Molin, Lois des changements du temps
tourbillon. D'ailleurs ce dernier n'en suit pas moins la vitesse moyenne du courant, conservant son axe vertical, et persistant plus ou moins longtemps, jusqu'à ce que des résistances de
Fig. 300. — Mouvement de l'air autour du centre d'un cyclone, d'après M. Mohn.
toute nature aient épuisé sa force vive. M. Faye, qui a soutenu cette théorie contre celle de l'aspiration, assimile complètement les mouvements giratoires des liquides à ceux qu'on observe
Fig. 307. — Mouvement de l'air dans le sens vertical, à l'intérieur d'un cyclone.
dans l'atmosphère sous les dimensions les plus diverses, depuis les plus petites trombes, les tornados, jusqu'aux vastes cyclones dont la description a fait l'objet des paragraphes précédents. « Dans les mouvements tournants de notre atmosphère, vous trouvez de petits tourbillons passagers de quelques décimètres,
des trombes bien plus durables de 10 à 200 mètres, des tornados de 500 à 2400 mètres. Au delà, l'œil ne saisit plus bien les formes de la colonne giratoire; on leur donne un autre nom, mais le fond est le môme. Plus grands encore sous des diamètres de 3, 4, 5 degrés, c'est-à-dire de 500, 400, 500 mille mètres et au delà, ils portent le nom d'ouragans ou de cyclones; mais le mécanisme ne change pas pour cela : ce sont toujours des mouvements giratoires, circulaires, à vitesse croissant vers le centre, nés dans les courants supérieurs aux dépens de leurs inégalités de vitesse, se propageant vers le bas dans les couches inférieures malgré leur état de calme parfait ou indépendamment des vents qui y régnent, exerçant leurs ravages dès qu'ils atteignent l'obstacle du sol, et suivant dans leur marche les courants supérieurs, en sorte que leurs dévastations dessinent en projection sur le globe terrestre la route de ces courants invisibles1 ».
On voit par les dernières lignes de cette citation que M. Fayc donne pour origine aux cyclones les courants supérieurs, c'està-dire les contre-alizés, et qu'il attribue leur mouvement de progression à ces mômes courants. Entre les tropiques, le sens du mouvement des cyclones étant, comme on l'a vu, de l'est à l'ouest, il faut admettre que telle est aussi la marche des contrealizés, contrairement à l'opinion des autres météorologistes qui, expliquant leur déviation par l'influence de la rotation terrestre, les font mouvoir vers l'est2, c'est-à-dire dans un sens opposé au mouvement de translation des cyclones dans les
1. Défense de la loi des lempèles (notice de V Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1875). L'éminent astronome a été conduit à l'étude des cyclones terrestres par ses travaux sur la constilution physique du Soleil, dont les pores et les taches sont, selon lui, des tourbillons. « Sur le Soleil, dit-il, nous voyons des mouvements tourbillonnaires encore mieux caractérisés et de toute taille, depuis les pores grands comme nos cyclones jusqu'aux taches cinq ou six fois plus grandes que noire globe. » Les taches solaires en forme de tourbillons ou d'entonnoirs spiraloides ne sont pas rares en effet, et nous en avons décrit et figuré plusieurs dans notre ouvrage le Clkt ; mais sont-elles en majorité sur le Soleil, cela nous semble au moins douteux.
2. M. Paye explique aussi la formation des contre-alizés par la dilatation des couches atmosphériques dans la zone torride, et par l'ascension de la vapeur d'eau, sous l'action verticale des rayons solaires. Il en conclut que la masse aérienne doit rester en arrière,
régions tropicales. Si l'on admet la théorie de M. Faye, les deux figures suivantes représenteront la circulation générale des courants supérieurs et inférieurs, la génération et la marche des cyclones : la première (fîg. 308) la montre pour les deux hémisphères en projection sur un méridien, la seconde (fîg. 309) pour l'hémisphère nord la donne en projection sur l'équateur. Voilà pour le mouvement de progression des cyclones. Quant à leur mouvement giratoire et an sens qu'il présente dans chaque
Fig. 308. — Origine et formation des cyclones d'anrès M. Faye.
Fig. 509. — Origine et formation des cyclones, projection sur l'équateur.
hémisphère, en voici la raison d'après la même théorie. Les fleuves aériens supérieurs qui partent de l'équateur et se dirigent vers les pôles en suivant une courbe parabolique, possèdent, en leurs différents points, des vitesses inégales dont l'effet est d'engendrer un mouvement tourbillonnaire : « Quant au sens de rotation des cyclones, il résulterait de ce que, dans
« puisque, dit-il, toutes les molécules sont soulevées dans cette région et décrivent ainsi autour de l'axe terrestre des cercles plus grands avec la vitesse linéaire d'un point de départ inférieur. » Au delà des tropiques, l'autre moitié de l'atmosphère se trouve en avance sur la rotation et les courants dévient en sens contraire, parce que « la nappe d'air déversée alteint des parallèles de plus en plus pelits » . Mais n'est-il pas évident que les deux causes de déviation existent aussi Lien entre les tropiques que dans les zones tempérées, et que, comme elles agissent en sens opposé, elles doivent se compenser en partie? Toute la question est de savoir si elles se neutralisent tout à fait, ou seulement en partie, et cela dans quelle proportion. Il nous semble qu'il y a là un point douteux à cclaircir.
ces courants forlemcnl recourbés, la vitesse va en diminuant transversalement de la rive concave à la rive convexe. »
Nous venons d'essayer de résumer, dans leurs traits essentiels, les deux théories que les météorologistes contemporains ont proposées pour expliquer les phénomènes des cyclones. Ces théories sont à peu près opposées l'une à l'autre. Il est difficile, dans l'état actuel de la science, de dire laquelle des deux semble vouloir l'emporter. Au point de vue de la science hydrodynamique, le problème est extrêmement complexe et n'a pu encore être fructueusement abordé par l'analyse; c'est seulement en recueillant des observations, des faits, qu'on pourra voir si ces faits confirment l'une ou l'autre des deux hypothèses, celle de l'aspiration ou celle des courants descendants, ou bien au contraire s'ils les contredisent en quelques points. C'est à ce point de vue que se sont placés jusqu'ici avec raison leurs auteurs ou défenseurs pour justifier leur propre système et combattre celui de leurs adversaires ; la discussion dure depuis des années et ne paraît point épuisée, et il ne nous est pas possible, dans le cadre nécessairement restreint de ce chapitre, d'exposer tous les arguments produits pour ou contre. Nous nous bornerons à dire que M. Faye invoque à l'appui de sa théorie de nombreux exemples de trombes terrestres ou marines, où le mouvement descendant est caractérisé par des phénomènes irrécusables. A la vérité des faits contraires sembleraient favorables à la thèse opposée. En tout cas, est-il permis de conclure des trombes aux cyclones ?
D'autre part, un savant météorologiste suédois, M. Hildebrand Ilildebrandsson, a recueilli un grand nombre d'observations de cirrus soit au-dessus des centres de dépression, soit au-dessus des centres de pression maxima. Voici les conclusions qu'il en en a tirées, conclusions qui seraient favorables à la théorie de l'aspiration. « Je crois avoir démontré, dit-il que l'air s'éloigne des centres des minima et converge vers les centres des maxima dans les régions les plus hautes de V atmosphère. On sait que c'est l'inverse qui a lieu près de la surface terrestre. Par consé-
quent, un minimum doit nécessairement être le siège d'un courant d'air ascendant. Arrivé à une grande hauteur, cet air s éloigne partout du centre de la dépression et se déverse en nappe uniforme au-dessus des régions des majcima, où il s'abaisse graduellement vers la terre en courants descendants. De cette manière, il s'effectue sans cesse une circulation verticale entre la surface terrestre et les limites supérieures de V atmosphère. Le principal agent de celte circulation doit être la différence de température et d'humidité entre l'air plus ou moins échauffé de la surface et l'air des régions les plus élevées, où il règne une sécheresse et un froid excessifs1. »