‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 224 sur 271 · LES TORN ADOS · texte numérisé non relu

LES TORN ADOS

ment de progression. » Pendant un quart d'heure au plus que dure eette bourrasque, que les éclairs et le tonnerre accompagnent d'ailleurs assez rarement, le vent passe du sud-est au sud-ouest en passant par le nord; la rotation a donc lieu, comme pour les cyclones de l'hémisphère boréal, dans un sens contraire au mouvement des aiguilles d'une montre. Ordinairement, c'est à la fin de la tornade, quand le vent est passé au sud-ouest, que la pluie se met à tomber avec une extrême abondance; mais il arrive aussi que le météore disparaît sans pluie : on a ce qu'on nomme alors une tornade sèche. Dans tous les cas, le passage d'une tornade est suivi d'un abaissement sensible de la température. Le docteur Borius évalue à 15 lieues à l'heure la vitesse moyenne du mouvement de progression.

Si les tornados et tornades sont bien, comme les descriptions précédentes en font foi, des tourbillons astreints, en ce qui concerne leur mouvement de giration, aux mêmes lois que les grands cyclones, cela est plus douteux pour les pampères de l'Amérique du Sud et les grains arqués de l'Océan Indien ; Reid les considère comme de simples rafales de vent et de pluie de direction recti ligne.

Nous- avons décrit dans notre troisième volume les principaux phénomènes électriques des orages. Dans nos climats tempérés, c'est surtout pendant la saison chaude que se produisent ces crises de l'atmosphère, d'ailleurs souvent bienfaisantes malgré les ravages accidentels qu'elles causent ; les orages électriques ne sont pas inconnus cependant dans la saison froide, et il en survient de temps à autre au cœur même de l'hiver. Entre les tropiques, mais principalement dans la zone des calmes, dans la région comprise entre les alizés du nord-est et ceux du sud-est, ils sont d'une fréquence telle, qu'il se passe peu de jours sans qu'on entende les roulements du tonnerre. Au contraire dans les régions polaires, les orages sont rares; en Islande, les orages d'hiver1 sont plus fréquents que ceux d'été.

\. D'après Mohn, « les orages d'hiver sont, d'une manière générale, beaucoup plus à

On a vu plus haut que les tornados des Etats-Unis sont dans une dépendance à peu près constante avec les grands mouvements tournants qui traversent de l'ouest à l'est le continent de l'Amérique du nord. C'est la confirmation, pour cette région du globe, d'une loi importante qui avait été mise en évidence seize ans plus tôt, par notre savant météorologiste M. Marié-Davy. D'après cette loi, le plus grand nombre des orages qui se produisent dans la partie occidentale du continent européen, coïncident avec le passage des bourrasques tournantes, et c'est sur leur bord méridional ou dangereux qu'ils se forment. « Les orages, dit-il, ne sont point des phénomènes localisés comme on l'avait admis jusqu'alors. Us s'étendent toujours à une partie considérable de la France, et quelquefois la traversent dans toute son étendue, sur une ligne plus ou moins large, mais dépassant deux ou trois cents lieues en longueur. Ils exigent pour se former une certaine préparation de l'atmosphère, ce qui permet de prévoir leur arrivée. Ils accompagnent constamment les mouvements tournants de l'air; mais, pour provoquer l'orage, ces mouvements ont d'autant moins besoin d'être fortement caractérisés que la température est plus élevée et l'air plus chargé de vapeurs1. » A chaque bourrasque correspond ordinairement une série de manifestations orageuses qui, comme le météore principal, suivent certaines routes déterminées et constantes, mais dont la direction subit l'influence du relief du sol. Si ce dernier présente de fortes saillies, la route suivie par les orages est divisée ou déviée ; elle est au contraire fort peu altérée si les ondulations du sol, collines et vallées, sont peu sensibles. Ce dernier cas se présente notamment, en France, dans les bassins peu accidentés de la Loire, de la Seine ou de

craindre que ceux d'été, car les nuages sont beaucoup plus bas dans la saison froide de l'année que dans la saison chaude. Dans les tempêtes d'hiver, la foudre tombe fréquemment sur les côtes occidentales de Norvège et y réduit en cendres un grand nombre d'églises et d'autres édifices. Comme les orages d'hiver, sur ces côtes, se présentent tout spécialement accompagnés de fortes tempêtes du sud-ouest, de l'ouest et du nord-ouest, le danger des incendies est d'autant plus à redouter. » (Vents et tempêtes.) 1. Les Mouvements de V Atmosphère et des Mers. Paris, 1860.

la Somme. II n'en est plus ainsi dans les Pyrénées, le massif central ou dans la vallée du Rhône, sur les confins du Jura et des Alpes.

Voici, d'après M. Marié-Davy, les conditions propices à la formation et à la propagation des orages sur le continent européen :

« Dans les temps ordinaires, l'atmosphère de l'Europe n'est

Pig.yMl. — Carte des orages du 9 mai 1865, d'après M. Marié-Davy.

pas assez abondamment fournie en électricité et en vapeur d'eau, les mouvements de l'air dans le sens de la verticale n'y sont pas assez actifs pour que les orages s'y forment d'euxmêmes comme dans la zone équatoriale; mais, qu'un mouvement tournant s'y produise, l'air des hautes régions se trouve abaissé vers la terre dans l'axe du tourbillon, il y apporte la basse température d'où résultent les nuages ; il y apporte aussi

son électricité que les nuages recueillent. Les éléments de l'orage se trouvent ainsi réunis à un degré d'autant plus élevé que l'appel de l'air des régions supérieures est plus actif, ou que la saison d'été a rendu la température plus rapidement décroissante avec la hauteur, les couches inférieures étant celles qui s'échauffent le plus rapidement et le plus fortement. On doit donc en été se délier d'autant plus d'une baisse du baromètre qu'elle est circonscrite à un espace moins étendu. Elle est l'indice d'un mouvement tournant trop faible peut-être pour descendre jusqu'au sol, mais suffisant pour engendrer des orages. Ceux-ci ne se répartissent pas uniformément sur tout le pourtour du disque tournant; ils se montrent surtout dans les points les plus humides ou les plus chauds, c'est-à-dire dans la portion située sous le vent de la mer. Dans les mouvements tournants qui abordent les côtes occidentales de la France ; ils apparaîtront sur la portion du disque tournant qui regarde le sud-est là où les vents soufflent d'entre sud-sud-est et ouestsud-ouest. Dans les mouvements passant un peu plus haut, sur l'Angleterre, ils se montreront sur la portion du disque dirigée vers le sud, là où les vents soufflent d'entre sud-ouest et nordouest. A mesure que le mouvement pénètre dans l'intérieur de l'Europe en s'éloignant de la mer, l'air se dépouille progressivement de sa vapeur et de son électricité, les orages deviennent moins nombreux et leur diminution porte surtout sur la saison froide, pendant laquelle les circonstances sont moins favorables à leur production. Lorsque le mouvement se rapproche de la Méditerranée, il trouve dans l'air chaud et humide qui recouvre cette mer de nouveaux éléments pour la formation des orages, dont le nombre s'accroît considérablement. »

L'étude des tempêtes, bourrasques, cyclones, orages n'est autre que celle des mouvements des centres de pression minima à la surface des continents ou des mers ; la répartition des isobares à un moment donné permet de reconnaître d'un coup d'œil les zones où existent ces basses pressions et dont chacune

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est le centre des phénomènes décrits dans les précédents paragraphes, rotation des vents, baisse progressive, puis hausse du baromètre, abaissement subit de la température, précipitation, etc. En suivant sur la carte les changements qui se produisent d'un jour à l'autre dans le système des couches de pression, on voit la tempête marcher avec le système d'isobares concentriques qui enveloppent le point où le baromètre est le plus bas, mais en s'éloignant du centre on passe graduellement à des pressions de plus en plus élevées, et le plus souvent on reconnaît qu'il existe, dans des directions variables et à des distances plus ou moins grandes de ce centre, un, deux, ou plusieurs systèmes opposés au premier, en ce sens qu'ils recouvrent des régions où la pression barométrique est le plus élevée, et caractérisés généralement par des vents faibles et de basses températures. L'étude de ces zones de haute pression est encore peu avancée, mais elle promet d'être féconde, si l'on en juge par les recherches qu'a faites sur ce sujet M. Loomis pour l'Amérique du Nord. Ce savant a reconnu que dans la plupart des cas les zones de haute pression accompagnent les zones de basse pression qui traversent de l'ouest à l'est le continent américain. Chacune de celles-ci est précédée d'une zone de haute pression située à l'est à une distance moyenne de 1000 milles (1600 kilomètres) et suivie à l'ouest d'une zone de haute pression environ à la même distance. Quel rapport y a-t-il entre ces centres de pression maxima et les centres de pression minima qu'ils suivent dans leur parcours? Doit-on y voir la cause la plus importante de la marche des cyclones, ainsi que le pensent quelques météorologistes '? et doit-on leur conserver

1. Voici ce que dit sur ce point M. E. Loomis dans son 8,: Mémoire de Météorologie dynamique : « Les zones de haute pression sont regardées comme une des causes, et généralement comme la cause la plus importante de la tempête qui leur succède. Deux zones de cette nature déterminent une tendance de l'air a se diriger vers un point intermédiaire, et les courants, ainsi mis en mouvement, sont déviés de la ligne droite par la rotation de la Terre, d'où résulte une diminution de la pression sur la zone centrale. Celte diminution de la pression produit un courant d'air plus rapide vers la région inférieure, qui se traduit par une baisse plus accentuée du baromètre. Comme l'air se répand de tous les côtés de cette zone de basse pression, la zone tend à prendre une forme ovale qui peut devenir sensi-

la dénomination d' anticyclones qui leur a été donnée à cause de l'analogie et aussi de l'opposition des deux ordres de phénomènes? L'analogie consisterait en ce que les zones de haute pression se meuvent en suivant la route générale des cyclones, et l'opposition en ce fait, que le mouvement de rotation des vents s'y fait en sens contraire de celui qu'on observe dans les cyclones. « Durant la marche des tempêtes, dit M. Loomis, les vents de la surface se meuvent des zones de haute pression vers les zones de basse pression; les vents supérieurs se meuvent des zones de basse pression vers les zones de haute pression1.» Telle est, nous l'avons vu plus haut, l'opinion de M. Hildcbrand Hildebrandsson, basée sur l'étude des mouvements des cirrus. Le savant directeur dû Bureau central météorologique de France, M. E. Mascart, fait remarquer que si les aires de haute pression paraissent suivre la marche des cyclones sur le continent américain, il n'en est plus ainsi en Europe, où les maxima de pression ont le plus souvent une allure toute différente. « Les hautes pressions, dit-il, paraissent couvrir des régions où l'air descend des parties supérieures de l'atmosphère, et la rotation du vent dans le sens direct est alors une conséquence de la rotation de la Terre; en outre, les régions voisines, où la pression est plus faible, sont souvent le siège d'un courant général où se meuvent des dépressions ordinaires qui tendent à provoquer les mêmes vents. L'expression à'anticy-

blcmcnt circulaire si le vent est très violent, et alors la force "centrifuge résultant de ce mouvement circulaire produit une nouvelle baisse du baromètre. Le vide partiel serait bientôt comblé et le mouvement inférieur de l'air cesserait bientôt, s'il n'y avait pas un mouvement supérieur qui assure une issue au courant qui s'écbappe. L'air en mouvement dans la région supérieure, entraînant avec lui une grande quantité de vapeur d'eau, se refroidit, et la condensation de sa vapeur détermine de la pluie. La chaleur produite par cette condensation dilate l'air de nouveau et augmente la force du courant inférieur. La pluie est donc une des circonstances qui contribuent à augmenter la force d'une tempête, et elle se produit invariablement lorsque les tempêtes ont atteint une violence considérable.... »

Plus loin, M. Loomis, constatant que le chiffre de la haute pression ne diminuait pas bien que le vent eût soufflé pendant plusieurs jours, en partant des zones de haute pression accompagnant les tempêtes, en conclut a que ces zones de haute pression doivent être constamment ranimées par l'air qui circule autour d'elles dans les régions supérieures de l'atmosphère, et que ce renfort provient évidemment des zones de basse pression ».

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