DIFFUSION ENTRE LES LIQUIDES
crislailoïdes, et les secondes par celui de colloïdes. Dans la première classe, se rangent notamment toutes les dissolutions salines ; dans la seconde, les gommes, la gélatine, l'albumine, etc. De cette opposition dans les propriétés de ces deux espèces de corps, Graham a déduit une méthode de séparation de leurs mélanges, méthode à laquelle il donna le nom de dialyse. L'appareil dont il a fait usage, et que l'on nomme dialyseur, est d'une grande simplicité. C'est (fig. 537) un vase en verre ou en gulta-percha, peu profond, qu'on ferme à l'une de ses bases par une feuille de parchemin ou de papier-parchemin. On y introduit la substance à dialyser et on plonge le vase dans
Fig. 557. — Dialyseur de Graham. Fig. 558. — Autre dialyseur.
une cuvette pleine d'eau pure, de façon que les deux liquides soient à peu près de niveau. La membrane perméable suffit à empêcher le. mélange par action mécanique ou par différence de pression, et c'est la diffusion qui opère la séparation de la substance colloïdale mélangée avec la substance cristalloïdc. Graham a pu préparer ainsi des solutions dans l'eau pure de corps qu'on regardait jusque-là comme insolubles, tels que les hydrates de silice, d'alumine, ferrique, etc.
M. Péligot, dans sa belle étude des eaux de la Seine, faite en 1864, eut l'occasion d'appliquer la méthode de dialyse à l'examen de l'eau du grand égout collecteur à Asnières, au point où il débouche dans le fleuve. Celte eau, très infecte et très mousseuse, fut d'abord évaporée, et le résidu sec de cette opération traité par l'alcool absolu. « La dissolution, dit le savant chi-
mislc, a clé à son tour évaporée au bain-maric. Le nouveau résidu a été dialyse, c'est-à-dire soumis à ce procédé de séparation dont M. Graham a récemment enrichi la chimie analytique. En évaporant l'eau dans laquelle plongeait le dialyseur et en traitant le résidu par l'acide azotique, j'ai oblenu des cristaux qui m'ont présenté les caractères de Y azotate d'urée1. »
La dialyse est d'un secours précieux pour les recherches toxicologiques : elle rend possible la séparation de poisons cristalloïdes, tels que la strychnine, l'acide arsénieux, d'avec les substances colloïdes de l'organisme. On doit aussi à M. Dubrnnfaut une application industrielle importante des lois de la diffusion. Grâce à un appareil de son invention, qu'il a nommé osmogène, il a pu extraire des jus sucrés certains sels qui sont un obstacle à la cristallisation du sucre, et le rendement se trouve notablement augmenté.
Dufrochet n'avait étudié que la diffusion à travers un diaphragme; Graham* entreprit , vingt-cinq ans plus tard, une série d'expériences sur la diffusion simple, c'est-à-dire sur la pénétration réciproque de deux liquides susceptibles de mélange, lorsqu'on les met en contact immédiat. Pour observer ce qui se passe dans ce cas, il faut prendre certaines précautions en vue d'éviter le mélange mécanique des liquides qu'on met en présence. Le savant physicien anglais employa dans ce but deux procédés : le premier consistait à descendre, dans un vase plein d'eau pure par exemple, un flacon bouché par un obturateur posé sur son orifice; ce flacon contenait la dissolution saline (sel marin, acide chlorhydrique, nitrate d'argent) à étudier. L'obturateur étant enlevé doucement, on abandonnait à eux-mêmes les liquides en contact : c'est là la méthode dite de la fiole (phied-dif fusion). L'autre procédé, dit de la jarre (jar-diffusion), consiste à introduire sous l'eau pure contenue clans une jarre, à l'aide d'une pipette, la dissolution en question. Avec l'une ou l'autre méthode, voici ce que l'on constate : Au bout d'un certain temps, quelques heures, l'eau pure renferme une
\. Comptes rendus de l'Académie des sciences pour I8G4, t. I.