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Comptes rendus de l' Académie des sciences pour

genre n'a encore été démontrée. On comprend que si elle existait, on pourrait espérer établir quelques lois générales sur la succession des saisons futures et aborder ainsi, quoique de bien loin encore et d'une manière bien vague, la solution du problème de la prévision du temps à longue échéance.

C'est encore à des influences cosmiques qu'on a essayé de rattacher certaines perturbations périodiques de la température, comme les refroidissements qui marquent les premiers jours de février (vers le 6), les 11, 12, 13 et 14 mai, et les réchauffements qui surviennent vers le 10 août et le 11 novembre1. L'espace nous manque pour parler avec quelques détails de ces phénomènes intéressants ; nous nous bornerons à dire que les refroidissements anormaux observés dans nos climats pendant les premières quinzaines de mai et de février ont été attribués à l'interposition entre le Soleil et la Terre des essaims météoriques de ces deux époques, et les élévations insolites de température d'août, et surtout de novembre, au passage de notre planète au travers des essaims connus sous les noms de Perséides et de Léonides. Cette explication, présentée d'abord, en ce qui regarde les froids de mai, par le professeur Erman, a été depuis adoptée par un grand nombre de savants et étendue aux autres perturbations périodiques de la température. L'astronome Msedler, au contraire, n'y voyait qu'une conséquence du phénomène de la fonte des glaces polaires et de l'immense consommation de chaleur qu'il exige ; mais il est clair que cette dernière explication ne peut s'appliquer qu'aux froids de mai. Quoi qu'il en soit, on voit bien comment la constatation de la périodicité de ces anomalies peut servir à prévoir leur retour, et fournir ainsi quelques éléments à la solution du problème qui nous occupe : prévoir le temps à longue échéance.

Une périodicité d'une étendue beaucoup plus considérable

1. Ces époques critiques sont lrien connues de nos cultivateurs; elles ont donné lieu aux proverbes populaires relatifs à la Sainte-Dorothée et aux Saints de glace pour les froids de février et de mai, à la Saint-Laurent et à l'Été de la Saint-Martin pour les mois d'août et de novembre.

est celle des grands hivers, en entendant par là ceux pendant lesquels le froid a sévi à la fois avec continuité et avec intensité. Dans notre zone tempérée boréale, ce sont ordinairement les deux mois de décembre et de janvier qui se font remarquer par leur température exceptionnellement basse et prolongée. Dans un Mémoire publié en 1861 par M. Renou sur la périodicité des grands hivers, ce savant météorologiste, s'appuyant sur des documents qui lui permirent de remonter jusqu'à l'an 1400, a établi ce fait remarquable, que les hivers rigoureux forment des groupes naturels de quatre à six autour d'un hiver plus rigoureux que les autres. Il donna à ce dernier le nom d'hiver central et à ceux dont il est précédé ou suivi le nom àllivers latéraux. Ayant fait cette distribution pour les quatre siècles et demi objets de ses recherches, M. Renou trouva que les grands hivers se reproduisent tous les quarante et un ans environ, cette période éprouvant toutefois de temps à autre une perturbation qui espace davantage les hivers d'un groupe, alors moins longs et moins rigoureux. Dans ce cas, il y a toujours,- en moyenne, un intervalle de vingt à vingt-deux ans sans hivers notables. Les quatre derniers grands hivers ou hivers centraux étaient ceux de 1709, de 1748, de 1789-90 et de 1829-50. M. Renou annonçait, dans son Mémoire, que « la prochaine période d'hivers froids devait arriver en 1871, à uiï ou deux ans près. » L'événement justifia la prédiction, et les hivers de 1870-71, 1871-72, furent tous deux remarquables par leurs grands froids. Il est vrai que l'hiver exceptionnellement rigoureux de 1879-80 est un peu éloigné des précédents, ce qui altère la dernière période.

La période de quarante et un ans reconnue par M. Renou ne concerne-t-elle que les hivers rigoureux? Non; d'après lui, « le retour de certains étés est aussi régulier, peut-être même plus régulier, que celui des hivers : quatre ou cinq ans après l'hiver central arrive un été remarquable; les étés de 1755, 1795, 1854, et bien d'autres, sont dans ce cas. » De plus, « depuis longtemps, dit-il, les années présentent une grande analogie avec

celles qui les précèdent de quarante et un ans environ. Ainsi 1856 et ses inondations désastreuses ressemblent beaucoup à 1816, avec une distribution de la pluie légèrement différente. L'hiver 1860 correspond à 1820; le printemps de 1862 est le plus chaud depuis 1822, et l'hiver le plus chaud connu, celui de 1869, est arrivé quarante et un ans après l'hiver 1828, dont la moyenne est presque aussi élevée. On remarque naturellement, dans le détail, de nombreuses divergences; mais, en considérant en bloc un certain nombre d'années, la ressemblance devient frappante, surtout à mesure qu'on approche de l'hiver central 1871. Ainsi, de 1862 à 1869, comme de 1821 à 1828, les années présentent des moyennes de la température et de la pression atmosphérique plus élevées et un temps plus clair que d'habitude, ce qui est remarquable pour un groupe de huit années consécutives1. »

Il s'agit dans tout cela des saisons de la zone tempérée ou plutôt de l'Europe occidentale ; il serait intéressant de savoir si une période semblable convient à d'autres régions des deux hémisphères. Dans le cas de l'affirmative, quelle corrélation existerait-il entre les saisons de régions éloignées? Par exemple, se confirmerait-il qu'un hiver rigoureux en Europe correspondrait à un hiver doux de l'Amérique du Nord, et les grands froids du Groenland et d'Islande auraient-ils leur compensation dans la douceur de la température de nos climats? Si de tels rapports, soupçonnés plutôt que constatés, étaient établis par une statistique météorologique suffisamment étendue, il resterait à savoir s'ils ne sont pas la conséquence naturelle de la répartition successive des aires de hautes et de basses pressions à la surface des continents et des mers. M. Teisserenc de Bort a commencé l'étude de cette distribution des isobares dans le temps et dans l'espace. En comparant les séries des cartes météorologiques simultanées qui donnent , soit les isobares de chaque jour, soit les isobares moyennes des saisons et des mois,

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences pour 1871, t. II.

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il a reconnu ainsi l'existence de divers types qui se reproduisent à des époques plus ou moins éloignées et qui présentent les conditions propres à amener des anomalies de température. On sait par exemple que, sur une grande partie de l'hémisphère nord, il existe en hiver deux aires de haute pression qui occupent ordinairement, l'un, le maximum océanien, tonte la région comprise entre les Açores, Madère et l'Espagne, jusqu'aux Bermudes; l'autre, la Sibérie; puis un minimum océanien, situé entre l'Islande et le Groenland. Or ces grands centres d'action n'occupent pas toujours les mêmes points dans une saison donnée : ils se déplacent plus ou moins autour de leur position moyenne. Si ces déplacements sont assez considérables et offrent une durée persistante, il en résulte une altération dans le caractère de la saison où ils se produisent. En combinant les diverses positions relatives des maxima et des minima en question, M. Teisserenc de Bort a reconnu qu'on y pouvait reconnaître cinq types principaux, dont trois caractérisent les hivers d'Europe rigoureux et deux les hivers doux de la même région1.

On voit, par ce court résumé de recherches, aussi intéressantes qu'originales, que le problème de la prévision du temps à longue échéance -peut être abordé par des méthodes bien distinctes. Il est clair en effet que, si l'on arrive à déterminer une

1 . Voici comment il définit ces cinq types principaux, en citant des exemples des époques où ils ont prédominé :

« Types froids. — A. Froid et sec. — Déplacement du maximum de Madère et rapprochement du maximum d'Asie. Exemple : janvier 1838.

« B. Froid et sec. — Déplacement du maximum de Madère et altération du maximum d'Asie vers l'Oural. Exemple : décembre 1879.

« C. Froid et humide. — Déplacement du maximum océanien vers le nord sur les lies Britanniques, et basses pressions sur la Méditerranée et l'Autriche. Exemple : la première quinzaine de décembre 1871.

« Types chauds. — D. Déplacement des hautes pressions de Madère vers l'ouest, et basses pressions océaniennes s'étendant au nord de l'Europe et même de l'Asie. Exemples : décembre 1868 ; décembre 1880.

« E. Basses pressions océaniennes sur les Iles Britanniques, et maximum d'Asie s'avançant sur le nord de la Bussie. Exemple : décembre 1876. » (Annales du Bureau central météorologique pour 1881. — Recherches sur la position des centres d'action de l'atmosphère dans les hivers anormaux.)

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