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LA ROSÉE

plombante. Quand plusieurs thermomètres sont placés, la même nuit, dans des positions différentes, ce sont ceux qui occupent les lieux où il se dépose le plus de rosée qui baissent le plus. Les corps qui se couvrent le plus aisément de rosée sont ceux qui se refroidissent le plus promptement par un ciel serein. Enfin, il prouva que « le refroidissement des corps précède constamment l 'apparition de la rosée. » De là Wells déduisit l'explication scientifique du phénomène et de toutes les circonstances qui président à sa formation et à son développement.

Résumons dans ses traits essentiels cette théorie de la rosée, qui a reçu l'assentiment de tous les physiciens, et que toutes les observations et expériences faites depuis ont complètement confirmée.

Pendant la nuit, les corps situés à la surface du sol et le sol lui-même, ne recevant plus la chaleur du Soleil, se refroidissent par voie de rayonnement, et leur température s'abaisse au-dessous de celle des couches d'air qui les surplombent. Ce refroidissement est d'autant plus intense que le ciel est plus clair, plus dégagé de nuages et de brumes, et que la partie visible du ciel, du point où se trouvent les corps, est plus étendue. Il est plus considérable si le corps est mauvais conducteur de la chaleur, ou si entre le sol et lui est interposé un mauvais conducteur. Dans ces conditions, en effet, l'abaissement de température dû au rayonnement vers l'espace n'est compensé que par le rayonnement de l'atmosphère vers la terre, lequel est comparativement très faible. La couche d'air en contact avec le sol refroidi se refroidit elle-même; et si la quantité de vapeur d'eau qu'elle renferme dépasse celle qui correspond à la tension maximum pour la température du moment, elle se sature et abandonne à la surface du corps une partie de son eau de saturation. Les gouttelettes liquides se déposent et produisent la rosée, tout de même que nous avons vu les parois extérieures d'un vase se couvrir de buée dès qu'on verse à l'intérieur un liquide plus froid que l'air. Le phénomène continue, s'accentue même, tant que la température du

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sol s'abaisse et qu'aucune cause extérieure ne vient faire obstacle au rayonnement.

On comprend pourquoi le dépôt de rosée est d'autant plus abondant, que le ciel est plus serein et l'air plus calme. Les nuages tiennent lieu d'écran, et le rayonnement de leur propre chaleur compense celui du sol vers l'espace; il empêche ou amoindrit de même le refroidissement nocturne. Tout abri produit un effet analogue. Quant à l'action des vents, elle s'explique aussi aisément : en apportant continuellement aux corps de nouvelles couches qui leur cèdent leur chaleur, ils atténuent le refroidissement et dès lors s'opposent à la précipitation de la rosée. Le faible pouvoir rayonnant des métaux, surtout des métaux polis, leur grande conductibilité rendent leur refroidissement moins prompt et moins intense et expliquent ainsi parfaitement pourquoi, de tous les corps, ce sont ceux qui se couvrent le plus difficilement de rosée.

Wells a publié sa théorie en 1818. Avant lui, on avait imaginé, pour expliquer le phénomène, diverses hypothèses dont nous allons dire un mot. Aristote, qui avait fort bien constaté le fait de la formation de la rosée par les nuits calmes et sereines, son abondance moindre sur les montagnes que dans les plaines, l'influence de telle ou telle direction du vent pour sa production en des localités diversement situées, considérait la rosée comme une espèce particulière de pluie prenant naissance dans les couches inférieures de l'air. Celte opinion s'est reproduite au siècle dernier, et c'est à peu près l'explication que Leslie donnait de la rosée. Mais elle est en contradiction avec diverses expériences de Wells, notamment celle d'un flocon de laine placé au-dessous d'une planche et néanmoins mouillé, et avec le fait que des plaques de métaux exposées en plein air ne se couvrent pas de rosée.

Un physicien allemand, Gersten, a publié à Francfort, en 1753, une dissertation1 où il explique la rosée par la con-

1 . Dissertatio roris decidui errorem antiquum et vulgarem per observationes et expérimenta nova excutiens. Dans l'analyse de ce mémoire que donne l'édition française des

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