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Les glaciers et les transformations de Veau

séparation ou fenle se produit normalement à celte direction. La ligne de tension étant inclinée de 45° sur l'axe du glacier dans le sens d'amont en aval, c'est à 45°, mais d'aval en amont, que se produit la fente ou la ligne de rupture. Les premiers observateurs, voyant que les crevasses marginales coupaient les rives obliquement dans le sens du courant, trompés par l'apparence, en concluaient que les bords ont une marche plus rapide que le centre. Les mesures effectuées, d'accord avec l'analyse mécanique du phénomène, ont prouvé le contraire.

Quant aux crevasses transversales et longitudinales, leur production est due aux inégalités du fond du glacier. Si ces inégalités affectent la pente, si, après avoir suivi un lit d'une certaine inclinaison, la masse de glace arrive à un point où cette pente s'accélère,

la glace, obligée de se ployer dans le sens de son épaisseur pour suivre le nouveau lit, se brise sous l'effort qui résulte de cette tension,

et il se produit un certain nombre de crevasses d'autant plus larges que l'inclinaison nouvelle est plus forte. Dans un fleuve liquide, il se formerait là des rapides, cl la fluidité de l'eau permettrait cette accélération de vitesse qui est impossible avec la glace. Les crevasses transversales ainsi formées se referment un peu plus bas, si le lit du glacier reprend son inclinaison première. C'est ce que montre clairement la ligure 150. L'explication des crevasses longitudinales est tout à fait semblable. Seulement elles supposent des inégalités du fond du glacier dans le sens de sa largeur. Ces dernières crevasses se produisent encore dans les points où le lit du glacier s'élargit tout à coup, au sortir d'un défilé escarpé et étroit. La glace pouvant s'épandre alors latéralement, la tension s'exerce dans le sens transversal, et les fentes se produisent perpendiculairement à celle direction i c'est-à-dire dans le sens longitudinal.

Fis. 151. — Causes de la production des crevasses longitudinales (coupe en travers du glacier).

Tyndall a fait observer que les crevasses marginales sont plus nombreuses du côté convexe que de l'autre, dans les parties courbes des glaciers. Et il en donne la raison : d'après ses mesures, la vitesse est plus grande sur le premier bord que sur l'autre, et par suite la tension qui détermine les ruptures y est plus forte aussi. Il prend pour exemple la Mer de Glace, à la

Fig. 152. — Crevasses et pont de stalactites au glacier du Rhône.

hauteur du Montanvert, sur le bord occidental ou concave du glacier, et il fait remarquer que les crevasses y sont beaucoup moins nombreuses que sur le bord oriental ou du Chapeau, qui est le côté convexe de la Mer de Glace en cette région.

Les crevasses suivent naturellement le mouvement des glaciers 1 ; seulement, comme on vient de le voir, elles subissent

1. Les crevasses se succèdent en un même point d'un glacier, de façon à faire croire, après un certain intervalle de temps, qu'elles n'ont point change de place. C'est cette illusion que

pendant leur mouvement les changements que comportent les variations dans les causes qui leur ont donné naissance ; les unes se referment, les autres s'agrandissent au contraire. D'ailleurs l'action de l'eau qui circule dans les mille anfractuosités de la surface du glacier contribue à modifier la forme des crevasses. C'est ainsi que sont produits les moulins ou puits des glaciers, dont il a été question plus haut. Les ruisselets de la surface, se réunissant en torrenls, coulent avec impétuosité dans les lits qu'ils se creusent, jusqu'à ce que, rencontrant une crevasse, ils s'y précipitent avec force et creusent en entonnoir la paroi contre laquelle l'eau vient frapper. Le tournoiement de l'eau dans ces abimes produit un fracas assourdissant qui a fait donner le nom de moulins aux puits des glaciers.

Comme le moulin suit la tissure dans son mouvement de descente, il arrive un moment où le torrent qui le formait, trouvant une autre issue dans la crevasse qui a succédé à la première, abandonne celle-ci et commence à former un nouveau puits. Tyndall a sondé plusieurs de ces puits abandonnés, qui avaient jusqu'à 27 mètres de profondeur ; un plomb de sonde jeté dans le Grand-Moulin (en activité) donna 49'", 55, mais sans que le fond fût atteint. « Un de ces puits, dit M. Ch. Martins, mesuré par MM. Dollfus, Olz et moi, sur le glacier de l'Aar, avait 58 mètres de profondeur. Sur le glacier de Finsteraar, M. Desor en a sondé un autre, et n'a trouvé le fond qu'à 232 mètres audessous de la surface. » C'est à d'anciens moulins de glacier qu'on attribue la formation de ces cavités singulières connues

signale Tyndall dans le passage suivant de son livre sur les Glaciers. « Au sommet du Grand-Plateau, dit-il, et au pied de la dernière pente du Mont-Blanc, je vous montrerais une grande crevasse dans laquelle trois guides furent précipités par une avalanche en 1820. N'est-ce pas là une erreur? Une crevasse, qu'il serait difficile de distinguer de la crevasse actuelle, existait assurément là en 1820. Mais était-ce bien la même que la crevasse actuelle ? La glace fendue qui se trouve aujourd'hui en cet endroit est-elle la même que celle d'il y a cinquante et un ans? Assurément non. Et qu'est-ce qui le prouve? C'est le fait que, plus de quarante ans après leur disparition, les restes de ces trois guides ont été retrouvés près de l'extrémité du glacier des Bossons, à plusieurs milles au-dessous de la crevasse actuelle. » Cette observation prouve en outre, comme nous le dirons plus loin, que la glace du fond finit, au bout d'un certain temps, par reparaître à la surface, résultat nécessaire du phénomène de l'ablation.

Fig. 155. — Marmites de géants à Luccrnc.

trous arrondis qu'on voit aujourd'hui en divers lieux. La figure 155 représente les Marmites de géants du Jardin glaciaire de Lueerne. « Ce jardin, dit M. Gourdault1, décoré dans

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