‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 243 sur 271 · ESSAIS DE · texte numérisé non relu

ESSAIS DE

loi de succession dans le groupement des pressions, que le météorologiste que nous venons de citer nomme les types d'isobares, soit pour une région limitée, soit plutôt pour un hémisphère entier, il sera possible de dire à l'avance quels seront les types prédominants d'une ou plusieurs saisons, et à caractériser ainsi ces dernières, au moins d'une manière générale.

Un autre météorologiste français, M. de Tastes, à qui l'on doit de savantes recherches sur les lois de la circulation atmosphérique générale1, envisage la môme question d'une façon qui présente beaucoup d'analogie avec les vues de M. Teisserenc de Bort. Attribuant les déplacements des aires de haute pression au refoulement des grands circuits aériens de l'Atlantique et du Pacifique, tantôt sur le continent américain, tantôt sur le continent d'Europe ou d'Asie, selon que l'un ou l'autre de ces courants prédomine, il estime que c'est en cherchant la loi des oscillations à longue période de notre atmosphère autour d'un état d'équilibre moyen, qu'on arrivera à formuler quelques prévisions générales sur les saisons et sur leur caractère. Les hivers de noire zone tempérée boréale sont sous la dépendance immédiate des trajectoires des bourrasques qui nous viennent de l'Atlantique. Quand la direction de ces trajectoires est inclinée du sud-ouest an nord-est, c'est-à-dire lorsque les bourrasques abordent nos côtes par le golfe de Gascogne pour gagner de là les Iles Britanniques et la presqu'île Scandinave, elles nous atteignent par leur bord oriental : ce sont les vents du sud-ouest qui prédominent, et nos hivers sont d'une remarquable douceur. Quand, au contraire, c'est du nord-ouest au sud-est, ou de l'ouest à l'est, que la trajectoire des bourrasques coupe l'Europe, c'est leur bord méridional qui passe sur nos contrées, et les vents dominants, d'entre ouest et nord, nous amenant un air qui a balayé la surface de l'océan à la hauteur des Fàrôer ou des Orcades, détermine la sécheresse si c'est en été qu'ils

1. Annales du Bureau central météorologique de France pour 1859 : Théorie de la circulation atmosphérique.

régnent, et un hiver rigoureux si c'est dans la saison opposée. M. deTastes, dès juillet 1870, ayant constaté la prédominance de ce second état de l'atmosphère en France entre août 1869 et juillet 1870, ne craignit point d'en conclure la probabilité d'un hiver très froid, et s'exprimait à ce sujet en ces termes : « Il est à peine nécessaire de dire que la persistance de la situation actuelle des courants atmosphériques ferait de l'hiver de 1870 à 1871 un des grands hivers du siècle. » La justification de la prévision par le fait a été légitimement remarquée.

Nous en resterons là sur cette question de la prévision du temps à longue échéance, dont la solution est sans doute encore bien éloignée, mais que les météorologistes les plus expérimentés et le plus au courant des progrès de la science1 ne considèrent plus aujourd'hui comme impossible.

4. Pour donner une idée de la valeur de ces progrès, il suffira de mettre en regard les faits que nous avons relatés dans les divers paragraphes de ce chapitre, avec les lignes suivantes que François Arago écrivait au déhut du livre XXXII de son Astronomie populaire : « Si les phénomènes des saisons peuvent être expliqués dans ce qu'ils présentent de général, il est un nombre considérable d'événements qui modifient accidentellement les circonstances météorologiques au milieu desquelles nous vivons. Aussi l'astronome est-il dans l'impuissance absolue d'annoncer avec quelque certitude le temps qu'il fera, une année, un mois, une semaine, je dirai même un seul jour à l'avance. » On vient de voir que, si ce n'est pas avec certitude que les météorologistes osent prévoir le temps plusieurs jours à l'avance, c'est du moins avec une probabilité croissante.

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