‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 179 sur 271 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

que, que l'excès de salure ou de densité produit par l'évaporation, doit neutraliser en tout ou en partie la différence qui provient de la dilatation. C'est ce que Croll fait observer justement en ces termes : « Suivant ces deux théories, dit-il, ce sont les différences de densité entre les eaux équatoriales et les eaux polaires qui produisent les courants : seulement l'une donne aux premières moins de densité, tandis que suivant l'autre elles sont plus pesantes que les polaires. L'une ou l'autre de ces théories peut être la vraie, ou toutes deux se trouver fausses, mais il est logiquement impossible qu'elles soient justes l'une et l'autre, par cette simple raison que les eaux de l'équateur ne sauraient se trouver à la fois plus légères et plus lourdes que celles des pôles. Tant que ces deux causes continueront à agir, aucun courant ne pourra se produire, à moins que la puissance de l'une n'arrive à surpasser celle de l'autre, et alors le courant produit n'existera que dans la proportion exacte de cet excédent de puissance. »

Le docteur Carpenter, dont nous avons cité les nombreuses observations de température des eaux de la mer, adopte, en la modifiant quelque peu, la théorie de Maury; son collaborateur dans les sondages maritimes, M. Wyville Thomson, lui fait à peu près les mêmes objections que Croll fait à Maury. Il nous paraît ressortir de tout cela cette conséquence, que, si les courants marins sont assez bien définis dans leurs traits généraux, la théorie physique de leurs mouvements est encore à peine ébauchée. C'est ce que constatait, au Congrès tenu à Glascow en 1877, par l'Association Britannique, le président de la section de Géographie, M. Evans. Le problème n'a point été abordé avec la précision que paraissent comporter cependant, d'une part les données de l'observation, d'autre part les lois de l'hydrodynamique. Un savant capitaine de frégate, M. Ansart Deusy, a publié toutefois une théorie des courants océaniques que nous ne pouvons passer sous silence. Elle est entièrement basée sur l'un des plus actifs effets de la radiation solaire dans les régions tropicales, à savoir l'évaporation.

M. A. Deusy considère la dénivellation qui résulte de l'évaporation en ces régions comme une cause suffisante des mouvements qui entraînent les eaux de la zone polaire vers l'équateur. Là ces deux courants opposés se rencontrent et se heurtent en donnant lieu à un courant de réaction égal comme masse et comme quantité de mouvement aux courants venant des pôles. C'est vers les parallèles de 50° que cette rencontre a lieu. Il ne s'agit là que de la circulation générale qui, par le jeu des forces verticales et horizontales, a lieu dans toute la masse des eaux de l'océan. La rotation de la Terre influe sur ces courants généraux, déviant vers l'est ceux qui vont de l'équateur aux pôles, vers l'ouest ceux qui amènent les eaux des zones polaires vers l'équateur, ainsi que le montrent les groupes de flèches de la planche XYI. Quant aux courants superficiels, chauds ou froids, tels que le Gulf-Stream, le Kuro-^Sivo, les courants de Humboldt, etc., ils ne sont autre chose que les courants généraux modifiés par les rivages du continent ou les reliefs du fond de la mer. Cette théorie, fort imparfaitement résumée par les lignes qui précèdent, ne fait point entrer en ligne de compte, comme on voit, les autres effets de la chaleur, dilatation, excès de salure, et laisse de côté l'action des vents sur la surface des eaux.

Des météorologistes, tels que Mohn en Suède, Marié-Davy en France, invoquent, pour expliquer la circulation océanique, toutes les causes que les théories précédentes regardent comme exclusivement efficaces. C'est leur résultante qui est la force motrice des courants. Il n'est pas douteux pour nous qu'une théorie complète des courants marins doit faire intervenir aussi bien les divers effets de la chaleur que l'action impulsive des vents; mais la difficulté, nous le répétons, est de dire dans quelle mesure agissent ces forces pour produire les courants réellement observés.

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