VARIATIONS DE L'ÉTAT HYGROMÉTRIQUE
§ 4. VARIATIONS DE L'ÉTAT HYGROMÉTRIQUE OU DE l'hCMIDITÉ RELATIVE.
Dans tout le paragraphe précédent, il n'a été question que de la quantité absolue de vapeur contenue dans l'air et de ses variations suivant les époques, les lieux, etc. Nous n'avons rien dit de l'humidité relative ou de l'état hygrométrique. C'est cependant là l'élément qui nous fait juger de la sécheresse ou de l'humidité réelle du milieu où nous respirons. Or la marche de l'état hygrométrique et celle de la tension sont le plus souvent opposées, comme on peut s'en assurer en comparant les courbes qui les représentent l'une et l'autre dans les figures que nous avons données.
Nous trouvons que l'air est sec, lorsque, quelle que soit d'ailleurs la quantité de vapeur qu'il renferme, il est éloigné de son point de saturation. Il est humide au contraire, même avec une faible tension de vapeur, si sa température est telle que, pour un léger abaissement, il soit saturé. On voit alors la vapeur condensée ou précipitée soit à la surface des corps, où elle produit la rosée, soit dans l'air même, à l'état de brouillard, et nous avons la sensation d'une humidité pénétrante. Ainsi, en général, l'instant de la journée où l'humidité relative est le plus grande est celui qui précède le lever du Soleil. Alors la quantité de vapeur d'eau est à son minimum ; cependant, à cause de sa basse température, l'air est très humide. Plus le Soleil monte, plus l'évaporation est activée, plus la quantité de vapeur formée est considérable ; mais aussi, en raison de l'élévation de la température, plus le point de saturation s'éloigne, plus l'air est et paraît sec. Il en est de même en été, où l'on voit la tension ou la quantité de vapeur monter, d'un mois à l'autre, en même temps que la température; tandis que l'état hygrométrique ou l'humidité relative diminue, ou, ce qui revient au même, que la sécheresse de l'air augmente. En hiver, par les temps froids et brumeux, la tension est faible,
l'état hygrométrique élevé, l'air très humide est voisin de son point de saturation.
Sur la foi des observations de Saussure et de Deluc, qui firent les premières recherches hygrométriques sur les hautes montagnes, de celles de Humboldt, qui observa l'hygromètre dans la chaîne des Andes, on admettait généralement que l'air est très sec dans les hautes régions. Kaemtz, sans nier l'exactitude des faits observés par ces savants météorologistes, en conteste du moins la généralité, et voici les raisons qu'il invoque à l'appui de son opinion :
« Quand on suit pendant quelque temps, dit-il, sur un point élevé des Alpes, la marche de l'hygromètre, on constate quelquefois un degré de sécheresse dont on n'a aucune idée dans les plaines; il accompagne souvent ce beau temps, si ardemment désiré par tous les voyageurs. J'ai vu quelquefois dans ces cas la neige disparaître avec une extrême rapidité sans mouiller la terre, parce qu'elle se transformait immédiatement en vapeurs ; du bois placé au soleil se dégelait très vite. Si ces phénomènes se passent à la surface du sol, où l'hygromètre est influencé par l'évaporation immédiate de la terre, ils devraient être encore bien plus marqués si l'on s'élevait dans un aérostat. Toutefois il ne faut pas oublier qu'à ces journées si sèches succèdent des journées et même des semaines entières où les sommets des montagnes sont voilés par d'épais brouillards, tandis que dans la plaine l'hygromètre se tient loin du point de saturation. Si nous réfléchissons que les observations de Saussure et de Deluc, sauf le séjour sur le col du Géant, ont toutes été faites dans des courses de montagnes, pour lesquelles on choisit toujours le beau temps, nous ne nous étonnerons pas si leurs résultats s'éloignent beaucoup du résultat moyen. En analysant ceux de M. de Humboldt, il ne faut pas oublier que sa station inférieure se trouvait au bord de la mer, tandis que la supérieure, placée dans l'intérieur des terres, était exposée à l'influence des vents d'est, qui, traversant de vastes continents, sont ordinairement très secs. De Saussure a fait une