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LA GELÉE BLANCHE

densation des vapeurs ou exhalaisons qui s'élèvent de la terre et des végétaux; elle n'est autre chose, selon lui, que la transpiration des feuilles des plantes, la condensation des vapeurs produites par leur sève. Muschenbroek adopta la théorie de Gersten, mais en admettant trois sortes de rosée : l'une, la plus dense, s'élève des lacs, des rivières, des marais; l'autre sort des plantes et de la terre, et la troisième tombe d'en haut. Dufay partagea aussi les idées du physicien allemand. Les expériences de ces savants leur firent constater un certain nombre de faits curieux, que nous avons mentionnés en partie et dont une étude plus approfondie et plus rigoureuse, reprise par Wells, permit au physicien anglais d'établir la vraie théorie.

Lorsque, par une nuit calme et sereine, la température du sol s'abaisse au-dessous de 0°, la vapeur de l'air ne se dépose plus sous la forme d'eau liquide, mais sous celle de petits cristaux blancs et brillants. Ce n'est plus la rosée, c'est la gelée blanche, dont la production est soumise aux mêmes lois que celles de la rosée et qui s'explique de même. Ce qu'il faut noter, c'est que la congélation ou la cristallisation de la vapeur d'eau condensée se fait directement à la surface des corps refroidis, et sans que préalablement il y ait eu formation de rosée. En effet, si l'eau ne se congelait qu'après sa réunion en gouttelettes, ce qu'on observerait ce serait de petites sphères de glace transparente, non l'agglomération cristalline opaque à laquelle on donne le nom de gelée blanche1.

C'est dans les matinées d'automne et de printemps que le phénomène est le plus fréquent. Dans nos climats, les gelées

Transactions philosophiques pour 1 733, on lit en note : « Cet habile physicien (M. de Réaumur) pense qu'un corps admet la rosée parce qu'il est froid et qu'il la repousse parce qu'il est chaud et qu'il conserve encore de la chaleur. » Celte idée était un acheminement vers la vraie théorie, qui ne pouvait être édifiée complètement qu'après la découverte des lois de la formation des vapeurs.

1. On remarque souvent que la gelée blanche se forme très peu de temps avant le lever du Soleil, c'est-à-dire, comme il est naturel, au moment du minimum diurne de température. Mais, avant cet instant, n'y avait-il pas eu dépôt préalable de rosée? Il nous parait probable que les deux phénomènes peuvent se succéder et peut-être se superposer, soit que la rosée coexiste avec les cristaux de givre, soit que chaque gouttelette très fine se congèle en se cristallisant spontanément.

blanches se montrent jusqu'en juin et dès les premiers jours de septembre; mais elles ne sont un peu fortes qu'en avril, mai, octobre, et c'est dans les deux premiers de ces mois qu'elles sont particulièrement redoutées des agriculteurs, à cause de leurs effets fâcheux sur les jeunes pousses des plantes, les bourgeons et les fleurs des arbres à fruit. Dans la petite culture on s'en préserve à l'aide d'abris qui protègent les végétaux contre l'intensité du rayonnement nocturne1.

Un phénomène analogue au dépôt de la rosée, et dù à des causes semblables, s'observe à l'intérieur des appartements. Le matin, après une nuit fraîche, on trouve les vitres des

fenêtres couvertes intérieurement d'une buée abondante. La mince couche de verre s'est refroidie par rayonnement et la vapeur d'eau de l'air de la chambre s'est condensée à sa surface. En hiver, l'abaissement de la température est assez grand pour que la vapeur se dépose sur les vitres à l'état cristallin, et y forme ces arborisations, ces fines dentelures que chacun de nous a pu admirer.

Quelquefois on donne le nom de givre aux cristaux de la gelée blanche; mais il est préférable de réserver ce nom aux dépôts analogues qui se forment dans des circonstances différentes, et qui recouvrent tous les objets extérieurs, notam-

1. Tyndall, dans son ouvrage sur La chaleur, cite h ce sujet le passage suivant de Y Essai de Wells : « Dans l'orgueil d'une demi-science, j'ai souvent souri des moyens fréquemment employés par les jardiniers pour protéger les plantes délicates contre le froid, parce qu'il me semblait impossible qu'un mince paillasson ou quelque autre abri de cette espèce pût les empêcher de descendre à la température de l'atmosphère, par laquelle seule je les croyais exposées à être endommagées. Mais quand j'eus appris que les corps à la surface de la terre deviennent, pendant une nuit calme et sereine, plus froids que l'atmosphère, en rayonnant leur chaleur vers les cieux, je trouvai dans ce seul fait la raison suffisante d'une pratique qu'auparavant j'avais jugée inefficace et inutile. »

ment les branches d'arbres, les brindilles des végétaux, les fils d'araignée dont ils sont entremêlés, etc. Le givre se forme aussi

Leur haleine chargée de vapeur se condense sous forme de nuage au dehors et se congèle au contact des poils qui, mauvais conducteurs de la chaleur, ont pris la température extérieure et s'y maintiennent.

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