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LES FORCES MOLÉCULAIRES

Tout ce que l'observation expérimentale nous a permis d'apprendre sur les propriétés de la matière, pondérable ou impondérable, conduit à considérer les corps comme constitués par l'agglomération de particules séparées. Ce sont les atomes ou les molécules, selon qu'il s'agit de corps chimiquement simples ou de corps composés. Ces particules excessivement ténues, situées à des distances variables, mais très faibles, les unes des autres, sont plongées dans le milieu impondérable, élastique et fluide, dont les ondulations servent à expliquer les phénomènes de chaleur et de lumière, et peut-être aussi ceux de pesanteur, d'électricité et de magnétisme. On suppose que l'éther, non seulement pénètre dans les vides intermoléculaires, mais encore enveloppe chacune des molécules d'un corps d'une atmosphère plus ou moins condensée. L'éther est un océan indéfini, au sein duquel nagent, comme les îles d'autant d'archipels, toutes les agglomérations matérielles auxquelles nous réservons le nom de corps. C'est lui sans doute qui sert de milieu de transmission pour tous les mouvements que les corps se communiquent entre eux, sous les formes variées de gravité, de radiations calorifiques et lumineuses, de courants magnétiques ou électriques.

Nous savons aussi — notamment par les changements incessants de volume ou d'état physique que produisent dans les

solides, les liquides et les gaz les variations de la chaleur, et aussi par les phénomènes de vibrations sonores — que les molécules sont dans une perpétuelle agitation, même dans les corps qui semblent les plus stables ; oscillant continuellement autour .d'un état moyen d'équilibre, il leur arrive de s'en écarter parfois assez pour le rompre, tantôt pour reprendre l'état primitif si les conditions nécessaires se reproduisent, tantôt pour en constituer un nouveau, en affectant de nouvelles dispositions, si les causes qui avaient provoqué la rupture persistent. C'est ainsi que nous avons vu, sous l'influence des variations de pression et de température, les corps passer de l'état solide à l'état liquide et à l'état gazeux ou réciproquement, la différence entre ces trois états tenant au plus ou moins de stabilité des liaisons mutuelles des molécules.

Ces mouvements invisibles des dernières particules de la matière, ces oscillations dont la forme, la vitesse et l'amplitude restent à l'état d'hypothèses, supposent l'existence de forces qui leur sont propres et dont ces particules sont le siège. Ce sont les forces moléculaires. On leur a donné des noms différents, par exemple ceux de cohésion, d'affinité, selon qu'il s'agit de la force qui unit entre elles toutes les particules d'un même corps, ou de la force qui détermine la combinaison chimique de deux corps différents. Mais que sont ces forces? Sontelles autres que les agents physiques dont nous avons étudié les effets dans les cinq volumes de cet ouvrage, ou bien n'en sont-elles que des manifestations spéciales ou des transformations1? Ce sont là des questions de haute philosophie scientifique qu'on ne résoudra sans doute pas à priori, mais bien, comme toutes les questions du même ordre, par l'observation,

1. C'est celte dernière hypothèse qui est le plus communément adoptée aujourd'hui. « Tous les travaux, toutes les tendances de la science moderne, dit M. II. Sainte-Claire Deville, conduisent à l'identification des forces qui interviennent dans les phénomènes physiques et chimiques de la nature. Toutes les déterminations numériques conduisent à établir leur équivalence d'une manière rigoureuse. L'affinité et la cohésion ne peuvent échapper à cette identification, et déjà la théorie mécanique les englobe dans un cercle de raisonnemenls qui doivent faire disparaître bientôt ce qu'elles présentent encore de vague et de mystérieux. » [Leçon sur la dissociation.)

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