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La Lumière, ch. xix, t. II du Monde physique

lant, irisées comme le mica, qui paraissaient se souder ensemble en tombant, pour donner naissance, à un niveau inférieur, à des flocons volumineux. La température élait de — 1°. »

Parfois le ciel semble d'en bas complètement serein; rien ne ternit la clarté de son azur. Et cependant les voyageurs des hautes régions trouvent alors L'air rempli de cristaux très ténus.

Fig. 106. — Cirrus.

Ces cristaux sont visibles de près, soit parce qu'ils reflètent vivement la lumière solaire (Grocé-Spinelli et Sivel, mars 1874), soit parce que leur ensemble forme une nappe que les aéronautes, situés au même niveau, considèrent dans le sens horizontal et dès lors sous une grande épaisseur. M. G. Tissandier a été plusieurs fois témoin de l'existence de véritables bancs d'aiguilles de glace, suspendus clans l'atmosphère, dont ils ne troublent pas la transparence. Il est à présumer que c'est de

là, par la condensation et l'agglomération de ces couches, que naissent les différentes formes de cirrus.

Un mot maintenant de la hauteur des nuages. Les cirrus sont de tous les plus élevés. D'après les observations et les mesures de Kaemtz à Halle, leur hauteur atteint souvent 6500 mètres. « Les voyageurs, dit-il, qui ont parcouru les hautes montagnes sont unanimes pour assurer que des sommets les plus élevés leur apparence est la môme. Pendant un séjour de onze semaines en face du Finsteraarhorn , dont l'élévation est de 4200 mètres, je n'ai jamais observé de cirrus au-dessous de la sommité de celte montagne. » Dans son ascension de mars 1874, Crocé-Spinelli vit « au-dessus de l'aérostat, de légers cirrus formant une nappe assez continue, à reflets plus ou moins nacrés ou soyeux, et dont l'élévation semblait être de 9000 à 10000 mètres. Tissandier (ascension du Zénith du 15 avril 1875) constata l'existence d'abondants cirrus entre 4500 et 4800 mètres, « allilude où ils formaient, dit-il, autour de la nacelle, comme un cirque immense d'un blanc éblouissant » .

Bien que moins élevés que les cirrus, les cumulus se voient parfois à de grandes hauteurs. Mais ces hauteurs, suivant les saisons ou les heures du jour, sont très variables : nous avons cité des observations qui le prouvent. Quelquefois les cumulus sont étagés les uns au-dessus des autres et forment plusieurs couches ou bancs séparés par des espaces libres de nuages. « Le 8 novembre 1868, dit M. Tissandier, quatre bancs de cumulus étaient suspendus au sein de l'air : le premier à 1500 mètres de haut, le second à 2000 mètres, le troisième à 5500 et le quatrième à 5000 mètres environ. » Glaisher a observé pareillement jusqu'à cinq couches de nuages superposés.

Les hauteurs des nuages ont été mesurées le plus souvent par des opérations de triangulation ou par la comparaison des positions de leurs bases, inférieure et supérieure, avec des points dont l'altitude était connue. Riccioli, Bouguer, de Humboldt, Lambert, Kaemtz ont trouvé des nombres compris entre 400 et 6500 mètres. Peytier et Howard, dans leur triangulation

des Pyrénées, ont trouvé, pour la base inférieure, des nombres compris entre 450 et 2500 mètres, pour la base supérieure, entre 800 et 3000 mètres. M. Rozet a mesuré en 1850, au théodolite, l'élévation et l'épaisseur d'un grand nombre de couches de cumulus. Il a remarqué que dans les beaux temps l'élévation de ces couches suit le mouvement du Soleil; au minimum à son lever, au maximum entre midi et 2 heures, elle diminue ensuite jusqu'au lendemain matin. En juillet, il trouvait 2100 et 2200 mètres pour la hauteur de leur base inférieure, et des épaisseurs de 1180 à 1290 mètres entre 10 heures du matin et 2 heures du soir. D'après cet observateur, l'épaisseur est en rapport avec le degré d'humidité de l'air.

Tout le monde sait que c'est pendant les orages que les nuages s'abaissent à leur plus faible hauteur. Au-dessous des couches orageuses, on voit des fragments détachés filer avec une vitesse qui paraît surtout considérable par le fait de la proximité de ces nuées. Ce sont les fracto-cumulus de Poëy ou les diablotins de Lamarck. Dans la classification de Poëy, l'ordre dans lequel sont placés les différents nuages est aussi, selon lui, l'ordre de leurs hauteurs relatives, depuis les plus hautes régions des cirrus, jusqu'aux couches les plus rapprochées de la Terre. « Toutefois, dit-il, le cumulus proprement dit, à partir de sa base, est au-dessous du globo-cumulus qui se trouve attaché au pallio-cumulus, et au-dessus du fracto-cumulus, si l'on considère le sommet le plus élevé du cumulus. »

Pour terminer ce que nous avions à dire des nuages, nous reviendrons sur la question de la cause de leur suspension dans l'air. Pour expliquer cette suspension, on imagina l'hypothèse des vésicules ou sphères liquides creuses; on supposa même que l'intérieur de ces vésicules était rempli d'un gaz plus léger que l'air. Quelque lente que puisse être la chute des gouttelettes aqueuses dont les nuages sont formés, elles finiraient toujours par tomber et la pluie accompagnerait tous les nuages jusqu'à leur entière disparition. 11 n'en est rien cependant. A la vérité, les nuages ne sont pas immobiles dans l'atmosphère; selon les

circonstances, ils s'élèvent, s'abaissent, rencontrent ainsi des couches d'air de températures différentes, plus ou moins humides. Un nuage subit des augmentations et des diminutions continuelles : sa base inférieure, en descendant dans des couches plus chaudes ou plus sèches, se dissout ou repasse à l'état de vapeur invisible, tandis que, par en haut, le nuage s'accroît au contraire par des condensations nouvelles. Il peut ainsi paraître conserver la même hauteur.

L'influence des courants, soit ascendants et verticaux, soit horizontaux, peut aussi contribuer à maintenir les nuages en suspension dans l'air. Fresnel enfin a invoqué une autre cause, indépendante de toute hypothèse sur la constitution physique des particules composant le nuage, que ce soient des globules d'eau, de la vapeur vésiculaire ou des cristaux de neige extrêmement déliés. « On conçoit, dit-il, qu'il résulte de l'extrême division de l'eau solide ou liquide du nuage un contact très multiplié de l'air avec cette eau, susceptible d'être échauffée par les rayons solaires et par les rayons lumineux et calorifiques qui lui viennent de la terre, et qu'en conséquence l'air compris dans l'intérieur du nuage, ou très voisin de sa surface, sera plus chaud et plus dilaté que l'air environnant : il devra donc être plus léger. Or il résulte également de notre hypothèse sur l'extrême division de la matière du nuage, que les particules qui le composent peuvent être très rapprochées les unes des autres, ne laisser entre elles que de très petits intervalles, et néanmoins être encore elles-mêmes très fines relativement à ces intervalles; en sorte que le poids total de l'eau contenue dans le nuage soit une petite fraction du poids total de l'air qu'il comprend, et assez petite pour que la différence de densité entre l'air du nuage et l'air environnant compense, et au delà, l'augmentation de poids qui résulte de la présence de l'eau liquide ou solide. Lorsque le poids total de celte eau et de l'air compris dans le nuage sera moindre que le poids d'un volume égal de l'air environnant, le nuage s'élèvera jusqu'à ce qu'il parvienne à une région de l'atmosphère où il y ait égalité

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