LES COURANTS MARINS. — DESCRIPTION DES PRINCIPAUX COURANTS
Le plus anciennement connu et le mieux étudié des grands courants généraux océaniques est celui dont les branches parcourent l'Atlantique tout entier, au sud comme au nord de l'équateur. C'est le « courant du Golfe » ou Gulf-Stream, qui doit son nom à l'origine qu'on lui a tout d'abord assignée, le golfe du Mexique. Aujourd'hui l'on s'accorde à comprendre sous cette désignation, non seulement les branches qui, du détroit de la Floride s'étalent sur tout l'Atlantique nord, mais encore celles qui longent l'équateur et les côtes des continents de l'Amérique du Sud et de l'Afrique. Les planches XVI1 et XVII vont nous permettre d'abréger la description de cet immense fleuve d'eau chaude, dont le parcours total se mesure par des dizaines de mille kilomètres.
Son point de départ est au-dessous de l'équateur, sur la côte occidentale d'Afrique, et sa direction première à peu de chose près celle des alizés du sud-est. Celte direction tourne bientôt à l'ouest, entre le golfe de Guinée et le cap Saint-Roch, pointe orientale du continent américain. Le courant suit donc l'équateur ; mais, avant d'arriver à la pointe dont nous parlons, ces eaux se sont grossies de celles d'un courant pareil longeant les côtes d'Afrique dans la direction des alizés du nord-est, puis tournant à l'ouest comme le premier et constituant avec celuici le courant équatorial. Se développant sur une longueur de plus de 6000 kilomètres et une largeur d'au moins 700 kilomètres, le courant équatorial se meut, à son point de dépari, au sud des îles Saint-Thomas, avec une vitesse de 64 kilomètres par jour ; ses eaux accusent une température de 23 degrés centigrades.
Arrivé à la hauteur du cap Saint-Roch, il se divise en deux
1. Dressée d'après divers documents, parmi lesquels le mémoire de M. Ansart-Deusy, Théorie des mouvements de l'atmosphère et de toeèan. Le nom de Fuchs a été mis par erreur au bas de cette planchei
branches : l'une tournant vers le sud suit, en's'élargissant de plus en plus, les côtes de l'Amérique méridionale jusqu'aux îles Malouines et au cap Horn, adoucissant la température de ces régions ; l'autre branche, qui forme la partie septentrionale du courant, incline sa direction vers le nord-ouest, suivant la côte nord-orientale du continent américain et accroissant de plus en plus la température de ses eaux sous les rayons du soleil tropical. Sa vitesse, qui fait parcourir à ses eaux de 110 à 160 kilomètres en vingt-quatre heures, jusqu'aux bouches de l'Amazone, est d'abord croissante, comme en témoignent ces chiffres ; mais elle décroît ensuite en pénétrant dans la mer des Antilles. Le courant traverse cette mer et, entourant Cuba, passe par le détroit d'Yucatan pour contourner le golfe du Mexique jusqu'à la Floride.
C'est à partir de ce point que le courant, qui emplit le canal de Floride et le détroit de Bahama, débouche en plein Atlantique nord, sous son nom de Gulf-Stream. Là, ce puissant fleuve maritime ne mesure pas moins de 50 kilomètres de largeur sur une profondeur moyenne de 570 mètres ; la vitesse de ses eaux atteint 6 kilomètres et demi à l'heure , soit environ 160 kilomètres par jour. Puis il s'élargit, à mesure que diminuent sa profondeur et sa vitesse. Vis-à-vis des Carolines, à la hauteur du cap Hatteras, sa largeur atteint déjà 75 kilomètres, sa profondeur n'est plus que de 210 mètres. La température moyenne de ses eaux est alors de 50°. C'est surtout à cette partie de son cours que s'appliquent ces paroles de Maury, définissant le Gulf-Stream : a C'est un merveilleux phénomène, un fleuve au milieu de l'océan, et le volume de ses eaux est à lui seul plus considérable que celui de tous les fleuves du globe réunis. Son lit et ses rives sont d'eau froide; sa couleur est d'un bleu sombre, et on le voit ainsi séparé des eaux qui le bordent. A la hauteur des Carolines et sur le bord occidental, cette ligne de séparation est si étroite, qu'on peut voir, quand la mer est tranquille, l'avant du navire faire jaillir les eaux bleues du couran', quand l'arrière est encore dans les
LES GOURANTS MARINS.
eaux vertes qui le contiennent. » Plus loin, en s'étalant sur l'Atlantique en éventail, le Gulf-Slream répand ses eaux à la surface de la mer, « comme un manteau de chaleur, dit encore Maury, couvrant une immense étendue et abritant des myriades de créatures qui, pendant l'hiver et jusque sur nos côtes d'Europe, y trouvent une abondante nourriture. Si la chaleur transportée par ce prodigieux courant pouvait être utilisée, elle serait suffisante pour maintenir en constante activité un fourneau cyclopéen capable de donner un courant de fer fondu d'un volume égal à celui du plus grand fleuve1. » D'après les calculs de Croll, le Gulf-Stream est équivalent à un cours d'eau de 80 kilomètres de large sur 500 mètres de profondeur, animé d'une moyenne vitesse de 6kll,4 par heure ou de 154 kilomètres par jour. C'est un débit journalier de près de 5700 milliards de mètres cubes, de 45 millions 700000 mètres cubes par seconde. Une telle masse liquide, douée, au sortir du golfe du Mexique, delà température de 18 degrés, tombe, dans son trajet vers le nord, à 4°, 5, de sorte que la perte de chaleur est de 15°, 5. D'où il est facile de conclure la quantité de chaleur transportée chaque jour des régions équatoriales dans la zone des hautes latitudes. Le nombre auquel on arrive est d'environ 50 millions de milliards de calories; pour l'année entière, c'est à peu près 18 milliards de milliards. C'est une quantité de chaleur presque égale à celle que les rayons du Soleil versent sur les régions arctiques, aux deux cinquièmes de celle que reçoit l'espace entier occupé par l'Atlantique nord.
Nous n'avons suivi jusqu'ici le grand courant chaud que jusqu'à la hauteur du banc de Terre-Neuve, vers la latitude de 44°. A partir de ce point, ses eaux se répandent en se ramifiant en plusieurs branches. L'une, la branche orientale, s'infléchit vers l'est dans la direction des Açores, puis vers le sud, baignant les côtes d'Espagne et celles d'Afrique et retournant se confondre avec le courant équatorial; la branche centrale se