Géographie physique île la mer
dirige au nord-est, atteint les côtes de la mer de France, contourne les Iles Britanniques, passe entre l'Islande et les Fàrùer, longeant la Scandinavie jusqu'au cap Nord, va réchauffer les parages du Spitzberg et les côtes occidentales de la Nouvelle- Zemble; la branche occidentale, plus étroite, s'infléchissant légèrement au nord-ouest, côtoie les rivages du Groenland dans le détroit de Davis, qu'elle contribue à rendre, plus accessible aux navires que le passage compris entre l'Islande, le Groenland oriental et le Spitzberg.
Pour achever, de décrire la circulation de l'océan Atlantique, nous mentionnerons tout de suite les courants inverses ou contre-courants qui amènent les eaux glacées du pôle dans les basses latitudes, où elles remplacent celles du Gulf-Stream. Ge sont des courants de profondeur, dont l'existence est nettement accusée par les sondages thermométriques. L'un d'eux part de l'extrémité boréale de l'Amérique du Nord, descend par le détroit de Davis jusqu'aux côtes du Labrador, coulant lentement entre cette côte et le Gulf-Stream, mais dans une direction contraire à celle de ce dernier courant. 11 longe ensuite le continent américain jusqu'à la Floride; là il se divise : une partie passe, sous l'eau chaude du Gulf-Stream, dans le golfe du Mexique; l'autre contourne Cuba à l'ouest. La ligne de contact du courant froid et du courant chaud est si tranchée, que le lieutenant américain Bâche l'a désignée sous le nom de muraille froide.
Une autre branche des courants polaires, partant du Spitzberg, entoure l'Islande à l'est, et, longeant le Groenland par un de ses rameaux, va rejoindre le courant du Labrador. Enfin un troisième courant froid, suivant les profondeurs de la côte occidentale Scandinave, passe entre les Shetland et les Farùer, pour se perdre au nord de l'Ecosse et dans la mer du Nord. Un rameau de ce courant froid passe aussi dans le canal qui sépare les Farôer de l'Islande, sous les eaux chaudes du Gulf- Stream.
L'océan Pacifique, malgré son immense largeur, offre néanmoins une circulation de ses eaux qui a la plus grande analogie
LES GOURANTS MARINS. 733
avec celle des eaux de l'Atlantique. Tout le long de l'équateur un vaste courant, dirigé de l'est à l'ouest, part des côtes nordouest du continent américain méridional, pour aboutir à l'archipel de la Malaisie, après un parcours de 18 000 kilomètres. A la hauteur de l'Australie, le courant équatorial du Pacifique se divise en plusieurs branches, qui pénètrent entre les îles de l'Archipel; mais le courant principal, remontant au nord, suit les contours du continent asiatique oriental, en s'infléchissant de plus en plus vers l'est, comme les côtes elles-mêmes. A la hauteur du Japon, la direction change encore et devient tout à fait orientale : le fleuve maritime d'eaux chaudes prend alors le nom de courant de Tessan, du nom du savant navigateur qui l'a reconnu et décrit, ou encore celui de Kuro-Sivo ou courant noir, selon l'appellation japonaise ; c'est à la couleur de ses eaux d'un bleu foncé qu'est due cette seconde dénomination. Le Kuro-Sivo envoie l'une de ses branches jusqu'aux îles Aléoutiennes : les habitants de ces îles, privées la plupart de végétation, utilisent pour la construction de leurs huttes et de leurs canots les bois flottés que le courant transporte en grandes quantités sur leurs côtes : ce sont des débris, des troncs d'arbres, tels que le camphrier, originaires de la Chine et du Japon. L'autre branche du courant se détache vers le 40e parallèle et court dans la direction de l'est jusqu'aux rives occidentales de l'Amérique du Nord. Là il s'épanouit en éventail, se divise en envoyant une de ses branches au nord, tandis qu'une branche méridionale, longeant la Californie et les côtes du Mexique, va se confondre avec le courant équatorial à son point de départ.
Dans le Pacifique sud existe un courant chaud de surface, à peu près symétrique du Kuro-Sivo, et qui, après un long parcours de l'ouest à l'est, va également, par une branche qui remonte vers l'équateur parallèlement aux côtes occidentales de l'Amérique du Sud, rejoindre le courant équatorial, origine de cette double circulation. Quant aux contre-courants polaires, qui compensent cet afflux des eaux chaudes de la zone tropi-
cale vers les régions boréales, ce sont : d'une part, le courant qui traverse le détroit de Behring, suit la direction des côtes du Kamtschatka, pénètre daus la mer d'Okhotsk, enveloppe les îles du Japon et continue son cours le long des côtes orientales d'Asie jusqu'à la Cochinchine. Dans le Pacifique sud existent deux courants froids : le premier se voit à l'est de la Nouvelle-Zélande ; le second, beaucoup plus long, porte le nom de Humboldt, à qui l'on en doit la découverte. Yoici la description qu'en donne le savant explorateur : « Un second courant, dont j'ai reconnu la basse température dans l'automne de l'année 1802, règne dans la mer du Sud et réagit d'une manière sensible sur le climat du littoral. Il porte les eaux froides des hautes latitudes australes vers les côtes du Chili ; il longe ces côtes et celles du Pérou, en se dirigeant d'abord du sud au nord, puis, à partir de la baie d'Arica, il marche du sud-sudest au nord-nord-ouest. Entre les tropiques, la température de ce courant froid n'est que de 15°, 6 en certaines saisons de l'année, pendant que celle des eaux voisines en repos monte à 27°, 5 et même à 28°, 7. Enfin au sud de Payta, vers cette partie du littoral de l'Amérique méridionale qui fait saillie à l'ouest, le courant se recourbe comme la côte elle-même, et s'en écarte en allant de l'est à l'ouest, en sorte qu'en continuant à gouverner au nord, le navigateur sort du courant et passe brusquement de l'eau froide dans l'eau chaude1. »
Pour achever cette description des courants océaniques généraux, il ne nous reste plus qu'à dire un mot de la circulation des eaux dans l'Océan Indien. Là, sous l'équateur, existe, comme dans les deux grands espaces maritimes de l'Atlantique et du Pacifique, un mouvement dans le sens de l'est à l'ouest, lequel, parvenu à une certaine distance des côtes orientales d'Afrique, se divise, envoie un rameau remonter jusqu'à l'entrée de la mer Rouge, tandis que les deux autres, descendant au sud-ouest, vont entourer Madagascar, pour se rejoindre en un