‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 70 sur 271 · En voile. . . . Nimbus de Howard ou Pallium · texte numérisé non relu

En voile. . . . Nimbus de Howard ou Pallium

de Poëy

G. Attroupés . . . Fracto-cumulits de Poëy.

Nuages de Lamarck.

. Brumeux . . .

. Terminés. . .

. En lambeaux. .

. Boursouflés . .

. Coureurs. . .

. De tonnerre on diablotins. .

Pallium de Poëy.

Caractères de plusieurs nuages Pallium de Poëy.

Globo-cûmulus de Poëy.

Fraeto-cumulus de Poëy.

Fracto-cumulus de Poëy.

Le savant directeur de l'observatoire physique et météorologique de La Havane apprécie ainsi les travaux météorologiques de Lamarck, qui, comme ses travaux en zoologie, ont été méconnus de ses contemporains :

« Tout ce que Lamarck a écrit sur la Météorologie porte le double cachet de l'observation et du génie. S'il eût persisté dans cette voie, il aurait sans doute établi la base de la Météorologie que nous cherchons encore, de même qu'il a fondé la grande doctrine de l'évolution de l'espèce. Malheureusement on l'obligea à interrompre et ses éludes sur l'atmosphère et son Annuaire météorologique, qu'il publiait dans ses vieux jours, et à ses frais, depuis onze ans, de 1800 à 1810. Nous sommes enfin heureux de rendre justice au grand Lamarck. » (Comment on observe les nuages pour prévoir le temps.)

Cirrus : filaments parallèles, sinueux ou divergents, susceptibles de s'étendre par voie d'accroissement dans une direction quelconque ;

Fig. 100. — Cirrus de Howard (queues de chat des marins).

Cumulas : amas convexe ou conique, s'accroissant dans le sens de la hauteur à partir d'une base horizontale ;

Fig. 101. — Cumulus de Howard (balles de coton des marins).

Stratus : nappe très allongée, continue, horizontale, s'accroissant de bas en haut.

Les formes dérivées des trois types principaux sont ainsi définies par Howard :

Cirro-cumulus : petites masses arrondies, bien limitées, pressées horizontalement les unes contre les autres ;

Cirro-stratus : masses horizontales ou légèrement inclinées, moins compactes sur tout ou partie de leur contour, courbées ou ondulées vers le bas; tantôt séparées, tantôt réunies en groupes de petits nuages ayant le même caractère ;

Cumido-stratiis : mélange de eirro-stratus et de cumulus, les premiers se surajoutant aux autres, de façon à leur donner une base très étendue ;

Fig. 102. — Stratus de Howard.

Cumuïo-cirro-stratus, ou Nimbus : nuage de pluie. Un nuage ou un assemblage de nuages, d'où tombe la pluie. C'est

. Fig. 103. — Camulo-cirro-stratus de Howard, ou Nimbus. ■

une nappe horizontale au-dessus de laquelle s'étendent des cirrus, et que des cumulus pénètrent latéralement et pardessous.

Ces définitions ont été plus ou moins modifiées par les météorologistes qui sont venus après Howard; mais, les dénominations que nous venons de rappeler étant devenues populaires comme les définitions qu'en a données Kaemtz dans son Cours de Météorologie sont elles-mêmes devenues classiques, nous croyons devoir entrer encore sur ce point dans quelques détails.

Les cirrus1 (queues de chat des marins) se composent de fdaments déliés qui les font ressembler soit à un pinceau, soit à un mince réseau, soit à des cheveux crépus. Ils apparaissent d'ordinaire après une période continue de beau temps, quand le baromètre commence à baisser insensiblement, annonçant un changement de temps, la pluie en été, le dégel en hiver.

Fig. 104. — Bandes parallèles de cirrus rendus divergents par un effet de perspective. ;

En Allemagne, on les désigne sous le nom d'arbres du vent (Windsbàume) . Ils se disposent fréquemment en bandes parallèles, dont la direction court du sud au nord ou du sudouest au nord-est \ Comme l'a fort judicieusement remarqué

. \, On dit quelquefois au pluriel les cirri, les cumuli, etc. Mais cette désinence latine étant une gêne pour le langage, nous nous en abstiendrons, comme font du reste de nombreux auteurs.

2. Bravais et Martins, au Faulhorn, ont trouvé prédominante la direction du S. \V. au N.E. En Laponie, où le phénomène est plus fréquent que dans les zones tempérées, c'est

Bravais, la perspective donne quelquefois à ces bandes parallèles l'aspect des branches d'un éventail qui, divergeant d'un point de l'horizon jusqu'au zénith ou dans son voisinage, convergent ensuite vers le point opposé. C'est un phénomène de ce genre, très marqué, que représente la figure 104, et que nous avons dessiné d'après nature dans la soirée du 7 décembre 1883. Le dessin ne donne que la moitié à peine du faisceau de cirrus, celle qui était orientée vers le soleil couchant. D'après Dove, les cirrus sont amenés par des vents du sud qui déterminent la baisse du baromètre, et dont les vapeurs se précipitent à l'état de pluie, mais auparavant ils deviennent de plus en plus denses, puis se rassemblent sous la forme de masses semblables à du coton cardé, aux filaments étroitement entrelacés, et prennent une teinte grisâtre. Les cirrus se sont ainsi transformés en cirro-stratus. Nous parlerons plus loin de leur structure intime.

Pour Kaemtz, le cumulus est le nuage d'été de nos contrées ; il se voit en tout temps dans les régions tropicales, et jamais en hiver dans les hautes latitudes. C'est la balle de coton des marins. Cette sorte de nuage est le produit de la condensation des vapeurs qu'entraînent dans les hauteurs les courants ascendants du milieu du jour. « Lorsque le Soleil, dit Kaemtz, se lève sur un ciel serein, on voit paraître vers les huit heures du matin quelques petits nuages qui semblent croître de dedans en dehors, grossissent, s'accumulent, et forment des masses nettement circonscrites et limitées par des lignes courbes qui se coupent dans différentes dirctions. Leur nombre et leur grandeur augmentent jusqu'à l'heure de la plus grande chaleur du jour, puis ils diminuent, et au coucher du Soleil le ciel est de nouveau parfaitement serein ; le matin ils sont peu élevés, mais ils montent jusque vers l'après-midi et redescendent le soir. Je m'en suis assuré par des mesures directes et des observations faites dans les montagnes. Que de fois j'ai

de W. iji S. W. à E. '/4N. E. Humboldt a constaté que les bandes parallèles, à l'équateur, avaient la direction du S. au N.

vu les cumulus sous mes pieds dans la matinée! ils s'élevaient ensuite; vers midi j'étais environné de nuages pendant une heure environ, et le reste de la journée je voyais audessus de ma tête des nuages, qui le soir redescendaient dans la plaine. »

Le même savant donne le nom de stratus aux bandes horizon-

Fig. 105. — Ciel pommelé ou agglomération de cirro-cumulus.

taies nuageuses qui se forment au coucher du Soleil et disparaissent à son lever. Pour Howard, le stratus est à proprement parler le nuage de nuit, comme pour Kaemtz ; mais il le considère plutôt comme un brouillard, dont la surface inférieure repose sur la terre ou sur les eaux.

Quand le ciel est couvert, sur une notable étendue, de cirrocumulus, ces petits nuages à forme arrondie qu'on nomme aussi nuages moutonnés, on dit qu'il est pommelé. (Les Anglais

disent mackerel sky.) Pour Kaemtz, les cirro-cumulus sont un présage de chaleur : « 11 semble, dit-il, que les vents chauds du sud qui régnent dans les régions supérieures n'amènent pas une quantité de vapeur suffisante pour couvrir entièrement le ciel de nuages et qu'ils n'agissent que par leur température élevée. »

Entassés à l'horizon, les cumulus se projetant les uns sur les autres par les parties arrondies de leurs masses, et se réunissant par leurs bases horizontales, prennent l'aspect des cumulostratus, dont il n'est guère possible de les distinguer. Quant aux nimbus, ce n'est pas un nuage d'une forme déterminée, mais un assemblage de deux ou trois types de nuages, d'où résulte la pluie. Howard, nous l'avons vu, en fait un cumulocirro-stratus. Pour A. Poëy, « la pluie est produite par l'action et la réaction électrique, sur la vapeur d'eau, de deux couches de nuages superposées, l'une supérieure, de cirrus électronégatifs, et l'autre inférieure, de cumulus électropositifs. » Dès 1850, M. Rozet constatait que les nimbus sont toujours formés par la réunion de deux nuages d'espèces différentes, des cirrus et des cumulus. Nous reviendrons sur ce point important en traitant de la pluie.

Ceci nous amène à parler d'une nouvelle classification des nuages, basée non plus seulement sur leur forme, mais sur la structure réelle et la constitution physique des masses vaporeuses qui les composent. D'après le dernier des météorologistes que nous venons de citer, « il n'existe réellement que deux espèces de nuages : des cumulus, formés de vapeur vésiculaire, et des cirrus formés de vapeur glacée; les autres espèces de nuages, distinguées par les météorologistes, ne sont que des modifications de celles-ci1. »

Ce sont aussi ces deux types de nuages qui forment la base de la nouvelle classification proposée par A. Poëy, mais avec une distinction, pour les dérivés du cirrus, entre les nuages de

1. Observations faites pendant l'été de 1850 sur les montagnes de Vaucluse, par M. Rozct (Comptes rendus de V Académie des sciences pour 1851, t. 1).

glace et les nuages de neige. Voici du reste cette classification, avec les dénominations choisies par le savant météorologiste :

„ ( Tracto-cirro-stratus . 1

Premier type. . Cirrus. . I . , I

Jr / Tracto-cirro-cunutlus. f ,T , ,

„, } ( Nuages de glace.

f Tracto-cirras Cirro-stratus.

Dérivés . . . . { Cirro-cumulus

e neige.

Pallio-cirrus v Nuages d

Globo-cirrus )

Second type . . Cumulus ]

1 Pallio-cumulus f Nuages de vapeur

Dérivés . . . . j Globo-cumulus ( aqueuse.

( Fracto-cumulus )

A la dénomination de nimbus, peu exactement définie par les précédents auteurs de nomenclature, Poëy substitue celle de pallium : c'est la double couche de cirrus et de cumulus que nous avons vue constituer les nuages de pluie ; l'une est caractérisée par le nom de pallio-cumulus, l'autre par celle de pallio-cirrus ; dans ce dernier nuage, l'eau est condensée en cristaux de neige, tandis que l'autre est formée de particules aqueuses. Les nouveaux noms de tracto, de globo et de fracto employés pour désigner des dérivés des deux types principaux s'expliquent d'eux-mêmes : Les tracto-cirrus sont des bandes de cirrus qui, selon l'auteur, « se développent dans une couche un peu inférieure à celle des cirrus proprement dits ». Les globo-cirrus ou globo-cumulus sont des nuages de forme globulaire précurseurs des tempêtes neigeuses ou aqueuses, et enfin les fracto-cumulus sont « ces fragments de nuages qui errent sans forme déterminée, avant leur transformation en cumulus (ou cumulo-stratus), qui se précipitent vers la surface inférieure de la couche des pallio-cumulus ou s'en détachent, et qui enfin se fixent en bandes horizontales au sommet des cumulus à l'approche des coups de vent. »

Nous en resterons là sur la question de la classification et de la nomenclature des nuages. La nomenclature d'Howard, malgré ses imperfections, a un grand avantage, celui d'être simple et surtout d'être généralement adoptée. Celle de Poëy, plus

exacte et plus complète, doit être retenue cependant, en raison du point de vue physique qui classe les nuages d'après leur structure intime; mais elle a besoin, sous ce rapport, d'être soumise au contrôle de l'expérience. Les ascensions aéronautiques pourront rendre ici de grands services1.

Déjà il est généralement admis que les cirrus sont formés de cristaux de glace. Barrai et Bixio, dans leur célèbre ascension de l'été de 1850, ont traversé un nuage de cette sorte, formé de fines aiguilles de glace, et qui n'avait pas moins de 4 kilomètres d'épaisseur. Les phénomènes des halos et des parhélies, dont nous avons vu l'explication dans notre second volume2, se forment au milieu des cirrus; or ils sont dus aux réfractions qui se produisent à l'intérieur de prismes de glace en suspension dans l'air et convenablement orientés par rapport au plan qui passe par le Soleil et par l'œil de l'observateur. La théorie supposait l'existence de ces prismes, et les observations des aéronautes en ont prouvé la réalité. Citons encore celles de Welsh et Nicklin, qui, le 17 août 1852, trouvèrent à l'altitude de 3000 mètres « une neige formée de cristaux étoilés qui tomba de temps à autre sur le ballon » ; celles de MM. G. et A. Tissandier et Mangin, qui, à 2000 mètres, se trouvèrent « pour ainsi dire au lieu même de la production de la neige. L'air était translucide, et tout autour de nous nous apercevions de très petites paillettes de glace, d'un aspect bril-

1. Elles ont montré déjà l'insuffisance des classifications proposées. En voici un exemple que cite M. Gaston Tissandier, dans son intéressant ouvrage l'Océan aérien : « Le temps à la surface du sol est clair, mais le bleu du ciel ne se voit pas, il est caché par une masse de vapeurs qui n'a pas de forme définie, et qui se présente comme un rideau de brume; on dit que le ciel est gris. Si l'on traverse en ballon cette masse de vapeurs, on s'assure qu'elle est séparée de l'air par deux surfaces : l'une inférieure, un peu confuse, qui se fond graduellement avec l'air, qui est de couleur grise comme le brouillard ; l'autre supérieure, parfaitement plane, d'un blanc éblouissant comme une nappe de neige en pleine lumière. En bas, sur la terre, l'observateur n'a pu constater qu'une brume plus ou moins épaisse; en haut, dans l'atmosphère, l'aéronaule considère sous ses pieds un véritable plateau qui rappelle l'aspect, comme éclat, des cumulus d'un beau ciel d'été. Mais si cette surface supérieure est tout à fait lisse et unie comme celle d'un lac, et le cas se présente assez souvent, il a sous les yeux une sorte de banc de vapeurs, brume à sa partie inférieure, nuage à sa partie supérieure, qu'il ne pourra attribuer à aucun des types de la classification. »

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