LES NEIGES PERSISTANTES
des neiges persistantes est de 5000 mètres dans les Andes péruviennes, tandis qu'elle n'est que de 4800 mètres dans les Andes équatoriales; pourquoi celte môme limite est seulement de 4900 mètres sur les pentes méridionales de l'Himalaya, tandis qu'elle s'élève à 5250 mètres sur les pentes du nord de la même chaîne.
Avant d'arriver au sujet principal de ce chapitre, mentionnons un phénomène curieux et quelquefois terrible qui est la conséquence des énormes accumulations de neige sur les flancs escarpés des montagnes. Nous voulons parler des avalanches. Pour donner une idée de cet autre mode de disparition de la neige des hauts sommets, citons la page suivante du bel ouvrage d'Elisée Reclus, la Terre, t. I : « La plupart des chutes de neige se produisent avec une grande régularité, si bien que le vieux montagnard, habile à discerner les signes du temps, peut souvent annoncer, à la vue des surfaces neigeuses, à quelle heure précise aura lieu l'écroulement. Le chemin des avalanches est tout tracé sur le flanc des montagnes. A l'issue des larges cirques d'érosion dans lesquels s'accumulent les neiges de l'hiver, s'ouvrent des couloirs creusés dans l'épaisseur du roc. Comparables à des torrents qui se montreraient un instant pour disparaître tout à coup, les amas neigeux qui se détachent des pentes supérieures se précipitent dans les lits inclinés que leur offrent les couloirs, descendent en longues traînées, puis, arrivées au déversoir de leur étroit ravin, s'épanchent sur de larges talus de débris. La plupart des monts sont ainsi rayés sur tout leur pourtour de sillons verticaux où les avalanches s'engouffrent au printemps. Ces masses croulantes sont de véritables affluents temporaires des torrents qui passent en bas dans les gorges : au lieu de couler d'une manière continue comme le filet d'eau des cascades, elles plongent en une fois ou par une succession de chutes.
« Sur les pentes dont l'inclinaison dépasse 50 degrés, les neiges ne descendent pas seulement par les couloirs ouverts çà et là sur les flancs de la montagne, elles glissent aussi en masse
sur les escarpements ; plus ou moins rapides dans leur marche graduelle, elles se tassent d'abord contre les obstacles, s'accumulent dans les parties les moins déclives, puis, lorsqu'elles sont animées d'une assez grande force d'impulsion, s'écroulent enfin avec fracas et se précipitent dans les profondeurs des gorges. Les allures de chaque avalanche varient d'ailleurs nécessairement suivant la forme même de la montagne. Sur les escarpements coupés de parois à pic, les neiges des terrasses supérieures, poussées lentement par la pression des masses plus élevées, plongent directement dans les abîmes qui s'ouvrent au-dessous. Au printemps et en été, alors que les blanches assises, ramollies par la chaleur, se détachent d'heure en heure des hautes cimes des Alpes, le gravisseur, arrêté sur quelque promontoire voisin, contemple avec admiration ces cataractes soudaines qui se précipitent dans les gorges du haut des sommets éclatants. Combien de milliers et de milliers de voyageurs, assis sur les pelouses de la Wengernalp, ont salué de leurs cris de joie les avalanches qui s'écroulent à la base des pyramides argentées de la Jungfrau ! On voit d'abord l'énorme couche de neige s'élancer en cataracte et s'abîmer sur les degrés inférieurs : des tourbillons de neige poudreuse, semblables à une fumée, s'élèvent au loin dans l'atmosphère ; puis, quand le nuage s'est dissipé, et que l'espace est rentré dans sa paix solennelle, on entend soudain le tonnerre de l'avalanche se prolongeant en sourds échos dans les anfractuosités des gorges : on dirait la voix de la montagne elle-même.
« Tous ces écroulements de la neige sont, dans l'économie des monts, des phénomènes non moins réguliers et normaux que l'écoulement des pluies dans les rivières, et font partie du système général de la circulation des eaux dans chaque bassin. Mais par suite de la surabondance des neiges, d'une fonte trop rapide ou de toute autre cause météorologique, certaines avalanches exceptionnelles, analogues aux inondations des rivières débordées, produisent des effets désastreux en ravageant les cultures des pentes inférieures, ou même en engloutissant des
villages entiers, Ces catastrophes sont, avec les chutes de rochers, les plus redoutables événements de la vie des montagnes. »
Arrivons maintenant aux glaciers.
Tout le monde sait qu'on nomme ainsi d'énormes masses de neige congelée et de glace, qui, partant des hauteurs des neiges persistantes, suivent les dépressions des vallées latérales creu-
Grave par Erhard. 1 d'après la carte de M.Mi.eulct.