LES NEIGES PERSISTANTES. — LES AVALANCHES. LES GLACIERS
Dans le premier volume du Monde physique, nous avons eu l'occasion de dire un mot des glaciers. 11 s'agissait de montrer quel lien pouvait unir, suivant certaines hypothèses, le retour des périodes dites glaciaires et les lentes variations des éléments de l'orbite terrestre dues cà la gravitation. Mais cette intéressante question de physique du globe ne pouvait alors être traitée que d'une façon tout à fait incidente, et nous avons dû supposer connus tous les phénomènes dont les glaciers sont le siège. Le moment est venu de donner une description de ces phénomènes, en les envisageant au point de vue exclusivement physique et météorologique.
La basse température qui règne dans les hautes régions de l'atmosphère, au-dessus des chaînes de montagnes dont l'altitude dépasse 2500 à 3000 mètres, donne lieu à d'abondantes chutes de neige qui blanchissent les sommets d'une couche persistante, même au milieu des chaleurs de l'été. Quand on contemple de loin les crêtes d'une chaîne élevée, des Pyrénées, des Alpes, des Cordillères, toutes les cimes se distinguent de leur base par leur éclatante blancheur, qui se termine par une ligne horizontale de séparation nettement tranchée. Au-dessous de cette ligne, par un contraste saisissant, s'étendent les masses relativement sombres, grises ou verdâtres, des roches nues ou
des prairies et des forêts qui tapissent les flancs des monts. En été, cette ligne remonte ; en hiver, elle peut descendre jusque dans les vallées ; c'est la plus élevée des positions de la ligne estivale qui forme ce que l'on nomme la limite des neiges éternelles, perpétuelles, ou plus justement des neiges persistantes. Elle oscille légèrement avec les années, pour une même chaîne de montagnes ; mais son altitude varie très notablement d'une chaîne à l'autre, s'élevant de plus en plus à mesure qu'on approche de l'équateur, s'abaissant au contraire en allant vers les pôles. Dans les Alpes, la limite des neiges persistantes est comprise entre 2700 et 5000 mètres ; elle s'élève à 4800 mètres dans les Andes équatoriales, pour s'abaisser presque au niveau de la mer dans les régions polaires arctiques.
Chaque année, de nouvelles chutes de neige viennent recouvrir les régions montagneuses dont l'altitude dépasse la limite des neiges persistantes. En moyenne, il tombe ainsi annuellement sur les Alpes une épaisseur de neige de 10 mètres. Il résulte de là qu'une couche équivalente doit disparaître de leurs sommets : sans cela, les pics et les arêtes iraient en croissant graduellement de hauteur. En supposant que le tassement réduise l'accroissement en question à 1 mètre par année, ce qui est manifestement exagéré, on verrait croître le Mont-Blanc, par exemple, de 100 mètres par siècle, de 1000 mètres en un millier d'années. En réalité, l'évaporation, le glissement sur les pentes, la fusion sous l'influence directe du rayonnement solaire, enfin l'action des vents qui emporte des sommets et projette au loin des tourbillons de neige, sont autant de causes de la destruction continue des couches neigeuses recouvrant les Alpes et toutes les chaînes similaires. Comme ces causes agissent avec une intensité variable suivant les années et les saisons, et aussi suivant les climats, on comprend que l'équivalence entre la quantité de neige disparue et la quantité de neige renouvelée subisse elle-même des oscillations. Des considérations du même ordre expliquent pareillement des faits d'observation en apparence anormaux ; pourquoi, par exemple, la limite
Planche VII.