de l'air permet de conclure que cette

eau plus chaude provient de latitudes plus chaudes elles-mêmes et qu'un courant existe, venant de ces régions vers la position occupée par l'observateur. La direction du courant serait renversée, c'est-à-dire qu'il viendrait de latitudes plus froides, si l'observation donnait une température de l'eau plus basse que la température de l'air. A la vérité, ces règles sont loin d'être absolues, et les données doivent être discutées dans chaque cas particulier, avant qu'on essaye d'en tirer une conclusion de quelque probabilité. Dans certains cas, cette conclusion ne saurait être douteuse. En voici un exemple, cité par W. Thomson dans les Abîmes de la Mer : « La température moyenne de la mer, dit-il, au mois de juillet, à la hauteur des Hébrides, par 58° de latitude N., sur le trajet du Gulf-Slream, est de 13° C, pendant qu'à la même latitude, sur la côte du Labrador et sur le trajet du courant du Labrador, elle est de 4°, 5 C. »

Les méthodes d'observation que nous venons de passer en revue servent à reconnaître les mouvements des eaux de l'océan dans leurs couches supérieures, ou les courants superficiels; elles n'apprennent rien, du moins directement, sur ses courants profonds. Aussi l'élude de ces derniers est-elle encore peu avancée. Nous avons vu comment la détermination des températures à diverses profondeurs, faite avec les précautions qu'exigent les causes d'erreur en ces sortes d'observations, peut dénoter la présence de courants sous-marins d'une région de l'océan à l'autre*. C'est ainsi qu'une double circulation a été constatée dans l'Atlantique nord par W. Thomson, Carpenter, Mohn : un courant profond d'eaux froides venues du pôle, et un courant supérieur d'eaux chaudes d'origine équatoriale. L'étude comparée des faunes sous-marines servira sans aucun doute, comme celle des sondages thermométriques, à élucider cette question encore obscure de l'existence des contre-courants qui rétablissent, dans le bassin des mers, l'équilibre troublé par les courants de la surface.

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